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Full text of "Le Naturaliste : journal des échanges et des nouvelles."

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PARAISSANT LE 1 C1 ET LE 15 DE CHAOUE MOIS 




Emile DEYROLLË, Directeur-Gérant. — Paul GROULT, Secrétaire de la Rédaction 



14 e Année 

6 e Année de la 2' Série 

ABONNEMENT ANNUEL 

PAYABLE EN UN MANDAT A L'ORDRE DU DIRECTEUR 

France 10 » 

Algérie , 10 » 

Pays compris dans l'Union postale . . 1 ' " 

Tous les autres pays 12 

PARIS 
BUREAUX DU JOURNAL 

46, RUE DU BAC, 46 

1892 



14 e ANNÉE 



2° Série — X' 1 1 «5 



1 er JANVŒil 18«J2 



LE NATURALISTE 



REVUE ILLUSTREE 



DES SCIENCES NATURELLES 



SUR L'ORIGINE, LÀ DIRECTION 

ET LA DISTRIBUTION DES POILS 



La surface du corps d'un grand nombre d'animaux esl 
recouverte de cellules qui se sont transformées en or- 
ganes de protection, le plus souvent passive. Ces cellules 
s'incrustent parfois de sels calcai- 
res, produisent de la chitine ou de- 
viennent cornées. Dans tous les 
cas, leur vitalité, lorsqu'elle n'est 
pas complètement abolie, se trouve 
singulièrement ralentie, et par suite 
ces éléments incapables de se régé- 
nérer et destinés à l'usure sont su- 
jets à une mue périodique ou à une 
chute incessante. 

Supposons qu'au lieu de rester 
plane, la surface du corps des Mam- 
mifères, qui, elle aussi, produit 
constamment des couches cornées, 
vienne à présenter soit de légères 
évaginations, soit, ce qui revient au 
même au point de vue du résultat, 
de petites dépressions devenant peu 
à peu de petits sacs. L'exfoliation 
normale continuant, la quantité de 
matière expulse'e par l'orifice sera 
très notablement plus grande que 
celle qui s'exfolie sur une portion 
de la peau égale à la surface de l'o- 
rifice. Il en résultera donc de pe- 
tites proéminences cornées exter- 
nes. Si maintenant le fond du sac, 
au lieu de rester plan, remonte jus- 
qu'à l'ouverture externe et qu'il y 
ait à peine un petit espace compris entre lui et les pa- 
rois il se formera de vrais poils. Si l'introversion du sac 
s'allonge ou prend une forme plus compliquée, il se pro- 
duira, soit des piquants, soit même des dents, soit aussi 
des plumes chez les Oiseaux. 

Si les poils ne sont ni trop longs, ni trop flexibles pour 
transmettre à leur extrémité radicale une pression exer- 
cée sur leur extrémité libre, ils deviendront des organes 
tactiles rudimentaires qui pourront se modifier dans cer- 
tains cas en poils sensitifs (vibrisses des Félins, de quel- 
ques Rongeurs, des Phoques, etc.) destinés à atteindre 
les objets à des distances considérables et pouvant ser- 
vir à l'exploration dans l'obscurité. Maissi dans certaines 



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Une femme à barbe 
logne, âgée de 38 
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régions du corps les poils peuvent se transformer en 
organes sensoriels, leur principal rôle et la cause de leur 
formation ne doivent pas être cherchés ailleurs que dans 
la protection des organes. Ce n'est que bien plus tard 
que la sélection naturelle et la division du travail en ont 
modifié certains en organes des sens et d'autres en or- 
nements sexuels. 

C'est Aristote qui a le premier 
porté attention sur le but des poils 
et leur distribution. « Les poils ser- 
vent, dit-il, comme de rempart et de 
couverture aux animaux qui en sont 
pourvus. Dans les quadrupèdes, ce 
sont surtout les parties de dessus 
qui ont besoin d'être protégées et 
couvertes, plus que le dessous du 
corps. Les parties dégarnies le sont 
en vue de la courbure et de la 
flexion. Mais dans l'homme, comme 
le devant du corps est parfaitement 
semblable au derrière au point de 
vue de la stalion droite, la nature 
s'est occupée de prêter surtout se- 
cours aux plus nobles parties. Car 
toujours elle produit ce qiCil y a de 
mieux, arec les matériaux dont elle 
dispose. L'homme est de tous les ani 
maux celui dont la tête est la plus 
velue. C'était nécessaire. Les che- 
veux sont destinés à protéger et à 
conserver l'animal en le couvrant et 
en le garantissantdes excès du froid 
et du chaud. L'encéphale de l'hom- 
me étant le plus gros est aussi le 
plus irrigué et il a plus besoin de 
protection que tout le reste. 
« Les sourcils aussi bien que les cils n'ont pour but que 
de protéger les yeux. Les sourcils les préservent contre 
les liquides qui y descendent, et leur font comme une 
toiture qui les défend contre les sueurs venant de la 
tète. Les cils sont faits pour écarter les objets qui peuvent 
tomber dans l'œil, comme les haies qu'on met parfois en 
avant des remparts. » (Des parties des animaux, livre IL) 
Vraiment, ne dirait-on pas que tout ceci est écrit d'hier ? 
Dans ce même livre, Aristote indique même d'une façon 
formelle la grande loi du balancement organique, loi qui, 
pour certains naturalistes, n'aurait été mise en lumière 
qu'à la fin du siècle dernier. « La nature a orné les 
queues, de crins qui sont lon^'s quand la queue a peu de 



si 



Espagnole de la Cata- 
ans. (Reproduction di- 
u'aphie.) 



LE N MURA LISTE 



portée, comme dans les Chevaux, et. qui sont très courts 
quant au contraire sa portée est étendue. Toujours la na- 
ture lorsqu'elle veut favoriser un côté, prend une compen- 
sation sur l'autre côté... Là où elle fait un corps très velu, 
elle diminue l'ampleur de la queue, qui se réduit, comme 
on le voit sur les Ours. » 

Il est e'tonnant qu'on ne se soit pas occupé davantage 
des lois mécaniques et physiques qui président à la di- 
rection et à la distribution des poils. On préfère couper 
des cellules en petites tranches, teindre par toutes les 
couleurs de l'arc-en-ciel, des animaux marins, les imbi- 
ber ensuite dans les essences et les baumes, afin de dé- 
terminer leurs ancêtres ! La peine n'est pas grande, et 
les résultats sont admirables... pour ceux qui savent se 
contenter de peu. 

L'implantation des poils dans la peau est presque tou- 
jours ohlique, par rapport à la surface. Ils sont disposés 
en rangées parallèles ou concentriques suivant les espèces 
et les régions; et môme chez l'homme, les dessins sont 
réguliers. Cuvier (Nouv. ann. du Muséum, 1832) avait re- 
marqué que les piquants du Porc-épic forment des sé- 
ries de sept à onze, sur des lignes un peu courbes et 
presque parallèles. Chez l'Aï, les poils semblent être dis- 
posés en quinconce et sur le flanc des Chevaux les 
lignes d'insertion décrivent des courbes concentriques 
ou spiralées autour d'un point. Chez les Mammifères, 
principalement chez les coureurs, les poils du tronc 
sont obliques d'avant en arrière, et sur les membres ils 
sont dirigés de haut en bas. Il y a pourtant une excep- 
tion pour les Singes anthropomorphes (Chimpanzés, 
Orangs, Gibbons...) et pour l'homme. Les poils de l'a- 
vant-bras sont dirigés en sens contraire de ceux du 
bras. La raison qu'on en donne est même fort plaisante : 
« Lorsque ces animaux sont accroupis et portent leurs 
mains vers la bouche, position qui leur est très ordi- 
naire, la totalité du membre se trouve revêtue de façon 
à les protéger le mieux possible contre la pluie. » 

La distribution des poils chez l'homme serait tout aussi 
intéressante à étudier que leur direction. Sur une partie 
de la tête, sur le cou, la presque totalité du corps et 
les membres, l'homme n'a que des poils clairsemés, 
presque nuls même dans certaines races. Cette nudité 
plus ou moins complète est un caractère général qui ne 
peut être attribué au climat ; ce n'est pourtant pas un 
caractère générique, car s'il y a des Mammifères plus 
velus que nous, il y en a aussi de plus nus. Les moins 
poilus de tous sont les Mammifères aquatiques, les Céta- 
cés et les Sirénides, puis viennent les plus aquatiques 
des mammifères terrestres, les Pachydermes, les Hip- 
popotames et après eux les Rhinocéros et les Éléphants. 
Linné croyait que les Chimpanzés étaient également 
moins velus que l'homme (simiœ minus quant homo pi- 
/osa?). Cette opinion erronée tenait simplement au mau- 
vais état de santé des individus observés par lui en 
Europe. 

La rareté apparente des poils chez l'homme tient à 
leur développement très inégal, suivant les diverses ré- 
gions. « Le contraste est des plus singuliers, dit Geof- 
froy Saint-Hilaire ; si nous l'observions sur d'autres ani- 
maux, si l'habitude ne nous le rendait familier dès 
l'enfance, notre surprise serait extiême. » Les parties les 
plus complètement nues, le front, les espaces sus et sous- 
orbitaires, le lourde l'oreille, le devant du cou, touchent 
aux parties où le système pileux est le plus développé. 
Quelles sont les causes qui déterminent la localisation 



des poils aux aisselles, au pubis, au périnée; leur abon- 
dance et leur longueur sur la tête?? 

D'après Girou de Buzareingnes (Répert. gén. d'anato- 
mie, 1828), il existerait une relation entre le développe- 
ment des poils et celui des muscles sous-jacents. Mais 
alors comment les Singes sont-ils moins velus ou même 
nus, où l'homme est le plus couvert de poils : aux aisselles 
et dans le voisinage des organes génitaux? Pourquoi le 
système pileux serait-il variable d'une race à une autre, 
d'un âge à un autre, d'un sexe à l'autre ? Pourquoi la 
femme jusqu'à l'âge critique ressemble-t-elle à l'enfant, 
et après l'âge critique à un jeune adolescent imberbe? Si 
les caractères sexuels tégumentaires sont très communs 
chez les Oiseaux, ils sont très rares chez les Mammifères, 
et, rapprochement fort curieux, après l'homme on ne 
peut guère citer que l'exemple du Lion et de la Lionne 
et du Lion marin. Certains Singes, outre une chevelure 
redressée ou couchée en avant, ont bien une barbe et 
des favoris, mais dans ce cas leurs femelles ont égale- 
ment une barbe au menton. Il est vrai que certaines 
femmes peuvent être plus velues que bien des hommes, 
sans que leur puissance reproductrice en soit affectée. La 
photographie ci-jointe représente une Espagnole de la 
Catalogne, âgée de 38 ans et qui eut sept enfants aussi 
poilus qu'elle. Inutile d'insister sur les absurdes rumeurs 
qui couraient à ce propos dans l'ignorante population 
qui l'entourait. Pour quelques naturalistes qui ne re- 
culent devant aucune hypothèse, l'homme primitif était 
physiquement un vrai Singe, presque entièrement velu, 
une maladie cutanée lui ayant fait perdre le poil sur 
de larges plaques , il se serait épilé pour régulariser 
sa nudité afin de ne pas être un objet de risée ou de mé- 
pris pour ses compagnons. 

Grant Allen suppose, lui aussi, l'intervention primi- 
tive d'une dénudation physique. « Plus l'homme s'habi- 
tuait à la station verticale, plus il a dû se coucher sur le 
dos ou sur le côté. Pour l'homme arrivé à son dévelop- 
pement complet, avec la disposition particulière de son 
cou, de son visage et de ses membres, il est presque im- 
possible de se coucher sur le ventre. » Le frottement a 
ainsi fait disparaître tout d'abord les poils du dos. « Les 
premières phases de celte transformation ont dû en faire 
un être d'apparence misérable et abâtardie. Mais la sé- 
lection sexuelle est alors intervenue pour accélérer et 
compléter la transformation. En effet, si un animal cou- 
vert de poils commençait une fois à les perdre, la seule 
beauté à laquelle il pourrait viser serait celle d'une peau 
noire, glabre, lisse et luisante. » 

Si nous considérons la condition malheureuse à laquelle 
l'homme a dû se trouver réduit après la perte d'une en- 
veloppe protectrice naturelle, perte qui le rendait plus 
misérable que les autres animaux et qui le forçait de re- 
courir à des vêtements artificiels, nous concevons que 
Wallace ait reculé devant une explication scientifique. 
On peut pourtant soutenir que si le désavantage fut réel 
pour les premiers individus, il devint un avantage pour 
l'espèce. L'absence de poils étant venue primitivement de 
l'habitude de la station verticale, elle ne dut apparaître 
tout d'abord que chez les êtres les plus voisins de nous. 
Par conséquent, cet inconvénient se trouvait uni à 
d'autres avantages physiques et intellectuels plus consi- 
dérables, et a excité ces ancêtres de l'homme à chercher, 
sous forme de vêlements, d'abri et d'ornements, des se- 
cours artificiels qui ont fini par donner naissance à un 
grand nombre d'arts que nous connaissons. Les petits, il 



LE NATURALISTE 



est vrai, avaient une plus grande difficulté à se suffire 
à eux-mêmes dans l'enfance; mais cette impuissance en 
exigeant chez les races, qui seules ont ainsi pu se con- 
server, plus de soin et d'affection, a produit indirecte- 
ment des facultés nouvelles, des liens plus étroits et a 
eu pour résultat final l'existence de la famille, de la 
tribu et de la nation. 

Les poils qui recouvrent le crâne et le menton sont, 
chez l'homme, les plus longs que l'on connaisse dans 
tout le règne animal. La crinière du Lion, le camail du 
Colobe, la barbe du Bouquetin, etc., restent bien en ar- 
rière. Chez les races caucasique et mongolique on voit 
les cheveux descendre communément jusqu'aux reins, 
atteindre souvent le pli du genou, quelquefois même les 
talons. Ils mesurent donc cent, cent vingt-cinq centi- 
mètres ou davantage, tandis que les poils de la chèvre 
d'Angora, de l'Yak, etc., sont bien loin d'atteindre ces 
dimensions. Leur longueur semble être en rapport avec 
la verticalité d<± notre attitude et aussi principalement 
avec le climat. 

Je n'insiste pas davantage ; je désirais simplement 
attirer l'attention sur des recherches qui seraient d'un 
grand intérêt. En résumé : les poils ne sont qu'une dif- 
férenciation des produits exfoliés périodiquement et 
normalement par toute surface cutanée. La cause directe 
de leur développement fut le besoin primitif de protec- 
tion contre les variations atmosphériques. Des adapta- 
tions secondaires les transformèrent ensuite, soit en or- 
ganes sensoriels, soit en organes de protection passive (cui- 
s ses des Tatous, écailles des Pangolins, etc.) , ou de 
protection active (sabots des Ongulés, griffes, ongles, et 
dents). D'autres adaptations les firent disparaître de 
presque toute la surface du corps, ou les atrophièrent 
dans certaines régions. Ce n'est que plus tard, enfin, 
que la sélection sexuelle modifia dans certaines légions 
la longueur de ces organes tégumentaires pour en faire 
chez certaines espèces les signes extérieurs de la pu- 
berté et de la sexualité mâle ou femelle. 

F. Lahille, 
D 1 es sciences naturelles. 



NOTE SUR VHeliophobus sciilœ 

(Papillon de la famille des Noctuelles) 



Dans le n° 27 du Naturaliste, portant la date du 15 avril 1888, 
j'ai décrit la chenille et le mâle de VHeliophobus sciilœ, trouvée 
à Bone (Algérie), par M. Olivier. 

Dtpuis, M. Olivier, étant parvenu à obtenir plusieurs spéci- 
mens' de cette intéressante espèce, m'a fait tout récemment 
le gracieux envoi d'un couple et m'a permis ainsi de compléter 
ma note précédente en y ajoutant quelques mots sur la 
femelle de cette noctuelle d'Algérie. 

Ce qui attire de suite le regard chez cette femelle, ce sont 
ses ailes qui sont sensiblement plus petites que celles du mâle 
et d'une coupe fort différente : on pourrait les appeler spatu- 
liformes, surtout les inférieures. 

En outre, tous les bords de ces ailes, même la cote, sont gar- 
nis de poils assez denses; les plus longs se trouvent sur le bord 
externe dont la frange parait ainsi prolongée. 

Cette femelle présente les mêmes dessins que le mâle; seule- 
ment, tout est plus sombre. La coloration claire des nervures 
qui égaie si agréablement le milieu des ailes du mâle fait tout 
à fait défaut sur celles de la femelle, — du moins, sur celles du 
sujet que j'ai sous les yeux. 

L'abdomen est énorme et de forme ovoïde. Les antennes 
sont filiformes et brunes. 

Il est plus que probable que cette femelle ne doit pas voler. 
Avec un abdomen aussi gros et des ailes aussi faillies, le mieux 



pour VHeliophobus sciilœ $ est de se tenir cachée sous les 
fouilles, de ramper péniblement sur terre ou tout au plus de se 
permettre de grimper le long des tiges des arbrisseaux. Quant à 
se lancer dans les airs, à parcourir l'espace comme son mâle ou 
en sa compagnie, elle doit en faire son deuil. 

A cause de ses ailes raccourcies, VHeliophobus sciilœ me 
parait, jusqu'à présent, devoir se placer à côté de VHeliophobus 
hirta Hb. dont la femelle n'a que des ailes rudimentaires. 

J'ajouterai que VHeliopiihobus sciilœ éclôt en octobre et no- 
vembre. 

P. Chrétien. 



Les Oiseaux utiles (*) 



Notre collaborateur, M. le D r E. Trouessart, vient de publier 
tout récemment, à la librairie Baillière, un très bel ouvrage 
ayant pour titre les Oiseaux utiles. 

Le naturaliste et l'économiste ont le droit de s'inquiéter en 
voyant les petits oiseaux insectivores disparaître peu à peu de 
nos campagnes, au grand préjudice de nos céréales et de nos 
arbres fruitiers. 

Depuis une vingtaine d'années, les gouvernements européens 
se sont émus des dangers que la destruction des petits oiseaux 
insectivores et de leurs nids fait courir à l'Agriculture : ils ont 
demandé aux naturalistes de leur fournir des renseignements 
précis qui leur permettent de reviser les lois qui régissent la 
chasse et de réprimer le braconnage. En attendant, on a cher- 
ché à répandre dans les masses les notions d'histoire naturelle 
qui seules permettent de distinguer les animaux utiles de ceux 
qui sont nuisibles. On a donné aux instituteurs primaires, si 
bien placés pour combattre la routine, celte plaie de nos cam- 
pagnes, les instructions les plus claires et les plus sûres pour 
enseigner aux enfants qu'il ne faut pas dénicher les nids, aux 
adultes que le meurtre d'une chouette ou d'un simple moineau 
est un véritable crime qui ne peut que nuire à la prospérité de 
leurs champs. 

C'est aux naturalistes et aux personnes éclairées qui s'inté- 
ressent à l'Agriculture, de réagir de tout leur pouvoir contre 
les abus qui régnent encore aujourd'hui. 

Beaucoup d'oiseaux considérés comme granivores sont en 
réalité omnivores. On a vu, dans l'estomac de l'Alouette lulu 
et de la Farlouse, des charançons, des vermisseaux, des fourmis 
et leurs œufs, des débris de sauterelles, des chrysalides, des 
larves... et quelques semences de trèfle, des brins d'herbe et un 
peu de sable. 

Le Moineau, si décrié, a souvent dans l'estomac des parcelles 
de hannetons, de chenilles, des vers, dos limaçons, des graines 
de viornes, de tournesol, de topinambour, et d'autres provenant 
des déjections dos herbivores, etc. 

Le Loriot, considéré dans nos campagnos comme un pillard 
de cerises et d'autres fruits, se nourrit exclusivement d'insectes 
nuisibles, larves et chrysalides de papillons, de coléoptères et 
d'orthoptères. 

Tous ou presque tous Tes petits passereaux sont, au moins 
pendant une certaine partie de l'année, notamment au moment, 
de l'élevage des jeunes, presque exclusivement insectivores. Si 
l'on veut être juste, on leur passera facilement les quelques 
graines qu'ils dérobent en faveur de la quantité beaucoup plus 
grande d'insectes qu'ils détruisent, insectes qui auraient dévoré 
dix fois plus de graines et de fruits que les oiseaux en question. 

E 00 espèces d'oiseaux d'Europe, et notamment tous les petits 
passereaux, doivent être considérés comme utiles et protégés 
par tous les moyens possibles contre les causes de destruction 
qui les menacent. 

Dans ce livre, on n'a pas eu la prétention de figurer et de dé- 
crire tousles oiseaux utiles : on s'est contenté de prendre qua- 
rante-quatre types choisis parmi les plus répandus dans nos 
campagnes ou parmi ceux qui jouissent, à juste titre, d'une 
réputation incontestable et incontestée. Ce sont ceux-là qu'il 
importe de bien connaître afin de leur accorder toujours et par- 
tout la protection qui leur est due à titre d'auxiliaires do l'A- 
griculture. 

Ce livre, édité avec luxe, est un magnifique cadeau d'étrennes 

(lj 1 volume in-4. élégamment cartonné, avec li planches i n 
couleurs d'après les aquarelles de Léo-Paul Robert, prix 33 fr. 
(Chez J.-B. Baillière, éditeur, et aux bureaux du journal). 



LE NATURALISTE 



les 11 planches qui reproduisent les aquarelles de Paul Robert 
sont autant de tableaux pris sur le vif et qui nous montrent les 
oiseaux au milieu des plantes et des paysages qui leur sont 
familiers. 



SUR L'INVASION D'UNE PLANTE AMÉRICAINE 



Me trouvant il y a quelque temps à Mortagne-sur- 
Gironde (Charente-Inférieure), je fus questionne' par un 
habitant de cette localité au sujet d'une plante qui l'in- 
triguait beaucoup. 

« Cette singulière plante, me dit-il, se rencontre à 
profusion dans les fossés des environs de Mortagne, où 
elle recouvre la surface de l'eau d'un épais tapis de 
verdure nuancé de teintes pourprées. Ce qui ajoute à sa 
singularité, c'est qu'elle était absolument inconnue chez 
nous il y a peu de temps encore, elle est venue avec le 
phylloxéra et a envahi nos ruisseaux, nos fossés pendant 
que ce dernier s'abattait sur nos vignes. » 

Le lendemain on me montra la plante ainsi décrite. 
Je reconnus de suite un Azolla. 

Les Azolla sont des cryptogames vasculaires apparte- 




Invasion d'une plante américaine, VAzolla filiculoides, 
très grossie 

nant à la famille des Salviniacées. Ce sont de petites 
plantes ayant seulement quelques centimètres de hau- 
teur, qui se multiplient avec rapidité et forment à la sur- 
face de l'eau un revêtement très dense. Le genre Azolla 
renferme un petit nombre d'espèces ; on n'en connaît 
que quatre, qui toutes sont étrangères à l'Europe. 

La présence de l'une d'elles dans la Charente-Inférieure 
pouvait donc causer àun botaniste une certaine surprise, 
d'autant plus que les flores de la région datant de 
quelques années, ne font aucune mention de VAzolla, 
malgré L'abondance extrême avec laquelle cette piaule 
y est répandue. 



Ce fait, en apparence si étrange, peut être expliqué 
aisément, et les circonstances dans lesquelles il s'est 
produit sont d'ailleurs des plus intéressantes à connaître. 

Il y a une douzaine d'années, en 1879, on introduisit au 
Jardin botanique de Bordeaux un certain nombre de 
pieds d'un Azolla que l'on crut être l'A. caroliniana. Ces 
pieds furent confiés aux bons soins de M. Caille, le jar- 
dinier en chef de ce jardin. L'hiver 1879-1880 fut, comme 
on le sait, très rigoureux, aussi les cultures laissées en 
plein air furent-elles détruites par le froid. Mais par pru- 
dence on avait placé d'autres cultures sous des châssis ; 
ces dernières résistèrent, et M. Caille eut même le bon- 
heur de les voir fructifier au mois de juillet de l'année 
suivante. C'était la première fois que l'on voyait fruc- 
tifier Y Azolla en Europe. Ces cultures furent conservées 
dans la suite et elles existent encore aujourd'hui, mais 
elles sont sans intérêt pour nous. Il en est tout autre- 
ment de celles dont nous allons parler. 

Pendant la même année 1879, quelques pieds de 
VAzolla introduit au Jardin botanique furent jetés dans 
les fossés des marais de Boutaut, aux environs de Bor- 
deaux. Ces pieds, livrés à eux-mêmes, eurent un sort plus 
heureux que celui des cultures en plein air du Jardin 
botanique, car ils résistèrent, soit qu'ils furent protégés 
par les autres plantes aquatiques, soit qu'ils eurent 
acquis plus de vigueur. Et non seulement ils résistèrent 
aux froids rigoureux, mais ils se multiplièrent ensuite 
avec une telle rapidité qu'ils envahirent promptement 
les fossés et lespièces d'eau du voisinage. 

Cette multiplication de la plante exotique fut loin d'ail- 
leurs d'être considérée comme un bienfait par les maraî- 
chers et les horticulteurs bordelais, car leurs bassins 
furent envahis, et les autres plantes aquatiques durent 
céder la place à la nouvelle venue. Un autre titre de cette 
dernière à la malédiction des jardiniers, c'est qu'elle 
s'insinue avec un sans-gêne que rien ne rebute dans les 
tuyaux de conduite d'eau et qu'elle obstrue tous les trous 
ménagés pour l'alimentation ou pour le déversement. 
Aussi ne conseillerai-je point à l'auteur de cette expé- 
rience d'acclimatation d'aller se faire connaître à ses 
nombreuses victimes. 

Mais l'Azo//a ne se contenta pas de peupler ainsi les 
eaux des environs de Bordeaux, il s'étendit de proche en 
proche, agrandissant très vite l'aire de sa répartition. C'est 
ainsi que quelques années plus tard il atteignait les envi- 
rons de Blaye où M. Deloynesle signalait en 1883. S'éten- 
dant sans cesse depuis lors, il gagna Mortagne, qui se 
trouve à près de quatre-vingt-dix kilomètres de Bordeaux. 
Aujourd'hui il occupe un espace véritablement considé- 
rable, et si l'on réfléchit que son introduction date de 
quelques années seulement, on est frappé de la puissance 
de son invasion. 

Cette invasion de VAzolla a causé de grands ravages 
chez les plantes aquatiques qui habitaient la contrée où 
elle s'est abaLtue. Elle a provoqué la diminution en nom- 
bre de certaines espèces et la destruction presque totale 
de quelques autres. C'est ainsi que les Lemna (Lentilles 
d'eau) disparaissent rapidement et que le Salvinia natans 
s" l'ait de plus en plus rare. Cette dernière espèce est 
une Salviniacée, comme VAzolla. Elle se trouvait dans les 
fossés de Bordeaux où elle se multipliait fort bien avant 
l'arrivée de celui-ci. Sa destruction par un représentant 
de sa propre famille est un fait qui ne laisse pas d'être 
piquant. 

\< Azolla introduit en 1879 l'ut désigné sous le nom d'A. 



LE NATURALISTE 



caroliniana. Plus tard des doutes furent émis sur sou 
identité; soit que la détermination primitive fût inexacte, 
soit que depuis lors on ait introduit des espèces diffé- 
rentes, toujours est-il que celle qui parait prédominer 
aujourd'hui est VA. filiculoides. C'est du moins cette der- 
nière que l'on trouve à Mortagne ainsi que j'ai pu le cons- 
tatera l'aide des caractères anatomiques tirés des feuilles. 
Ces deux espèces d'A^o^asontd'origine américaine; mais 
tandis que VA. caroliniana habite surtout l'Amérique du 
Nord et ne descend pas vers le sud au delà du Brésil, l'A. 
filiculoides se rencontre jusque dans la PaLagonie et ne 
remonte pas vers le nord au delà de la Californie. 

La connaissance des détails qui précèdent explique suf- 
fisamment pourquoi la plante envahisseuse n'est pas 
signalée dans les dores un peu anciennes, en même temps 
qu'elle Justine l'observation de mon interlocuteur en ce 
qui concerne son apparitionre'cente dans les environs de 
Mortagne. Mais elle montre en outre comment une obser- 
vation juste peut conduire à une interprétation erronée, 
car il n'est point besoin d'ajouter qu'il n'y a entre l'ar- 
rivée de la plante et celle du phylloxe'ra qu'une simple 
coïncidence. 

C. Chauveaud. 



SOCIÉTÉ ZOOLOGIQUE DE FRANCE 



BULLETIN DE JUILLET ET OCTOBRE 1891 

28 juillet 1891. — Ktudiantla synonymie et la distribution 
géographique du Diaptomus Alluaudi, MM. de Guerne et Jules 
Richard établissent l'identité de ce copépode d'eau douce avec le 
D. Lorteti Barrois et le D. unguiculatus Daday; ils montrent 
ensuite que cette espèce a été signalée aux Canaries, au Caire 
et en Hongrie, c'est-à-dire dans les points presque extrêmes de 
la région circaméditerranéenne et en présence de ce fait, ils se 
demandent « s'il existe chez les Calanidcs d'eau douce, à côlé 
d'espèces très largement répandues, des types spéciaux à une 
province zoologiquc déterminée ». — Traduction d'une note de 
M. F. Crosa sur la conservation de la couleur des chenilles par 
le chlorure de zinc au vingtième et par la glycérine. 

S? octobre. — D r Raphaël Blanchard : Sur la sangsue 
de cheval du nord de V Afrique (Liminatis nilotica Savigny). 
Cette espèce que Savigny avait signalée dans le Nil et qui n'a pas 
été reconnue depuis, se trouve en réalité dans toute la zone 
subtropicale depuis les Açores jusqu'en Syrie, en passant par 
notre colonie algérienne. Malgré les analogies extérieures qu'elle 
présente avec les Hirudo, elle a une organisation bien diffé- 
rente et mérite de former un genre spécial, qui renferme d'ail- 
leurs de nombreuses espèces tropicales et subtropicales. Comme 
notre Hirudo sanguisuga, qui n'existe pas en Algérie, elle peut 
rester longtemps attachée aux parois de la bouche des chevaux 
et du bétail, et souvent même s'attaque à l'homme. — A l'appui 
de cette assertion, M. Miïgnin dit avoir observé, à Vincennes, 
des sangsues qui s'étaient attachées en Tunisie à la muqueuse 
buccale des chevaux du 12 e d'atillerie, et qui s'y trouvaient encore 
après plus d'un mois. — Alph. Labbé : Noie sur un nouveau 
parasite du Sang [Trypanomonas Danileirskyi). On sait que 
les sangsues renferment dans leur intestin un principe qui 
empêche le sang de se coaguler et qui, en raison de ce fait, 
paraît permettre aux Hématozoaires de rester vivants en dehors 
de l'organisme où ils trouvent normalement leur existence. 
M. Labbé décrit un organisme biflagellé, du genre Trypano- 
monas, qu'il a trouvé dans le tube digestif d'une sangsue des 
Landes, et qui provient probablement de l'âne ou du cheval 
dont cette sangsue avait sucé le sang. — M. T. B. Rossf.tep, 
de Cantcrbury : Sur un cysticerco'ide des Ostracodes capable de 
se développer dans l'intestin du Canard. Le Cysticerco'ide en 
question habite, avec la larve du Tœnia coronula, dans les 
larves du Cypris cinerea; il a un rostre rétractile armé de 10 
crochets et 4 ventouses plus richement armées encore. L'au- 
teur ayant fait avaler à un canard un grand nombre de cypris 
contaminés, il trouva dans le duodénum de l'oiseau, après un 
mois, un grand nombre de petits Tœnia lanceolata Gœ/.e, dans 



lesquels se reconnaissaient parfaitement les caractères du cys- 
ticerco'ide cypridien qui est en fait la larve de ce Tœnia. — 
MM. J. de Guerne et J. Richard : Sur quelques enlomos- 
tracés d'eau douce de Madagascar. Les auteurs signalent seule- 
ment un Cyclope cosmopolite (C. Leuckarti Sav), un Cerio- 
daphnia européen (C. Latticanda Millier), un Canthocamptus 
et un Alona très voisins d'espèces européennes des mêmes 
genres. — Dans une seconde note sur les Entomosfracés recueil- 
lis par M. Charles Rabot en Russie et en Sibérie, les mêmes 
auteurs signalent 45 espèces qui étaient déjà connues ailleurs 
et dont la plupart sont répandues dans toutes les parties de 
l'Europe. — M. Xavier Raspail : Note sur une Alouette des 
champs [Alauda arvensis) se perchant. 

E.-L. Bouvier. 



IRRÉGULARITÉS DE LA SURFACE DES TERRAINS CALCAIRES 



Tout le monde connaît les ressauts de terrain qui, 
dans les champs, limitent souvent les diverses parcelles 
de culture; ces irrégularités topographiques peu fré- 
quentes ou même tout à fait inconnues dans certaines 
régions, sont au contraire extrêmement abondantes dans 
divers pays et principalement en Picardie et dans l'Ar- 
tois, sur les affleurements de la craie supérieure. Ces 
ressants sont désignés sous le nom de rideaux; ils ont 
été remarqués depuis longtemps; l'abbé Paramelle, dans 
l"Art de découvrir les sources, après avoir étudié et décrit 
les vallées à pentes plus ou moins raides, parle des 
* descentes qui limitent les héritages ». 

L'année dernière, l'origine des rideaux de la craie a 
été l'objet d'une discussion très intéressante à la Société 
géologique de France, entre M. Lasne, qui a émis et sou- 
tenu l'idée que ces accidents étaient dus à des glissements 
du terrain parallèlement aux fractures ou diaclases de la 
craie, à la suite d'une dissolution lente de la roche par 
les eaux des nappes souterraines, et M. de Lapparent, qui 
ne croit pas devoir attribuer à ces phénomènes une ori- 
gine géologique; selon lui, ces rideaux ne seraient que 
de simples accidents résultant d'un labourage irrégulier 
ramenant toujours les terres dans le même sens, du haut 
du champ vers le bas. 

Ces deux théories ont été soutenues et développées 
avec beaucoup de détails curieux par leurs savants 
auteurs. Les lecteurs du Naturaliste qui voudront appro- 
fondir cette question un peu spéciale liront avec un vif 
intérêt l'exposé de ces deux opinions dans le Bulletin de 
la Société (1). 

L'origine artificielle des rideaux, due à la culture, avait 
déjà été admise par l'abbé Paramelle dans l'ouvrage cité 
plus haut ; il dit en effet : « Le propriétaire du fonds 
supérieur ne voulant jamais laisser descendre sa terre 
sur le fonds inférieur par le fait de la culture, il dégarnit 
le haut et accumule insensiblement la terre sur le bas de 
sa propriété, à tel point qu'en beaucoup d'endroits, qui 
sont cultivés depuis bien des siècles, on voit au bas des 
champs et des vignes des talus de terre végétale qui ont 
jusqu'à quatre ou cinq mètres de hauteur. » 

Cette théorie me paraît fausse, car, au contraire, si le 
laboureur veut, avec raison, retenir sa bonne terre, il doit 
chercher à la remonter le plus possible et par suite, dimi- 
nuer le talus inférieur. 

Le même auteur efileure aussi un peu, cependant, 
l'opinion de l'origine naturelle des rideaux quand il 

(■!) Bulletin de la Société géologique de France, t. XVIII, 
séance du 2 juin 1890; t. XIX, 3 novembre 1890. 



10 



LE NATURALISTE 



ajoute : « Les eaux pluviales contribuent aussi à dénuder 
le haut de chaque héritage et à faire descendre les 
terres meubles vers le bas. » 

J'ai, moi-même, eu l'occasion de voir bien souvent les 
pays présentant le phénomène des rideaux et j'ai fait 
dernièrement plusieurs tournées spéciales au cours des- 
quelles j'ai pu recueillir sur cette question quelques 
notes que je vais développer sommairement ici. 

11 faut citer parmi les régions géographiques particu- 
lièrement riches en rideaux le bassin crétacé de la Somme 
et les collines qui le bordent du côté de l'Oise au Sud et 
du côté des Flandres au Nord. 

Les rideaux picards sont généralement peu élevés, ils 
dépassent rarement cinq ou six mètres, mais ils sont 
très longs et bordent toutes les vallées, auxquelles ils 
sont presque toujours parallèles; ils sont fréquemment 
superposés et tellement rapprochés qu'il n'est pas rare 



donnerait-il pas lieu ici au même phénomène que sur la 
craie ? 

Si on admet le dégarnissage progressif du haut de 
terrain au profit du bas, on est bien obligé de recon- 
naître que la couche de terre végétale doit toujours 
diminuer d'épaisseur en amont; or, justement dans les 
régions riches en rideaux, le bon sol est généralement 
extrêmement mince, rien que cette considération oblige 
le cultivateur à conduire le labourage de façon à laisser 
partout la même épaisseur de terre végétale. 

Bien souvent les rideaux sont regardés, avec raison, 
comme des obstacles à la culture, surtout quand le même 
propriétaire possède et doit labourer d'un seul coup plu- 
sieurs parcelles séparées par ces ressauts de terrain; il 
voudrait bien les faire disparaître, mais il recule non 
seulement devant les travaux de terrassement que cette 
amélioration le conduirait à faire, mais surtout, devant 




Vallée sèche avec rideaux latéraux à Mory-Mont-Crux (Oise) 



de voir des champs de plusieurs centaines de mètres de 
longueur, dont la largeur, limitée entre deux rideaux, 
atteint à peine deux ou trois mètres. Il existe un champ 
cultivé de cette façon sur la rive droite de la Noyé, près 
d'Ailly (Somme); le cultivateur a été obligé d'accepter 
cette forme, très incommode, de son terrain; s'il avait pu 
la modifier à peu de frais, il l'aurait certainement fait. 

Cette observation me paraît importante, car, sur une 
aussi faible étendue, il n'est pas possible que la culture 
ait déplacé un volume de terre dont la hauteur est égaïe 
ou supérieure à la largeur. 11 est de plus difficile d'ad- 
mettre qu'un héritage aussi étroit soit précisément 
allongé dans le sens du thalweg, car c'est précisément le 
contraire qui a lieu le plus ordinairement; le seul 
moyen de l'aire un partage absolument juste d'un terrain 
incliné consistant à le fractionner dans le sens de la 
ligne de plus grande pente. C'est, même l'application 
plusieurs fois répétée de ce principe qui donne à cer- 
taines régions un aspecl si singulier. Les environs de 
Soissons et toutes les collines qui bordent la vallée de la 
Marne présentent des exemples frappants de ce morcel- 
lement. 

Ces collines tertiaires à pentes souvent rapides ne pré- 
sentent jamais de rideaux. Pourquoi le labourage ne 



le soin qu'il faudrait prendre pour ne pas enfouir la 
faible couche de sol utilisable, ce qui aurait fatalement 
lieu s'il se contentait d'abattre les rideaux en faisant 
descendre une partie du terrain supérieur sur l'in- 
férieur. 

Les bords des vallées présentent souvent sur leurs 
lianes des ondulations transversales plus ou moins 
accentuées; dans ce cas, les rideaux, parallèles au 
thalweg principal, traversent les petits vallons secondaires 
sans que'la hauteur soit modifiée d'une façon appréciable 
et cela, quel que soit le sens du labourage. 

M. Lasne a accompagné son mémoire d'un tableau 
indiquant les principales directions des rideaux dans le 
pays qu'il a tout particulièrement, étudié : les environs 
de Doullens, et il s'appuie sur le parallélisme général 
des rideaux et des diaclases pour attribuer une origine 
géologique au phénomène et dire que ceux-là dérivent 
directement de celles-ci. On peut, je crois, ajouter la 
constance de direction sur des étendues considérables; 
je citerai dans ce cas, parmi de nombreux exemples, les 
rideaux élevés qui existent dans le Cambrésis, entre 
Iîusi^ny et le Cateau, sur la rive gauche de la Selle; 
ceux des environs d'Arias, entre Miraumont et Achiet- 
le-Petit, et enfin ceux situés au sud de Mons, près de 



LE NATURALISTE 



11 



Frameries, en Belgique. Ces derniers ont de telles 
dimensions, qu'il paraît impossible de leur attribuer une 
origine artificielle. 

Il est bien évident qu'il existe souvent quelques petites 
irrégularités du sol qui ne peuvent provenir que de la 
culture, mais ce ne sont pas des rideaux. 

Il est à remarquer que si les rideaux se rencontrent 
surtout dans les pays crayeux du nord de la France, on 
en voit aussi et de très caractéristiques, non seulement 
à la surface de la craie dans d'autres régions, mais 
encore sur les affleurements de formations très diverses. 
Seulement, sauf quelques exceptions assez rares, les 
rideaux intéressent toujours les terrains calcaires et 
parmi ceux-ci les plus facilement délitables sous l'in- 
fluence des agents atmosphériques. Dans tous les cas, 
la topographie est la même : vallées à flancs peu incli- 
nés présentant une succession de terrasses séparées par 
des ressauts plus ou moins hauts dont la pente est celle 
des talus naturels d'éboulement. 

Dans les exemples, fort rares, d'ailleurs, de rideaux 
sur des terrains argileux ou sableux, il est très probable 
qu'une couche calcaire existe à faible distance au- 
dessous. Une étude spéciale locale ramènerait sans doule 
facilement ces anomalies apparentes dans le cas général. 

L'action dissolvante des eaux météoriques parait évi- 
demment être le principal agent de formation des 
rideaux; mais je ne crois pas qu'il y ait lieu de faire 
intervenir les nappes générales profondes ; non pas que 
l'éloignement du support imperméable soit un obstacle, 
car l'épaisseur des formations imbibées est quelquefois 
considérable ; mais dans les pays qui nous occupent, 
l'acide carbonique qui permet aux eaux de dissoudre les 
roches calcaires n'a pas une origine interne ; il provient 
ordinairement de l'atmosphère et surtout de la combus- 
tion naturelle des matières organiques de la surface du 
sol. L'eau, en tombant sur celui-ci, absorbe une forte 
proportion d'acide carbonique qui ne tarde pas à se 
saturer de carbonate de chaux en pénétrant dans le sol 
calcaire. 

Si la roche est faiblement fissurée et force ainsi l'eau 
à la traverser lentement, celle-ci est rapidement saturée 
de bicarbonate de chaux à peu de distance de la surface ; 
au-dessous, la température s'élevant progressivement, 
même d'une très faible quantité, il y a départ d'acide 
carbonique et le carbonate neutre de chaux se dépose 
de nouveau. C'est ainsi que dans la craie du nord de la 
France, on voit rarement la zone de décalcification 
actuelle dépasser une profondeur de quelques mètres. 
On ne peut donc pas croire que les eaux profondes de 
cette région tiennent encore en dissolution assez d'acide 
carbonique en excès pour attaquer la roche. C'est seu- 
lement quand il existe des fractures largement ouvertes 
que l'eau peut pénétrer rapidement à une grande dis- 
lance du sol; or, ce cas est relativement rare. 

Il est important de remarquer, en outre, que les rejets 
sont beaucoup plus rares que les simples fractures 
et que les rideaux; c'est seulement quand celles-ci exis- 
tent à proximité du sol qu'elles se terminent par des 
rideaux. 

Dans les coupes de la craie et de la plupart des ter- 
rains calcaires situés sur les bords des vallées, les 
diaclases dirigées parallèlement au thalweg sont de 
beaucoup les plus abondantes. 

Les eaux qui ruissellent à la surface du sol en descen- 
dant vers la vallée, rencontrent un grand nombre de ces 



fractures dirigées perpendiculairement au sens de leur 
écoulement. Si ce sol était homogène et nonïragmenté, 
ces eaux pénétreraient régulièrement dans la masse du 
terrain ; mais, dès qu'elles rencontrent des fissures, même 
peu ouvertes, elles profitent de cette facilité d'introduc- 
tion dans la roche ; les fentes sont ainsi rapidement 
élargies par dissolution. Si une période de sécheresse 
survient après la pluie et si la roche est facilement déli- 
table. comme la craie blanche, elle se fragmente et la 
lèvre inférieure de la fissure s'affaisse, surtout si le 
terrain est en pente un peuraide; une pluie suivante 
dissoudra de préférence cette partie délitée en petits 
morceaux et la différence du niveau entre les deux bords 
de la fracture ira ainsi en s'accentuant à la surface du 
sol sans qu'il y ait en profondeur de rejet visible et 
quel que soit d'ailleurs, non seulement la distance de 
la couche imperméable qui retient la nappe souterraine, 
mais encore le niveau supérieur de celle-ci. 

Je pense donc que les rideaux ont une origine géolo- 
gique intimement liée à celle des diaclases, mais que 
l'action des nappes profondes n'y est pour rien, au moins 
dans la plupart des cas. Les eaux superficielles, qui sont 
les plus dissolvantes, sont généralement suffisantes pour 
produire le phénomène. Il faut seulement que le sol 
soit constitué à une faible distance de la surface par une 
roche calcaire fissurée, facilement délilable et 'soumise 
sur les pentes à des alternatives de sécheresse et d'hu- 
midité. 

Cette dernière condition explique l'absence de rideaux 
dans les forêts et dans les prairies. Dans le premier cas, 
l'épaisse couche des feuilles mortes et l'humus qui 
recouvrent le sol diffusent l'eau et l'obligent à pénétrer 
très lentement et régulièrement sans choisir les fissures 
qui peuvent exister au-dessous ; enfin, la végétation 
s'oppose à la dessiccation. Quant aux prairies, il est à 
peine besoin de dire qu'elles sont utilisées ainsi préci- 
sément parce que le sol toujours humide de ces terrain; 
se prête parfaitement à ce genre de culture. 

La figure ci-jointe est la reproduction exacte d'une 
photographie prise spécialement pour accompagner cette 
note ; elle représente une vallée sèche, dans l'Oise, à Mory- 
Monf-Crux,prèsde Breleuil. Le fond, légèrement concave, 
a 100 mètres de largeur; les flancs sont peu inclinés et 
présentent de nombreux rideaux d'une hauteur moyenne 
de 4 mètres. A gauche, on voit, devant le bouquet 
d'arbres, trois rideaux successifs ; celui du milieu a été 
en partie détruit par le propriétaire du terrain, qui a 
préféré faire un grand travail, pour labourer deux 
champs d'un seul coup. Le parallélisme des diaclases et 
des rideaux, peut être observé dans une carrière située 
sur la droite de cette vallée. 

Cette coïncidence, dans la direction des fractures et 
des rideaux est très remarquable dans les magnifiques 
carrières de craie blanche à Belcmnitelles de Caix-en- 
Santerre (Somme). 

Comme exemples de rideaux intéressant des terrains 
autres que la craie, on peut citer : tout près de Paris, 
certains vallons des environs de Louvres (Seine-et-Oise), 
sur le calcaire de Saint-Ouen et le calcaire de Louvres. 
Enfin, dans le Boulonnais, les champs situés sur les 
affleurements oolithiques des environs de Marquise sont 
remarquables à ce point de vue et contrastent avec les 
autres terrains de culture tout aussi inclinés, mais situés 
sur les couches argileuses de l'oxfordien ou du crétacé 
inférieur. Henri Bouhsault. 



12 



LE NATURALISTE 



LE CAMPHRIER 

SON PRODUIT 



Le Camphrier (Cinnamomum Camphora Fr, Nées et 
Ebermier — Laurus Gamphora, L. Camphora ojficinarum 
G. Bauhin) est un grand arbre qui atteint 10 à 
15 mètres de hauteur, qui vit dans une aire très étendue, 
car on le trouve dans toute la Chine centrale et les îles 
du Japon. En Chine, il abonde particulièrement dans les 




Pig. 1. — Le Camphrier de Chine [fiinnamomum camphora). 



provinces de l'Est et du Centre, celles de Chekiang, de 
Fokien et de Kiangsi. Il est, également abondant dans 
l'île de Formose, où il couvre toute la chaîne de mon- 
tagnes qui s'étend du nord au sud et s'élève jusqu'à une 
altitude de (>00 mètres au-dessus du niveau de la 
mer. 11 croît vigoureusement dans les contrées tropi- 
cales et subtropicales. Dans Les jardins de l'Italie, il se 
développe en un grand et bel arbre qu'on peut cultiver 
jusqu'au lac Majeur vers le uord. En 1874, j'ai vu un su 
perbe Camphrier dans le jardin de la villa Palavicjni, 



près de Gênes, et un autre dans le parc du Palais-Royal 
de Capodimonte près de Naples. 

Cet arbre a été' aussi introduit depuis longtemps dans 
la basse Provence, .où il supporte aisément les petites 
gelées. Le Camphrier a été importé à la Réunion; il est 
rare dans la basse Cochinchine ; on en trouve quelques 
pieds dans les forêts du Cambodge qui bordent la pro- 
vince de Tay Ninh; les troncs fournissent un excellent 
bois, très estimé à cause de son odeur et employé dans 
la fabrication des malles, des tiroirs d'armoires et d'un 
grand nombre de petits objets. 

On retire du camphre 
d'autres plantes que le cam- 
phrier de Chine parmi les- 
quelles laplus remarquable 
est le Dryobalanops aroma- 
tica, grand arbre de l'Ar- 
chipel indien. Les deux sor- 
tes de Camphre, fournies 
par les deux arbres cités ci- 
dessus, ont toujours été re- 
gardées par les Chinois 
comme parfaitement dis- 
tinctes ; ce fait doit être à 
l'esprit quand on étudie 
l'histoire du camphre. En 
parcourant les notions qui 
sont fournies parlesécrils 
chinois, on s'assure que 
quoique l'arbre fût évidem- 
ment, connu au iv c siè- 
cle, et probablement à une 
époque antérieure, et par- 
ticulièrement signalé à cau- 
se de son bois précieux, il 
n'est fait aucune mention 
de son produit. 

Le She-Chin, l'auteur du 
célèbre traité de britanni- 
que Pun-Tsao -Kanij-Mieh , 
écrit au milieu du xvi e siè- 
cle, connaissait bien les 
deux sortes de camphre, 
l'une produite par le Cam- 
phrier de son propre pays, 
l'autre importée des îles 
Malaises. Il raconte qu'on 
prépare le premier en fai- 
sant bouillir le bois et 
qu'on le purifie à J'aide de 
sublimations répétées. Mar- 
co Polo, vers la fin du xui e 
siècle, visita les forêts de 
Fokien, dans le sud-est de 
la Chine et raconte qu'elles 
possèdent un grand nombre d'arbres qui donnent du 
camphre. 11 paraît en résulter que le Camphrier était 
connu à l'époque de Marco Polo; cependant il est bien 
certain que les renseignements les plus anciens que l'on 
ait trouvés sont relatifs au camphre très estimé des îles 
Malaises, qui constitue encore aujourd'hui un des corps 
les plus en laveur parmi ce groupe de substances. 

Il ne paraît pas que le camphre soit parvenu en Eu- 
rope pendanl la période classique de la Grèce et de 
Rome. La première mention relative à ce corps, que 



LE NATURALISTE 



13 



l'on connaisse, se trouve dans l'un des plus anciens 
monuments de la langue arabe, le poème d'Imru-I-Kais, 
prince de la dynastie de Kindahs, qui vivait dans l'Ha- 
dramank au commencement du vi e siècle A peu près à 
la même époque, détins, d'Amida (la mo- 
derne Diarbekir), employait le camphre en 
médecine; mais d'après la façon dont il en 
parle, il était à cette époque évidemment 
fort rare. Car, pendant plusieurs siècles con- 
sécutifs à cette époque, le Camphrier fut con- 
sidéré comme l'un des parfums les plus rares 
et les plus précieux. 11 est mentionné en 6)6 
avec le musc, l'ambre gris et le bois de san- 
tal, parmi les trésors que Chosroès II, roi 
de Perse, de la dynastie de Sassanian, pos- 
se'dait dans le palais de Madain, sur le Tigre, 
au nord de Babylone. Parmi l'immensité des 
choses précieuses, dispersées au Caire, à la 
chute du khalif fatimite Mostanser, au si siè- 
cle, les historiens arabes signalent avec éton- 
nement les masses de camphre, et les figures 
de melons de camphre ornés d'or et de bijoux 
ainsi que de grandes quantités de musc et de 
bois d'aloès. Il faut rappeler aussi que vers 642, 
les princes indiens envoyaient du camphre, 
comme tribut ou présent, aux empereurs de 
la Chine, et qu'à l'époque de Teenpaou (742- 
T.'io) les Cochinchinois apportaient à la cour 
de Chine un tribut de camphre de Barus, re- 
cueilli, d'après le dire des ambassadeurs, 
dans le Ironc des vieux arbres, et possédant 
un parfum tel qu'on n'en trouverait jamais de 
pareil. Masudi, quatre siècles plus tard, men- 
tionne un présent semblable offert par les In- 
diens à un potentat chinois; 1,000 menns 
(93:? grammes) de bois d'aloès étaient accompagnés de 
10 menus de camphre, dont la qualité supérieure était 
indiquée par ce fait qu'il se présentait en morceaux 
aussi gros ou plus gros qu'une pistache. Entre 1342 
et 1352, une ambassade quitta Pékin portant une lettre 
du Grand Khan au pape Benoit XII et des présents' de 
soie, des pierres précieuses, de musc, de camphre et 
d'épices. 

Le célèbre voyageur Ibn Batuta rapporte qu'après 
avoir visité le roi de Sumatra, on lui présenta, au mo- 
ment de son départ (1347), du bois d'aloès, du camphre, 
des clous de girofle, du bois de santal et diverses provisions. 

Ishàk Ibn Amrân, médecin arabe, qui vivait vers la fin 
du ix e siècle, et Ibn Kurdablah, géographe de la même 
époque, furent les premiers à signaler que le camphre 
était un produit de l'archipel Malais. Leurs renseigne- 
ments sont reproduits par les écrivains arabes du 
moyen âge, qui affirment tous que le meilleur camphre 
est un produit de Fansùr. Celte localité, nommée aussi 
Kansùr ou Kaisûr, fut visitée au xui° siècle par Marco 
Polo, qui parle de son camphre comme se vendant au 
poids de l'or. Yule pense que celte localité est la même 
que Barus, ville située sur la côte occidentale de Suma- 
tra et qui donne encore aujourd'hui son nom au camphre 
produit par cette île. 

De tous ces faits et de plusieurs autres que l'on pour- 
rait ajouter, il est permis de croire sans aucun doute que 
le premier camphre employé fut celui qu'on trouve tout 
formé dans le Ironc du Bryobalannpn aromatica de Suma- 
Ira, et non celui du Camphrier. 



On ignore à quelle époque et sous l'influence de 
quelle instigation les Chinois commencèrent à exploiter 
le Cinnamomum Cumphora pour en extraire le camphre. 

Le camphre était connu en Europe comme médica- 




Le Camphrier, inflorescence. 

ment dès le ir* siècle. Cela est prouvé par la mention 
qu'en font l'abbesse Hildegard, qui le nomme Gamphora, 
Otho de Crémone et le chanoine danois Harpestreng, 
mort en 12'i4. Garcia d'Orta dit, en 1563, que le camphre 
de Chine est seul importé en Europe, celui de Sumatra 
et de Bornéo coulant cent fois plus cher et étant con- 
sommé tout entier par les peuples de l'Orient, Kâmpfer, 
qui visita le Japon en 1690-92 et qui figura l'arbre au 
camphre du Japon sous le nom de Lanrus Camphorifera, 
déclare expressément que cet arbre diffère entièrement 
de celui qui fournit le Camphre de l'archipel Indien. Il 
dit aussi que le camphre de Bornéo figurait parmi les 
marchandises les plus précieuses importées au Japon 
par les Hollandais, dont les cargaisons de retour com- 
prenaient le camphre du Japon, dans la proportion de 
6.000 à 12,000 livres par an. Ce camphre était raffiné en 
Hollande par un procédé qui fut tenu longtemps secret; 
on l'introduisait ensuite sur le marché. A l'époque de 
Pamet (J,694 et auparavant) le camphre brut était 
commun en France, mais on l'envoyait en Hollande 
pour le faire purifier. Le Laurus Camphora L. appartient 
à la famille des Lauracées. 

Henri Joret. 



LE PAPIUO MACHAON, Linné 
et ses différentes variétés 



Le Papilio Machaon, en raison de sa grande fréquence et 
surtout de la parure si riche et si gracieuse dont la nature l'a 



14 



LE NATURALISTE 



gratifié, a dû attirer de bonne heure l'attention des observa- 
teurs, aussi sa connaissance remonte-t-elle à une époque relati- 
vement reculée. Cependant, malgré l'origine déjà ancienne de 
cet inseote, son histoire est demeurée incomplète pendant fort 

longtemps. Les premiers naturalistes qui ont succédé à Linné, 
ne connaissaient d'abord ce gracieux papillon que sous sa 
forme normale qui est celle qui est répandue dans les régions 
tempérées de l'Europe. Puis, on constata successivement sa 
présence sur tous les points de notre continent: dans le Nord 
de l'Afrique, dans un grand nombre de stations de l'Asie; et 
l'observation attentive permit de découvrir que cette espèce 
qui, dans le principe, paraissait être invariable, c'est-à-dire 
douée d'une grande fixité de caractères, est sujette, au contraire, 
à subir des modifications d'aspect importantes résultant évi- 
demment d'influences climatériques diverses. 

Machaon, dans l'état actuel de la science entomologique, 
constitue donc une forme assez mobile ; et il est à présumer 
que le nombre de ses variétés est susceptible de s'accroître à la 
suite de découvertes que nous réserve l'avenir. En attendant 
la réalisation de cette prévision, nous avons jugé à propos de 
réunir dans une notice monographique destinée aux lecteurs du 
Nalurafixle les différents documents qui intéressent l'histoire 
de cette espèce, l'une des plus remarquables parmi nos Lépi- 
doptères diurnes. 

1° Papilio Machaon Linné (forma lypica). 

Le Machaon typique que tous les entomologistes connaissent 
ne change pas sensiblement d'aspect dans les régions tem- 
pérées de l'Europe. Nous possédons toute une série d'exem- 
plaires originaires les uns du Nord et du Midi de la France, 
les autres d'Allemagne, de l'Angleterre et de l'Autriche chez 
lesquels il est impossible de relever la moindre différence va- 
lant la peine d'être signalée, sauf celle résultant de la taille, 
laquelle oscille, du reste, dans des limites assez étroites. Cepen- 
dant la fixité des caractères de cette espèce n'est pas telle qu'elle 




Fig. 1. — Chenille de Papilio Machaon. 

exclut toute idée de variation. Nous capturons, en effet, de 
temps en temps, sur les premiers contreforts du Jura, dans le 
voisinage immédiat de Bellegarde, au premier printemps, vers 
la fin d'ayril, des Machaon qui tranchent assez nettement avec 
la forme que l'on a l'habitude de voir communément. Chez ces 
exemplaires printaniers les couleurs sont, en général, beaucoup 
plus ternes que d'habitude; la nuance jaune est un peu blan- 
châtre; les parties noires n'offrent pas la vivacité ordinaire; et 
les taches bleues des ailes postérieures ont contracté une teinte 
grisâtre lorsqu'elles ne sont pas totalement effacées. Si l'on 
considère que beaucoup de Lépidoptères, tels que lesTanessa, 
qui passent l'hiver à l'état d'insecte parfait, présentent, lors de 
leur réapparition au printemps suivant, une décoloration très 
sensible de leur livrée, laquelle résulte, soit de l'action du 
froid, soit de celle de la lumière, on est tout disposé à penser 
que le changement d'aspect que nous signalons ici est attri- 
buable aux mêmes causes. Nous supposons, par conséquent, 
que les exemplaires du Machaon dont il s'agit sont de simples 
retardataires qui ont été surpris par les intempéries et qui ont 
accompli une hibernation forcée; à moins, cependant, qu'ils ne 
puissent être envisagés comme des aberrations purement for- 
tuites ou provoquées par des influences locales d'une nature 
particulière. Quoi qu'il en soit de cette question, Machaon ne 



varie guère dans les régions moyennes de l'Europe. Celte 
espèce, sous notre climat, est une des plus fiixes que nous 
connaissions. Elle s'étend vers le Nord en Suède, en Norvège, 
dans la Russie septentrionale sans éprouver de variations bien 
appréciables. Vers le Sud Machaon couvre tout le midi de 
l'Europe, où il présente une variété plus ou moins accidentelle 
qui se retrouve également avec des caractères plus fixes sur la 
côte septentrionale de l'Afrique. Il passe vei's l'est dans l'Asie 
Mineure, se répand clans la Perse, dans le Turkestan et jusque 
dans les parties les plus orientales do la Sibérie, où il revêt une 
forme particulière analogue à celle qui est spéciale au Maroc 
et à l'xVlgérie. Nous étudierons successivement ces différentes 
races dans cette notice monographique; mais avant de procéder 
à cette analyse, nous devons accorder quelque attention aux 
premiers états de notre beau, mais vulgaire papilionide, lesquels 
sont généralement moins bien connus que l'insecte parlait. 

Machaon provient d'une fort jolie chenille qui se nourrit de 
différentes plantes de la famille des Ombellifères, et notamment 
de la carotte, soit cultivée, soit sauvage, et du fenouil. A la 
sortie de l'œuf, qui est d'un jaune verdâtre, et que la femelle a 
pondu pour la première fois en mai ou en juin, la jeune larve 
est presque entièrement noire; elle- s'éclaircit ensuite successi- 
vement après chaque mue, jusqu'à ce qu'elle ait acquis sa 
livrée définitive qu'elle conserve depuis sa quatrième et der- 
nière transformation jusqu'à l'époque de sa mise en chrysa- 
lide. Dans l'état adulte la robe de notre larve est d'un beau 
vert-pomme très vif, qui laisse apparaître sur le milieu de 
chaque segment une bande étroite, transversale, d'un noir 
profond, marquée de six gros points d'un jaune orangé ou 
rougeâtre, lesquels forment par leur disposition respective des 
séries longitudinales très régulières, dont deux dorsales et 
deux latérales. La bande qui couvre le premier segment thora- 
cique est entièrement noire; celle du second ne porte que 
quatre points ; le segment anal n'est marqué que de deux 
points rouges; et sa bande noire est divisée en sept taches 
distinctes qui sont disposées sur deux rangs successifs. Chacune 
des pattes écailleuses, qui sont vertes, se trouve ornée extérieu- 
rement d'un gros point noir qui apparaît également sur le mi- 
lieu du côté externe des pattes membraneuses. Enfin, on observe 
une rangée de taches noirâtres, doubles ou géminées, qui s'é- 
tend immédiatement au-dessus des précédentes, depuis le qua- 
trième jusqu'au dernier anneau, ainsi que de nombreuses 
macules de même couleur, de forme irrégulière et de dimen- 
sions très inégales sur toute "'la face ventrale. Celte livrée, qui 
est celle qu'on remarque le plus ordinairement, est cependant 
sujette à varier. Nous avons, en effet, sous les yeux deux exem- 
plaires de la larve de Machaon que le docteur Staudinger nous 
a adressés d'Allemagne sous le nom d'Aber-Nigiscans, et qui 
diffèrent du type que nous venons de décrire par l'envahisse- 
ment de toutes les parties noires. Les différents segments, très 
normalement ponctués de rouge, seul d'un noir fuligineux 
presque uniforme; et la couleur verte du fond n'apparaît plus 
que sur les côtés, un peu au-dessus des pattes, sous la forme 
de taches irrégulières. La face ventrale de ces chenilles est 
restée verdâtre; mais les macules foncées y sont plus larges; 
et toutes les incisions sont lavées de bistre foncé. Ce change- 
ment d'aspect si profond et si anormal n'influe cependant nul- 
lement, paraît-il, sur l'aspect de l'insecte parfait; car les papil- 
lons qui proviennent de cette variété accidentelle de la chenille 
sont semblables à ceux qu'engendrent les larves ordinaires. 

Ajoutons iei que c'est généralement en juin que la chenille 
de Machaon parvient à son entier développement. Elle se fixe 
alors, par la queue et par un lien soyeux transversal, contre 
l'une des tiges de la jdante nourricière et ne tarde pas à se 
transformer en chrysalide Celle-ci, d'un vert plus ou moins 
jaunâtre et finement striée de linéoles plus foncées, se distingue 
delà nymphe des espèces congénères par sa tête proéminente et 
obtusement bifide, par son dos légèrement caréné etparune ligne 
plus claire que le fond qui règne de chaque côté de l'abdomen. 
Elle éclôt ordinairement trois semaines après sa formation, 
c'est-à-dire vers la fin de juillet, et l'espèce paraît une seconde 
fois pendant toute la belle saison. Les pontes nouvelles qui sont 
effectuées à ce moment, produisent des chenilles qui devien- 
dront à leur tour adultes avant l'hiver; et c'est sous la forme 
de nymphe ou de chrysalide que Machaon passe la mauvaise 
saison, en attendant le retour du printemps suivant. Ce Papilio 
est, par conséquent, du nombre de ceux qui accomplissent deux 
évolutions successives dans le courant de l'année, mais ni l'une 
ni l'autre ne produit de modifications appréciables dans le 
faciès de l'insecte parfait, du moins dans les latitudes tem- 
pérées de notre continent. 



LE NATURALISTE 



15 



2° Papilio Machaon Linné Aberratio Aurantiaca, de Selys. 

Machaon, nous l'avons dit plus haut, a passe pendant long- 
temps pour une espèce très fixe, mais les observations mo- 
dernes ont démenti cette ancienne opinion en établissant, au 
contraire, qu'elle est sujette à subir des changements de carac- 
tères importants, à mesure cpu'elle s'éloigne du centre de l'Eu- 
rope pour se répandre sur des stations plus lointaines du terri- 
toire Paléarctique. Sans dépasser les limites géographiques de 
notre continent, on observe deux variétés très intéressantes de 
Machaon que nous allons étudier successivement. La première 
est représentée par une forme aberrante accidentelle, mais 
assez constante, qui se distingue du type normal par une colo- 
ration ocracée plus ou moins chaude qui revêt d'une manière 
uniforme les deux faces opposées des quatre ailes, sans mo- 
difier, en quoi que ce soit, l'ampleur ni la forme des dessins 
noirs. La nuance fauve est si vive chez certains exemplaires 
qu'elle devient franchement orangée; tandis que chez d'autres 
elle pâlit sensiblement en passent peu à peu, par des termes 
transitoires, au jaune clair de la forme typique. C'est un ento- 
mologiste belge, M. de Selys-Lonchamps, qui désigna le pre- 
mier cette curieuse aberration par un nom spécial, bien qu'elle 
fût déjà connue depuis de longues années, puisqu'on la trouve 
figurée dans l'ouvrage de Godard, quoique sans désignation 
particulière. En général, elle est fort rare et ne s'observe qu'ac- 
cidentellement et de loin en loin. M. de Selys l'a signalée en 
Belgique ; nous-meme., nous l'avons capturée pour la première 
fois dans les fortifications de Strasbourg, avant les événements 
de 1870; et M. Kroëner, alors conservateur du Muséum de 
cette ville, avait rencontré la môme variété quelques années 
auparavant sur différents points des bords du Rhin. Nous 
avons repris Aurantiaca en 1875 aux environs de Lyon, mais 
en exemplaires moins vifs que ceux d'Alsace ; enfin plusieurs 
autres entomologistes ont signalé la présence de cette intéres- 
sante variété dans le nord de la France ; tandis qu'elle aurait 
été observée par M. Alpheraky dans le Caucase et dans les 
Alpes du Tian-Chan. Il est probable qu'Aurantiaca accompagne 
Machaon dans la plupart des stations géographiques que fré- 
quente cette espèce, mais qu'elle est plus répandue et surtout 
mieux caractérisée dans les régions tempérées de l'Europe. 

AUSTAUT. 

(^1 suivre.) 



SUR LE DEVELOPPEMENT DES AXOLOTLS 



A la fin du mois d'octobre 1889 j'ai reçu un couple d'Axo- 
lotls çf eQ que je pris dans un grand aquarium avec nom- 
breuses plantes. Pendant l'année 1890 la femelle n'a jamais 
pondu ; mais le 5 mars 1891, elle se mit à pondre; la ponte 
continua jusqu'au 10 mars. Il y avait alors 150 œufs à peu 
près; mais j'ai constaté que seulement une quarantaine, 
avait été fécondés. Le 9 avril 40 ]3etits écloscrent mais bien- 
tôt en moururent 31 ; les autres se développèrent très bien. 
J'ai cru intéressant de donner ici une table du développement 
depuis l'éclosion jusqu'à l'âge de trois mois. 

Valeur moyenne Valeur moyenne 

du développement du développement 

Total par jour 

Centim. Millim. 

0,00 0,00 

0,30 0,50 



ours 


Longueur moyenne 




Centim. 


1 


1 


6 


1,30 


25 


2,30 


30 


2,60 


40 


3,10 


50 


4,00 


60 


5,00 


70 


6,00 


80 


7,00 


91 


8,50 



1,00 
0,30 
0,50 
0,90 
1,00 
1,00 
i,C0 
1,50 



0,50 
0,50 
0,50 
0,90 
1,00 
1,00 
1,00 
1,00 



Je n'ai pu m'occuper de mes Axolotls, dans les mois de juil- 
let, août, septembre; aujourd'hui 20 octobre, j'ai mesuré mes 
amphibiens. Voici la longueur totale et le développement qu'ils 
ont eu en 103 jours. 

Longueur 12 centimètres. 
Valeur moyenne du développement total 3,50 centim. 

» » » » par jour 0,33 millim. 

Leur force de croissance a donc diminué depuis l'âge de 
trois mois. J'ai repris mes observations pour voir à quelle 



époque reviendra une nouvelle période de croissance rapide, 
ou si l'accroissement se fera toujours aussi lentement jusqu'à 
l'âge adulte. J'ai constaté que les pattes antérieures com- 
mencent à apparaître vingt jours après l'éclosion et sont com- 
plètement développées à l'âge de 26 ou 28 jours 

Les pattes postérieures apparaissent le cinquantième jour, 
et sont bien développées à l'âge de 64 jours. 

Comme il s'était déclaré une espèce de gangrené aux pattes 
et à la queue, j'ai amputé le 2 juillet les membres malades; 
c b octobre chaque membre est parfaitement reproduit, si bien 
qu'on ne le distingue pas des membres demeurés intacts. 

Jean-Marius Bertoldo. 



LIVRE NOUVEAU 



Festschrift zur Feier des Funfzigjahrigen Doctor — Jubi- 
làums Hcrrn Prof. D v Karl Wilhelm von Nâgeli in Munchcn 
und Hcrrn Geheimrath Prof. D r Albert von Kôlliker in Wtirz- 
burg gcwidmet von der Univcrsitàt, dem Eigd. Polytechnikum 
der Thicrarzneischule in Zurich. — ■ 8 mai 1890 — 9 juin 1891. 
— Zurich, in-4°, 1891. 

Ce volume, qui comprend 13 mémoires des savants les 
plus distingués de Zurich, a été imprimé par les soins de l'Uni- 
versité, de l'Ecole polytechnique et de l'Ecole vétérinaire de 
Zurich, en mémoire des illustres maîtres H.-W. Nâgeli et 
Alb. Kôlliker. 

1. D 1 ' C. Cramer, Profcssor der Botanik am Eidgenôssischen 
Polytechnikum in Zurich: Ueber Caloglossa Leprieuri (Mont. 
Harv.)J. -G. Agardà. 3 PI. 

2. D r Ph. Stoiir, Profcssor der Anatomie an der Univcrsitàt 
in Zurich : Die Entwicklung des Adenoiden Gewebes, der 
Zungenbâlge und der Mandeln des Menschen. 1 PI. 

3. D 1 ' Aug. Forel, Profcssor der Psychiatrie an der Univcr- 
sitàt in Zurich, unter Mitworkung von Herrn Director May- 
ser in Hildburghausen und Hcrrn Oberarzt De Ganser in 
Dresden : Ueber das Verhàltnissder experimentellen Atrophie 
und Degeneration Méthode zur Anatomie und Histologie 
des Centralnervensy stems. Ursprung des IX, X und XII Hin- 
nerven. 1 PL 

4. D r Alb. Heim, Professor der Géologie und Director der 
gcologischcn Sammlungen am Eidgenôssischen Polytech- 
nikum und der Universitàt in Zurich : Ueber Sammlungen 
fur allgemeine Géologie. 

5. Paul Martin, Professor an der Thierarzneischule in 
Zurich : Die Entwicklung des Wiederkauermagens und 
Darmes. 1 PI. et 28 fig. dans le texte. 

6. D 1 ' O. Haab, Professor der Ophthalmologie an der Uni- 
versitàt in Zurich : Der Hirnrindenflex der Pupille. 

7. D r Walther Félix, Prosector und Privatdocent an der 
Universitàt in Zurich : Die erste Anlage des Excretion- 
syslems Hulmehens. 4 PL 

8. Ed. Schar, Professor der Pharmacie am Eidgenôssischen 
Polytechnikum in Zurich : Ueber Einwirkungen des Cyan- 
ivasserstoffs, des Chloralhydrats und des Chlo raleyanhydrins 
auf Enzyme, auf Keimfahige Pflanzensamen und auf niedere 
Pilze. 

9. D 1 ' Conrad Keller, Professor der Zoologie und Eidgenôs- 
sischen Polytecknikum in Zurich : Das Spongin und seine 
mechanische Leistung im Spongienorgarnismus. 1 PL 

10. D 1 ' A. Dodel; Professor der Botanik an der Univcrsitàt 
in Zurich : Beilrage zur Kenntniss der Befruchtungs-Er- 
scheinungen bei Iris sibirica. 3 PI. 

11. D 1- E. Overton, Privatdocent der Biologie an der Uni- 
versitàt in Zurich : Beitrage zur Kenntniss der Entwi- 
cklung und Vereinigung des Geschlechtsproducte bei Lilium 
Mar lagon. 1 PL 

12. D r Karl Fiedler, Privatdocent der Zoologie und der 
Universitàt und am Eidgenôssische Polytecknikum in Zu- 
rich : Entwicklungsmechanische Studien an Echinoderm- 
Eiern. 

13. D' 1 Arnold Lang, Professor der Zoologie und verglei- 
chenden Anatomie an der Universitàt und am Eidgenôs- 
sischen Polytechnikum in Zurich : Ueber die aussere Mor- 
phologie von Hœmentèria Ghilianii, F. de Filipp. 1 pi. et 
3 fig. 

G. Malloizel. 



lti 



LK NATURALISTE 



DESCRIPTION DE LÉPIDOPTÈRES NOUVEAUX 



Phragmatobîa Lj'iiipliasca, n. sp. — 5B millimètres. 

Dessus dos supérieures d'un beau vert tendre uniforme et garni 
de poils verts à la base et le long du bord interne; dessous 
des mêmes ailes lisse, également vert, mais d'une teinte très 
pale. Inférieures diaphanes, blanc verdàtre plus teinté le long 
de la ente, par-dessous. Côte des supérieures rose en dessus et 
en dessous ; franges vert rusé aux supérieures, blanc verdàtre 
aux inférieures. Tête verte entourée d'un mince collier rosé, 
thorax et ptérygodes couverts d'épais poils verts, dessns de 
l'abdomen jaune rosé, orné au milieu de cinq traits noirs dont 
le premier peu visible, chaque anneau cerclé de petits poils 
blanc verdàtre. Dessous du corps vert pâle ; palpes, antennes 
et dessous du cou rosés, pattes vertes avec les extrémités 
rosées. 

Une Q des environs de Loja, 1890. 

Zonosoma Alodia, n. sp. — 31 à 33 millimètres. Supé- 
rieures pointues à l'apex ; inférieures avec deux petites dents 
à l'angle anal et une petite queue au bout de la deuxième et 
de la troisième. Dessus des quatre ailes blanc de lait ; les su- 
périeures, striées de brun tout le long de la côte, ont quatre 
lignes transversales couleur café au lait, la seconde, généralement 
plus large et mieux indiquée (dans l'un de nos exemplaires, la 
troisième ligne manque complètement) ; les inférieures ont 
trois lignes se dirigeant vers la naissance de la queue où elles 
finissent en petites stries ; un (in liséré noir subterminal borde 
la plus grande partie du bord externe qui est frangé de noir 
avec poils blonds ; deux points noirs finement bordés d'orange 
ornent la queue, l'un bien marqué au bout de la deuxième, 
l'autre au bout de la troisième, petit et disparaissant dans cer- 
tains exemplaires. Dans l'un de nos spécimens, le gros point 
lui-même est presque entièrement atrophié et réduit à un fin 
liséré. Dessous des quatre ailes d'un blanc pur. Antennes pec- 
tinées, blanches à lames brunes. Tète, corps et pattes 
blanches. 

Sept o* et une Q des environs de Loja. 

P. DOUNIN. 



BIBLIOGRAPHIE 



ZOOLOGIE 
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Melanitis hylecoctes. — Discophora celebensis. — Er- 
r/olis Merionoides. — Erg. celebensis. — Appias 
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Paragerydus MacaSsai'ensîs. — Iraota Johnsonianu. 
— ElyniniasHicetas. — Elymn. Hewitsoni. — Acraea 
Vohertyi. — Tarucus clathralus. — Gerydus maxi- 
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personnelles.) 

Bull. Soc. Amis S. N. Rouen. 1891, pp. 49-60. 

G. Malloizel. 



Le Gérant: Emile DEYROLLE. 



•ARIS. — IMPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17. 



14 e ANNÉE 



2° SÉRIE 



jx- 1 1 y 



15 JANVIER 1892 



LE DERNIER VOYAGE GÉOLOGIQUE PUBLIC DU MUSÉUM 

EXCURSION DANS LES VOSGES 



Nos lecteurs ont eu l'an dernier le compte rendu d'une 
excursion à laquelle, suivant l'usage, le public avait été 
invité à prendre part comme à un complément du cours 
de géologie du Muséum. C'est le bassin houillerde Saint- 
Etienne et le massif volcanique de Puy-en-Velay qui 
avaient été choisis comme théâtre du voyage. 

Cette année la course a concerné la région vosgienne 
où les motifs d'intérêt scientifique s'ajoutent en si grand 
nombre au pittoresque pour constituer un pays dont 
chaque détail est un enseignement et un plaisir. 

Pour bien comprendre la structure et le mode de for- 
mation de 
la chaîne 
des Vosges, 
il est tout 
à fait utile 
d'en noter 
les rapports 
avec les ré- 
gionsmoins 
orientales 
et moins 
soulevées. 
La ligne du 
chemin de 
fer de Paris 
à Nancy se 
prèle mer- 
veille use- 
ment à cet- 
te recon - 
naissance , 
étant pres- 
que géomé- 
triquement 
perpendi- 
culaire à la 
direction 
d'affleuré - 

ment des différents terrains. C'est ainsi qu'à Epernay, 
les couches tertiaires, sur lesquelles Paris est bâti, cè- 
dent ia place à la craie blanche; à Vitry-le-François on 
entre dans l'infra-crétacé ; àBar-le-Duc on est dans l'oo- 
lithe supérieure ; à Commercy on est dans l'oolithe 
moyenne; à Toul dans l'oolithe inférieure; à Nancy 
enfin dans le lias. 

Celui-ci, d'ailleurs, cesse lui-même dès que l'on conti- 
nue vers l'est et c'est par ses rapports d'une part avec 
l'oolithe qu'il supporte et d'autre part avec le trias sur 
lequel il est étalé, qu'a commencé la série des observa- 
tions pratiques du voyage. 

Au point de vue du temps, cela n'a pas débuté trop 
bien et les carrières d'oolithe de la route de Toul auront 
laissé parmi nous des souvenirs passablement humides ; 
mais le ciel a eu l'attention de se rasséréner les jours 
suivants où, entrés en montagne, nous avions besoin de 
larges horizons autour des sommets escaladés. 

Déjà, du reste, d'intéressants échantillons de roches 




nombrables cératites, dont chacune a plus de 30 centi- 
mètres de diamètre, de terebratules, de myophories, etc., 
qu'ils rentrèrent à Lunéville et de là à Nancy. 

De cette ville à Plombières, on voit le trias se soulever 
progressivement et se réduire en lambeaux plus ou moins 
disséminés à la surface du grès vosgien qui le supporte. 
Près de Plombières, à Ruaux, son terme le plus infé- 
rieur, connu sous le nom de grès bigarré, est attaqué 
par de larges carrières dont la figure 1 reproduit l'appa- 
rence d'après une excellente photographie de M. Bour- 
sault et où nous avons recueilli beaucoup de fossiles 
intéressants. 

Les plus remarquables sont des plantes, tantôt à l'état 
de tiges, tantôt sous la forme de feuilles dont toutes les 
nervures ont été conservées et qui constituent parfois 
de magnifiques spécimens : de grandes frondes de fou- 
gères appe- 
lées Anomo- 
pteris Mou- 
geotti a- 
vaient été 
mises de cô- 
té par les 
o uvriers 
ainsi que 
des chau- 
mes d'un 
roseau tout 
àfait carac- 
téristique, 
le Calamités 
arenaceus. 

La ren- 
trée à Plom- 
bières est 
une prome- 
nade char- 
mante où 
l'art, d'ail- 
leurs, s'a- 
en 



Fig. 1. — Carrière ouverte dans le grès bigarré à Ruaux prèe de Plombières, Vosges. — D'après 
une photographie prise par M. H. Boursault, durant la dernière excursion, géologique publique du joute 



Muséum d'histoire naturelle de Paris. 



et de fossiles récompensèrent les excursionnistes de 
leur vaillance à la peine et c'est sous la charge d'in^,.^a_été fructueuse à divers égards 
LE NATURALISTE, 46, rue du Bac, Paris. ,'•&*?& 



maints en- 
droits à la 
nature pour 
faire valoir le site, par exemple à la fontaine Stanislas. 

Tout le monde sait qu'à Plombières des sources 
chaudes sortent du sol: c'est même à ces eaux que la 
ville doit la plus grosse part (et de beaucoup) de sa 
prospérité, à cause des légions de baigneurs qui chaque 
année y sont envoyés par leurs médecins. Déjà les Bo- 
mains avaient tiré parti des belles sources dont il s'agit 
et qui sont à une température supérieure à 70 degrés: ils 
avaient construit des thermes monumentaux dont il 
reste encore beaucoup de vestiges et où, dit-on, trois 
cents soldats pouvaient se baigner ensemble. 

Pour isoler les griffons chauds des infiltrations 
froides venant de la surface, ils les avaient captés 
à l'aide d'un énorme revêtement de béton qui, malgré 
ses deux mille ans d'existence, est encore en bien des 
points parfaitement intact. Ailleurs, il a été crevassé, 
sans doute par l'effet des tremblements de terre qui, à 
diverses époques, ont agité la contrée et les eaux miné- 
rales, ainsi admises dans sa masse, y ont, à la faveur des 
siècles, engendré une série de minéraux dont l'étude 




18 



LE NATURALISTE 



L'activité géogénique des eaux de Plombières se ma- 
nifeste encore de tous côtés, non seulement par les 
jolies cristallisations de spath fluor violet qu'elle déter- 
mine dans les fissures du granit; mais encore et surtout 
par le dépôt, en plusieurs crevasses de la roche, de la 
curieuse matière connue sous le nom d'halloysite. 

La plupart des points où celle-ci se dépose sont cachés 
aux regards par des éboulis ou par des constructions. 
Grâce à un intelligent habitant de Plombières, M. Colas, 
coutelier dans la grande rue, on peut se procurer en 
tous temps des spécimens de la curieuse substance. Cet 
ami des sciences, dont nous avons reçu avec une vive 
gratitude l'accueil le plus empressé, a ménagé au fond 
de sa maison une porte qui donne contre la paroi du 
rocher précisément en un point où le suintement de 
l'eau minérale dépose constamment de l'halloysite. 11 
faut le voir, — dans cette sorte de petite chapelle élevée 
à la géologie et éclairé par une bougie qui semble un 
cierge, — 
se mettre à 
genoux de- 
vant le gi- 
sement , 
pour ex- 
traire de la 
crevasse 
humide des 
fragments 
de ce savon 
de Plom - 
bières qu'il 
distribue 
avec tant 
de bonne 
gracejà ses 
visiteurs. 

Unevisite 
à M. Colas 
est comme 
un avant- 
goùtdel'ex- 
p 1 o ration 
des galeries 
de captation 




F ic;. 2. — Le Haut du Roc près de Vagney, Vosges, d'après une photographie prise par M. Bour- 
sault durant la dernière excursion géologique publique du Muséum d'histoire naturelle. G. 
granité ; Y. grès vosgien ; B. blocs erratiques de nature granitique, superposés aux assises gré- 
seuses. 



des sources chaudes et celle-ci 



est une 

promenade des plus originales et des plus instruc- 
tives, sinon des plus agréables. La température régnant, 
dans les tunnels dépassant 70 degrés, il est tout indiqué 
d'adopter pour s'y introduire un costume extrêmement 
sommaire : on éprouve tout d'abord, malgré cette pré- 
caution, une espèce de suffocation assez pénible^ mais 
qui ne tarde pas à se dissiper. Les détails de l'instal- 
lation balnéaire n'avaient pour nous qu'un intérêt secon- 
daire; il était au contraire fort important de recueillir au 
moins un spécimen de béton romain minéralisé. 

La sortie de Plombières par la vallée des Roches est 
tout à fait pittoresque : la roule est entaillée dans un 
beau granit traversé, par endroit, d'innombrables vei- 
nules cristallines d'un beau violet qu'on peut prendre 
pourde l'améthyste et qui sont en réalité du spath fluor. 
A chaque pas la roche change de caractères et les ama- 
teurs de géologie remplissent rapidement leurs sacs de 
types aussi variés que remarquables. 

Vers la Cascade de Faymont, on voit de puissantes 
masses de grès rouge imprégné de silice et rempli de 
cristaux de quartz, de barytine et de fer oligisle. Puis 



commencent les argilolithes, roches singulières dans les- 
quelles sont ouvertes les tranchées du chemin de fer et 
qui contiennent cà et là des troncs d'arbres fossilisés et 
devenus durs comme de la pierre à fusil. 

De l'autre côté de Faymont, sur la route de Remire- 
mont, on voit surgir du sol comme un gigantesque obé- 
lisque, un filon de quartz de 200 mètres d'épaisseur, tout 
rempli de cristallisations élégantes et qui est connu des 
touristes sous le nom de Roche Busnière. 

Vers Olichamp, après qu'on est sorti des grands bois 
d'Hérival, la vallée s'élargit beaucoup et on ne tarde 
pas à y observer un accident qui est bien loin d'être ordi- 
naire. C'est l'existence de bourrelets du sol qui barrent 
cette vallée et que la route entaille en divers endroits. 
Il s'agit d'accumulations de galets mêlés sans ordre 
avec des graviers, du sable et du limon ; ayant en un 
mot tous les caractères des murailles que les glaciers 
édifient sur leur front et qu'on appelle des moraines. 

C'est le 
premier 
exemple 
que nous 

rencon- 
trons de 
vestiges gla- 
ciaires dans 
les Vosges; 
mais nous 
allons en 
constater 
bien d'au- 
tres. 

Entre Re- 
miremont 
et la Bresse 
par exem- 
ple,une bel- 
le monta- 
gne dite le 
HautduRoc 
et dont l'al- 
titude dé - 
passe 1,000 
mètres fournit à cet égard un fait des plus remarqua- 
bles très nettement exprimé par notre figure 2. 

Cette montagne est formée de granit G couronné par un 
ensemble épais de couches à peu près horizontales V de 
grès rouge plus ou moins chargé de galets et passant 
ainsi au poudingue. Eh bien! tout à fait au sommet on 
trouve sur le grès, de gros quartiers de granit B consti- 
tuant de véritables blocs erratiques dont le transport, 
dans leur situation actuelle, ne paraît pas pouvoir s'ex- 
pliquer autrement que par la collaboration de l'action 
glaciaire. 

Des surfaces de roches polies et cannelées par le pas- 
sage de la glace peuvent être aussi mentionnées et nous 
en avons aperçu une dans cette merveilleuse vallée du 
Chajoux qui remonte de la Bresse vers le lac de Lispach 
et qui est barrée par un très grand nombre de moraines 
admirablement caractérisées. 

A d'anciennes moraines aussi doivent être attribués 
le barrage et l'origine de nombreux lacs vosgiens comme 
le lac des Corbeaux des environs de la Bresse, si gran- 
diose d'effet malgré ses dimensions restreintes. Et les 
arguments de tous genres abondent par conséquent, 



LE NATURALISTE 



19 



comme on voit, pour démontrer l'ancien séjour d'une 
bonne partie des Vosges, sous une calotte de glace 
maintenant fondue, mais qui a persisté bien longtemps. 
Si personne n'bésite quant à la légitimité de cette 
conclusion, il faut reconnaître qu'on n'est pas aussi fixé 
sur la cause des anciens glaciers et sur celle de leur 
disparition. Le phénomène se reproduisant dans une 
foule de localités et parfois avec des dimensions considé- 
rables comme aux Etats-Uuis d'Amérique, on a souvent 
voulu invoquer des raisons cosmiques, telles que le pas- 
sage, durant les temps quaternaires, d'un écran entre le 
soleil et la terre. 

Sans nous arrêter ici à cette question qui ne saurait 
être convenablement traitée qu'avec beaucoup de détails, 
je dirai seulement qu'ayant eu à y toucher maintes fois 
durant notre excursion, j'ai, en divers fragments, exposé 
tout un ensemble de vues qui permettent, selon moi. de 
rendre compte de toutes les singularités apparentes de 
l'époque quaternaire par l'application de la doctrine déjà 
si féconde des causes actuelles. Une quantité d'observa- 
tions précises montrent que toutes les traces glaciaires 
n'ont pas été produites simultanément, et d'un autre côté 
l'existence de certaines de ces traces en des points où la 
glace n'existe plus maintenant, tient simplement à ce que 
le glacier qui les a produites s'est déplacé peu à peu. 
Déjà j'ai eu bien souvent l'occasion de faire remarquer 
que la zone des roches moutonnées au-dessus de la glace, 
dans les glaciers des Alpes et d'ailleurs, correspond à 
des points où la glace s'atteint plus justement parce que, 
grâce à son action érosive, elle a pénétré verticalement 

dans la masse 
rocheuse sous- 
jacenle. Elle est 
vraiment com- 
parable à une 
scieentrantdans 
une pièce de bois 
et qui bientôt se 
meut au-dessous 
de points qu'elle 
a sciés précé- 
demment mais 
qui ne datent 
pas d'un temps 
où sa lame au- 
rait été plus lar- 

fa e - 

Cela posé et 
poussant les cho- 
ses à l'extrême, 
on peut se de- 
mander ce que, 
sous une latitu- 
de moyenne 
comme celle des 
Vosges, devien- 
dra, après un 
temps suffisant, 
un massif mon- 
tagneux pourvu 
de glacier. La 
figure 3 consti- 
tue comme un 
schéma du phé- 
nomène dont il 










Fig. 3 . — Schéma destiné à montrer com- 
ment par le fait seul de son activité un 
glacier substitue au bout d'un temps 
convenable le régime vosgien au ré- 
gime alpestre primitif. HiHoHgHj hau- 
teur de la montagne à divers mo- 
ments successifs. M^LjM, moraines 
édifiées successivement par les glaciers 
G iG 2 G 3 . 



s'agit. L'active dénudation réalisée n'étant en rien com- 
pensée par un apport déroche, le massif s'abaisse cons- 
tamment : à part des oscillations d'ordre purement mé- 
téorologique et qui ne troublent pas la marche générale 
du phénomène, l'appareil condensateur dimimue d'éner- 
gie et les glaciers qu'il alimente diminuent de longueur. 
Progressivement la montagne en s'abaissant, sans cesse, 
n'atteint plus l'altitude nécessaire à la persistance de la 
neige et dès lors les glaces cessent, mais par transition 
insensible et seulement après que tout ce qui reste du 
massif a subi des frottements qui, si sa substance est favo- 
rable, le marquent du sceau des phénomènes glaciaires. 
Si un observateur survient alors il sera naturellement 
porté à conclure des traces glaciaires dans une région 
dépourvue de glaciers que les conditions météorologi- 
ques en changeant ont déterminé la disparition de ceux- 
ci. C'est tout au contraire ceux-ci qui en disparaissant, 
en conséquence même de la dénudation qu'ils ont pro- 
duite, ont modifié le climat du pays. 

Le lac de Lispach, que nous citions déjà tout à l'heure, 
se signale par les tourbes qui l'envahissent si active- 
ment qu'avant peu d'années toute la nappe liquide sera 
dissimulée par un revêtement végétal. 

Pour l'apparence c'est une prairie, mais malheur à 
l'imprudent qui s'aventurerait sur ce gazon trompeur; il 
disparaîtrait sans retour dans un abîme de ténèbres. 

De la Basse-de-la-Mine, la vue s'étend sur le lac de 
Retonnemer dominé par la Roche du Diable et les contre- 
forts du Hohneck. La route qui le borde suit aussi, d'un 
bout à l'autre, le lac de Longemer et aboutit à Gérard - 
mer, si apprécié maintenant des touristes, qu'y trouver 
place pour une nuit est un véritable problème. 

L'excursion du Muséum dont nous ne pouvons donner 
ici qu'un sommaire très raccourci a trouvé son complé- 
ment dans l'ascensiou du Hohneck, d'où le regard em- 
brasse des pays si étendus et si variés, au premier rang 
desquels se signale une large surface de la région alsa- 
cienne provisoirement séparée, hélas! de la France. 

Je ne terminerai pas cet article sans adresser mes sin- 
cères remerciements à plusieurs collaborateurs dévoués, 
grâce auxquels ce voyage a été tout particulièrement fruc- 
tueux et intéressant. C'estd'abordM. Barthélémy (de Nancy) 
dont les savantes Recherches, archéologiques sur la Lorraine 
avant l'histoire (1) sont si hautement appréciées par tous 
les connaisseurs et qui a mis à notre service, avec une 
complaisance jamais lassée, sa profonde connaissance 
des gisements de roches et des localités fossilifères. 
M. Barthélémy avait poussé le dévouement jusqu'à par- 
courir d'avance tout l'itinéraire que nous devions suivre 
pour reconnaître l'état précis de chaque point, et grâce 
à lui nous avons pu marcher sans la moindre hésitation 
et profiter des excavations les plus récemment ouvertes. 
Qu'il me soit permis d'exprimer toute ma gratitude à ce 
charmant compagnon de route. 

J'ai profité aussi de la bienveillance avec laquelle 
M. Wohlgemuth, de la Faculté des sciences de Nancy, 
nous a conduits sur des affleurements de ce terrain ooli- 
thique de Lorraine, dont l'étude lui a fourni les maté- 
riaux d'un travail maintenant classique. M. le D r Four- 
nier, président du Club Alpin des Vosges, a bien voulu 
aussi, dans l'ascension du Hohneck, se prodiguer auprès 
de nous en renseignements de tous genres sur cette 
belle chaîne de montagnes qu'il connaît et qu'il aime 

(1) 1 vol. in-8° avec 31 planches. 1889. — J.-B. Baillière. 



20 



LE NATURALISTE 



plus que personne. Enfin, comme les années précé- 
dentes, M. Henri Boursault a mis au service de la géolo- 
gie son véritable talent de photographe et a pris toute 
une série de vues qui s'ajouteront à la précieuse collec- 
tion qu'il a déjà réunie et dont deux spécimens sont 
placés sous les yeux des lecteurs en même temps que le 
présent article. 

Stanislas Meunier. 



SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE 



COMMUNICATIONS CONTENUES DANS LE 3 e FASC. 1891. 

M. Thouvenin signale la présence de laticifères dans une 
Olacacée, le Cardiopteris lobata. — M. G. Rony continue ses 
Annotations aux Plantx Europœ de M. Karl Richter. — 
AfAf. Lombard-Dumas et B. Martin terminent la Floride des 
Causses de Mandas, Rognes et Montdardier [Gard) et des pe?ites 
qui les relient aux vallées adjacentes de la Vis, de l'Arre el 
de l'Hérault. — M. G. Gamus présente deux hybrides : Gym- 
nadenia souppensis G. Cam. et Orchis Chevallieriana G. Cam. 
qui proviennent du croisement d'espèces appartenant à des 
genres différents. Ces genres sont Gymnadenia et Orchis pour 
le premier hybride, Orc/iis et Platanthera pour le second. — 
M. H. Hua, dans une note préliminaire sur un Cyclamen double, 
montre que dans l'exemplaire qu'il présente la duplicaturc est 
due à la formation de fleurs secondaires placées immédiatement 
sous les divisions de la corolle qui forme la fleur principale. — 
M. E. Jeanperl indique quelques localités nouvelles de mousses 
des environs de Paris. — Dans un travail sur la Structure et 
affinités des Stachycarpus, genre nouveau de la famille des 
Conifères, M. Ph. Van Tieghem est conduit, en se basant sur 
les caractères anatomiques, à séparer des autres sections du 
genre Podocarpus la quatrième section Stachycarpus. 11 attri- 
bue à cette section une valeur générique. Ce nouveau genre 
Stachycarpus comprendrait dès lors les St. andina, spicata, 
taxifolia et probablement aussi le Podocarpus ferruginea. Quant 
à ses affinités elles sont multiples, et l'une des meilleures solu- 
tions consisterait à réunir les genres Araucaria, Dammara, 
Stachycarpus et Podocarpus en une tribu qui serait caractérisée 
par l'ovule unique renversé et prendrait place entre les Abié- 
linécs et les ïaxinées. — M. L. Mangin, dans une note sur la 
désarticulation des Conidies chez les Pérouosporées, étudie les 
transformations chimiques de la membrane qui précèdent et 
déterminent la chute des Conidies chez certains Champignons. 
Pour reconnaître la Callose, l'auteur emploie un mélange de 
bleu soluble dans l'eau et de brun acide ; il colore la cellulose 
en bleu par une solution concentrée d'acide phosphorique iodé. 
— M. Ph. Van Tieghem, étudiant la Structure et les affinités 
des Cephalotaxus, arrive à cette conclusion que le genre Cepha- 
lolaxus doit être placé dans la tribu des Taxinées tout à côté 
du Ginkgo. — M. A. Le Grand donne les Relevés numériques 
de quelques flores locales ou régionales de France, comprenant 
seulement les Phanérogames et les Cryptogames vasculaires. — 
Dans une étude sur l'évolution de l'appareil sécréteur des Pa- 
pilionacées, M. P. Vuillcmin estime que les systèmes tanifères 
des plantes de cette famille offrent une stabilité d'autant plus 
grande qu'ils présentent avec les faisceaux des connexions plus 
étroites. En ce qui concerne les diverses glandes, il les ramène 
à trois types et fait dériver ceux-ci d'une souche organique 
commune. — M. H. Lévcillé, dans une Note stir l'UEnolhera te- 
traplera, pense que le changement de couleur queprésente cette 
fleur esl le résultat de la chaleur et de la pression. — M. G . 
Camus indique un caractère distinctif de l'Ophrys arachnili- 
formis emprunté au lobe médian. 11 signale en outre la pré- 
sence de chatons mâles, de chatons femelles et de chatons à 
fleurs hermaphrodites sur un même pied de Salix unduluta 
rencontré sur les bords de la Marne. — Dans une Note sur trois 
plantes de la Sarlhe, M. L. Légué estime 1° que le Peltaria 
alliacea L. doit être rayé de la liste des plantes françaises ; 
2° que Yllypericum linarifolium Vahl. est uni à 17/. humifu- 
siim !.. par des formes intermédiaires et enfin 3° que le Carex 
Davalliana Stn. existe et en assez grande abondance dans les 
prés marécageux de Thoréc. — M. Prillicux signale la présence 
dans le Seigle enivrant d'un Champignon pour lequel il établit 
en collaboration avec M. Delacroix un genre nouveau, le genre 
Endoconidium cl qu'il appelle E. lemulenlum.La seigle infesté 



par ce Champignon provient des environs de Miallet (Dordo- 
gnc). Plusieurs personnes qui avaient mangé du pain fait avec 
ce seigle ont été malades. Les animaux auxquels on donna de ce 
même pain devinrent mornes et engourdis. Les effets produits 
par ces grains ne ressemblent pas à ceux que cause l'Ergot, 
mais plutôt à ceux que produit l'Ivraie avec une action plus in- 
tense et plus rapide. 

COMMUNICATIONS CONTENUES DANS l.E 4 e FASC. 1891. 

M. Ch. Arnaud, dans une lettre à M. Malinvaud, signale la 
présence dans Lot-et-Garonne des deux variétés sublobatum 
Mildc et crenalum Mildc du Ceterach ofpcinarum Willd. Ces 
deux variétés sont pour lui deux formes de la même espèce 
produites par la fraîcheur et l'ombre. — Dans une note sur 
Montaigne botaniste, dates de quelques vieux herbiers; M. A. 
Chatin cite les herbiers les plus renommés. Le plus ancien que 
l'on connaisse est celui de Saint-Hildegardc (1100 à 1179). 
M. Michel Gandogcr donne une Note sur une Campanule voi- 
sine des C. hispanica Willk.et C.rotundifolia L. qu'il a récoltée 
au Frcinct près du bourg d'Oisans. — M. H. Leveillé, à propos 
des Palmiers à branches dans l'Inde dont il a déjà entretenu 
les lecteurs du Naturaliste, cite un certain nombre d'exemples 
nouveaux qui portent à 18 le nombre des Palmiers ramifiés que 
l'on a observés dans l'Inde. D'après cet auteur, la production 
de ces branches serait duo à un Colôoptère, qui est peut-être 
YOrphnus bicolor ? Pour cela, la partie centrale du Palmier 
ayant été mise à nu, ces Insectes (Vandous) creusent des trous 
dans cette région, et dés lors l'arbre perd sa direction première 
et prend autant de chemins que les forages des Coléoptères 
lui en ont tracé. — M. A. Battandier présente des observations 
sur quelques Silène d'Algérie. — M. J. Daveau présente aussi 
des observations sur quelques Carex du Portugal. — Dans une 
note ayant pour titre : Variété et anomalie, M. D. Clos insiste 
sur les définitions de ces deux termes proposées par les auteurs 
et notamment par Is. Geoffroy Saint-Hilaire, de Candollc et 
Moquin-Tandon. 11 conclut en disant que les vrais anomalies 
étant des déviations du type spécifique ne devraient pas figu- 
rer dans les Flores au milieu des variétés qui en sont de sim- 
ples modifications. — M. G. Foucaud donne une Note sur une 
espèce nouvelle du genre Muscari dans laquelle il décrit et 
figure une plante recueillie aux environs de la Réole (Gironde) 
et qu'il nomme M. Motelayi. — M. L. Mangin termine sa com- 
munication sur la Désarticulation des Conidies chez les Péro- 
uosporées. Cette désarticulation se produit par un mécanisme 
uniforme. La cloison qui sépare les Conidies des basides ou des 
stérigmates est toujours formée à l'origine par de la callose 
pure. Cette callose subit ensuite des modifications chimiques et 
devient susceptible de se dissoudre dans l'eau. Il en résulte que 
l'apport d'une petite quantité d'eau détermine cette dissolution 
et provoque la mise en liberté des Conidies. — M. H. Hua 
revenant sur un Cyclamen double dont il a déjà parlé présente 
l'analyse détaillée de ses fleurs. 

G. Chauveaud. 



THÉORIE DE L'HÉRÉDITÉ 



Le, Naturaliste du 15 novembre dernier contient un article de 
M. F. Lahille qui, sous le titre séduisant de Théorie de l'héré- 
dité, vise une des plus hautes et des plus difficiles questions 
que présente la philosophie naturelle. Je ne reprocherai point 
à cette courte note do ne pas tenir tout ce que promet son 
titre; il faudrait, sans doute, plus déplace pour résoudre une 
question si ardue, et je crois bien que la tentative de l'auteur 
est en avance de quelques siècles sur la possibilité de la 
science. Nous sommes encore bien loin, à ce qu'il me semble, 
d'avoir déterminé les lois de l'hérédité, de savoir au juste 
quels caractères de chacun des parents seront transmis à leurs 
descendants immédiats, quels caractères, au contraire, dispa- 
raîtront chez ces descendants. Nous sommes, par exemple, 
toujours à mon humble connaissance, fort peu capables de 
dire à l'avance si, parmi les petits chiens d'une même portée, 
il y en aura un ou plusieurs dont la robe différera plus ou 
moins de celle du père ou de la mère. Les différences que l'on 
constate ainsi entre frères conçus au même instant et déve- 
loppés dans le même utérus ne laissent pas que d'être dilliciles 
à ramener à leur cause prochaine. En sorte que j'éprouve 
quelque hésitation à attacher une bien grande importance à la 
théorie qui prétend me donner le pourquoi des choses avant 



LE NATURALISTE 



21 



que les lois qui formuleraient le comment de ces mêmes 
choses soient connues et fixées avec précision. 

C'est, en effet, le caractère essentiel de la science moderne 
fondée sur la méthode expérimentale que de s'attacher à pré- 
ciser les faits avant de disserter sur leurs causes. Kepler pré- 
cède Newton; le descripteur ouvre la voie au théoricien dans 
toutes les branches de notre science positive, et quiconque 
veut s'écarter de cette marche obligatoire n'est plus ni biolo- 
giste ni physicien, et doit offrir le fruit de ses méditations au 
métaphysicien, non au naturaliste. 

Aussi n'ai-je pas la prétention de discuter avec M Lahille de 
la théorie même de l'hérédité. Je conviendrai plutôt qu'il m'a 
été difficile de suivre sa pensée jusqu'au bout de son exposé, 
ayant, dès les premières lignes de son article, rencontré une 
difficulté que je n'ai pu surmonter. 

M. Lahille admet, comme chose démontrée, la vie des mi- 
néraux, et il attache à cette idée une importance assez capitale 
pour conclure que l'hérédité, chez les animaux et les végétaux, 
ne pourra être comprise et expliquée que par l'étude de l'héré- 
dité chez les minéraux. C'est cette affirmation d'une biologie 
minérale qui m'a troublé et gêné dans le reste de ma lecture, 
c'est elle par conséquent que je voudrais examiner d'un peu 
prés. 

Je crois remplir les conditions requises par M. Lahille pour 
étudier la question, me sentant absolument dégagé de toute 
idée dogmatique et ayant, comme il le demande, porté mes 
études sur les sciences physiques, avant d'aborder celles des 
animaux et des plantes. 

Reste, il est vrai, une troisième condition : être exempt de 
routine, libre de préjugés ; condition que personne n'a le droit 
de s'attribuer à soi-même, par cette raison que chacun est 
persuadé qu'il la remplit. Ce sera donc au lecteur de juger si 
les arguments que je propose sont valables et suffisants, ou 
s'ils ne constituent que de vaines formules apprises par cœur 
et traditionnellement répétées. 

Je tiens en effet que, dans la mesure de nos connaissances 
actuelles, nous distinguons deux groupes d'êtres irréductibles 
l'un à l'autre ; les uns méritant le nom d'êtres vivants, à 
l'exclusion absolue des autres que l'on nomme les corps bruts ; 
et j'entends par êtres vivants ceux qui se nourrissent et se re- 
produisent, double propriété dont je nie l'existence chez les 
corps bruts. 

Par nutrition, j'entends un échange continu de matières 
entre l'être vivant et le milieu qui l'entoure. C'est la continuité 
de cet échange qui est le caractère essentiel et fondamental de 
la vie, en sorte que, si l'échange vient à être intsrrompu pen- 
dant un certain laps de temps, la vie de l'individu, qui a subi 
cette interruption, se trouve complètement et à jamais abolie. 
J'insiste sur ce caractère de continuité parce qu'il me parait 
le seul qui soit propre à établir pratiquement la distinction 
entre les êtres vivants et les corps bruts. Faute de lui avoir 
accordé l'attention qu'il mérite, on a pu tomber dans la con- 
fusion que je cherche à combattre, et assimiler à la nutrition 
vitale certains phénomènes d'accroissement régulier et métho- 
dique des cristaux, phénomènes que je tiens, pour moi, tout à 
fait étrangers à la vraie nutrition. Je sais, comme tout le 
monde, qu'un cristal d'alun, placé dans une solution saturée 
du même sel, grossit en conservant sa forme, et j'admets très 
bien que, par une métaphore toute naturelle, on dise que ce 
cristal se nourrit aux dépens de la solution qui l'entoure, mais 
ce n'est là qu'une image, et l'expression n'a pas de valeur 
scientifique. En effet, ce nourrissage du cristal est quelque 
chose d'absolument accidente], et n'est en rien nécessaire à 
l'existence du cristal une fois formé qui peut, pendant, des 
années, des siècles si l'on veut, demeurer hors du contact de 
l'eau mère, sans que ses propriétés soient nullement altérées, 
et qui, notamment, reste indéfiniment capable de reprendre 
son grossissement quand on le remettra au sein d'une nou- 
velle dissolution d'alun. Qui donc imaginerait de faire une 
expérience semblable avec un être vivant? Qui donc ignore que 
la suspension complète de la nutrition est mortelle ? Mortelle 
non pas seulement pour l'animal en pleine activité, la plante 
en pleine croissance, mais même pour ces germes, œufs ou 
graines, qui, en apparence, ne reçoivent rien du milieu, et ne 
lui cèdent rien. La question est aujourd'hui définitivement 
tranchée, et les expériences de MM. Van Ticghem et Bon- 
nier, entre autres, ont montré que les graines, comme les 
bourgeons hivernants, ont besoin d'oxygène, et exhalent de 
l'acide carbonique, sous l'apparence du repos le plus complet; 
que ces organes, privés d'un milieu respirable, s'asphyxient 
comme tous les êtres vivants, devenant alors incapables de 



reprendre leur développement suspendu ; qu'en un mot, la 
prétendue vie latente n'est qu'une vie ralentie, toujours sus- 
ceptible d'être manifestée par une observation suffisamment 
précise. 

Je crois donc que les faits, non les traditions reçues ou Je 
consentement universel, établissent, au point de vue de la 
nutrition, une barrière infranchissable entre le monde des 
vivants et celui des corps privés de vie. 

Voyons si le critérium de la reproduction est aussi sûr; nous 
examinerons ensuite s'il y a accord ou divergence entre ces 
deux caractères. Par reproduction on, entend que la produc- 
tion d'un être vivant reconnaît pour origine un germe issu 
d'êtres vivants préexistants, et que le descendant suit une 
marche de développement semblable' à celle qu'ont suivie ses 
ascendants. Il y a donc deux conditions pour qu'on puisse 
dire que la reproduction existe : origine vitale du germe d'une 
part, répétition du développement de l'autre. Si l'une ou 
l'autre de ces productions vient à manquer, le mode de pro- 
duction ne saurait être appelé une reproduction véritable. En 
ce qui concerne les êtres vivants, la nécessité des germes 
préexistants, longtemps douteuse pour la majorité des natu- 
ralistes, a été établie, comme chacun sait, par les travaux suc- 
cessifs de F. Rcdi, Spallanzani, travaux que couronnèrent, de 
notre temps, les magnifiques expériences de Pasteur. Cette 
nécessité s'entend de l'état actuel de la nature, de ce qui est 
abordable à notre expérience; elle n'a rien à voir avec l'ori- 
gine de la vie dans l'univers, ni même avec son apparition sur 
notre planète, problèmes inabordables à la méthode expéri- 
mentale, questions insolubles pour le naturaliste, et qu'il aban- 
donne entièrement aux controverses des métaphysiciens. Sous 
le bénéfice de cette limitation, qui n'est autre que celle de la 
science positive, la génération spontanée des êtres vivants 
peut être niée sans crainte et sans exception. 

L'étude du développement chez les êtres vivants est devenue, 
depuis un siècle environ, l'une des principales préoccupations 
des naturalistes et, de tous les champs où leur activité s'exerce, 
celui où les belles découvertes ont peut-être été le plus nom- 
breuses. Les notions modernes, ainsi ajoutées aux observa- 
tions les plus anciennes, n'ont d'ailleurs fait que confirmer, en 
l'étendant, la loi rappelée plus haut, que si grande que puisse 
être la différence entre l'animal ou la plante adultes et le 
jaune qui sort de l'œuf, ce dernier individu répète, dans son 
évolution, les stades qu'a parcourus son ascendant, et retrouve 
enfin la forme que celui-ci présentait au moment où il s'est 
reproduit. La reproduction vitale est donc chose très com- 
plexe ; bien loin de se réduire à la formation d'un germe, elle 
comprend toute une série d'états successifs, de formes diverses, 
mais invariablement enchaînées l'une à l'autre, dont le germe 
porte en puissance la détermination complète, et qui pour- 
ront être arrêtés dans leur développement normal, mais qui 
jamais ne seront intervertis ni déviés. 

Qu'allons-nous retrouver de cela dans la prétendue repro- 
duction minérale ? Il faut d'abord bien distinguer deux choses ! 
la production de la molécule chimique et l'origine de la con- 
figuration cristalline du corps à l'état solide. La naissance 
chimique n'a évidemment rien de commun avec la reproduc- 
tion organique. La molécule de protoxyde d'hydrogène qui 
prend naissance par l'explosion d'une certaine quantité de gaz 
tonnant, pas plus que celle d'acide sulfureux qui se produit 
dans la combustion du soufre, n'ont avec leurs antécédents 
les rapports de similitude qui lient, en biologie, le descendant 
à ses parents. C'est donc seulement de l'individu cristallin qu'il 
peut être question, quand on nous parle de reproduction mi- 
nérale, et, en fait, on ne cite guère, à l'appui de la thèse, qu'un 
seul ordre de faits, ceux qui se rapportent à la brusque cristal- 
lisation des liquides en suspension et des sels en solution sur- 
saturée, mis en contact avec un cristal preformô de même 
nature. On oublie, dans cette assimilation, que le fait allégué 
est exceptionnel et que, dans la grande majorité des cas, rien 
ne décèle, à l'origine d'une cristallisation, la présence d'un 
cristal préformé jouant le rôle de germe. Voici un ballon, 
sortant de la verrerie, où l'on fait arriver des vapeurs d'iode ; 
si le ballon est convenablement refroidi, les cristaux d'iode 
couvriront sa paroi sans qu'il soit le moins du monde vrai- 
semblable qu'un cristal-germe ait dû intervenir. Il serait déri- 
soire do chercher d'autres exemples, puisqu'il est évident que, 
dans la règle, les cristallisations, soit après la fusion, soit 
après la dissolution, se font en l'absence de tout cristal-germe, 
et nous pouvons déjà conclure que la formation des cristaux 
est habituellement spontanée, tandis que nous avons vu que la 
formation des organismes ne l'est jamais. L'opposition est 



99 



LE NATURALISTE 



nette et tranchée, cela suffirait à l'aire refuser à la production 
des cristaux le nom de reproduction. 

Mais je dis plus. Dans les cas même où c'est un cristal qui 
détermine la formation d'autres cristaux, y a-t-il vraiment res- 
semblance entre le procédé minéral et le procédé organique? 
M. Lahille n'ignore pas, sans doute, que la cristallisation 
d'une solution sursaturée peut être déterminée non seulement 
par un cristal de la substance dissoute, mais encore par tout 
cristal isomorphe avec cette substance. De telle sorte, par 
exemple, qu'une solution saturée de sulfate de nickel pourra 
être amenée à cristalliser par le contact de sulfate de fer d'un 
cristal. Le produit n'est plus ici de même espèce que le géné- 
rateur ; tant qu'on n'aura pas vu d'un œuf de poule naître un 
canard ou une perdrix, il faudra renoncer à assimiler des faits 
radicalement dissemblables. Est-il nécessaire d'insister sur une 
autre ditl'érence? La formation d'un cristal est un acte unique, 
pour ainsi dire instantané, auquel le mot de développement ne 
peut en aucune façon s'expliquer. Si ce cristal, en efl'et, peut 
s'accroître, il peut aussi ne pas s'accroître ; la croissance n'est 
pas nécessaire à son existence, comme elle l'est à celle de 
l'embryon qui, fatalement, grandit ou meurt, mais ne saurait 
rester stationnaire. Si le cristal grandit, il peut rester sem- 
blable à lui-même ou se déformer; cela dépendra des circons- 
tances extérieures de sa croissance. Il n'y a pas de règle 
établie àl'avance qui lui impose une série déterminée de trans- 
formations, comme nous avons vu que cela existe pour les êtres 
vivants. 11 faut que la chenille devienne chrysalide, puis pa- 
pillon, ou qu'elle meure; jamais on n'a vu, et personne ne 
craint d'ajouter : jamais on ne verra une chenille parvenue à 
l'âge de la nymphose continuer à vivre sans se transformer. 
Cette loi de développement interne, qui force l'être vivant à 
marcher sans cesse si le milieu est favorable, ou à périr s'il 
ne peut réaliser ses métamorphoses, n'a aucun parallèle chez 
les corps bruts. Je disais plus haut que cette loi fait partie inté- 
grante de l'idée de reproduction, je puis donc conclure que les 
minéraux ne se reproduisent pas plus qu'ils ne se nourrissent. 

La notion de la vie comprend donc l'union de ces deux 
caractères irréductibles : nutrition et reproduction, et il est 
légitime de représenter par un mot unique cette combinaison 
de deux caractères logiquement étrangers l'un à l'autre, si 



l'expérience nous montre qu'ils sont constamment liés. Or, 
c'est bien là ce que l'observation établit, en ce sens, tout au 
moins, qu'aucun être capable de reproduction n'est soustrait à 
la nécessité de se nourrir. La proposition réciproque, il est 
vrai, n'est pas exacte, et beaucoup d'êtres se nourrissent qui 
ne se reproduisent pas, quelques-uns mémo ne peuvent pas se 
reproduire. Mais ces exceptions nous apparaissent comme des 
individualités incomplètes, et n'entrent pas dans les cadres 
des espèces vivantes. De celles-ci, il est donc permis de définir 
la nature par la double condition posée plus haut. 

Au surplus, M. Lahille, en empruntant à M. Thoulet ce 
paradoxe de la vie des minéraux, n'a-t-il peut-être pas fait 
suffisamment attention à une circonstance remarquable. Voilà 
déjà sept ans que le savant professeur de Nancy a lancé son 
idée dans la littérature scientifique. Lui-même disait : « Je 
viens de prononcer une parole grave, en parlant de la vie des 
minéraux, » et la suite de son discours semblait indiquer que 
cette parole grave apparaissait à son auteur comme exigeant 
des développements, des explications, en un mot une justi- 
fication. Cependant, depuis, M. Thoulet n'a rien écrit pour 
préciser sa pensée ; d'autres travaux sont Tenus, je le sais, 
l'en distraire. Mais, enfin, il n'est pas défendu de constater 
que cette parole grave a toutes les allures d'un entraînement 
d'improvisation et que, jusqu'à nouvel ordre, il est permis de 
n'en pas tenir grand compte. 

C'est du moins le parti que prendront ceux qui pensent que 
la science a plus à gagner à l'analyse précise et serrée des 
faits, qu'aux synthèses hardies, mais vagues, d'idées médio- 
crement mûries. M. Lahille ne paraît pas être de cette 
école. Tandis que les Sachs, les Van Tieghem, etc., 
s'appliquent à préciser les différences morphologiques et phy- 
siologiques, qui séparent la multiplication végétative de la re- 
production proprement dite, lui se complaît à ne voir, dans 
tout cela, que les différentes étapes d'un même processus. Je 
n'ai donc pas la prétention de le ramener à ma manière de 
voir, et je devrai me déclarer satisfait si ma contradiction a 
pour résultat, comme cela arrive souvent, de l'engager à 
chercher, pour soutenir sa thèse, des raisons plus solides que 
celles qu'il a développées jusqu'ici. 

G. L. M. 



LES JUMEAUX TOCCI 



Nous don- 
nons ci-con- 
tre, d'après 
le Scicntific 

american, 
les figures 

du cas, 
peut-être le 
plus remar- 
quable, de 
nions très 

humains 
qui sonl ar- 
rivés à l'état 
presque a- 
dulte. Ils 
sont con- 
nus, dit no- 
tre confrè- 
re améri- 
cain, sous 
le nom des 
frères Gio- 
vanni et 

Giacomo 
Tocci; ils 

naquirent 
le 4 juillet 




187b, leur 
mère ayant 
dix-neuf en- 
fants, à Lo- 
cana, Italie; 
la même 
mère a eu 
neuf en- 
fants tous 

forts et 
sains. Ces 
jumeaux 
sont réunis 
à partir de 
la sixième 
côte et n'ont 
qu'une pai- 
re de jam- 
bes et un 
abdomen ; 
les colon- 
nes verté- 
brales sonl, 
distinctes, 
jusqu'à la 
région lom- 
baire ; ils 
sont unis 



LE NATURALISTE 



23 



suivant un angle de 130 degrés et le sacrum semble être 
unique. Ils ont deux estomacs, deux cœurs et deux pai- 
res de poumons ; leurs systèmes artériel et respiratoire 
sont tout à fait distincts; les battements du cœur et la 
respiration diffèrent souvent chez les deux individus. 
A l'âge de trente jours, ils pesaient huit livres et dans 
les trente et un qui suivirent, ils gagnèrent près de 
trois livres, ce fut à cette période de leur vie qu'ils 
furent soumis pour la première fois à une étude scienti- 
fique. Leur vies sont distinctes, mais ils ont des régions 
de commune sensibilité et d'autres de sensations indivi- 
duelles; souvent l'un dort, pendant que l'autre est 
éveillé. Il n'y a aussi aucune relation dans leur appé- 
tit, l'un peut avoir faim sans l'autre, même pendant le 
sommeil de l'autre. 

A leur aspect il n'y a rien de repoussant ; ils ont des 
figures intelligentes et éveillées, ils ont même quelque 
instruction. Ils peuvent se tenir debout, mais n'ont pas 
encore pu réussir à marcher. Chez eux ils passent une 
grande partie de leur temps sur le parquet se roulant et 
se culbutant, ce qui leur donne ainsi un peu d'exercice ; 
ils peuvent s'habiller et se déshabiller tout seuls. Celui 
qui est à gauche du dessin est Giovanni, il boit de la 
bière en quantité considérable, l'autre Giacomo n'aime 
pas la bière, il préfère des eaux minérales; Giovanni 
aime beaucoup dessiner et le fait avec quelque goût; 
quelquefois son frère, qui est plus bavard et remuant, 
jette en bas le cahier que l'autre tient sur le genoux, 
tout cela en bonne part, car ils s'entendent très bien et 
ne semblent pas se rendre compte de leur pénible con- 
dition. Ils sont aussi séparés quant aux maladies; tout 
récemment l'un avait eu un refroidissement, pendant que 
l'autre souffrait d'une attaque bilieuse. 

Les frères siamois Eng et Chang qui, âgés de 
soixante ans, moururent à quelques heures de distance, 
furent très célèbres, ils étaient, beaucoup moins unis que 
nos jumeaux; un ligament épais réunissait les extrémités 
inférieures de leurs poitrines. Avant les frères siamois 
il y a eu les sœurs hongroises Helena et Judith 
(1701-1723) qui étaient très remarquables, réunies par le 
sacrum. 

Les deux négresses Millie-Christine, improprement sur- 
nommées « le Rossignol à deux tètes », furent aussi inté- 
ressantes et célèbres, elles étaient également réunies 
par le bas rein, y compris le sacrum et probablement les 
basses régions lombaires, possédaient quatre jambes et 
elles n'étaient pas plus gênées que les Siamois. Elles 
chantaient et valsaient à ravir, sans aucun doute leurs 
intestins étaient unis ; quant à leurs jambes, elles pos- 
sédaient un système nerveux sensitif commun, toutes 
deux ressentant un attouchement, mais les nerfs moteurs 
étaient si distincts, quel'unene pouvait remuer lesjambes 
de l'autre. Elles naquirent vers 1851. 



LE PAPILIO MACHAON, Linné 
et ses différentes variétés 

{Suite) 



3° Papllio Machaon Linné Âberratio Sphyrus Hubner. 
La seconde variété européenne de Machaon est plus particu- 
lièrement propre aux régions chaudes qui bordent le littoral do 
la Méditerranée. En Sicile, en Grèce, en Italie et même sur 
quelques points du Midi de la France on rencontre une forme 
aberrante de notre Papilio dont les dessins noirs offrent plus 



d'extension que ceux du type ordinaire, et cela au détriment 
des parties jaunes qui se trouvent réduites d'autant. Le déve- 
loppement dont il s'agit atteint principalement les bandes anté- 
marginales qui coupent les quatre ailes, ainsi que l'entourage 
noir des nervures des ailes antérieures. D'un autre côté, les 
taches bleues internervurales sont beaucoup plus larges que 
celles du Machaon typique, et leur teinte offre aussi un plus 
vif éclat. Cette variété, qui a été désignée par Hubner sous le 
nom de Sphyrus, fréquente, ainsi que nous venons de dire, tout 
le midi de l'Europe ; elle n'y remplace pas la forme normale, 
ainsi que le ferait une vai'iété géographique proprement dite ; 
elle vole, au contraire, concurremment avec elle, et se montre 
relativement rare partout. Cette circonstance établit clairement 
que la présence de Sphyrus en Europe est purement acciden- 
telle ; qu'elle constitue un cas purement fortuit qui reconnaît 
pour cause des influences particulières difficiles à définir, telles 
que peut être la température exceptionnellement élevée de cer- 
taines stations dans lesquelles les chenilles se sont dévelop- 
pées. En franchissant la Méditerranée, on retrouve Sphyrus 
sur toute la côte septentrionale de l'Afrique, en Algérie, dans 
le Maroc et probablement en Tunisie. Dans ce nouveau milieu 
notre variété revêt un aspect un peu différent de celui des 
exemplaires européens. La forme algérienne, très remarquable 
sur tout le littoral et dans les régions moyennes du Tell, est en 
général de grande taille. Les taches bleues qui précèdent la 
marge des ailes postérieures sont tellement élargies, qu'elles 
couvrent presque totalement la bande marginale sur laquelle 
elles reposent. Les deux premières macules jaunes qui pré- 
cèdent le bord externe de ces mêmes ailes, vers la côte, sont 
lavées d'orangé rougeàtre tant en dessus qu'en dessous; l'ocelle 
anale est circonscrite dans sa partie supérieure par un arc bleu 
très épais, et dans sa partie inférieure par une ligne noire circu- 
laire et bien marquée. Enfin, le lavis basilaire noirâtre est plus 
développé ; il empiète sur la cellule discoïdale et s'étend ensuite 
sur une partie du bord antérieur. Nous pensons, d'après l'expé- 
rience que nous avons acquise, que cette forme si accentuée et si 
remarquable de Sphyrus remplace totalement dans le nord de 
l'Afrique le vrai Machaon qui ne paraît pas y exister. Tous les 
exemplaires algériens de cette espèce que nous avons pu nous 
procurer sont, en effet, identiques à la race que nous venons de 
caractériser. Les uns sont originaires de Nemours, sur les fron- 
tières de Sidi-bel-Abbès et de Tlemcen où ils ont été capturés . 
au printemps, c'est-à-dire dans le courant de la première géné- 
ration ; et aucun de ces papillons ne dévie vers le Machaon 
typique. Cependant, sur les hauts plateaux algériens qui confi- 
nent le Sahara, le Sphyrus éprouve une modification particulière 
qui ne paraît pas affecter les exemplaires qui volent de bonne 
heure dans les régions du littoral. Nous possédons un spéci- 
men qui a été récolté en août dans les environs de Sebdou 
lequel, bien que semblable à ceux qu'on rencontre en avril et 
en mai non loin des bords de la mer par l'ampleur des dessins 
noirs et des taches bleues offre cependant cette particularité 
curieuse, que l'abdomen est dégarni de sa pilosité normale, 
et que la bande noire m'édiane qui en couvre si largement 
le dessus chez toutes les variétés connues de Machaon, est au 
contraire très réduite. On observe, en outre, que le bord abdo- 
minal des ailes postérieures de cet intéressant exemplaire n'est 
pas couvert par le lavis foncé de la base qui s'arrête exactement 
au rameau principal de la nervure médiane, laissant ainsi à 
tout ce bord sa couleur jaune pur. Ce dernier caractère se 
retrouve aussi reproduit en partie chez les Machaon qui habitent 
les régions chaudes de la Syrie, lesquels cependant, à cause de 
la réduction de leurs parties noires, du peu d'ampleur de leurs 
taches bleues et du développement tout à fait normal de la 
bande abdominale, ne sauraient être confondus avec la race 
spéciale du Sphyrus algérien que nous mentionnons ici. 

Un peut assez naturellement conclure de ce qui précède que 
la variété qui nous occupe, n'habite l'Europe proprement dite 
que d'une manière accidentelle ; qu'elle y est d'autant plus 
fréquente qu'on se rapproche davantage du Midi ; que sur la 
côte septentrionale de l'Afrique elle est devenue fixe et normale 
au point d'exclure la présence du type ordinaire ; enfin qu'elle 
y subit une modification particulière (l'ablation partielle de la 
pilosité et l'oblitération de la bande noire abdominale) très 
analogue à celle que nous avons signalée autrefois chez la 
variété Lotteri du Peisthameli algérien , et qui est due à 
l'influence de la seconde génération. 

Ajoutons encore, pour achever d'exposer tout ce que nous 
savons sur le compte de la présente variété, que sa chenille 
offre, de son côté, des différences notables avec celle du Ma- 
chaon typique, au moins sur le continent algérien où cette 



i>4 



LE NATURALISTE 



variété pavait être devenue fixe et exclusive. Nous avons obtenu, 
effectivement, il y a quelques années, des environs de Sebdou, 
une larve de Sphyrus qui s'écarte de sa congénère normale par 
sa robe d'un jaune verdàtre sur laquelle les bandes transver- 
sales noires n'apparaissent plus qu'à l'état rudimentaire. Les 
incisions, ainsi que les côtés, sont marquées d'un grand nombre 
de petites taches et de stries fines, dont l'ensemble constitue des 
séries longitudinales, analogues à celles qui caractérisent la 
larve du Papilio Hospiton. Cette chenille est à peu près exacte- 
ment semblable à celle que M. Charles Oberthur a figurée dans 
la 12 e livraison de ses Études d'Entomologie (pi. V, fig, 19), 
sous le nom de variété (larva) Hospitonides, et qui avait été 
récoltée par M. Bleuse aux environs de Biskra. L'une et l'autre 
rappellent assez bien le faciès de l'état larvaire du Hospiton 
européen, à cause de la direction longitudinale de la forme 
verrniculée des dessus dorsaux; bien que la chenille de l'espèce 
corse soit beaucoup plus obscure, en général, que celle du 
Sphyrus d'Algérie. Nous sommes tout disposé à penser que 
ces caractères si tranchés offrent de la fixité, c'est-à-dire qu'ils 
s'observent indistinctement chez toutes les larves de la variété 
algérienne ; mais le peu de renseignements que nous avons pu 
réunir sur ce point, ne nous permet pas cependant de donner 
à cette opinion une entière certitude. 

L. Austant. 
(A suivre). 



La Flore de l'Inde dans ses rapports avec la Flore 
de France 



TAMARICINEES 

Tamarix gallica. L. — Midi. Par toute l'Inde du nord-ouest 
de l'Himalaya à Ceylan, près des rivières et du bord de la mer. 
Madras. 

Distribution : Littoral occidental et méridional de l'Europe, 
Afrique, Maroc. Septentrionale et tropicale sud de l'Asie. 

Var. Indica commune. 

Var. Pallasii. Thibet occidental 2.400 à 3.000 mètres. 

Myricaria oermanica Desv. — Bords des eaux. Est. Midi. 
Région tempérée et alpine de l'Himalaya, du Sikkim au Cumaon 
3.000 à 4.200 mètres. 

Distribution : Europe occidentale. 

ELATINKF.S 

Elaline. — Nilghiris. Ouest de la Péninsule. 

HYPÉRICINÉES 

Hypericum perforatum L. (Paris). — Haies, prés. Himalaya 
tempéré et occidental de Cumaou, 1.800 à 2.700 mètres, au 
Cachemir 900 à 2100 mètres. 

Distribution : Europe, nord de l'Afrique, nord-ouest de l'Asie. 

Var. débile. 

Hypericum humifuswn L. (Paris). — Sables, Nilghiris. 

Distribution : Europe, îles de l'Atlantique, sud de l'Afrique. 

MAI.VACÉES 

Althœa offieinalis L. (Paris). — Midi, Ouest, Marais, Cache- 
mir. 

Distribution: A l'ouest jusqu'en Angleterre. 

Var. taurinensis. D. C. 

Lavatera. — Une seule espèce. Cachemir. 

Malva sylvestris L. (Paris). — Haies, chemins. Himalaya tem- 
péré occidental du Cumaon, 800 mètres au Cachemir et au Pan- 
jab. 

Distribution : Europe, nord de l'Afrique, Sibérie, Tripoli, 
Maroc. 

Var. mauritiana. D. C. 

Var. eriocarpa. Bois. 

Malva rotundifolia L. (Paris). — Bords des chemins. Pro- 
vinces du Nord-Ouest, Cumaon et Sindh. 

Distribution : Europe, ouest de l'Asie. 

Var. borealis Wall. 

Var. reticulata \V. 

Malva parvifîora L. — Midi, nord-ouest de l'Himalaya, 300 
à 600 mètres, haut Bengale, Sindh, Panjab. 

Distribution : Europe, Levant, Arabie, Nubie, Tripoli. Sida, 
parties chaudes de l'Inde : 10 espèces. 

Abutilon Avicennse Gaertn. Sida abutilon. L. — Midi, Marais, 
nord-ouest de l'Inde, Sindh, Cachemir et Bengale. 



Distribution : nord de l'Asie, à l'ouest jusque dans le sud de 
l'Europe, nord de l'Amérique. 

Hibiscus Trionum L. — Cultivé. Himalaya occidental, Cache- 
mir, Simla, Bengale, Coucan, Sindh. 

Distribution : Sud de l'Europe, parties les plus chaudes de 
l'ancien continent. 

Hibiscus syriacus L — Naturalisé aux environs de Nice. 
Cultivé dans l'Inde et la Chine. 

TIBIA CÉES 

13 genres répandus dans l'Inde. 

LINÉES 

Linum perenne L. — Midi, cit. Thibet occidental 2700 à 
3900 mètres. 

Distribution : A l'ouest jusqu'aux Canaries. 

Var. stocksianum Boiss. 

Linum strictum L. — Midi, Corse, montagnes du Panjab, s'é- 
tend jusqu'à Peshawer, Thibet occidental 3.000 mètres. 

Distribution : nord de l'Afrique, Italie, Judée, Tripoli, 
Maroc. 

GÉRANIACÉES 

Géranium pratense L. — Prés, bois. Himalaya occidental et 
tempéré. Cachemir, Kulhara dans le Gharwal 3100 mètres, Thi- 
bet occidental. 

Distribution : nord de l'Asie, Europe. 
. Géranium aconitif'oliwn VHerith. — Alpes, Thibet occiden- 
tal, Alpes de la Suisse et du Nord de l'Italie. 

Géranium palustre L. — Prairies humides, Cachemir, Cu- 
maon à Mana 2.700 à 3.300 mètres. 

Distribution : Sibérie, Caucase, milieu et nord de l'Europe. 

Gerunium pusillum L. (Parisj. — Lieux incultes. Himalaya 
occidental tempéré, Cachemir, Kishtwar 2.400 mètres. 

Distribution : Syrie et Europe, Judée. 

Géranium rotundifolium L. (Paris). — Coteaux arides. Pes- 
hawer dans le Panjab. Himalaya occidental tempéré. 1800 à 
2700 mètres. Cachemir et Gharwal. 

Distribution : Sibérie, Europe, nord de l'Afrique, Tripoli. 

Géranium molle L. (Paris). — Prairies et bords des chemins. 
Forte odeur de musc. Himalaya occidental tempéré, Kishtwar, 
1.800 à 2.700 mètres, Cumaon, 400 mètres. 

Distribution : Europe, nord de l'Afrique, Tripoli, Maroc. 

Géranium robertianum L. (Paris). — Vieux murs, haies. 
Corse. Himalaya occidental tempéré, 1800 à 2400 mètres, Cache- 
mir Gharwal. 

Distribution : Sibérie, Asie Mineure. Caucase, Europe. 

Géranium lucidum L. (Paris). — Lieux pierreux et couverts- 
Corse, Himalaya occidental tempéré de Kishtwar au Cumaon, 
1800 à 2700 mètres. 

Distribution : Sibérie, Syrie, Caucase. Europe, nord de l'A- 
frique. 

Erodium cicutarium L'her. (Paris). — Terrains incultes, 
bords des chemins. Inde occidentale du Sindh et du Panjab à 
Simla; jusqu'à 2400 mètres dans le petit Thibet près d'Iskardo. 

Distribution : Algérie, Europe, nord de l'Asie tempérée. 

Eroninm ciconium Wi/ld. — Midi. Lieux secs. Panjab près 
de Kohat dans le Sait Range. 

Distribution : Syrie, Caucase, sud de l'Europe, Maroc. 

Erodium Malacoides Willd. — Midi, Corse. Terrains arides. 
Panjab, vallée de l'Indus à Atiok, Peshawer et Hazara. 

Distribution : Sud de l'Europe, nord de l'Afrique, Maroc. 

Hector Léveillé. 



LHYPEROODON 



Le 28 août dernier, vers 5 heures du matin, des ou- 
vriers du fort de la Hougue, à Saint-Vaast, aperçurent 
en quittant le chantier un monstre marin qui s'agitait 
désespérément au milieu des eaux dans l'anse de Mor- 
salines. En ce coin isolé de la baie de SainL-Vaast, la 
mer est très peu profonde; elle se relire fort loin au flot 
descendant, laissant à découvert un fond plus ou moins 
vaseux sur lequel s'élèvent, comme des enclos égarés 
loin des terres, les barrières en bois et les murs des parcs 
à huîtres de la Balise. L'animal avançait avec peine et 



LE NATURALISTE 



25 



s'égarait de plus en plus; il dépassa bientôt les parcs du 
bord, dont il brisa les barrières, puis atteignit le fond et 
s'envasa vers la Pointe du Cro, presqu'île étroite et à 
peine émergée, qui pénètre dans l'intérieur de l'anse. 
C'est là que les ouvriers purent l'atteindre, non sans 
danger et sans s'avancer assez loin dans la mer ; ils lui 
donnèrent des coups de couteau, passèrent un har- 
pon dans l'évent et, pour le soustraire à la mer descen- 
dante, le fixèrent au rivage par un câble. Malgré ses 
blessures, le monstre s'agitait encore; quand il fut à 
peu près à sec, il trouva encore assez de force pour 
creuser, d'un coup de queue, un énorme trou dans les 
terrains mous de la plage, puis il fut saisi des dernières 



des marbrures blanches qui se prolongeaient en arrière 
et atteignaient la naissance de la queue. La nageoire 
caudale, la nageoire dorsale et les deux nageoires pecto- 
rales (ailerons) présentaient la teinte générale du corps, 
mais la bosse frontale, située à la base du bec, était un 
peu plus claire. 

L'anse de Morsalines , dans la baie de Saint-Vaast, est 
vraisemblablement un lieu propre à l'échouement des 
grands animaux aquatiques; par sa forme en demi-lune, 
sa pente douce et ses eaux peu profondes, c'est une es- 
pèce de nasse naturelle dans laquelle, surtout par les 
mauvais temps, doivent presque forcément rester les 
animaux nageurs de grande taille qui s'y engagent. Il y 




L'Hyperoodon échoué à Saint-Vaast le 28 août dernier. 



con vulsions et périt vers sept heures. Dans l'après-midi, 
au laboratoire maritime de l'île de Tatihou, je fus pré- 
venu de l'échouement par les soins du directeur, M. le 
professeur Perrier, et le lendemain, grâce à l'extrême 
obligeance de M. Dubois, commissaire de marine à 
Saint-Vaast, je pouvais commencer l'étude anatomique 
de l'animal (1). 

C'était un cétacé femelle, YHyperoodon rostratus ainsi 
nommé par Lillejeborg à cause du mufle allongé, en 
forme de bec, qui termine en avant la tête comme dans 
le Dauphin. Il mesurait 7 m .20 de longueur, l m .55 de 
hauteur vers le milieu du corps et l m .10 de largeur ; la 
nageoire caudale n'avait pas moins de 2 mètres de lar- 
geur. La couleur générale des téguments était d'un gris 
noirâtre, mais on observait sur le ventre et sur les flancs 



(1) M. Millerand, entrepreneur des travaux du fort de la 
Houguc, avait mis gracieusement à ma disposition le matériel 
dont il dispose; je fus vaillamment secondé par tous les étu- 
diants du laboratoire, MM. Coupin, Molliard, Martin, Bordage 
et Leroy, ainsi que parle sous-directeur, M. Malard. M. Leroy, 
notamment, s'est mis à ma disposition pendant la durée tout 
entière de la dissection. 



a cinq ans, vers la même époque, deux autres Hyperoo- 
dons femelles vinrent y échouer, presque au même 
point, mais un peu plus près du fort de la Hougue ; ils 
furent étudiés par M. le D r Henri Gervais, aide-natura- 
liste au Muséum. 

Le lendemain du jour où se produisit l'échouement de 
la pointe du Cro, trois Hyperoodons femelles étaient 
capturées à l'autre extrémité du département de la 
Manche, à la pointe de la Hague, près du petit port de 
Goury. 

« Ce jour-là, dans la matinée, dit M. le commandant 
H. Jouan (1), on les avait aperçus, engagés entre les gros 
rochers balisés qui forment l'entrée du port de Goury; 
des embarcations avaient réussi à leur barrer le chemin 
vers la pleine mer, et à les approcher d'assez près pour 
que ceux qui les montaient leur jetassent des nœuds 
coulants autour du corps de .manière à pouvoir les re- 
morquer dans le port, en même temps qu'ils les frap- 

(1) Henri Jouan. — Les Hyperoodons de Goury. Mémoires 
de la Société' nationale des Sciences naturelles et mathéma- 
tiques de Cherbourg, t. XXVII, 1891, p. 281. 



26 



LE NATURALISTE 



paient à coups redoublés avec les avirons, les gaffes et 
tous les instruments contondants et tranchants qu'ils 
avaient sous la main. Tout cela, bien entendu, ne s'ac- 
complit pas sans de grandes difficultés et sans danger 
pour les chasseurs ; un coup de queue aurait mis leurs 
frêles bateaux en pièces, mais une circonstance heu- 
reuse leur vint en aide. La marée était presque basse, 
de sorte qu'à mesure qu'on gagnait l'intérieur du port, 
les mouvements des animaux étaient de plus en plus 
gênés, et enfin paralysés quand ils échouèrent. Épuisés 
par les efforts qu'ils avaient faits, par les coups qu'ils 
avaient reçus, perdant du sang en quantité telle que 
toute l'eau du port en était rougie, ils ne tardèrent pas 
à mourir. » 

Il est à présumer que la femelle de Saint- Vaast était 
un individu égaré, appartenant au même groupe que les 
trois femelles de Goury. Les Hyperoodons, en effet, 
comme la plupart des cétacés, voyagent par petites 
bandes appelées games, et se trouvent rarement isolés. D'a- 
près le capitaine David Gray (1), les gamesd'Hyperoodons 
comprennent de quatre à dix individus, rarement davan- 
tage, bien qu'on ait fréquemment en vue plusieurs troupes 
en même temps. Les mâles vont très souvent seuls ; tou- 
tefois on rencontre de temps à autres déjeunes mâles, 
des femelles et leurs petits, avec un mâle adulte pour 
guide. Les observations du capitaine David Gray sonl 
celles d'un baleinier expert en sa profession et em- 
preintes d'une précision scientifique remarquable; elles 
concordent assez bien avec celles du D r Willy Kùkenthal 
qui, dans son voyage au Spitzberg (2), a vu le plus sou- 
vent deux individus ensemble, un mâle et une femelle, 
ou bien une femelle et un jeune, plus rarement des 
bandes de trois à sept Hyperoodons. 

C'est l'illustre cétologue danois, Eschricht (3). qui a 
réuni les documents les plus précis sur l'habitat de ces 
animaux. Ils passent les mois de l'été, de mai à sep- 
tembre, dans les mers polaires, au voisinage des glaces: 
à l'automne ils descendent plus au sud, atteignent même 
les îles Feroë et passent probablement l'hiver au large 
dans les eaux septentrionales de l'Océan atlantique. Ce 
sont des games ou des individus égarés qui viennent, 
échouer sur les côtes plus méridionales de l'Europe; les 
échouements sont assez fréquents dans les îles Britan- 
niques, où l'Hyperoodon s'engage parfois dans les ri- 
vières; ils sont plus rares sur les côtes des Pays-Bas et 
un peu moins sur les côtes françaises de la Manche, sur- 
tout depuis le Havre jusqu'à Barfleur; un individu com- 
plètement perdu dans l'Atlantique pénétra dans la 
Méditerranée en 1880, et vint échouer sur la plage 
d'Aigues-Mortes. 

C'est un officier de marine, Baussard, qui décrivit le 
premier, avec suffisamment de détails, un échouement 
d'Hyperoodons sur les côtes françaises; le 19 sep- 
tembre 1788 deux individus femelles, la mère et son 
jeune, échouèrent près d'Honfleur à l'embouchure de 
la Seine et servirent aux études de cet officier; comme 
tous les Hyperoodons ils présentaient sur le palais de 

(1) David Gray. — Notes on tlic Characler and Habits of the 
Bottlenose Whale (Hyperoodon rostratus). l'roc.Zool. Soc, 1882, 
p. 726-731. 

(2) Willy Kiikenthal. — Einige Notizen liber Hyperoodon 
rostratus, Lilljeborg und Béluga leucas Gray. Archiv. fur 
Naturyeschichte, Jahrg, 55. 188!), p. 165. 

(3) D r F. Eschricht. — Untersuchungen tiber die nordischen 
Wallthiere, 1849, p. 29. 



nombreux tubercules cornés qui paraissaient former à 
eux seuls toute l'armature buccale ; Lacépède décrivit à 
tort ces tubercules comme des dents et en raison de ce 
fait, donna à l'animal le nom fâcheux d'Hyperoodon (dents 
au palais) qui est employé couramment aujourd'hui. 

Les échouements se produisent généralement sur nos 
côtes vers la fin de l'été et en automne ; on n'en si- 
gnale pas en hiver pendant les trois premiers mois de 
l'année. Au mois de mars, on rencontre accidentelle- 
ment quelques individus au large des îles Shetland, en 
mars et surtout en avril, ils sont déjà nombreux dans 
les parages de Jean-de-Mayen, où, d'après Kùkenthal, 
ils sont l'objet d'une pêche lucrative'; plus tard, ils s'a- 
vancent encore davantage vers le nord et finissent par 
atteindre le 70 e degré de latitude nord. Comme Eschricht, 
le capitaine David Gray attribue aux Hyperoodons. 
comme zone estivale , l'entrée du détroit d'Hudson et le 
détroit de Davis jusqu'au 70 e degré, le cap Farewell, les 
côtes d'Islande et le Groenland, avec les eaux polaires 
comprises entre ces continents et le Spitzberg. Ils ne 
paraissent pas s'étendre en dehors de ces longitudes 
extrêmes, car les cétacés signalés au Kamtchatka comme 
des Hyperoodons, n'appartiennent très probablement, 
pas, d'après Eschricht, au genre qui nous occupe. , 

Eschricht a [depuis longtemps observé que les échoue- 
ments de mâles sont toujours excessivement rares : « On 
trouve l'explication naturelle de ce fait, dit-il, en admet- 
tant que les femelles sont moins craintives que les mâles 
ou mieux, qu'elles cherchent des eaux plus tranquilles à 
cause des jeunes qui les accompagnent. Mais puisque les 
jeunes encore à [là mamelle sont en général du même 
sexe que la mère, on se voit obligé de conclure que, les 
femelles sont certainement beaucoup plus nombreuses 
que les mâles. » 

E.-L. Bouvier. 
(A suivre.) 



SOCIÉTÉ GÉOLOGIQUE DE FRANCE 



Séance du « avril «891. — M. Fournier adresse à la So- 
ciété une note sur les « prétendus dépôts marins de l'époque 
romaine dans la vallée de la Sevré », qui paraissent n'être que 
des débris accumulés par l'homme. — M. Douvillé entretient 
ses confrères des couches traversées par le canal de Panama et 
qui peuvent être assimilées à celles qui constituent la forma- 
tion tertiaire des Antilles ; les unes sont miocènes ; d'autres 
avec des Orbitoides et des Nummidites doivent être rapportées 
à l'Oligocène. Enfin la partie méridionale du canal jusqu'au 
Pacifique est occupée par la formation lignitifôrc représentant 
l'Eocène. Toutes ces couches sont horizontales ou peu inclinées. 
M. Douvillé compare cette structure avec celle des isthmes de 
Corinthe et de Suez également constitués par des terrains rela- 
tivement récents. — M. de Margerie signale la découverte faite 
récemment par un géologue américain, M. Haye, dans les Appa- 
laches, de phénomènes de recouvrement analogues à ceux qui 
ont été si bien décrits en Provence par M. Bertrand. Cette 
communication est suivie d'un exposé intéressant fait par 
M. Bertrand, avec exemple à l'appui, sur la facilité avec 
laquelle ces phénomènes permettent d'interpréter des coupes 
présentant des anomalies difficiles à expliquer d'une autre 
manière. — M. Toucas a adressé, par l'intermédiaire de 
M. Douvillé, une note en réponse aux observations do MM. de 
Grossouvre, Bertrand et de Saporta sur l'âge des couches à 
Hippurites dilatatus de la Provence et des Corbières. Cette 
note, remplie de faits, de détails, échappe à toute analyse 
succincte. — M. Tardy fait une communication sur la forme 
générale de l'écorce terrestre et son influence sur la direction 
des plis. — M. Philippe Thomas envoie un travail sur des ro- 
ches ophitiques du sud de la Tunisie, toujours accompagnées 



LE NATURALISTE 



27 



de boues gypsifères et salifèrcs, bariolées de vives couleurs. Par 
places, on observe en outre : des blocs du calcaire encaissant 
plus ou moins métamorphisés ; des fragments de roches sili- 
ceuses vertes, noires ou violettes ; des cristaux bipyramidés de 
quartz, du fer oligiste, de la pyrite et de curieux nodules de 
galène argentifère. Ces roches traversent tous les terrains y 
compris les mollasses miocènes. Leur éruption a dû être suivie 
d'une période d'activité geysérienne correspondant à l'époque 
pliocène. 

Séance do 20 avril 1891. — Af. Albert Gai/dry, rappe- 
lant la découverte d'une mâchoire de Phoca grocnlandica faite 
dans la caverne de Raymonden (Dordogne), parle d'une trou- 
vaille analogue dans le quaternaire du Nord de l'Europe. — 
âf. Tardy fait une communication sur quelques sources miné- 
rales de ï' Auvergne et sur les phénomènes qui les accompagnent. 

— Af. L. Carez a reconnu, en poursuivant ses études dans les 
Corbières, qu'il existe réellement des couches triasiques dans 
la vallée de la Sais, dans celle du Bézu et à Saint-Ferriol, con- 
trairement à ce qu'il avait annoncé dans une communication 
antérieure. — Af. Toucas présente une revision des espèces 
d'Hippuritcs qu'il divise en quatre grands groupes. L'auteur 
donne la caractéristique de chacun de ces groupes. — Af. Carez 
ajoute que, dans les Corbières, il y a quatre niveaux d'Hippu- 
rites correspondant bien à ceux qui ont été énumérés par 
M. Toucas. — Af. Aubert étudie l'Eocène tunisien. L'Eocène 
inférieur est représenté par six assises. L'Eocène moyen ne 
parait pas exister. L'Eocène supérieur peut se diviser en trois 
assises. Dans le sud de la Tunisie, l'Eocène n'est représenté 
que par l'étage inférieur. — Af. Léveillé envoie à la Société une 
note sur l'époque glaciaire dans l'Inde méridionale et sur les 
effets résultant de cette période. 

Séance dn 4 mai 1891. — Af. de Grossouvre fait une lon- 
gue communication sur la position stratigraphique de la craie 
des Corbières et de la Provence. Il discute les conclusions for- 
mulées par M. Toucas et fait des diverses assises une étude 
détaillée qui se prête mal à l'analyse. A cette occasion, M. de 
Grossouvre fait connaître qu'il prépare une monographie des 
Ammonites de la craie supérieure, étage sénonien, et il fait 
appel au concours de ses confrères en les priant de lui commu- 
niquer les matériaux qu'ils pourraient avoir en leur possession. 

— M. Douvillé décrit diverses formes d'Ammonites carénées à 
cloisons cératitiformes (genre Tissotia) du Crétacé et donne 
des indications sur leur distribution stratigraphique. — M. Fi- 
ekeur adresse à la Société une note sur la situation des cou- 
ches à Terebratula diphya dans l'Oxfordien supérieur de POuar- 
senis (Algérie). M. Bertrand pour expliquer cette situation 
anormale avait suggéré l'idée d'un renversement des couches. 
M. Ficheur croit devoir repousser cette interprétation et main- 
tenir ses premières conclusions. — Af. Collot a envoyé quelques 
rectifications de contours géologiques de la carte des Basses- 
Alpes. 

Séance du 21 mai 1891. — M. Dollfus montre, par des 
observations faites dans Eure-et-Loir, vers Chartres, Main- 
tenon, Epernon, etc., que l'argile à silex s'est formée même 
postérieurement à l'ouverture des vallées et à tous les âges. — 
Af. E. Pellal adresse à la Société une note sur un gisement de 
calcaires à Bulimus Uopei des environs d'Eygalièrcs (Bouchcs- 
du-Rhônc). L'auteur donne des détails sur les caractères du 
Bulimus Uopei. — Af. Arnaud, s'appuyant sur des textes em- 
pruntés à Coquand lui-même démontre qu'il a adopté pour 
l'étage Santonien des limites conformes à celles établies par ce 
géologue. — Af. Toucas adresse une nouvelle réponse aux 
observations de M. de Grossouvre sur la craie des Corbières et 
de la Charente et M. Colteau fait une communication sur les 
oursins de l'ouest de la France. 

Séance du 25 mai 1891. — Af. Léon Bertrand présente 
une note sur trois espèces non figurées du genre Scalpellum 
provenant du calcaire grossier des environs de Paris. — 
M. Roussel a envoyé une note sur les terrains primaires de 
Mérens, dans les Pyrénées ; une seconde note a pour objet de 
passer en revue les divers plis que l'auteur a observés dans le 
versant français des Pyrénées. — M. Gosselet fait une commu- 
nication sur les grès de Beleu, près Soissons. Il expose ensuite 
les résultats des travaux de M. Ladrière sur les limons et 
autres terrains quaternaires du nord de la France. — M.Zeiller 
examine comparativement les caractères des genres Trizygia 
et Sphenophyllum. — M. E. de Margerie transmet une note 
préliminaire de Af. Bogdanowitch sur les observations faites 
par ce géologue dans l'Asie centrale au cours de l'expédition 
du colonel Piewtroff. La chaîne du Kouenlun est constituée 
par des roches éruptives et cristallines anciennes, par du 



Devonien inférieur à Stromatoporcs et par du Carbonifère à 
Fusulines, transgressif sur les terrains antérieurs. La structure 
de ces montagnes, d'altitude variant entre 6500 et T800 mètres, 
est très compliquée. La partie explorée du Thibct n'est pas un 
vrai plateau mais une région nettement plissée. Les dépôts 
thïbétains sont d'âge inconnu, non antérieur, dans tous les cas, 
au carbonifère. Par suite de l'altitude exceptionnellement élevée 
â laquelle se trouve reléguée, dans le Kouenlun, la limite infé- 
rieure des neiges persistantes (entre S. 500 et 6.170 m.) les gla- 
ciers y sont rares et de second ordre ; aucune trace n'indique 
qu'ils aient eu jadis un développement plus considérable dans 
la région. 

Séance dn 8 juin 1891. — Af. Carez revient sur quelques 
points de la géologie des Corbières. Il rattache au Trias les 
argiles rouges de la vallée du Bézu. Il maintient l'existence de 
phénomènes de recouvrement, notamment au pic de Bugarach, 
malgré l'opinion contraire de M. Roussel. Enfin il donne quel- 
ques détails relativement à la structure des vallées de Bézu et 
de la Sais. — M. Chaper expose les quelques faits relatifs à la 
géologie de l'île de Bornéo, qu'il a été à même d'observer durant 
un récent voyage. — Af. D. P. OEhlert décrit deux Crinoïdes 
nouveaux provenant de la grauwacke dévonienne inférieure 
des environs de Néhou (Manche). L'un de ces Crinoïdes, le 
Diamenocrinus Jouani constitue le type d'un nouveau genre de 
la famille des Bhodocrinidse. — Af. Bertrand fait une com- 
munication sur le massif d'Allauch situé au nord-est de Mar- 
seille. Sa structure est tout à fait exceptionnelle et parfois très 
difficile à comprendre. On y retrouve des plis couchés et d'au- 
tres anomalies stratigraphiques curieuses, que M. Bertrand 
cherche à expliquer par d'ingénieuses hypothèses. — M. Dou- 
villé présente, au nom deAf. Parrandier, des profils géologiques 
des diverses tranchées du chemin de fer de Dijon à Chalon. Le 
secrétaire dépose ensuite diverses notes sur le bureau. 

Séance du 22 juin 1891. — Af. Lodin expose les raisons 
qui doivent, à son avis, faire admettre que les gîtes calami- 
naires se sont formés par sulfatisation de gîtes sulfurés préexis- 
tants et précipitation des sulfates ainsi formés par l'action des 
épontes calcaires ; à l'appui de ses conclusions, M. Lodin invo- 
que les résultats d'un certain nombre d'expériences de labora- 
toire. — Af. G. Dollfus compare les conclusions du mémoire de 
M. Ladrière sur les Limons à la classification du quaternaire 
établie parBelgrand; il discute ces conclusions et fait remar- 
quer que M. Ladrière ne tient pas compte des faunes. — M. de 
Mercey parle des gîtes de phosphate de chaux de la Picardie et 
Af. Lacroix de quelques roches de l'Asie-Mincure. — Af. Mu- 
nier-Chalmas ajoute quelques faits nouveaux aux remarquables 
études de Deslongchamps sur les terrains jurassiques de Nor- 
mandie. Le même géologue fait une seconde communication 
sur l'équivalent marin du calcaire lacustre de Brie. Il a déjà 
signalé depuis longtemps dans les environs d'Argenteuil (Buttes 
de Sannois et d'Orgemont) la présence, au-dessus des marnes 
vertes, de couches marines comprenant des lentilles de gypse 
et des alternances de marnes renfermant soit des espèces ton- 
griennes, soit des espèces nouvelles. Cet horizon est recouvert 
par les marnes à Ostrea cyathula et longirostris. Ces couches 
occupent donc la même position que le calcaire de Brie dont 
elles sont rigoureusement synchroniques. — MM. Rigaux et 
Douvillé communiquent à la Société une série d'observations 
faites sur la structure des couches jurassiques le long de la 
limite septentrionale du cap Gris-Nez. — M. Lambert présente 
une note sur les oursins du genre Echinocyamus. — Af. Ph. 
Thomas adresse une note sur l'Etage miocène du sud-est de 
l'Algérie et de la Tunisie et sur la valeur stratigraphique de 
VOstrea crassissima. — Af . Collot a fait une étude sur le Buli- 
mus proboscideus d'Orgon. — M. Depéret fait une communi- 
cation sur la terminologie et la synonymie des genres Macro- 
therium et Chalicotkerium. 

N... 



LIVRE NOUVEAU 



Les Champignons, au point de vue biologique, économique 

et taxonomique, par A. Acloque. 
1 volume in-16 de 328 pages avec 60 figures {Bibliothèque 

scientifique contemporaine 3 fr. 

La mycologie est une science relativement récente. M. Acloque 
a pensé qu'il y aurait intérêt à recueillir les observations et à 
résumer les travaux des savants qui, pendant ces cinquante 



28 



LE NATURALISTE 



dernières années, ont étudié les champignons le microscope à 
la main, et ont fondé la science mycologique. Son livre est 
assez exact et assez clair pour instruire ceux qui ne savent pas 
et veulent apprendre, et pour rappeler à ceux qui savent ce 
qu'ils ont appris. Les descriptions anatomiques sont aussi 
claires que possible ; l'auteur n'a pas reculé devant l'emploi 
des termes propres, persuadé qu'une science ne s'apprend pas 
sans la technologie qui lui est particulière ; mais il les a tou- 
jours définis de façon à être toujours parfaitement intelligible. 

Après une étude de l'appareil végétatif, il passe à l'étude des 
organes accessoires, puis des organes essentiels de l'appareil 
reproducteur. La partie anatomique se termine par l'étude des 
cellules-mères et de l'hyménium, et des cellules-filles et des 
spores. La partie physiologique expose les phénomènes de la 
sporification, la théorie du polymorphisme et la question de la 
fécondation. 

Dans la partie économique sont étudiés les champignons 
comestibles, les champignons vénéneux, les champignons nui- 
sibles, — la culture, la récolte et la conservation. 

Une dernière partie est consacrée à la taxonomie mycolo- 
gique et à l'étude des classifications de Bulliard, de Persoon, 
de Link, de Nées, de Frics, de Lévcillé, de Berkeley, de 
M. Bertillon, etc. 



CHRONIQUE 

Muséum d'histoire naturelle «le Paris. — M. Milne. 
Edwards, professeur au Muséum, est nommé directeur 
de cet établissement. 

mort de M. de Quatrefages. — M. de Qualrefages de 

Bréau, membre de l'Institut, professeur au Muséum 
d'histoire naturelle, est mort mardi soir, 12 janvier, à 
l'âge de quatre-vingt-deux ans, des suites d'une conges- 
tion pulmonaire double, provoquée par l'influenza. 

Docteur en médecine et docteur es sciences, M. de 
Quatrefages, qui était un des représentants les plus émi- 
nents de la science française, laisse de très importants 
travaux sur lesquels nous aurons à revenir prochaine- 
ment. 



ACADÉMIE DES SCIENCES 



Séance dn 1 décembre i89l. — M. J. Bonnier décrit, 
chez les amphipodes de la famille des Orchestidœ, la glande 
antennale : question intéressante en ce qu'elle indique, par sa 
présence ou son absence, si cette famille doit être, comme on le 
fait Généralement, séparée des Gammaridse. — MM. G. Pouchet 
et II. Beauregard communiquent à l'Académie une liste d'é- 
chouements de grands Cétacés sur la côte française depuis fé- 
vrier 188S. Grâce à l'initiative de Paul Gervais, le ministère 
de la Marine a organisé un service d'informations par suite du- 
quel la chaire d'anatomic comparée du Muséum est immédia- 
tement informée des échouements de grands Cétacés qui peuvent 
se produire sur nos côtes. Pour la première fois, la Megaptcra 
Boops est signalée, dans la mer Méditerranée. — M. A. Giard 
croit pouvoir déterminer d'une façon à peu près complète la 
position systématique du champignon parasite des Acridiens, 
le Lachnidium acridiorum. Il semble être très voisin des Cla- 
dosporium et, comme ce dernier Hyphomycôte, devra être rat- 
taché plus tard soit aux périsporiacées soit aux sphériacées. 

M. j£d. Heckel signale un mode particulier de germination 

qu'il lui a été donné d'observer dans l'Araucaria Bidwilli ; et 
dont on retrouve seulement quelques indices dans l'Araucaria 
Brasiliensis. La radicule à peine sortie des enveloppes de la 
graine et des cotylédons se renfle en un tubercule qui absorbe 
à peu près toutes les réserves nutritives de la graine et des 
cotylédons. Cette portion vidée et inutile (cotylédons et enve- 
loppes) se sépare alors par la formation d'une zone subéreuse 
qui se forme â la base des cotylédons. La gemmule restant, 
bien entendu, est attenante au tubercule radiculairc. C'est géné- 
ralement sous cette forme douée d'une résistance vitale plus 
considérable que nous parviennent d'Australie les araucaria. 



Séance dn 14 décembre. — M. de Bruyne décrit le tissu 
conjonctif réticulé qu'on observe dans la tunique musculaire 
du tube digestif de la Grenouille, du Lapin, etc. — M. L. Boule, 
dans ses études sur les premières phases du développement 
des crustacés édriophthalmes, a pu observer deux faits impor- 
tants ; l°la genèse diffuse du mésoderme par le blastoderme 
presque entier; 2° l'origine double de l'endoderme, les deux 
zones originelles étant séparées par un vaste espace. — M.B. Mo- 
niez a retrouvé, dans un cestode parasite de l'Oxyrhina glauca; 
l'état parfait du curieux parasite du poisson lune, le Gymnor- 
hynchus reptans qui forme, comme on le sait, un lacis inextri- 
cable dans le foie de la môle. — M. F. Begnault a étudié chez 
les Indous, où elle est très développée, la fonction préhensile 
du pied; il a reconnu que le gros orteil présente des mouve- 
ments étendus et énergiques d'adduction et d'abduction, d'élé- 
vation et d'abaissement. Jamais il n'a pu observer de mouve- 
ment d'opposition. — M. de Quatrefages signale l'importance 
de cette note au point de vue de l'origine de l'homme. — M. Blei- 
cher signale la présence de coquilles terrestres tertiaires dans 
le tuf volcanique du Limbourg {Limburgite) de Kayserstuhl 
Gr. duché de Bade). 

Séance dn 2-1 décembre. — Prix décernés par l'Acadé- 
mie pour l'année 1891. 

Le Prix Delesse est accordé à M. Barrois, de Lille, pour ses 
travaux sur la géologie de la Belgique, du nord de la France, 
des Asturies, de l'Andalousie et enfin sur un travail capital, 
quoique inachevé sur la Bretagne. — Le Prix Bordin est donné 
à M. Guignard pour ses travaux sur la fécondation des végé- 
taux. — Le Prix Desmazières. à M. A. N. Berleze pour ses tra- 
vaux sur les champignons du nord de l'Italie et en particulier 
ses Icônes Fungorum. — Le Prix Montagne est décerné à 
M. H. Jumelle pour son mémoire intitulée Becherches physiolo- 
giques sur les lichens. — Le Prix Thore à MM. J. Costantin et 
L. Dufour pour leur nouvelle flore des champignons (en vente 
aux bureaux du Journal). — Le grand prix des Sciences phy- 
siques est décerné à M. Jourdan pour ses recherches sur les 
organes des sens des invertébrés. — Le Prix Bordin pour l'é- 
tude comparative de l'appareil auditif chez les animaux verté- 
brés à sang chaud (Mammifères et Oiseaux) est décerné à 
M. Beauregard. — Le Prix Savigny destiné à récompenser les 
naturalistes voyageurs principalement dans la mer Rouge est 
donné h M. L. Faurot. — Le Prix da Gama Machado est ré- 
servé , MM. Raphaël Blanchard et L. Joubin obtiennent un en- 
couragement. — Le Prix Cuvier est accordé au Geologica 
surwey des Etats-Unis en témoignage de haute estime pour cette 
œuvre collective. — Le Prix Trémont est décerné kM. Emile Bi- 
vière pour ses mémoires d'Anthropologie préhistorique. — Le 
Prix Petit d'Ormoy est décerné à M. L. Vaillant pour l'en- 
semble de ses travaux de Zoologie, et en particulier pour son 
travail sur les poissons du Travailleur et du Talisman. — 
M. Berihelot termine la séance en prononçant l'éloge de 
Henri Milne-Edwards. 

Séance dn 28 décembre. — M. A. Lacroix adresse à l'a- 
cadémie une note sur la formation de Cordiérite dans les 
roches sédimentaires fondues par les incendies des houillères 
de Commentry (Allier). — M. Gaubert et Charles Brongniarl 
montrent que les peignes des Scorpions sont bien, comme l'a- 
vait prévu M.Blanchard, des organes propres à l'accouplement; 
ils semblent, en outre, être des organes de tact d'une sensibi- 
lité exquise. — M. G. Pouchet adresse à l'Académie une note sur 
le régime de la Sardine en 1890. — M. Joannes Chat in signale la 
présence de l'Helerodera Schachtii dans les cultures d'œillets à 
Nice. — M. Trouessart signale un cas de phtiriasc du cuir che- 
velu causé chez un enfant de 5 mois par le Phtirius inguinalis. 
— M. L. Mangin communique à l'Académie le résultat d'obser- 
vations qu'il a faites sur la membrane cellulosique des Végé- 
taux. Il existe, d'après lui, trois séries de colorants caractéris- 
tiques pour la cellulose : 1° les réactifs iodés, 2° les colorants du 
groupe de l'Orseilline BB teignant en bain acide, 3° et enfin la 
série des couleurs de Benzidine teignant en bain alcalin. Les 
observations de M. Mangin montrent que toutes les membranes 
qui donnent un résultat positif avec ces trois séries de réactifs 
sont de nature cellulosique ; réciproquement, lacellulose faitdé- 
faut dans les tissus où, après l'action des alcalis caustiques, ces 
divers colorants donnent un résultat négatif. 



Le Gérant: Emile DEYROLLE. 



PARIS. — 1MPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17. 



14 e ANNÉE 



5 e SÉRIE 



1%° 1 1 « 



1 er FÉVRIER 1892 



M. DE QUATREFAGES 



La science vient de faire une très grande perte en la 
personne de M. de Quatrefages. L'éminent professeur 
d'anthropologie du Muse'um s'est éteint le 12 janvier, à 
l'à°e de 82 ans. La nouvelle de sa mort a suivi de très 
près la nouvelle de sa maladie. La douloureuse surprise 
qu'elle a causée a été d'autant plus grande que, peu de 
jours auparavant, l'activité physique et intellectuelle de 
l'illustre savant faisait encore l'admiration de tous. 

Cette Revue a considéré comme un devoir de consacrer 
une courte notice à la 
belle carrière et aux tra- 
vaux scientifiques d'un 
homme dont le nom fi- 
gurera toujours dans la 
liste des grands natura- 
listes français. 

Jean-Louis-Armand de 
Quatrelages de Bréau 
était né le 10 février 
1810, à Berthezène, pe- 
tit village des Céven- 
nes, dans le départe- 
ment du Gard. Il étudia 
d'abord la médecine à 
Strasbourg. Nommé au 
concours préparateur de 
physique et de chimie à 
la Faculté, il prit succes- 
sivement les grades de 
licencié et de docteur 
es sciences mathémati- 
ques, de docteur en 
médecine et de docteur 
es sciences naturelles. 
M. de Quatrefages n'eut 
jamais à regretter d'a- 
voir consacré une bonne 
partie de sa jeunesse à 
des études aussi variées 
que. solides. « Chaque 
fois que j'ai dû changer 
la direction de mes étu- 
des, disait-il, j'ai trou- 
vé, bien souvent, dans 
ma nouvelle carrière, 

l'occasion d'appliquer des notions acquises dans les 
précédentes. » 

En 1833, M. de Quatrefages alla se fixer à Toulouse 
pour exercer la médecine. Il consacrait à des recherches 
d'histoire naturelle les loisirs que lui laissait sa clientèle. 
En 1838, il fut chargé du cours de zoologie à la Faculté 
des Sciences. Mais, ne pouvant poursuivre ses recherches 
en province, il résigna bientôt ses fonctions et vint 
s'établir à Paris. Le jeune savant n'étant pas riche il 
dut chercher à se procurer des ressources. Il écrivit des 
articles dans la Revue des deux Mondes et il dessina un 
certain nombre de planches pourleRèg-ne animal illustré . 
M. de Quatrefages aimait à raconter ces débuts plus que 
modestes aux jeunes gens qu'il voulait encourager. 

Dès cette époque, il sut donner à ses travaux une 
direction générale très nette. « L'étude de plus en plus 
approfondie du règne animal, disait-il, montre, dans les^- 

hE NATURALISTE, rue du Bac, 46, Paris. 




M. de 



Quatrefages, décédé à Paris, 
(photographie de M. E. 




êtres qui le composent, des différences extrêmement 
considérables, au point de vue de la complication orga- 
nique. A l'une des extrémités de ce règne, les actes 
vitaux s'accomplissent à l'aide d'appareils très nombreux 
et très complexes ; à l'autre extrémité se trouvent des 
animaux chez lesquels on ne retrouve qu'avec une 
grande difficulté des traces de ces appareils. » Pour 
démêler les rapports qui relient entres elles des espèces 
en apparence si différentes, M. de Quatrefages, partant 
de ses premières études sur l'homme, descendit l'échelle 
des animaux et s'attacha à l'étude de ce qu'il croyait 
être « la marche suivie par la nature dans la simpli- 
fication ou dégradation 
des organismes ». Il en- 
treprit et mena à bonne 
fin un grand nombre 
de monographies, dans 
lesquelles il s'occupait 
de la forme extérieure, 
de l'anatomie, de la phy- 
siologie et même de 
l'embryologie, des espè- 
ces étudiées. Ces recher- 
ches ont porté sur tous 
les embranchements du 
règne animal; les seules 
Annélides on fait l'objet 
de plus de vingt mémoi- 
res. Parmi les mollus- 
ques, M. de Quatrefages 
s'attacha principale - 
ment à l'étude de ce cu- 
rieux groupe auquel il a 
donné le nom de mollus- 
ques phlëbentcrés, et qui 
fut l'objet de tant de 
discussions de la part 
des zoologistes de tous 
les pays. 

En 1840, les natura- 
listes étaient bien loin 
de posséder les moyens 
de travail dont on dis- 
pose aujourd'hui. Il n'y 
avait pas de laboratoires 
de zoologie aux bords 
de la mer. Le jeune sa- 
vant dut partir pour les 
côtes de la Bretagne et aller travailler dans les auberges 
ou dans les cabanes des pêcheurs. Il visita successi- 
vement l'archipel de Chausey, Saint-Vaast la Hougue, 
Boulogne, Saint-Malo, Guettarry, Saint-Sébastien. Plus 
tard, en compagnie de Milne-Edwards et de M. Blan- 
chard, il parcourut les côtes de la Sicile. Le récit de ces 
voyages fut publié par l'auteur en un livre intitulé : 
Souvenirs d'un naturaliste. La lecture peut en être recom- 
mandée à tous les jeunes naturalistes. Ils pourront com- 
parer les facilités du présent avec les difficultés du passé 
et admirer le spectacle d'une vocation scientifique que 
rien ne saurait altérer ni décourager. 

Ces travaux, ainsi que diverses notes publiées sur l'em- 
bryogénie de divers animaux, sur les phénomènes de phos- 
phorescence, sur la fécondation artificielle des Poissons, 
etc., valurent à M. de Quatrefages sa nomination comme 
ofesseur d'histoire naturelle au lycée Henri IV,. Trois 



le 12 janvier 
Pirou). 



1802 



30 



LE NATURALISTE 



ans plus tard (1832), il fut élu membre de l'Académie des 
Sciences, dans la section de zoologie, en remplacement 
de Savigny. 

En 18.'i5, M. de Quatrefages fut appelé à la chaire d'an- 
thropologie du Muséum. Cette nomination fut le point de 
départ de ce qu'on peut appeler la seconde période de 
la carrière scientifique de l'illustre savant. La chaire 
d'anthropologie, fondée en 1832 pour Flourens, qui était 
un physiologiste, avait été occupée ensuite par Serres, 
qui était un anatomiste. M. de Quatrefages s'appliqua 
à élargir le cadre, par trop médical, où ses prédécesseurs 
avaient enfermé la science de l'homme. Naturaliste, il 
voulut étudier l'histoire naturelle de l'homme et appliquer 
à l'espèce humaine les principes qui l'avaient guidé dans 
l'étude des animaux inférieurs. 11 fut conduit à aborder 
les problèmes les plus élevés et les plus délicats. Ce fut 
d'abord la question de l'unité de l'espèce humaine. M. de 
Quatrefages se déclara monogéniste ; il développa les 
arguments en faveur de son opinion dans son enseigne- 
ment et dans des livres qui furent traduits dans un grand 
nombre de langues. Malgré sa parfaite loyauté et le 
caractère exclusivement scientifique de ses œuvres, 
l'auteur ne put parvenir à plaire à tout le monde : « Le 
dogmatisme et l'antidogmatisme, disait-il récemment 
dans un discours à la conférence Scientia, ont de tout 
temps, et aujourd'hui plus que jamais, pris pour théâtre 
de leur lutte ce terrain (de l'anthropologie) qu'ils auraient 
dû respecter. Trop souvent, ils ont été conduits à consi- 
dérer les faits à travers le prisme de leurs doctrines et à 
résoudre, en vertu d'à priori qui n'avaient rien de scien- 
tifique, des questions relevant de la science seule. 
Chargé d'enseignerl'histoire naturelle de l'homme, je me 
promis bien de ne jamais écouter ni l'un ni l'autre et de 
rester exclusivement naturaliste. Je puis dire que je suis 
resté fidèle à cette promesse. Par cela môme je ne fus 
pas toujours compris, surtout au début. On interpréta 
mes paroles, on me prêta des opinions. Un de mes col- 
lègues de la Société d'anthropologie me traita un jour 
de mystique, parce que je soutenais l'unité spécifique 
de tous les hommes; peu après, j'apprenais qu'un jour- 
nal m'avait représenté comme un matérialiste déguisé, 
parce que j'admettais la multiplicité des centres de créa- 
tion pour les animaux et les plantes. En fait, dans les 
deux cas j'avais seulement répété ce que m'avaient 
appris l'expérience et l'observation. » 

Plus, tard M. de Quatrefages eut à s'occuper du Darwi- 
nisme. Tout le monde sait qu'il a toujours combattu 
cette théorie tout en faisant le plus grand éloge de 
Darwin. Veut-on connaître son opinion exacte"? Il l'a 
résumée lui-même dans le discours précité, lequel cons- 
titue une sorte d'autobiographie scientifique. Voici 
comment il s'est exprimé : « Laconception de Darwin est 
le plus vigoureux effort qui ait été fait pour éclaircir ce 
qu'il a appelé lui-môme le mystère des mystères, savoir le 
développement et la succession des êtres vivants à la 
surface du glohe. C'est même la seule en réalité qui 
mérite le nom de théorie, parce que seule elle em- 
brasse les faits d'ensemble et de détail, et les coor- 
donne parun petit nombre de lois ou principes logi- 
quement enchaînés. Pour qui accepte toutes les hypo- 
thèses de Darwin, le passé, le présent des faunes et des 
flores n'ont presque plus de secrets, et leur avenir 
même peut en partie être prévu : Je comprends toutes 
les séductions que ne pouvaient manquer d'exer- 
cer ces merveilleuses perspectives ouvertes à l'esprit 



humain par un homme d'un savoir profond, servi par une 
intelligence des plus ingénieuses, ennobli par une bonne 
foi, par une loyauté que Ton ne saurait trop proclamer. 
Mais un trop grand nombre de ces hypothèses sont en 
contradiction flagrante avec une foule de faits démontrés 
par l'expérience aussi bien que par l'observation; et j'ai 
dû combattre Darwin avec d'autant plus de persévérance 
que ses idées étaient plus séduisantes et plus généra- 
lement adoptées. 

« Deux devoirs s'imposaient à moi, dans cette lutte 
avec le grand penseur anglais. Le pemier était de me 
rendre un compte rigoureusement exact de sa pensée et 
de l'exposer fidèlement avant delà combattre; le se- 
cond, de reconnaître et ne jamais oublier les services de 
premier ordre rendus par lui à la science positive, non 
seulement par des travaux accomplis en dehors de 
toute théorie, mais encore et plus encore, peut-être, 
par ceux-là mêmes dont j'avais à discuter les données 
fondamentales. Il m'est permis de dire que je me suis 
efforcé de les remplir de mon mieux et que j'ai réussi. 
J'en ai pour garant Darwin lui-même. Il répondit à l'en- 
voi de mon livre en me remerciant d'avoir été l'inter- 
prète exact de sa doctrine ; en ajoutant qu'il aimait 
mieux être critiqué par moi que loué par bien d'autres. 
Son fils Francis Darwin, en répétant ces paroles au ban- 
quet que lui offrit Scientia, a attesté qu'elles n'étaient 
pas une simple politesse, mais que telle étaiten réalité la 
pensée de son père. De tous les témoignages bienveillants 
que m'a valus ce livre, c'est bien celui dont j'ai été le 
plus heureux. » 

Indépendamment de ses travaux sur les grandes ques- 
tions de philosophie naturelle, M. de Quatrefages a pu- 
blié un grand nombre d'ouvrages d'anthropologie pro- 
prement dite. Nous ne pouvons que citer ici sa magis- 
trale étude sur les Polynésiens et leurs migrations, ses 
livres intitulés : Hommes fossiles et hommes sauvages; les 
Pygmées; Introduction à V étude des races humaines ; Rap- 
port sur lesprogrèsde V Anthropologie en France, etc. 

11 fut l'un des premiers à admettre et àproclamer l'an- 
tiquité géologique de l'Homme et son existence dans 
notre pays, à l'époque quaternaire. En collaboration 
avec M. le docteur Hamy, il a publié les Cranta ethnica, 
une volumineuse monographie des races humaines vi- 
vantes et fossiles. 

De pareils travauxméritaient les plus grands honneurs. 
Ils n'ont pas manqué à l'illustre savant. Il a présidé 
plusieurs fois des congrès internationaux et reçu des 
marques de distinction considérables de la part de plu- 
sieurs gouvernements étrangers. 11 faisait partie de la 
Société royale de Londres, de la Société impériale de 
Moscou, des Académies des Sciences de Bruxelles, de 
Munich, etc. En France, il a présidé plusieurs fois la 
Société de géographie. Enfin il était commandeur de la 
Légion d'Honneur et officier de l'Instruction publique. 

11 est à peine besoin de parler de la noblesse de ca- 
ractère et des qualités de cœur de M. de Quatrefages. Elles 
se reflètent dans ses travaux. Pourtant, il faut signaler 
sa belle conduite pendant et après le siège de Paris. 
Resté dans la capitale, dans la maison de Bufïon qu'il 
habitait au Muséum, il eut la douleur de constater que 
le Muséum d'histoire naturelle servait souvent de cible 
aux obus prussiens. Il protesta d'une belle manière, en 
publiant une dernière « monographie » : la Race prus- 
sienne. 
Jusqu'à sa dernière heure, M. de Quatrefages a gardé 



LE NATURALISTE 



31 



toute l'ardeur, tout l'enthousiasme scientifique de la jeu- 
nesse. Nul n'a eu plus de confiance en l'avenir. Dans 
un de ses derniers cours du Jardin des Plantes, il di- 
sait à ses auditeurs : « Je ne répéterai pas le mot déses- 
péré de du Bois-Raymond. L'éminent physiologiste a 
terminé un de ses discours en disant : Ignorabimus ! 
nous ignorerons à jamais. Je me borne à dire : Ignora- 
musl nous ignorons pour le moment. Qui donc, en pré- 
sence des merveilleux progrès accomplis dans ce siècle, 
peut s'arroger le droit d'assigner les limites au savoir 
de l'avenir? » 

M. Roule. 



LE PAPIUO MACHAON, Linné 
et ses différentes variétés 

(suite et fin). 



&°Papilio Machaon Linné, Variété Asiaiica. Ménétriès. 

Si d'Europe on passe en Asie, on constate la présence de 
Machaon sur un grand nombre de points de ce vaste continent, 
depuis les régions centrales et méridionales de la Sibérie au 
nord, jusqu'au midi de l'Indoustan et aux rivages de la Mer de 
la Chine. Mais l'aspect de ce Papilio dans les dilférentes sta- 
tions de cette vaste étendue de pays est loin d'être semblable à 
celui qui nous est si familier. Dès l'année 1840, Ménétriès 
désigna sous le nom d'Asiatica une variété de Machaon spéciale 
aux contrées orientales de l'Asie, et qui diffère du type euro- 
péen par une taille généralement plus grande, par la forme du 
contour du bord externe des ailes supérieures qui est sensible- 
ment dentelée, et surtout par l'extension de tous les dessins 
ordinaires. La marginale, les taches discoïdales, ainsi que les 
nervures des mêmes ailes, sont tellement élargies, que les taches 
jaunes qui couvrent le milieu du disque se trouvent presque aussi 
réduites que celles du Papilio Xuthus Linné. La bande pré- 
marginale des secondes ailes, de son côté, offre une largeur si 
considérable, qu'elle touche presque le bord de la cellule dis- 
coïdale. Son contour intérieur est, du reste, assez caractéristique ; 
il s'étend à peu près en ligne droite, ou à peine courbée, depuis 
la côte jusqu'à l'angle anal; tandis que, chez le Machaon 
typique et même chez la forme Sphyrus, ce contour est concave 
et :issez profondément denté. Asiatica s'écarte donc franche- 
ment du type normal qui vole autour de nous; mais on ne sau- 
rait disconvenir qu'il se rapproche beaucoup du Sphyrus pré- 
cité; et l'analogie qui existe entre ces deux races de papillons 
d'origine et de milieux si différents mérite d'être relevée. La 
mblance ne dégénère cependant pas en une similitude 
parfaite. La variété établie par Ménétriès est, en général, en- 
core plus obscure que celle de Hubner. La marginale postérieure 
est plus large, son bord intérieur qui frise la cellule est plus 
droit; les taches bleues qui en couvrent les espaces internervu- 
raux sont, en revanche, moins développées et moins brillantes, 
bien que celle qui surmonte l'ocelle anale soit exceptionnelle- 
ment très vive. Il est, par conséquent, toujours possible de 
distinguer Asiatica de Sphyrus dans la grande généralité des 
cas; et cela étant, cette variété nous parait devoir conserver le 
nom qui lui a été imposé par son auteur. Nous ne pouvons, 
par conséquent, partager l'avis du docteur Staudinger qui assi- 
mile dans son grand catalogue la présente race asiatique de 
Machaon à celle du Midi de l'Europe et du Nord de l'Afrique. 
Asiatica est, il est vrai, ainsi que le dit ce savant lôpidoptériste 
pour son Sphyrus latinus nigro fasciata; mais il ne répond nul- 
lement à la caractéristique exprimée par ces mots : Maculis 
cœruleis permagnis; et ce défaut, très important en lui- 
même, nous paraît suffisant pour maintenir ces deux variétés 
séparées. 

Asiatica se trouve répandu dans tout le sud-est de la Sibérie, 
dans PAmurland, en Daourie, dans toute la partie orientale de 
la chaîne des Monts Altaï et peut-être dans le Kamtchatka, 
Dans ces différentes stations, il constitue une forme constante 
qui paraît exclure celle du Machaon normal, absolument comme 
Sphyrus lui-même dans le nord de l'Afrique. Il pénètre, vers le 
sud-ouest dans le massif alpin de l'Asie centrale où M. Alphe- 
raky et les chasseurs du docteur Standingcr l'ont recueilli dans 
beaucoup de localités. Selon l'explorateur «lu district de Kouldja, 



Asiatica volerait pendant tout l'été sur les montagnes du Tian- 
Chan, depuis une altitude relativement élevée jusqu'aux limites 
inférieures des neiges perpétuelles ; et, selon Ménétriès, la 
même forme se rencontrerait sur les cimes élevées de la chaîne 
de l'Himalaya. Il semble permis de conclure de ces indications 
géographiques que la variété qui nous occupe ne tend à se 
développer que sous des climats relativement très froids, ce qui 
est exactement le contraire de notre race Sphyrus qui ne com- 
mence à se montrer en Europe que dans des régions d'une 
température élevée. Ce rapprochement que nous notons en pas- 
sant semble donc démontrer que ces deux variétés que nous 
considérons comme distinctes, résultent aussi de causes diamé- 
tralement opposées. 

5° Papilio Machaon Linné, Variété Hippocrates Staudinger. 

La plus intéressante de toutes les variétés connues de Ma- 
chaon est certainement celle qui vient de paraître au jour, 
sous le nom d'Hippocrates et que le docteur Staudinger répand 
dans les collections sous ce nom; elle est plus remarquable, à 
tous les points de vue, que toutes celles que nous avons étu- 
diées jusqu'ici. Hippocrates, qui a été découvert d'abord dans 
la partie septentrionale du Japon et retrouvé ensuite dans les 
régions de l'Amurland, entre la Chine et la Sibérie, se distingue 
de la forme précédente avec laquelle elle manifeste le plus 
d'analogie par sa grande taille, qui n'est pas inférieure à celle 
des plus forts exemplaires de Xuthus Linné, et par l'intensité 
plus vive de la teinte jaune générale du fond. Puis, en ne con- 
sidérant que la face supérieure, on trouve que les taches mar- 
ginales jaunes des premières ailes sont presque réduites à l'état 
de points; que le grand espace triangulaire noir sablé, de jau- 
nâtre qui couvre la base fait uni 1 saillie vers le bord interne et 
s'unit ainsi visiblement à la bande transversale qui précède 
l'extrémité de l'aile; que les taches triangulaires du fond alignées 
sur le milieu du disque sont salies extérieurement par un semis 
d'écaillés noires assez denses. Les taches lunulaires jaunes 
qui précédent le bord de l'aile postérieure, au nombre de six 
seulement, parce que la première vers la côte est ordinaire- 
ment absente, sont également couvertes par un lavis obscur 
semblable à celui dont il vient d'être question. La bande 
noire prémarginale, au bord de laquelle ces taches reposent, 
est extrêmement dilatée; son contour interne presque rectiligne 
couvre l'extrémité intérieure de la cellule discoïdale ; elle n'est 
marquée que de légères macules internervurales bleuâtres; et 
elle englobe totalement l'ocelle anale qui est d' un rouge beau- 
coup plus sombre que chez n'importe quelle autre variété. 

Le dessous d'Hippocrates est encore plus tranché que la face 
opposée, surtout celui de l'aile postérieure. La bande prémar- 
ginale, toujours plus ou moins grisâtre chez toutes les formes 
de Machaon, est, au contraire, dans le cas qui nous occupe d'un 
noir profond, avec une zone médiane d'un bleu brillant qui 
règne d'une manière ininterrompue d'un bord de l'aile à l'autre. 
Cette bande est appuyé du côté intérieur contre trois taches 
ferrugineuses, analogues à celles qui s'observent soit chez la 
l'aune normale, soit chez ses différentes variétés; mais elle est 
bordée, en outre, extérieurement, par une large hgne flexueuse 
d'un fauve rougeàtre qui n'existe jamais, même à l'état de 
vestige, chez aucune modification de l'espèce. Sans les carac- 
tères si remarquables de la face inférieure Hippocrates pour- 
rait passer pour un terme extrême, et en quelque sorte pour 
une exagération de la forme Asiatica; mais, à cause de ces 
détails absolument insolites et, par conséquent, d'une grande 
importance au point de vue de la séparation des races, la 
curieuse et remarquable variété dont il s'agit ne saurait être 
confondue avec aucune des formes de Machaon observées jus- 
qu'à ce jour. Ajoutons que ce grand et beau Papilio possède 
un faux air de. Xuthus, dont il atteint, du reste, la taille, mais 
que l'analogie est toute superficielle, car ces deux types sont 
spécifiquement distincts et ne montrent aucun indice de parenté 
sérieuse. 

L. AUSTAUT. 



LES ANIMAUXPLANTES 



On rencontre fréquemment dans Ja nature des pro- 
ductions bizarres, qui sembleraient tenir des deux 
règnes si on ne les regardait d'un peu près. Il y a long- 
temps que ces animaux-plantes ont fixé l'attention des 
observateurs. Vaillant, Linné, Bulliard, ont parlé d'une 



32 



LE NATURALISTE 



des plus belles espèces européennes, le Cordyceps mili- 
taris aux coloris bariolés. La Mouche végétante des An- 
tilles ou des Caraïbes est, depuis longtemps, l'objet d'une 
attention toute spéciale dans l'Amérique centrale. Voici 
d'ailleurs ce qu'en dit le naturaliste Bosc : « La nymphe 
morte d'un insecte de Cuba et de Saint-Domingue porte. 
sur son dos, une espèce de champignon du genre des 
Clavaires. Des personnes peu éclairées en ont voulu 
conclure que des animaux pouvaient se Iransformer 
immédiatement en végétaux; mais l'on sait que telle 
est la nature de certains champignons, notamment de 
cette Clavaire, de ne pouvoir croître que sur des sub- 
stances animales déterminées. Si le temps n'est pas fa- 
vorable, il périt plusieurs de ces nymphes de Cigales 
qui vivent dans la terre sous les feuilles mortes. La se- 
mence de la Clavaire s'y attache et s'y développe, voilà 
tout le merveilleux. De longs filets blancs et soyeux 
couvrent aussi le corps de ces nymphes de Cigales, de 
même que celui de quelques guêpes el de quelques 
Sphinx. » 

Le merveilleux qui entoure ces aériennes produc- 
tions, ne pouvait faire autrement que de leur attribuer 
des propriétés qu'elles n'ont pas. C'est ainsi que, dans la 
médecine chinoise, le Cordyceps sinensis est réputé 
comme un remède à tous les maux, que ne peuvent 
employer que les grands personnages. Actuellement on 
vend, par petits paquets soigneusement préparés, les 

larves desséchées 
et leur parasite 
sur tous les mar- 
chés chinois : on 
les fait servir à 
des mets délicats 
dont nous autres 
Européens, nous 
ne nous faisons 
certainement pas 
une idée bien 
exacte. 

Au Japon, c'est 
un hémiptère qui 
porte fixé entre 
la tête et le cor- 
selet, un long ap- 
pendice terminé 
par la partie fruc- 
tifère. Voici ce 
qu'en dit un ou- 
vrage japonais 
destiné aux écoles 
primaires de ce 
pays, — où l'ins- 
truction esl obli- 
gatoire ! — « En 
Tchikongo, sous-préfecture de Rox-Mu, à Yabeoura 
montagne de Miyakouano, on trouve un insecte qui, en 
été, se icmue, s'agite et vole, et en automne se change 
en plante; la racine en esl de couleur violette, » Il pa- 
raîtrait môme, d'après la lettre d'un missionnaire, que 
h les partisans de Darwin au Japon en font un grand cas 
pour appuyer leurs théories transformistes ». 

A la .Nouvelle-Zélande croit le géant du génie, le re- 
marquable Cordyceps Robertsii qui figurait en 1880 à l'ex- 
position néo-zélandaise. La larve parasitée est l'Hepialus 
mrescens qui vit. pendant une partie de l'année, sur les 





Fig, 1. — Paquet de larves desséchées 
et leur parasite [Cordyceps sinensis 
Berk.) vendu sur les marchés chinois. 

Fig. 2. — Hémiptère du .lapon portant 

fixé ent !•'• la tète el le corselel un 
Cordyceps sphecocephala (Dicks.). 



feuilles d'un certain nombre de plantes et particulière 
ment d'un Metrosideros. En février elle s'enfonce en terre 
pour y subir ses métamorpho=es; mais, au lieu d'un pa- 
pillon, on voit souvent apparaître à l'endroitoù elle s'est 
enfoncée dans le sol, une longue tige grêle, surmontée 
d'une massue. Il paraît même que cette espèce est vi- 
vace et dure plusieurs années : chaque année la partie 
supérieure du réceptacle fructifère se détruit et, à sa place, 
s'en développe un autre qui sera à son tour remplacé 
l'année suivante. 

Nombreux sont les insectes qui donnent naissance, en 
une partie quelconque de leurs corps, à de semblables 
parasites : les Diptères, les Hémiptères, les Orthtopères, 
les Lépidoptères, les Coléoptères, les Hyménoptères, etc.. 
tous y passent. Les Araignées elles-mêmes n'en sont pas 
exemptées depuis les minuscules Lucifuges qui se réfu- 
gient sous Técorce des arbres de nos bois jusqu'aux 
grosses Mygales des régions chaudes du nouveau monde. 

Le relevé que nous avons fait porte à 55 le nombre des 
espèces de Cordyceps actuellement connus; mais il es! 
probable que beaucoup d'entre elles, décrites souvent sur 
un exemplaire unique et par conséquent peu connues, 
doivent faire double emploi. 

Quels sont les caractères des Cordyceps et à quoi peut- 
on les reconnaître? Ils consistent 
généralement en un stipe allongé, 
dressé, fixé sur le corps d'un insecte 
ou d'un arachnide et claviforme, la 
massue pouvant occuper une grande 
partie de la longueur du stipe (com- 
me dans le C.militaris) ou seulement 
l'extrémité supérieure. Quant aux or- 
ganes fructifères (pèrithéces), ils sont 
enfoncés dans la substance même de 
la massue ou superficiels. A l'in- 
térieur de ces périthèces on trouve 
des sacs clos de toutes parts, allongés 
(asques) contenant huit petits corps 
auxquels on donne le nom de spores. 
Ces spores sont filiformes, en longs 
bâtonnets, cloisonnées de place en 
place et se séparant facilement et de 
bonne heure à la hauteur de ces cloi- 
sons. Dans un genre voisin, le stro- 
ma, au lieu de former une colonne 
plus ou moins allongée, est ténu, 
membraneux, et les spores sont obs- 
curémentseptées. M. Boudier a don- 
né à l'unique espèce dont il est coin- 
posé le nom de Torrubiella aranicida. 
On peut se demander pourquoi ce 
nom de Torrubiella? Ce n'est autre 
chose que le diminutif de Torrubia 
proposé par Léveillé pour désigner 
le genre plus anciennement connu 
sous la désignation Cordyceps, en 
l'honneur du moine espagnol Tor- 
rubia qui s'était occupé, avec succès, 
de l'histoire naturelle de l'Amérique 
espagnole. 

Quel est le rôle joué par ces champignons dans l'har- 
monie de la nature? Il est assez difficile de se prononper 
à ce sujet. La mortalité qu'ils causent n'est pas très con- 
sidérable et, de plus, les insectes parasités ne comptent 
pas parmi les plus redoutables. 



i 

Fig. 3. — Asque e! 
spores de Cordy- 
ceps. 



LE NATURALISTE 



33 



Comme tous les champignons, les Cordyceps présentent 
un polymorphisme assez complexe. Les massues longue- 
ment stipitées, aux teintes plus ou moins vives, ne cons- 
tituent pas leur seul mode de reproduction. Souvent on 
rencontre des insectes ou des Arachnides recouverts 
d'une poussière blanche ou bien encore de petits buis- 
sons floconneux, comme saupoudrés de farine : ces pro- 
ductions, qui portent le nom de Botrytis dans le premier 
cas, d'Jsaria dans le second, ne sont que des états impar- 
faits de champignons dont les Cordyceps, avec leurs 




tt&i 




Fig. i. — Cordyceps militaris (Link) sur une chenille. 
Fig. u. — Isaria farinosa (Fries) sur une chenille. 

massues, représentent le stade le plus avancé de dévelop- 
pement, ce que les mycologues appellent la forme asco- 
phore. Les Botrytis et les Isaria sont formés par des 
conidies. Ces dernières formes sont loin d'être toutes 
connues à l'état parfait. Si le magnifique Cordyceps mili- 
taris qui joue son rôle en détruisant lesBombyxdelaronce 
est représenté sous sa forme conidienne par V Isaria fari- 
nosa, on n'en pourrait dire autant de beaucoup d'autres, 
particulièrement des Botrytis Bassianaet tenella. 

Ces deux champignons, le dernier surtout, sont à 
l'ordre du jour; presque semblables par tous leurs ca- 
ractères essentiels, ils se distinguent par la forme et la 
dimension de leurs corps reproducteurs, de leurs spores 
et plus encore par leurs propriétés. Le premier est une 
espèce nuisible avant tout : c'est lui qui. pendant de 
longues années, a jeté la désolation dans les magnane- 
ries en détruisant les vers à soie; le second est aussi re- 
cherché que le premier est redouté, c'est à lui que 
semble dévolue la tâche bienfaisante d'anéantir les larves 
du Hanneton. Nous n'entrerons pas dans de longs détails 
sur ce sujet d'actualité que tout le monde connaît plus 
ou moins. 

Quelquefois les Isaria présentent des dimensions rela- 
tivement considérables, par exemple Vlsaria gigantea qui 
habite Cuba où il se développe aux dépens d'une Mygale. 
C'est probablement à une de ces grandes formes que fait 
allusion M. Ed. André dans le récit de son voyage dans 
l'Amérique du Sud. A San Pablo son guide lui parla d'un 
animal-plante, le Cmso, qu'on lui dépeignitainsi : «un gros 
ver blanc à tête noire et à six pattes. Il vit dans le sol. 
Quand il va mourir ou plutôt se transformer, il s'enfonce 
profondément, ses pattes deviennent autant de racines 
et sa tête une tige couverte de feuillage et de fleurs. L'ar- 
buste, que vous devez avoir rencontré, porte le nom de 
l'insecte. » Pour l'intelligence du récit, il est indispen- 



sable de faire remarquer que,souslenom deC«so,on con- 
naît une Rubiacée à feuilles dorées en dessous. Le voya- 
geur français promit 100 piastres fortes au premier qui 
lui rapporterait l'animal-plante. L'appât d'une telle 
somme produisit ce qu'on devait en attendre et, le jour 
même, on lui rapportait une larve rappelant celle des 
Hannetons dont chacune des pattes se prolongeait en une 
sorte d'appendice renflé en massue à son sommet, ce à 
quoi s'attendait M. Ed. André. Ces appendices n'étaient 
autres que des champignons appartenant au genre Isaria. 
De là à expliquer les affinités de l'insecte avec la Rubia- 
cée à laquelle il avait emprunté son nom, il n'y a qu'un 
pas : le Cmso, retiré dans le sol, se nourrit aux dépens 
des racines de la plante sous lesquelles il reste parfois 
engagé en partie par la tète après sa mort et après le dé- 
veloppement du parasite. Il semble alors — avec beaucoup 
de bonne volonté — donner naissance à la plante du Cmso 
avec laquelle on pourrait croire qu'il est intimement, 
lié, et les appendices résultant des rameaux de Vlsaria 
ressemblent vaguement à de véritables racines. C'est ainsi 
que le merveilleux s'évanouit quand on ose le fixer. 

P. Hariot. 



DESCRIPTION DE LÉPIDOPTÈRES I0EYEA1IX 



Borocera Esteban, n. sp. — 50 millimètres. Ailes supé- 
rieures très allongées avec l'angle interne aplati, ne formant 
qu'une sorte de coude; inférieures arrondies aux angles interne 
et anal, droites au bord terminal. Dessus des supérieures brun 
ferrugineux avec une ombre plus pâle traversant l'aile au tiers 
extérieur. Dessus des inférieures noir brun, ferrugineux le 
long de la côte, garni de poils au bord abdominal et avec une 
large bordure jaune de l'apex jusqu'au peu avant l'angle anal. 
Franges presque nulles aux supérieures, jaunes aux inférieures. 
Dessous comme le dessus, mais plus ferrugineux et l'ombre des 
supérieures plus jaune. Antennes pectinées jusqu'aux extré- 
mités, mais beaucoup plus profondément dans la première 
moitié, recourbées à partir du milieu. Abdomen très allongé. 
Corps et pattes brun ferrugineux. 

Deux çf des environs de Loja, 1890. 

Lober.a Favilla, n. sp. — çf 00, A "Î0 millimètres. Dessus 
des supérieures grisaille, traversé par une première ligne grise, 
sinueuse (l'extrabasilairc) à peine distincte, puis au-delà de la 
cellule par une seconde ligne mieux indiquée, également grise 
et sinueuse et sur le centre de laquelle s'appuient intérieure- 
ment deux éclaircies blanches. Une ligne subtcrminale blanche 
dentée, termine le dessin de ces ailes qui sont bordées d'un 
point noir entre chaque nervure. Dessus des inférieures gris, 
recouvert de poils blonds. Dessous des quatre ailes gris, en partie 
recouvert de poils blonds. Franges blanches aux quatre ailes. 
Antennes pectinées dans les deux sexes, plus faiblement dans 
la£. 

Tète, thorax, antennes, cendres; dessus de l'abdomen et des- 
sous du cou bruns. 

Un çf ex larnà. éclos à Loja le 2 juin 1890; un fe également 
de Loja 1890. 

Le cocon envoyé avec le mâle mesure 30 millimètres, est 
allongé, souple et de teinte grise. 

P. DOGNIN. 



LA REMIZ PENDULINE 

.•Egithalus pendulinus (Boie). 



De toutes nos Mésanges de France, celle-ci est avec la 
Panure à moustaches, la plus rare et la moins connue ; 
c'est pour ces motifs que nous lui consacrons cet article. 

Le mâle a le dessus de la tète, la gorge et le cou blancs, 
quelquefois grisâtres, le bas du dos et les couvertures de 



34 



LE NATURALISTE 



la queue d'un roux cendré, la poitrine grise nuancée de 
rose, le front et lesjoues d'un iioir bistre, les rémiges cl 
les rectrices noirâtres, bordées de blanc roussàtre, l'œil 
brun, le bec d'un noir plus ou moins foncé, les pattes 
grises. 

La femelle ne diffère du mâle que par des teintes plus 
claires et par le noir des joues moins étendu. 

Ce charmant petit oiseau, qui n'a qu'une longueur de 
m. 10, est 
remarquable 
par sa vivaci- 
té, son agilité 
et sa hardies- 
se, mais il 
est en même 
temps d'une 
telle pruden- 
ce qu'il se dé- 
robe sans 
cesse à l'œil 
du chasseur 
et se laisse 
difficilement 
prendre aux 
pièges. 

Temminck, 
qui avait éta- 
bli trois divi- 
sions dans le 
genre Mé - 
sange ( Pa - 
rus ), avait 
placé la Ré- 
miz dans cel- 
le des Rive- 
rains ; c'est, 
en effet, sur 
les bords des 
étangs et au 
milieu des ro- 
seaux qu'elle 
habite exclu- 
sivement, et 
on ne la ren- 
contrejamais 
dans les bois 
autres que 
ceux qui sont 
situés dans 

les endroits marécageux. Elle vit au milieu des ro- 
seaux dont elle mange les graines; elle se nourrit en 
même temps d'insectes et de leurs larves. Aussi agile 
que les autresMésanges, elle se suspend aux roseaux cl 
s'y cache si complètement que l'on entend souvent 
son cri retentissant sans parvenir à l'apercevoir. 

En automne, les Rémiz se réunissent par petites trou- 
pes de trois à six individus, mais ne s'arrêtent que dans 
les lieux humides. 

L'art que cet oiseau apporte dans la construction de 
son nid a attiré depuis longtemps l'attention des natu- 
ralistes : « Je lui ai donné, a dit Buffon, le nom depen- 
duline. qui représente à l'esprit la singulière construction 
de son nid. » Ce nid est, en effet, le plus curieux de ceux 
de tous les oiseaux de France et ne peut être comparé 
qu'aux nids de certaines espèces de Tisserins de l'Inde et 




MESANGE REMIZ, mâle et femi 



de l'Afrique, car il est également en forme de bourse ou 
de besace, fixé par son extrémité supérieure et suspendu 
le plus souvent au-dessus de l'eau. 

Baldamus (1) en a donné une description très exacte : 
« Le mâle et la femelle déploient une grande ardeur à 
construire leur nid, et cependant on a de la peine à com- 
prendre comment ils achèvent une œuvre pareille en 
moins de quinze jours. La Rémiz penduline commence 

par faire 
choix d'un 
rameau min- 
ce, pendant, 
présentant 
une ou plu- 
sieurs bifur- 
cations à peu 
de distance 
de son point 
d'origine ; el- 
le l'entoure 
de laine, plus 
rarement de 
poils de chè- 
vre, de loup, 
de chien ou 
de filaments 
d'éc orces. 
Entre les 
branches de 
la bifurcation 
elle fixe les 
parois latéra- 
lesdu nid, les 
tisse jusqu'à 
ce qu'elles 
dépassent as- 
sez ces bran- 
ches pour 
qu'elle puis- 
se les ratta- 
cher en bas 
l'une à l'au- 
tre et former 
ainsi un plan- 
cher aplati. 
Ce nid, ainsi 
ébauché, res- 
semble à un 
panier à 

bords plats. Les parois extérieures sont ensuite solidi- 
fiées. L'oiseau se sert à cet effet du duvet des peupliers 
ou des saules qu'il agglutine au moyen de sa salive et 
qu'il fixe avec des filaments d'écorce, de la laine et des 
poils. Le nid présente alors la forme d'un panier arrondi; 
à ce moment l'oiseau commence à construire une petite 
ouverture latérale circulaire. Cette ouverture rr'esl ce- 
pendant pas la seule : le nid en a deux, l'une est munie 
d'un couloir de un à trois pouces de long ; l'autre reste 
ouverte. Une des ouvertures est fermée plus tard; j'ai vu 
cependant, un nid où cette ouverture n'avait pas été 
bouchée. Enfin la Rémiz penduline dépose au fond de 
son nid une couche d'environ un pouce d'épaisseur de 
duvet végétal et la construction est terminée. » 

M) Baldamus. Naumannia, I. \>. l'A). 



I leur nid. (Dessin de P. Mailler, d'après nature. 



LE NATURALISTE 



35 



Toutefois nous devons faire remarquer que nous avons 
vu un certain nombre de ces nids qui présentaient entre 
eux des différences de forme assez sensibles, provenant, 
sans doute, des matériaux employés et des endroits où 
ces nids avaient été suspendus. Ils ont généralement la 
forme d'une bourse de 16 à 22 centimètres de baut et de 
11 à 14 centimètres de diamètre ; l'ouverture qui figure 
assez exactement le goulot d'une bouteille est tantôt 
placée horizontalement, tantôt située obliquement en 
bas. 

C'est dans ce charmant berceau que l'oiseau dépose de 
5 à 7 œufs d'un blanc pur, sans reflet, et de forme allon- 
gée et cylindrique. 

LaRémiz n'est pas commune en France; elle n'a été 
tuée qu'accidentellement dans le Nord et l'Est; elle est 
cantonnée en été dans les environs de Pézénas ; on la 
trouve également dans l'Aude, les Pyrénées-Orientales, 
le Gard et surtout sur les bords du Rhône. 

La véritable patrie de cet oiseau est la Russie, la Li- 
thuanie et la Galicie. Dans ces contrées le nid si curieux 
de la Rémiz devait naturellement frapper d'étonnemenl 
les gens superstitieux, aussi a-t-on attribué à ces nids 
des propriétés thérapeutiques. Le naturaliste de Radde 
dit que, chez les Mongols, pour guérir la fièvre intermit- 
tente, on fait respirer la fumée dégagée par un morceau 
d'un de ces nids que l'on brûle ; un nid ramolli dans 
l'eau chaude guérit les rhumatismes; il suffit de l'appli- 
quer sur la partie douloureuse. 

« Les nids de ces oiseaux passent en Russie pour être 
très efficaces contre toutes sortes de maladies qu'ils ont 
la propriété d'éloigner, surtout la fièvre et les épizooties. 
Un paysan du gouvernement d'Astrakan arriva un jour à 
Kasan avec une voiture chargée de ces nids. » (Everr- 
mann.) 

Enfin dans les marais des environs de Bologne les gens 
simples ont pour ces nids une vénération superstitieuse: 
chaque cabane a un de ces nids suspendu près de la 
porte; les propriétaires le regardent comme un véritable 
paratonnerre et le petit architecte qui le construit comme 
un oiseau sacré. Dans la partie de la France où niche la 
Rémiz nous n'avons pas eu heureusement à constater des 
préjugés aussi naïfs. 

On est parvenu à conserver quelquefois des Rémiz en 
captivité en les nourrissant avec la pâtée des Rossignols 
mélangée d'œufs de fourmis; mais, comme toutes les 
autres Mésanges, ces oiseaux sont si remuants, si actifs 
qu'ils ne peuvent survivre longtemps à la perte de leur 
liberté. 

Albert Granger. 



DESCRIPTION DE DEUX OPHIDIEKS 
ET D'UN BATRACIEN D'ESPÈCES NOUVELLES 

Itlîopholis n. g. (Calamar.) 
Corps cylindrique, tête non distincte du cou, queue très 
courte. Trois internasales et deux préfrontales; pas de frênaie, 
ni de préoculairc, ni de susoculairc, ni de temporale en con- 
tact avec les postoculaires ; narine ouverte entre deux plaques : 
œil petit, à pupille arrondie; deux paires de sous-maxillaires, 
l'antérieure en contact avec la mentonnière. Ecailles lisses, 
anale simple, urostèges doubles. Dents maxillaires nombreuses, 
égales et très petites. 

1. Idiopholis collaris, n. sp. 

Tète non distincte du cou, terminée par un museau assez 
étroit ; corps cy'indrique ; queue très courte, égale à un peu 
plus du huitième de la longueur totale ; rostrale étroite, plus 
haute que large, en forme de triangle à sommet arrondi ; trois 



internasales, les deux externes plus larges que longues, très 
étroites en avant, la médiane plus petite et plus longue que 
large; préfrontales grandes, quadrangulaires, un peu plus larges 
que longues, à peine rétrécies à leur extrémité antérieure, cou- 
pées transversalement en avant et en arrière, en contact par 
leur bord externe avec la 2 e et la 3 e supéro-labiale et par leur 
angle postéro-externe avec l'œil; frontale notablement plus 
large que longue, pentagonale, à bord antérieur transversal, 
touchant à l'œil et à la postoculaire supérieure par son bord 
externe le plus court, terminée en arrière par un angle obtus ; 
pariétale presque 2 fois aussi longue que la frontale, en con- 
tact, en dehors, avec la 5 e supéro-labiale et, dans sa moitié 
postérieure, avec une grande temporale unique qui la sépare 
de la 6 e supéro-labiale. Narines percées entre 2 petites plaques, 
dont l'antérieure est en continuité avec la première supéro- 
labiale ; pas de frênaie ni de préoculaire; œil petit, à pupille 
arrondie, bordé inférieurement par la 4 e supéro-labiale et l'an- 
gle postéro-supérieur de la 3 e ; 2 petites postoculaires. Supéro- 
labiales au nombre de 6, la 5 e de beaucoup la plus grande. 
Mentonnière très courte, en contact avec les sous-maxillaires 
de la paire antérieure, qui sont beaucoup plus longues que 
celles do la postérieure ; 6 labiales inférieures, les 3 premières 
en contact avec les sous-maxillaires antérieures; 15 séries 
d'écaillés lisses, sans fossette; 127 gastrostèges ; anale simple; 
28 urostèges divisées. 

Un seul spécimen, d'une longueur totale de U m 190. 

Recueilli par M. Chaper dans la vallée du Sebroeang (ouest 
de Bornéo). 

2. Causais rostratus, n. sp. 

Cette espèce se distingue de G. rkombeatus par les carac- 
tères suivants : 

Le museau est plus étroit à son extrémité et la rostrale est 
carénée en dessus ; les écailles, de forme losangique plutôt que 
lancéolée, sont disposées suivant 17 séries longitudinales, au 
lieu do 18 à 20 ; les gastrostèges sont moins nombreuses (114 à 
125 au lieu de 133 à 161), de même que les urostèges (13 à 16 au 
lieu de 18 à 26) ; les pariétales ne dépassent pas en arrière ou 
dépassent fort peu les temporales adjacentes de la première 
rangée, tandis que chez C. rhombeatus, elles sont presque 
toujours deux fois aussi longues que ces temporales; enfin, la 
carénation des écailles est plus accusée. 

La coloration ressemble beaucoup à celle de C. rhombeatus. 

Le Muséum possède 6 spécimens de C. rostratus; 5 ont été 
envoyés de Kondoa (Afrique orientale) par M. le capitaine 
Bloyet, le 6 e vient de Zanzibar. 

Le plus grand spécimen est une femelle gravide, qui présente 
une longueur totale de m 365, dont nl 024 pour la queue. Ces 
faibles dimensions d'un individu adulte portent à penser que 
cette espèce n'arrive pas à une taille aussi forte que C. rhom- 
beatus. 

Chaperina n. g. (Engystomatidarum). 

Langue elliptique, libre en arrière ; pas de dents vomérien- 
nes ; un repli transversal de la muqueuse palatine en avant de 
l'œsophage ; tympan distinct; doigts et orteils libres, dilatés en 
petits disques à leur extrémité ; dernière phalange terminée en 
T ; métatarsiens externes unis ; pupille horizontale. Apophyses 
sacrées assez fortement dilatées ; précoracoïdes présents, très 
grêles; sternum cartilagineux; pas d'omosternum. 

3. Chaperina fnsca, n. sp. 

Tète petite, aussi large que longue, terminée par un museau 
assez étroit et arrondi, un peu plus long que le diamètre de 
l'œil. Pas de canthus rostralis; narines beaucoup plus près de 
l'extrémité du museau que de l'œil; espace interorbitaire pres- 
que deux fois aussi large que la paupière supérieure ; tympan 
petit, un peu plus du tiers du diamètre de l'œil. Doigts libres, 
le premier plus grêle et beaucoup plus court que le second ; 
orteils également libres, terminés comme les doigts par de 
petits disques; tubercules sous-articulaires et métatarsien in- 
terne peu développés (tubercule métatarsien externe douteux). 
Le membre postérieur étant dirigé en avant, l'articulation tibio- 
tarsienne atteint l'œil. 

Peau lisse sur ses deux faces dorsale et ventrale, sans repli 
d'aucune sorte. 

Régions supérieures d'un brun uniforme très foncé; les infé- 
rieures recouvertes de taches inégales, plus ou moins réguliè- 
rement arrondies, d'un jaune sale sous le ventre, jaune orangé 
sous les cuisses, séparées par un réseau de raies brunes en con- 
tinuité avec la teinte sombre des parties supérieures. 

Un spécimen de Sintang (Bornéo), par M. Chaper. 

Taille petite et assez svclte ; œ 022 du museau à l'anus. 

D 1 ' Fr. Mocquard. 



3(1 



LE NATURALISTE 



LES RACES DE L'INDE 



LES BADAGAS 

Les Nilghiris renferment cinq tribus intéressantes et 
aborigènes qui sont les Todas, les Badagas, les Kotas, 
les Kurumbas, les Irulas. Les trois premières sont parti- 
culières à ces montagnes. Nous avons déjà étudié la 
première de ces tribus : les Todas. Il nous reste à passer 
en revue les quatre dernières. Nous nous étendrons 
moins sur celles-ci, qui ne présentent pas le môme 
intérêt ethnographique que les Todas. 

Les Badagas ou Vadagas sont venus, suppose- t-on, du 
Nord par suite de famine ou de persécution, il y a envi- 
ron trois cents ans après le démembrement du royaume 
de Vijayanagar. Ils constituent la plus nombreuse, la 
plus riche et la plus civilisée des tribus indigènes et 
aussi la plus honnête. Les hommes portent à peu près 
le même costume que ceux de la plaine et se recouvrent 
le corps et les épaules d'une couverture. Les femmes 
portent un vêtement blanc attaché par un cordon sous 
les bras. Ce vêtement laisse à nu les bras, les épaules 
et les jambes au-dessous des genoux. Leur chevelure est 
rejelée en arrière et nouée en désordre sur le cou. Les 
Badagas aiment les ornements et portent des bagues, 
des bracelets, des colliers, des pendants au nez et aux 
oreilles. Toutes ces parures sont en fer ou en argent. 

Les Badagas payent un tribut nommé « gudu » aux 
Todas. Leur principale nourriture consiste en céréales 
peu nutritives. Leur langage est un ancien dialecte 
canara. En religion, ils sont Hindous : leur principale 
divinité est Bangaswami, dont le temple est situé à la 
cime du pic Bangaswami, le point le plus oriental des 
Nilghiris ; ils adorent aussi un grand nomhre de divinités 
inférieures mâles et femelles. Ainsi ils rendent un culte 
à Hereadeo, à la déesse Helhadeo et à Kankoloukarodia, 
leur déesse tutélaire. 

En 1871, les lladagas comptaient 19 470 personnes, et 
en 1881 ce nombre était monté à 24 130. Il est probable 
que le recensement que le gouvernement anglais vient 
(lt- faire exécuter dans toute l'Inde dans l'espace d'une 
seule nuit, accusera un chiffre encore plus élevé pour 
1891. 

Voici comment se contractent chez eux les alliances 
matrimoniales : le jeune homme passe environ un mois 
à faire de petits présents à celle qu'il veut épouser ; 
puis, il stipule avec les parents la somme que l'on doit 
payer. Cette somme varie de lii à 20 roupies, c'est-à-dire 
de 30 à 40 fr. Il emmène ensuite sa femme, et le mariage 
se termine par un repas. La polygamie n'est pas rare 
liiez eux. Ils peuvent avoir deux ou plusieurs femmes, 
selon les circonstances. En cas de séparation des deux 
conjoints, les enfants demeurent avec le père. Il n'en 
est pas il>' même chez les Todas. Chez ceux-ci, en effet, 
les filles appartiennent à la mère, l'aîné des enfants au 
mari en titre, le second enfant au plus âgé des frères 
il h mari, h' second au second frère et ainsi de suite. 

Chez les Badagas, si la femme séparée de son mari 
épouse un second mari, celui-ci est responsable des 
dettes passées de sa femme, et s'il ne peut les liqui- 
der, on les sépare de force. La femme est alors mariée 
à un troisième mari que lui choisit la communauté. 

Leurs cérémonies funèbres se célèbrent de la façon 
suivante : Le corps est déposé sur un lit et placé sous 



une sorte de dais de 3 pieds de haut environ. Au centre 
s'élève une perche de trois mètres de hauteur, suppor- 
tant des espèces de vergues enguirlandées ou ornées 
de toile blanche. On place au-dessous des provisions 
comme offrandes au défunt. Les parents et voisins du 
mort dansent longtemps en chantant autour du cadavre. 
La cérémonie se termine de la manière que voici : on 
attache à l'extrémité du linceul un petit rouleau de 
feuille de palmier que la veuve du défunt porte à son 
oreille ou un léger morceau de bois que porte le mari, 
si c'est, au contraire, la femme qui est morte. Le corps 
est ensuite porté au bûcher avec accompagnement de 
musique et brûlé avec les offrandes. Il y a toutefois 
chez les Badagas une secte qui ensevelit ses morts. Après 
la cérémonie funèbre, les fils du défunt rasent entière- 
ment leur tète et leur visage. 

LES KOTAS 

Les Kotas ou Gauhatars (tueurs de vaches) sont bien 
faits et de taille moyenne. Ils ont les traits assez doux 
et la peau claire, la tête bien conformée, la chevelure 
longue et inculte, le front étroit et proéminent, la figure 
allongée, les traits expressifs, les oreilles plates et rap- 
prochées du crâne. Leurs femmes sont de taille moyenne, 
mais elles n'ont pas la physionomie noble des hommes. 
La plupart d'entre elles ont le front proéminent, le nez 
camus et l'air distrait. Les Kotas se livrent à l'agricul- 
lure et, bravant les préjugés des castes, exercent tous 
les métiers. Ils sont bons voituriers. Ils remplissent les 
fonctions de domestiques et de serviteurs vis-à-vis des 
Todas et des Badagas, et,comme ces derniers, payent aux 
Todas l'impôt nommé « gudu». Ils adorent des divinités 
idéales qui ne sont représentées par aucune image déter- 
minée. On prétend qu'à l'une d'elles, nommée Cumba- 
todeo, ils élèvent de petits édifices et font des offrandes 
dans certaines occasions. 

Le langage des Kotas est un vieux dialecte canarx un 
peu rude. Toutefois, il est dépourvu de ce son guttural 
ou pectoral particulier aux Todas. Les Kotas mangent 
de tout sans distinction. Ils ont en tout sept villages 
dont six sont disséminés sur les montagnes. Le septième 
se trouve à Goudelour. Chaque village renferme au 
moins de 30 à 60 cases de grandeur moyenne. Ces cases 
sont bâties avec de la boue et recouvertes en chaume; 
elles ressemblent parfois aux « paillottes » de la plaine 
et sont ordinairement malpropres En 1871, les Kotas 
étaient au nombre de 1112 et en 1881 de 106o. 

Leurs mariages s'accomplissent par le consentement 
mutuel des deux parties contractantes. Les parents de 
la jeune épouse reçoivent la valeur de 6 à 10 fr. de notx*e 
monnaie. Si la femme met au monde successivement 
trois filles, l'homme, pour obtenir un mâle, a le droit 
de prendre une autre femme. Le cas, d'ailleurs, se pré- 
seule rarement, les deux époux paraissant être généra- 
lement assez attachés L'un à l'autre. 

Hector Lkveillé. 



SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE 



Communications contenues dans le 5 e fasc. t891. 

— M. Michel Gandogcr dans une note Sur la longévité des 
bulbilles hypogés de VAllium roseum L. indique que cette lon- 
gévité peut atteindre dans certains cas jusqu'à quinze années. 

— M. Ed. Hornct présente la détermination des Algues du dé- 
parlement de la Haute-Vienne contenues dans l'herbier 
d'Edouard Lamy de la Chapelle. — M. Giraudias propose de 



LE NATURALISTE 



37 



'aire une espèce nouvelle sous le nom à'Anémone Janczeioskii 
de la plante que M. Janczewski considère comme une variété 
orientale de l'A. Halleri. — M. A. Chatin signale la découverte 
de la Clandestine aux Essar/s-le-Roi (Seine-et-Oisc). — M. Co- 
pineau dans une note sur l'Ophrys pseudospecutum. D. C. émet 
des doutes sur l'identité de la plante ainsi désignée par de 
Candolle avec celle qu'on appelle ainsi aujourd'hui. Ces doutes 
sont confirmes par des observations de M. Malinvaud et de 
M. Burnat. — M. G. Rouy fait connaître un certain nombre 
d'Espèces nouvelles pour la flore française : Polycarpon rolon- 
difolium, Santolina Benthamiana (S. pectinata Benth.) Calluna 
Belez/œ, Scrofularia provincialis et Myosotis bractèata. — A 
propos de cette dernière plante, M. l'abbé H. Coste donne une 
description d'un Myosotis, d'après de nombreux exemplaires 
récoltés le 25 mai sur la plage d'Argelès-sur-Mer dans laquelle 
il signale, à côté de la forme à fleurs blanches susindiquée, 
une l'orme à fleurs bleues, semblable, au reste, à la précédente. 
— M. H. Bocquillon dans une Note sur le Gonolobus Condu- 
rango indique les caractères botaniques de cette Asclépiadée, 
décrit la drogue qu'elle fournit par son écorce et fait l'étude 
anatomique du Condurango de Loxa. — M. D. Clos donne une 
interprétation des parties germinatives du Trapa ?iatans, de 
quelques Guttifères et des Nelumbium.~D'a,])Tàs cet auteur, l'em- 
bryon du Trapa n'aurait qu'un seul cotylédon et serait dépour- 
vu de radicule, la prétendue racine n'ayant pas de signification 
propre. Parmi les autres embryons macropodes et indivis 
comme celui du Trapa, il distingue 1rois types de germinations : 
1° prolongement des deux extrémités de l'embryon, d'abord de 
l'une en racine, puis de l'autre en une, deux, trois gemmules 
[Lecythis ollaria); 2° Une seule racine se dirigeant au-dessous 
gemmule en sens inverse de celle-ci (Ochrocarpus siamen- 
sis) ; i° deux sortes de racines, une à chaque extrémité de 
l'embryon (Xanthochymus pictorius). Quant à l'embryon du 
Nelumbium, il faudrait peut-être voir dans le gros corps 
charnu, qui devient à la germination bipartite et étalé, une for- 
mation résultant de la concrescence complète du nucclle et de 
la secondine nerviée. Dans une Herborisation à Méry-sur- 
Seine (Aube) faite en juin, M. Paul Hariot énumôrc un grand 
nombre do plantes intéressantes qu'on peut recueillir 
en quelques heures. — M. G. Rouy présente une note sur 
l'Eupiiorbia ruscinonensis Boiss. et l'Hieracium Loscosianum 
Scheele. La première do ces plantes n'appartient pas à la flore 
française qui, par contre, doit s'enrichir do la seconde. — M. G. 
Camus fait une présentation de Cirses hybrides et descrip- 
tion de l'Orchis Boudieri (0. morio lalifolia), cette dernière 
plante se rencontre dans les prairies de Domont. — M. H. 
Léveillé signale un curieux phénomène présenté par le Mangui- 
fera indica (Manguier). Plusieurs manguiers dépourvus de 
fruits ont cette année, sous l'influence de la chaleur non précé- 
dée de pluies, laissé exsuder, pendant plusieurs jours, par 
l'extrémité de leurs jeunes pousses, un liquide jaunâtre, vis- 
qpi -ux cl sucré, identique à celui que renferment d'ordinaire 
leurs fruits (mangues). Ce liquide était même parfois si abon- 
dant qu'il tombait à terre sous forme do pluie continue. — 
M. Fernand Camus présente ses Glanures bryologiques dans la 
Flore parisienne, dans lesquelles figurent un certain nombre 
d'espèces rares et une vingtaine d'espèces nouvelles pour la 
fiore des environs de Paris, avec indication des localités où les 
unes et les autres ont été récoltées. — MM. J.-A. Battandicr 
et L. Trabut communiquent les Extraits d'un rapport sur 
quelques voyages botaniques en Algérie, entrepris sous les 
auspices du Ministre de l'Instruction publique pendant les 
années 1890-1891. Dans un voyage à Bou-Saada par Aumale, 
s récoltèrent de nombreuses plantes, dont ils donnent la 
liste, mais ils trouvèrent les terrains de parcours, qui vont de 
Msila à Bou-ben-Arreridj, en pleine voie de dépérissement. 
i>ur ces terrains très déclives, la terre n'est retenue en haut 
que par l'Alfa, plus bas par VAnabasis articulai a. Entre ces 
régetaus: poussent de petites plantes herbacées Schismus mar- 
ginal us, l'iantago albicans dont se contentent les moutons, 
mais, pour tirer plus de produit du sol, on a multiplié les 
cûôvres qui broutent VAnabasis jusqu'à la racine. Cette plante 
détruite, la terre est entraînée par les eaux et la steppe devient 
désert. L'alfa résiste mieux aux chèvres, mais comme c'est le 
seul combustible du pays, on l'arrache malerô le règlement. 
Un devrait essayer de planter le pin d'Alcp et i'Oxycedre qui, 
d après les auteurs, réussiraient très bien. 

Dans leur voyage à Terni, ils rencontrèrent le Persil à l'état 
absolument spontané. Dans le Nord de la province de Cons- 
tantine a Djijclli, les indigènes vendent le chène-liège comme 
ècorec a tan, au lieu d'exploiter le liège, ce qui leur serait 



beaucoup plus rémunérateur et aurait l'immense avantage du 
conserver les forêts. 

G. Chauveaud. 



L'HYPEROODON 

(Suite et fin) 



L'Hyperoodon est caractérisé par un certain nombre 
de traits qui permettent de le distinguer aisément de 
tous les autres cétacés. Son bec grêle et plus ou moins 
allongé est dépourvu de dents, mais présente des sail- 
lies cornées dans sa moitié supérieure immobile; sa 
mâchoire inférieure est au contraire armée toujours de 
deux dents qui sont situées en avant près de l'extrémité 
du bec. Ces dents sont ordinairement saillantes et attei- 
gnent parfois un décimètre de longueur chez le mâle; 
chez la femelle, elles sont, dans la plupart des cas, 
sinon toujours, cachées dans l'épaisseur des gencives 
et complètement invisibles à l'extérieur. En arrière de. 
ces dents, on en trouve assez fréquemment deux autres 
plus petites et, dans certains exemplaires, toute une 
rangée qui s'étend de chaque côté, sur le maxillaire 
inférieur. Ces dernières, sont toujours cachées dans 
les gencives et disparaissent tôt. ou tard ; leur décou- 
verte, qui est due à Eschricht, n'est pas sans impor- 
tance ; c'est elle qui a permis tout récemment à Max 
Weber (i) de considérer l'Hyperoodon et les formes voi- 
sines, comme des cétacés encore hétérodontes, et par 
conséquent beaucoup plus voisins des ancêtres hétéro- 
dontes du groupe, que les Delphinidés qui sont homo- 
dontes, quoique pourvus, d'un nombre de dents visibles 
beaucoup plus considérable. 

L'estomac de l'Hyperoodon est beaucoup plus com- 
pliqué que celui des Baleines et des Dauphins. Il com- 
mence par une énorme dilatation dont les parois glan- 
dulaires sécrètent les sucs nécessaires à la digestion. 
A cette poche digérante faisait suite, dans le spécimen 
de Saint-Vaast, un chapelet de neuf chambres plus ré- 
duites qui allaient en augmentant de dimension de la 
poche digérante jusqu'au pylore. Des becs de Calmars 
assez nombreux (au nombre de cinq à six cents) se trou- 
vaient dans les divers compartiments de l'estomac et 
dans le duodénum; ils étaient emboîtés les uns dans 
les autres et formaient par leur réunion des arceaux 
solides qui comptaient parfois une vingtaine de becs. 
Cette curieuse disposition, qui a une origine purement 
mécanique a été représentée très exactement par Vrolik, 
dans son étude de l'Hyperoodon (2). 

L'Hyperoodon, en effet, comme le Cachalot, le Ziphuis 
et les cétacér. voisins, se nourrit à peu près exclusive- 
ment de Céphalopodes, dont on trouve les restes, man- 
dibules, osselets et cristallins, dans l'estomac ou dans 
l'intestin. Il ne parait, pas rechercher les Poissons comme 
les Delphinidés, ou les petits animaux de surface comme 
la baleine, et c'est sans doute un fait accidentel que 
celui, signalé par Eschricht et par Weber d'un Hyper- 
oodon dans l'estomac duquel on trouva mêlé du poisson 

il) Max Weber. — Studien Uber Sdugethiere. Ein Beitrage 
:ur fraye nachdem Urspruny der Cetaceen, 1886, p. 197. 

(2) W. Vrolik. — Natur en Ontleedlnindige beschouwing 
van den Hyperoodon. Natuurkund. Verhaandel. Van de Holï. 
Maatsch. der Wetensch. te Harlem, II, Verg. 1848, PL 9, 
fig. 28. 



38 



LE NATURALISTE 



à des restes de céphalopodes. D'ailleurs Y ambre gris. 
qu'on trouve dans l'intestin du Cachalot, ne paraît pas 
se produire chez l'Hyperoodon. 

Par contre il y a des analogies très étroites entre le 
revêtement graisseux de l'Hyperoodon et celui du Cacha- 
lot; l'huile qu'on tire du lard a, dans les deux espèces, 
une composition à peu près semblable, comme le prou- 
vent les analyses faites en Angleterre ; en outre, on 
trouve sur la tête de l'animal un réservoir à spermaceti 
(blanc de baleine) de même nature que celui du Ca- 
chalot mais beaucoup plus réduit. Ce réservoir est 
formé par un tissu spongieux situé sous la peau entre 
la forte crête transversale qui forme l'os frontal, et les 
deux puissantes saillies parallèles qui s'élèvent des 
?naxillaires supérieurs. Il renferme une huile claire qui 
laisse déposer par refroidissement le spermaceli. D'a- 
près le capitaine David Cray, cette huile claire serait 
remplacée, chez le mâle, par une masse solide de graisse 
ayant la forme et deux fois les dimensions d'un melon 
d'eau. 

Le réservoir à spsrmaceti de l'Hyperoodon est protégé 
en avant par une bosse frontale toujours plus ou moins 
développée ; celle bosse est formée par des fibres ser- 
rées et des aponévroses musculaires entre lesquelles se 
trouve la matière huileuse; comme Deslongchamps, nous 
pouvons dire, en parlant de l'Hyperoodon de Saint- 
Vaast, que « l'ensemble de la proéminence formait une 
masse excessivement solide et résistante qui fut très 
difficile à exploiter. Les couteaux les mieux affilés 
étaient bientôt hors de service, il fallait les repasser à 
chaque instant.» Le professeur de Caen faisait en outre 
l'observation suivante dont les baleiniers pourront 
seuls vérifier l'exactitude : « En réfléchissant sur la 
grande solidité de celte proéminence de la tête, et sur 
la manière dont elle est appuyée contre les crêtes des 
maxillaires supérieurs, on peut, je crois, conjecturer 
quel est son usage : les Hyperoodons doivent s'en servir 
comme d'un bélier pour frapper, à la manière des mou- 
tons, soit quand ils se battent entre eux, soit pour re- 
pousser les grands Dauphins qui chercheraient aies at- 
taquer (1). » 




Fi g. 2. - Myi 



roodon mâle 
et Hyperoo 



à (4) 



I Eudes, Deslonchamps, — Remarques zoologiques et, 
anatomiques sur l'Hyperoodon, p. 10. Mémoires de la Société 
linnéennede Normandie, t. VU, 1812. 



Les variations de forme et de volume de cette proémi- 
nence sont très considérables et dépendent à la fois du 
sexe et de l'âge. Elle est toujours peu développée chez la 
femelle et son bord antérieur forme un angle obtus avec la 
face supérieure du rostre. Il en est encore de même chez 




Fig. 3. — Crâne de vieux mâle représenté au n° 4 delà figure 
nréeédente. 



précédente 

les jeunes mâles, mais l'angle 'obtus se réduit déjà d'une 
manière sensible; la réduction de l'angle s'accentue de 
plus en plus avec l'âge, on voit bientôt la face antérieure 
de la proéminence devenir verticale, et former finale- 
ment, chez les vieux mâles, une forte saillie séparée de 




Fig. 1. — Crâne déjeune représenté au n° 1 de la figure 2. 

la base du rostre par une échancrure plus ou moins pro- 
fonde. C'est en s'appuyant sur ces observations intéres- 
santes du capitaine D. Gray que Flower a pu démontrer 
l'existence d'une seule espèce d'Hyperoodon (1). 

Les mœurs des Hyperoodons nous sont surtout connues 
d'après les communications du capitaine Gray : « Ils 
sont très peu défiants, dit-il, et viennent jusque sur les 
lianes du bateau, tournent autour, passent par-dessous, 
jusqu'à ce que leur curiosité soit satisfaite (2). La troupe 
ne quitte jamais un compagnon blessé pendant qu'il 
vit encore, mais elle Tabondonne dès qu'il a expiré. 
Quand d'autres peuvent être harponnés avant la mort du 
blessé, on peut souvent capturer le groupe entier; assez 
fréquemment , nous avons pu ainsi en prendre dix, 

(1) \V. Flower. — On tlic Whales of the genus Uyperoodon. 
Proc.Zool. Soc, 1882, p. 722. 

(2) J'ai appris, par expérience, qu'on peut en dire autant des 
Marsouins. 



LE NATURALISTE 



et dans un cas jusqu'à quinze. Ils viennent séparément 
et à la sourdine de tous les points de l'horizon vers l'in- 
dividu qui a été frappé. 

« Ils ont une grande « endurance » et sont très dif- 
ficiles à tuer, entraînant avec eux rarement moins de 
trois à quatre cents brasses de ligne; de grands mâles 
complètement adultes ont même entraîné plus de 
sept cents brasses, restant sous l'eau pendant plus de 
deuxheures et revenant à la surface aussi vigoureux que 
s'ils n'avaient pas été frappés. Ils ne meurent pas sans 
combattre : la mer écume autour d'eux, ils bondissent 
hors de l'eau, fouettent les bateaux de leur queue, les 
frappent de la tète et quelquefois brisent leur bordage, 
fréquemment même ils entraînent de lourdes balei- 
nières avec une grande rapidité. » 

Le D r Willy Kûkenthal pense que les femelles mettent 
bas vers le mois de mai, mais il est certain que cet acte 
peut être plus tardif, car la femelle de Saint-Vaast, que 
nous avons étudiée, était encore dans la période d'allai- 
tement. Les mamelles étaient gorgées d'un lait jaune 
pâle, extraordinairement crémeux, et d'une saveur de 
noisette fort agréable. Nous n'en avons pas pris une 
quantité suffisante pour savoir s'il jouissait des proprié- 
tés purgatives du lait de baleine (1). Les jeunes, nés ré- 
cemment ont envio n trois mètres de longueur; les 
adultes de grande taille peuvent atteindre jusqu'à 
1S mètres. 

Les anciens auteurs, comme la plupart des observateurs 
récents, paraissent assez bien s'accorder pour reconnaître 
au lard et à la chair de l'Hyperoodon des propriétés pur- 
gatives très prononcées. Cette observation est déjà ensei- 
gnée dans le Spéculum regale, publication latine qui parut 
en 1768. D'après Eschricht, elle se trouve relevée en 
outre par Otto Fabricius (Fauna groenlandica), dans les 
termes suivants, d'un latin fort expressif: « Caro et 
lardum supra modum purgantes: hinc nomen ejus groe- 
landicum, quodest cacare faciens. » L'auteur fait allusion 
ici au nom d'Anarnak qui est. donné à l'Hyperoodon par 
les Groenlandais, et qui lui a été conservé de nos jours, 
par le savant américain Cope. Au reste les Groenlan- 
dais feraient volontiers leur nourriture de l'Hyperoodon, 
n'étaient ses propriétés purgatives par trop énergiques. 
Parlant d'un Hyperoodon échoué sur les côtes du Groen- 
land, en 1829, le capitaine Holboll relève l'appréciation 
des naturels du pays : « Ils trouvèrent le lard et la 
chair (Mattuk) très savoureux, mais si fortement pur- 
gatifs que le lard, presque immédiatement, fut rejeté à 
peu près intact, sans colique aucune toutefois, et sans 
autre conséquence fâcheuse. » Nous avons mangé un 
bon morceau d'Hyperoodon mariné sans éprouver aucun 
dérangement appréciable ; quant au lard nous nous 
sommes abstenus d'en goûter laissant cette expérience 
peu attrayante au palais moins difficile des Groenlan- 
dais. 

C'est pour l'huile, et le spermaceti qu'elle renferme, 
qu'on fait la chasse à l'Hyperoodon. Chaque individu 
donne en moyenne une tonne d'huile (1,015 kilog.) qui 
vaut 30 livres anglaises, soit 730 fr. la tonne; ce sont les 
Norvégiens qui font surtout la pèche de ce cétacé ; en 



(1) Le commandant Jouan, dans la note dont nous parlons 
plus haut, rapporte, d'après le D r Thiercelin (Journal d'un 
Baleinier, t. 1 er , p. 32, 1886), que le lait de baleine a une sa- 
veur acre et huileuse, et que quelques onces suffisent pour 
purger assez fortement. 



1888, d'après M. Southwell (1), ils équipèrent 30 bateaux 
pour cette pèche et ne capturèrent pas moins de 
1,100 Hyperoodons. 

E.-L. Bouviek. 



ACADEMIE DES SCIENCES 



Séance du 4 janvier 1892. 

M. A. Milne-Edwards présente une note de M. Sylvain 
Jourdain sur l'embryologie de la Sagitta. Suivant l'auteur la 
Sagilta, les ascidies et l'amphyoxua paraissent rentrer dans 
un groupe particulier où l'on voit paraître les premiers linéa- 
ments des vertébrés dont ils sont comme des précurseurs et 
que, pour cette raison, on pourrait désigner sous le nom de 
Groupe des Provertébrés. 

Séance du 11 janvier 1892. 

M. A. Chalin étudie la truffe au point de vue chimique ; il 
fait à ce point de vue un parallèle entre les Terfas ou Kamés 
d'Afrique et d'Asie et les truffes d'Europe, sous le rapport de 
la composition chimique des terres et des tubercules. — M. A. 
Pomel a eu l'occasion, lors d'une excursion géologique dans la 
région comprise entre Aïn-Sefra et les Moghar, d'observer le 
Sciurus Getulus ou écureuil de Barbarie connu jusqu'à pré- 
sent seulement au Maroc. Cet écureuil ne vit pas dans les 
arbres comme la plupart de ses congénères, mais paraît se 
tenir dans des terriers ou dans des anfractuosités de rochers 
à la façon du Gundi. Cet écureuil parait assez facilement sup- 
porter la captivité, il a la vivacité, les allures et presque la 
physionomie de nos écureuils d'Europe et comme ceux-ci 
devient très familier. — M. V. Chabaud adresse à l'Académie 
un nouveau modèle de thermomètre à renversement, pour 
mesurer les températures de la mer à diverses profondeurs. 

— M. J. Lajard adresse une note sur le langage sifflé des 
Canaries; suivant lui ce langage n'est que la langue espagnole 
elle-même dont l'intensité est renforcée à l'aide du sifflement. 

— M. G. Pouc/iet, pendant un séjour de trois semaines aux 
Féroë, a observé la flore pélagique de Naalsocffjerd ; une cu- 
rieuse transformation s'opère par suite de la mort dans la 
coloration des végétaux qui la composent : primitivement bruns 
ils deviennent verts sitôt morts. Ce phénomène existe aussi poul- 
ies Algues brunes et les Laminaires de la même région. — 
M. S. Sennes ayant étudié les calcaires crétacés supérieurs de 
la vallée d'Aspe, conclut que leur âge est turonien, et, par 
suite des relations qu'il signale, il montre, en outre, que la 
transgressivité discordante de la mer turonienne a été plus 
considérable que celle du cénomanien. 

A.-E. Malard. 



LIVRE NOUVEAU 



La Rose, histoire et culture, 300 variétés de rosiers, par 

J. Bel. 1 volume in-16 de 100 pages avec 41 figures; Prix : 

2 francs ; franco, 2 fr. 20. 

Parmi toutes les fleurs, il n'en est pas de plus universelle- 
ment appréciée que la rose. M. J. Bel a pensé que tous ceux 
qui s'intéressent à cette reine des fleurs trouveraient avec 
plaisir rassemblé et condensé en un petit volume tout ce qui a 
trait à la rose, son histoire, la place qu'elle y a occupée et le 
rôle qu'elle a joué chez les divers peuples anciens et modernes, 
— puis la description des principales variétés qui font l'orne- 
ment de nos jardins. (Rosiers Thé, Bengale, Noisette, Ile- 
Bourbon, hybrides remontants, perpétuels, cent-fcuilles, grim- 
pants, rosiers de Provins, etc.) 

Le côté pratique devait nécessairement avoir sa part. Plu- 
sieurs chapitres lui ont été réservés et résument tout ce qu'il im- 
porte de savoir sur la culture, la multiplication, le grclïagc, la 
taille et l'entretien du rosier, sur les insectes et les plantes qui 
lui sont nuisibles. 

(1) T. Southwell. — Notes on Sealand Whales Fishery 
of 1889. The Zoologis/, t. XIV, 1890, p. 84. 



Kl 



LE NATURALISTE 



Un dernier chapitre est consacré aux usages industriels de la 
rose en parfumerie et en pharmacie. 

Une cinquantaine de figures ajoutées au texte en favorisent 
l'intelligence et permettent de saisir plus facilement tous les 
détails des descriptions. 

Amateurs et horticulteurs liront ce petit livre avec autant 
de plaisir que de profit. 



BIBLIOGRAPHIE 



33. 
3t. 

35. 

3». 

37 

38. 

30. 

40. 

41. 



48. 
43. 

41. 

15 

40. 

17 

48. 
40. 

50 



VI 
52 



ZOOLOGIE 

Niel, E. Quelques mots sur les anguillules. 

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bras (Creuse) . 

(3) Sur l'anatase et la Brookite de quelques roches fran- 
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Bull. Soc. Fr. Minerai. 14, pp. 185, 187, 191. 

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Quart. Joum. Geol. Soc. 1891, pp. 530-534. 

Le Gérant: Emile DEYROLLE. 

PARIS. — IMPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17. 



14" ANNÉE 



2 e Série 



tf" 119 



15 FÉVRIER 1892 



UN MAGONNIER GIGANTESQUE 



Les Dragonniers (Dracœna) sont des arbustes qui de- 
viennent parfois des arbres énormes dont le port devient 
à la longue bien différent de celui qu'on est habitué à 
trouver chez les ve'gétaux monocotylédonés. Dans la 



près ceux des arbres dycotylédones. C'est à ce genre 
qu'appartient le Dragonnier des Canaries (Dracœna 
Draco L.), liliacée gigantesque dont le tronc, d'abord 
simple, cylindrique et terminé par une seule touffe de 
longues feuilles ensiformes, se ramifie à un certain âge 
et prend dès lors avec les années des proportions qui en 
font le rival des plus gros arbres. 




Fig. 1. — UN DRAGONNIER GIGANTESQUE 



jeunesse, le tronc est couronné d'un bouquet de feuilles 
qui s'élève simple, cylindrique, plus ou moins droit; avec 
l'âge, son écorce se fendille comme chez les arbres de nos 
climats ; enfin dans quelques espèces, lorsqu'il est arrivé 
à l'état adulte, il se ramifie, grossit en diamètre et se 



LE NATURALISTE, rue du Bac, 46, Paris. 



Parmi les Dragonniers gigantesques connus jusqu'à ce 
jour, on peut citer : le Dragonnier du jardin royal bota- 
nique d'Ajuda près Lisbonne. C'est un des plus beaux 
exemplaires qui existe dans toute l'Europe. Sa hauteur 
est de 6 mètres sur 36 mètres de circonférence, consi- 



montre dès lors sous des aspects qui rappellent d'assez déré dans son entier, le tronc primordial est de 4mètres 

TV \T A TTTD A I ICTP J.. T>- - le T> !_ '.'«^."W/ÎN. 




42 



LE NATURALISTE 



60 centimètres ainsi que la circonférence dudit tronc. 
De cet énorme cylindre partent onze branches princi- 
pales qui se divisent en une infinité de rameaux secon- 
daires, tous bifurques plusieurs fois à l'extrémité; de 
ces ramifications s'épanouissent de nombreux bouquets 
de feuilles lancéolées et dilatées à la base. Ces feuilles 
qui atteignent 50 centimètres de longueur forment, par 
leur réunion, un vaste et épais parasol absolument im- 
pénétrable aux rayons du soleil. Ces dimensions seraient 
de beaucoup plus considérables si, en 1836,1e directeur 
du Jardin botanique ne lui avait pas fait couper la tige 
à coups de hache sous prétexte que le puissant arbre 
avait fait éclater la caisse de pierre où il était planté, 
mais encore les autres caisses avoisinantes qui étaient 
également en pierre. 

Un deuxième Dragonnier existe à Ténériffe, à Seod de 
las Vinas, dans le jardin de don Tamualdo Barasso. Cet 
arbre est parfaitement sain et la masse de ses branches 
est tellement serrée que, de loin, il produit l'effet d'un 
chou-fleur colossal. Son tronc est couvert d'une écorce 
grise très lisse; il va en diminuant régulièrement à 
partir de sa base. Au niveau du sol, il a au moins 
12 mètres de tour et 9,50 centimètres à 2,63 centi- 
mètres de haut. La hauteur totale de ce sujet est de 
22 mètres environ. 

En Espagne, dans le Jardin botanique de la ville de 
Cadix, il existe un Dvacœna Draco qui mesure 5 mètres 
de hauteur. Sa circonférence à la partie inférieure du 
tronc est de 4 mètres. 

Le plus remarquable exemplaire de Dragonnier qui a 
existé et signalé dans les ouvrages botaniques pour ses 
dimensions gigantesques est celui qui se trouvait dans 
la propriété de M. Franchi, dans la ville d'Orotava. Ce 
colosse a été vu en 1771, par un Français T.-Ch. Borda, 
qui en fit un dessin publié plus tard par Humboldt. En 
1795, il a été vu par Sir Georges Stauton, voyageur an- 
glais. En 1799, Humboldt assignait au tronc de cet arbre 
45 pieds de tour ; cette mesure avait été prise à plu- 
sieurs pieds du sol; peu de temps après, Le Bru l'ayant 
mesuré lui trouva 74 pieds de tour ; une mesure prise 
en mai 1843 par A. Biston lui donnait 14 mètres de dia- 
mètre. La hauteur de l'arbre n'était pas en proportion 
de la grosseur de son tronc, elle était de 5 m. 50 jusqu'à 
la première branche et de 14 mètres de ce point jusqu'au 
sommet, au total 19 m. 50. La tempête du 21 juillet 
1819 priva l'arbre d'une partie de sa couronne, mais 
sans empêcher qu'il ne restât un remarquable sujet d'é- 
tonnement : 

Voici ce qu'en disait, en 1867, M. E. O.-Fenzi, de Flo- 
rence. L'arbre était en parfaite santé, son immense cou- 
ronne était couverte d'innombrables panicules de fruits 
écarlates, et l'énorme tronc, bien que complètement 
ruiné à l'intérieur, soutenait vigoureusement la masse 
immense de ses brandies charnues et de ses feuilles 
ensiformes. 

Du côté du couchant, où le terrain était en pente une 
solide muraille avait été construite jusqu'au tiers delà 
hauteur du tronc tandis que de l'autre côté deux tuteurs 
soutenaient les branches les plus avancées. Tout autour 
du tronc, un épais buisson de plantes grimpantes revê- 
taient sa base dans une confusion ; c'étaient des Bigno- 
Dues, des Jasmins, des Héliotropes, des Abutilons, et 
même un Amandier couvert de fleurs. La circonférence, 
autant que les inégalités de terrain permettaient de la 
mesurer, n'était pas inférieure à 25 mètres, la hauteur 



de l'arbe n'excédait pas 75 pieds. Ce qu'il y avait de 
remarquable, c'était de voir sortant par une crevasse du 
tronc, un petit Dracœna poussant spontanément et tirant 
sa nourriture de la nourriture interne de l'arbre 
mère. 

Ce Dragonnier avait, assure -t-on, 6,000 ans d'existence, 
aujourd'hui il n'existe plus, il fut renversé par un ou- 
ragan pendant l'automne de 1867. Le Dragonnier a été 
introduit en Europe en 1640. 

D'après l'historien Viera, les habitants primitifs des 
Canaries faisaient un grand cas du Dragonnier. Le suc 
gommeux qui découle de cet arbre par des incisions 




Fig. 2. — Inflorescence et fruit du Dragonnier. ] 

pratiquées sur sa tige et qui est connu dans le com- 
merce sous le nom de sang-dragon, formait une 
branche d'exportation assez considérable dans le com- 
mencement de la conquête de ces îles. Lors de l'explo- 
ration de Madère et de Porto Santo, au quinzième siècle, 
cette matière fut l'un des principaux produits recueillis 
par les voyageurs. Alvise da cada Mosto, en 1454, lui 
donna le nom qu'il porte encore. 11 est aussi mentionné 
par le médecin allemand Hieronymus Mùnzer qui visita 
Lisbonne vers 1494. Il paraît qu'il était aussi connu, en 
1402, du chevalier français Jean de Béthencourt, qui oc- 
cupa les Canaries jusqu'en 1414, époque à laquelle les 
Espagnols s'en emparèrent. 

Divers morceaux de cette gomme qu'on a trouvés 
dans quelques grottes sépulcrales des Guanches feraient 
soupçonner que les anciens insulaires employaient le 
sang-dragon dans leurs embaumements. 

Le nom de sang-dragon a encore été donné à un pro- 
duit d'exsudation recueilli, dans les Indes occidentales; 
sur le Plerocarpm Draco, et le Croton Draco Schlecht 
mais ce dernier d'après Heckel, possède la nature du 
Kino, et on ne le trouve pas dans le commerce européen. 
Le Calamus Draco Willd (Doemonorops Draco Mart.) est 



LE NATURALISTE 



-43 



un palmier qui fait partie du groupe des Palmiers Ro- 
tangs remarquables par leurs tiges très longues et 
flexibles, grimpant sur les branches des arbres et s'y 
maintenant à l'aide d'épines dont sont munis les pétioles 
de leurs feuilles. Cette espèce se nomme en malais Bo- 
tang Jernang ; elle croît dans les forêts marécageuses de 
la Résidence de Palembang, sur le territoire de Jambi, 
dans l'est du Sumatra et dans le sud de Bornéo, régions 
qui fournissent le sang-dragon du commerce. 

Elle passe aussi pour exister à Penang et dans 
quelques îles du détroit de la Sonde. 

Ce sont les fruits de ce Palmier qui produisent le 
sang-dragon; à la maturité, ces graines sont recouvertes 
d'une couche de résine rou^e qui en exsudent une si 
grande quantité que l'on ne peut plus voir les écailles 
qu'avec difficulté. Cette résine est friable ; on la recueille 
en grattant les fruits ou en les secouant dans un sac. par 
ce procédé, elle se sépare très vite. On la tamise ensuite 
pour la débarasser des écailles et des autres portions du 
fruit qu'elle entraîne. 

Le sang-dragon est expédié de Singapore et de Bata- 
via. On en exporte chaque année de grandes quantités 
de Banjarmanie dans l'île de Bornéo, à destination des 
ports de la Chine; celte matière n'est employée en 
médecine que pour les emplâtres et les poudres den- 
tifrices ; dans les arts, elle sert à préparer des vernis. 

Henri Joret. 



NOTE SUR LA REPRODUCTION 

DU SYRRHAPTE EN EUROPE 



Ces temps derniers, on s'est beaucoup préoccupé des inva- 
sions successives du Syrrhapte ou Hétéroclite {Syrrhaptes 
paradoxus Pall ) dans nos contrées où on l'avait déjà signalé 
il y a une vingtaine d'années. Comme nous le savons, cet 
Oiseau est originaire des steppes Kirghises et des déserts 
turkmènes. Des données relatives à ces apparitions, aux lieux 
de ses séjours, enfin à ses allures en Europe, ont paru dans les 
publications de différents pays. On a même pu tracer la carte 
de quelques-unes des régions qu'il a visitées. 

Mais des observations récentes et de grande valeur ont sin- 
gulièrement enrichi la notion que nous avions de cette curieuse 
espèce. M. le professeur A. Newton a présenté dans la séance 
de septembre 1889 de la Brilish Association for the advance- 
ment of science un jeune, éclos en liberté, sous le climat de la 
Grande-Bretagne (1). 

Dans les derniers jours du mois de juin 1888, M. Scott fit 
lever, près de Binsncss, une paire de Syrrhaptes et découvrit 
peu après, au mémo lieu, deux jeunes Oiseaux âgés de trois ou 
quatre jours. Malheureusement ces exemplaires n'ont point été 
conservés. Le 8 août de l'année suivante, l'on retrouva dans la 
même localité d'autres jeunes, et l'un d'eux fut adressé à 
M. Newton. L'éminent professeur de l'Université de Cambridge 
nous raconte ainsi l'arrivée chez lui de ce précieux spécimen : 
« Dans l'après-midi du 9 août 1889, je reçus une petite boîte 
« qui portait la mention de « Oiseau vivant ». Habitué que 
« je suis à des envois inattendus de ce genre, je fermai aus- 
« sitôt la fenêtre avant d'ouvrir ce paquet afin d'éviter la fuite 
« possible de l'Oiseau. Cette précaution resta cette fois inutile. 
« Je trouvai le petit captif déjà mort. Mais je laisse aux lec- 
« teurs à juger du sentiment que j'éprouvai, lorsqu'on face de 
« quelque Moineau marqué de blanc ou de quelque autre sujet 
« tout aussi remarquable — envois auxquels ma longue expé- 
« nence m'a préparé — je trouvai une pareille surprise... » 

La planche coloriée, représentée dans l'Ibis, est l'œuvre de 
M. Frohawk. Elle a été dessinée quarante-huit heures après 



(1) The Ibis, 1890, p. 207-214. 

Ce mémoire a paru en traduction dans le Journal fur Orni- 
thologie, 1890, p. 159-165. 



l'arrivée de l'Oiseau et elle nous donne une idée très nette du 
Syrrhapte à l'état jeune. 

La première figure représente la tête vue de profil. Le bec 
est gris bleu. Le front, la gorge, le bas du cou d'un jaunâtre 
mêlé d'un peu de noir. Du blanc marqué de taches inégales 
brunes, parfois bordées do noirâtre, environnent les côtés de 
la tète. La région sourcilière est d'un blanc rosé, et au-dessus 
l'on voit une sorte de bandeau formé par des taches noires et 
brunes. 

Sur le second dessin, le poussin est vu de dos; il est figuré 
dans son entier. L'on remarque que tout le corps, à l'excep- 
tion des extrémités des ailes et des régions des pattes, est 
comme couvert d'écaillés. Ce sont de très petites plumes noires, 
brunes, jaunâtres ou blanches, et la couleur de ce duvet se 
trouve distribuée d'une manière assez régulière. Région fron- 
tale brunâtre. Une ligne de couleur plus claire passe sur la 
tète; elle est bordée de taches brunes et noires qui se ramifient 
au-dessus de la région orbitale. Occiput clair ; bas du cou d'un 
gris rosé. Le dos est jaune blanchâtre, où l'on voit se dessiner 
deux à trois lobes bruns, tachetés de noir. La ligne dorsale, 
très tranchée, est jaunâtre avec des bords noirs. Couvertures 
claires tachetées irrégulièrement de brun et de noir. Extré- 
mités des ailes d'un blanc jaunâtre uniforme. Près des pattes 
et du croupion, le duvet est gris rosâtre. Pattes et ongles 
jaunes. 

Le musée de Durham conserve la dépouille de cet exem- 
plaire. Cette figure est pour la première fois exacte et rectifie 
une erreur généralement admise. L'on avait toujours décrit le 
jeune de l'Hétéroclite comme étant revêtu d'un duvet noir. Or 
ce caractère est particulier au Roi de Caille (Crer pratensis L.). 
Et cela laisserait à supposer que quelques-uns des jeunes 
recueillis en Europe, il y a des années, n'appartenaient môme 
pas au Syrrhapte paradoxal. 

Pour ce qui concerne sa reproduction en captivité, nous 
possédons aussi des renseignements nouveaux, d'après une 
notice de M. "Wingc parue dans les Communications de la 
Société d'Histoire naturelle de Copenhague (1) et qui a été 
récemment exposée par M. Harting (2). Ces revues n'étant pas 
à la portée de tout le monde, il m'a paru utile d'en traduire ici 
les points principaux : 

« M. B. Christcnsen, de Copenhague, reçut, en 1888, trois 
« Syrrhaptes vivants, un mâle et deux femelles, capturés 
« dans le Jutland. Il les plaça dans une grande chambre, en 
« compagnie d'un grand nombre d'Oiseaux. En 1889, ils ne se 
« montraient point encore disposés à se reproduire ; l'une des 
« femelles même mourut. Mais, vers la fin de mai 1890, la 
« seconde pondit cinq œufs en l'espace de quelques jours. L'un 
« de ces œufs fut cassé par un Perroquet ; deux avaient la 
« coquille si mince qu'ils se brisèrent bientôt : les deux qui 
» restaient furent placés sous une Colombe qui les couva pen- 
c< dant dix-huit jours, puis les abandonna. Tous deux conte- 
« naient des embryons bien développés ; ils manifestèrent des 
<( signes de vie deux jours après la désertion de la Colombe. 

« Environ un mois plus tard, le Syrrhapte pondit cinq autres 
« œufs, dont deux furent détruits par les Perroquets. On mit 
« les trois derniers sous une Poule bantam (3) qui était 
« chargée en même temps de couver dix œufs de Caille et sept 
« de Francolin. L'un des œufs de Syrrhapte fut couvé jusqu'à 
« éclosion ; mais le poussin fut écrasé par la Poule. Les jeunes 
« renfermés dans les deux autres œufs avaient acquis tout leur 
(c développement, mais n'avaient pu casser leur coquille. » 

Comme nous le dit M. Harting, il est très regrettable qu'en 
voyant l'Oiseau disposé à se reproduire, on n'ait pris aucune 
mesure pour le préserver, en tout cas pour l'isoler de ses 
autres compagnons de volière. On aurait pu mieux étudier les 
phases du développement du poussin. En 1890, les Hétéro- 
clites étaient abondants, à l'état libre, dans plusieurs localités 
du Danemark, et l'on croit qu'ils y nichaient. Mais il est inté- 
ressant de constater l'époque tardive à laquelle le Syrrhapte 
s'est reproduit sous notre climat. On sait que, dans sa patrie, 
suivant Badde, « au milieu de mars, lorsque la neige recouvre 
« encore les coteaux des hautes steppes, cet Oiseau arrive du 
« Sud; il est déjà accouplé... Dans les premiers jours d'avril, 
« on trouve ses œufs ; à la fin de mai, il a une seconde 
« couvée. » Comparons les observations qui ont été relevées lors 

(1) Année 1889-90. 

(2) The Zoologist, 1891 (numéro de septembre), p. 351. 

(3) Petite race de Poule à laquelle on attribue une origine 
anglaise ; excellente couveuse. 



44 



LE NATURALISTE 



de ses précédents voyages... En 1860, le Syrrhapte fut signalé 
pour la première fois dans l'Europe centrale; on le nota en 1861, 
et il est probable qu'il se montra en 1852. Mais, en 1863, il 
apparut par compagnies très nombreuses, et il se repro- 
duisit dans le Danemark et le Jutland. Le 6 juin, Reinhardt 
reçut un nid avec trois œufs. Dans nos contrées, ce nid consis- 
tait en un creux peu profond dans le sable et revêtu intérieu- 
rement de joncs; ou placé au milieu des bruyères, il était 
garni d'herbes sèches. Trois ou quatre œufs composent la 
ponte. Ces œufs, de forme elliptique, l'une des extrémités 
étant parfois plus arrondie que l'autre, varient du gris brun 
au gris verdàtre pâle, et l'on remarque sur leur coquille de 
petites taches d'un brun terreux. Leurs dimensions sont de 
■^ millimètres ou un peu moins. En juin 1863, on découvrit 
d'autres nids sur les dunes. Enfin, le 27 juillet, un chasseur 
en trouva un avec trois œufs. A cette époque, on recueillit des 
jeunes qui périrent bientôt faute de soins suffisants. 

L'espèce est monogame; le mâle prend part à l'incubation. 
Suivant Radde, elle se réunit souvent en petites colonies com- 
posées de quelques couples. Au printemps, les Syrrhaptes 
arrivent régulièrement, à heures fixes, pour boire aux puits 
d'eau douce; ils y viennent de toutes les directions. C'est pro- 
bablement le manque d'eau dans leur pays natal ou la disette 
de nourriture qui ont obligé ces Oiseaux à envahir l'Europe 
par migrations successives, mais distantes par un long inter- 
valle d'années. 

F. de Schaeck. 



YARIÉTÉ DE ARCTIA CAJA 



Le spécimen ci-contre est une variété remarquable 
d'Arctia caja; c'est une femelle née dans une cage 
d'élevage le 20 juillet dernier. Les ailes antérieures sont 
entièrement brunes, sauf une tache en forme de virgule 
blanche, située entre le bord costal et l'angle anal; celle 
de l'aile gauche est un peu plus petite, la queue delà 
virgule est séparée de la portion supérieure. Sur l'aile 
droite, il y a une très petite tache additionnelle blancbe 
entre le bord et la virgule; cette petite tache manque 




Variété remarquable de ArctiaCaja. 

sur l'aile gauche. 11 y a aussi un point blanc ovale à la 
base des deux ailes, près du thorax. 

Les ailes postérieures ne présentent pas de variété 
bien différente des types, mais l'aile droite est un peu 
plus irrégulière comme tache. Le côté gauche du thorax 
est jaune clair, le reste brun; c'est d'ailleurs un petit 
spécimen ayant environ centimètres. La chenille de ce 
spécimen a été prise jeune avec 00 autres de diverses 
localités et ont été nourries d'ortie séchée et de lierre 
île Virginie. (The Entomologist.) R. Laduinau. 



ROTIFERES 

ORGANISATION ET FAUNE DE LA ROUMANIE 



A proprement parler, nous n'avons rien sur la Faune do la 
Roumanie, faute de Naturalistes d'abord, et depuis que nous 
les avons, faute de Bibliothèques do Sciences naturelles. 
Quand il s'agit de déterminations, nous sommes réduits à des 
recherches dos plus fatigantes. 



Ayant déjà publié quelques remarques sur les Rotifères 
(voyez le Naturaliste N° s 97 et 99, année 1891 et Bulletin de la 
Société Zoologique de France, 13 e vol., page 167), je me pro- 
pose d'énumérer les espèces cueillies par moi dans les eaux 
des environs de Jassy et quelques autres localités de la 
Roumanie. 

Les déterminations sont faites d'après l'ouvrage de MM. C. 
T. Hudson, L. L. D. Cantab assisted by P. H. Gosse F. R. S. 
(1866), London. 

1° En premier lieu, nous avons le genre pniLoniNA (Ehrb.) et, 
comme espèce, Ph. roseola, trouvée en abondance dans les 
eaux des gouttières des maisons de Jassy. C'est aussi le spéci- 
men que j'ai étudié le plus, au point de vue de l'organisation. 

Philodina roseola nous laisse voir aussi clairement que 
possible (fig. 1) que les Rotifères ont une tête, portant au 
bout l'ouverture buccale, en forme de fente, qui joue aussi le 
rôle de ventouse, ouverture garnie de cils vibratiles à l'aide 
desquels l'animal, quand il arpente, sonde en quelque sorte le 
terrain, avant d'appliquer sa bouche et prendre appui. Plus en 
arrière et du côté dorsal, la tète porte un tentacule médian et 
à sa base deux points oculiféres. 

Quand le Rotifère, fixé par le bout de son appendice caudal, 
ne trouve pas le terrain convenable ou ne veut pas arpenter, 
il rétracte la tète, provoquant de la sorte un élargissement de 
la fente buccale et renverse les roues fixées sur les côtés et 
au-devant du cou pour mettre en mouvement les cils dont elles 
sont garnies. En pareil cas les cils, provoquent un tourbil- 
lonnement d'eau de dehors en dedans et vers le dos, de sorte 
que les particules alimentaires et autres, entraînées par les 
courants d'eau sont rejetées vers la fente buccale et peuvent 





Fis 



1. — Philodina roseola vue par sa face dorsale. 
Fig. 2. — Le même vu par le côté droit. 



être attirées à l'intérieur du tube digestif, grâce à un autre 
courant d'appel entretenu par les cils garnissant la fente buc- 
cale, l'œsophage, et surtout par le courant d'appel du pré- 
tendu appareil masticateur (mastax). 

L'animal se rend fort bien compte, s'il ne parvient à déta- 
cher aucun corps alimentaire et, avant d'abandonner la place, 
il renverse le mouvement des cils, tantôt d'une seule roue, 
tantôt des deux, et ce n'est que dans le cas qu'il reste sans au- 
cun résultat qu'il se décide à lâcher la place, quand il meut 
les cils de l'appareil rotateur de dedans en dehors, provoquant 
de la sorte des courants d'eau qui le font avancer avec rapidité 
ou tournoyer. 

En d'autres termes, le Rotifère meut les cils, suivant sa vo- 
lonté et les nécessités. 

A un très fort grossissement, le tentacule, aussi contractile, 
se voit composé de deux articles et celui du bout porte une 
houppe de petits cils. C'est le premier organe que l'animal dis- 
tend, ensuite il avance la tète, et ce n'est qu'en dernier qu'il 
fait sortir les roues. 

Ayant une autre opinion sur l'organisation de ces vers, je 
dois ajoutera ce que j'ai publié déjà (loco cit.) les observa- 
tions suivantes : 

a) Tube digestif. A l'ouverture buccale suit un canal étroit, 
cilié, canal buccal, lequel, bientôt s'élargit et dans ses parois 
musculcux et latéraux (1) vient se loger un organe appelé appa- 
reil masticateur, auquel je propose la dénomination d'appareil 

(1) Dans toutes les descriptions qui vont suivre, l'animal est 
considéré avec la tête en haut. 



LE NATURALISTE 



45 



aspivo- foulant. Les pièces (une paire) qui le composent, en mon- 
tant vers l'ouverture buccale, s'éloignent par leur extrémité su- 
périeure, et s'il y a un bol alimentaire, quand les pièces se rap- 
prochent, elles le saisissent et le poussent, sans le fragmenter, 
vers l'intestin, l'appareil subissant un mouvement opposé, vers 
la queue et les pièces de l'appareil s'éloignant latéralement 
par leur extrémité inférieure On dirait que ce sont deux mains 
qui s'étendent vers l'ouverture buccale , s'éloignent latérale- 
ment, se rapprochent en s'inclinant vers l'intérieur et ensuite 
se raccourcissent, tout en descendant. Par ce mouvement, les 
pièces aspirent l'eau qui entre par la fente buccale et la poussent 
à l'intérieur du tube digestif, et avec l'eau elles entraînent les 
particules alimentaires. 

On décrit cette région de l'appareil digestif sous le nom de 
pharynx auquel suit un canal très court, I'œsophage qui dé- 
bouche dans I'estomac Celui-ci, pyriforme, à parois glandu- 
leuses, s'ouvre dans I'intestin à parois épaisses et glanduleuses, 
colorées en jaune si l'animal est à jeun, en rouge orangé s'il 
est bien nourri et plus épaisses dans ce dernier cas. Le canal 
intestinal est creusé en spirale et les cils fins dont il est tapissé, 
entretiennent un courant rotatoire de haut en bas et en sens 
inverse de la marche d'une aiguille de montre. Les aliments, en 
descendant, se fragmentent et tournent avec rapidité. L'in- 
teslin, quand il a les parois moins épaisses, subit des mouve- 
ments de latéralité bien prononcés, à l'intérieur du segment 
qui le renferme, ce qui prouve son indépendance dans la cham- 
bre viscérale. 

L'intestin s'ouvre dans une poche à parois minces, tapissées 
de cils très fins, où passent les granulations du tube intestinal 
pour subir une dernière absorption. Là, les particules sont de 
nouveau mises en mouvement et de temps en temps, poussées 
à la fois dans le cloaque (vésicule contractile), pour être re- 
jetées immédiatement au dehors, par l'ouverture cloaqualc 
(non anale). J'ai donné le nom de réservoir stercoral à la 
dernière poche du tube digestif, réservoir situé à la face dor- 
sale de la vésicule contractile (cloaque). Ce réservoir se vide, 
tout à la fois, pour être presquo immédiatement rempli par 
d'autres particules qui lui arrivent de l'intestin. 
(.4 suivre.) 

D r Léon C. Cosmovici. 



LES RACES DE L'INDE 



LES KURUMBAS 

Les Kurumbas ou bergers, la moins civilise'e des cinq 
tribus des Nilghiris, sont de petite taille. Ils sont sales et 
d'aspect repoussant ; ils ont la chevelure e'paisse et en 
désordre, le corps le plus souvent nu, la mine farouche, 
le ventre proéminent, la bouche large, les lèvres épaisses. 
On remarque chez eux un prognathisme assez accusé. 
Les femmes ont le même aspect que les hommes. Elles 
ont le nez épaté et l'air maussade. Elles portent, une 
simple toile qui va des aisselles jusqu'aux genoux. Quel- 
ques-unes portent une espèce de gilet. 

Hommes et femmes aiment à se parer d'ornements en 
fer, en cuivre ou de graines, de coquillages, de verroterie 
qu'ils portent aux oreilles, au cou, aux bras, aux pieds, 
aux doigts, etc. Leurs villages ou « muttas » sont ordi- 
nairement placés dans les vallons, les forêts ou entre 
les crêtes des montagnes à une altitude de 600 à 1000 mè- 
tres. Leur maison consiste en une longue chambre de 
9 à 15 mètres de longueur sur une hauteur de 1 m. 50 à 
peine. Elle est recouverte de chaume placé au hasard et 
entourée de broussailles et de bambous. Cette longue 
chambre est divisée en plusieurs petits compartiments 
qui n'ont pas plus de 3 mètres carrés chacun. Il n'y a 
ni porte ni fenêtres à proprement parler, mais la nuit 
on ferme les cases en plaçant des broussailles contre 
l'ouverture. Le langage des Kurumbas est un tamoul 
corrompu. Quoiqu'ils ne soient point cultivateurs, ils 



cultivent en petite quantité des légumes et quelques 
céréales. 

Leurs croyances religieuses sont très vagues ; ils ado- 
rent une foule d'objets naturels. Les Kurumbas qui 
vivent sur les montagnes remplissent les fonctions de 
« gourous » ou prêtres vis-à-vis des Badagas. Ils sont 
superstitieux et sont redoutés des autres tribus de la 
montagne, hormis des Todas qui leur inspirent du respect 
ou plutôt de la crainte. Les Kurumbas recueillent sur la 
montagne des graines, des plantes médicinales, des 
racines, du miel qu'ils vont échanger dans la plaine 
contre des toiles ou d'autres graines. Un bon nombre 
d'entre eux travaillent aux plantations de café et de 
quinquina. Ils élaient, en 1881, au nombre de 3185. 

Hector Léveillé. 



PLUIE DE PIERRES D'ORIGINE TERRESTRE 

RÉCEMMENT 0BSERYÉE DANS L'AUBE 



Le 6 juin 1891, des cultivateurs de Pel-et-Der, arron- 
dissement de Brienne, département de l'Aube, retour- 
nant aux champs d'où venait de les chasser, vers 
cinq heures du soir, un violent orage mêlé de grêle et 
de grand vent, furent très surpris de trouver la terre 
entièrement couverte de petites pierrailles différant abso- 
lument à première vue de toutes les roches du pays. Les 
fourrages fauchés les jours précédents et des tas de fu- 
mier déposés la veille étaient saupoudrés de ces maté- 
riaux insolites. 

D'après une lettre que M. Charles, juge de paix de 
Brienne, a bien voulu m'écrire, la surface ainsi lapidée 
mesure 200 mètres de longueur et 50 mètres de largeur. 
Selon un autre correspondant, c'est sur 16 hectares que 
le phénomène se serait développé. 

Dans tous les cas, personne ne fait de doute que les 
cailloux n'aient été précipités sur le sol au moment de 
l'orage, et ce n'est pas sans quelque peine qu'on a per- 
suadé à tout le monde qu'il ne s'agit aucunement d'une 
averse météoritique. 

A en juger par les spécimens que j'ai sous les yeux et 
dont deux, de grosseur moyenne, sont représentés ci- 
contre, les pierrailles de Pel-et-Der sont de dimension 





Pierrailles calcaires tombées avec la grêle le fi juin 1891 à 
Pel-et-Der (Aube). Échantillons du Muséum de Paris. Gran- 
deur naturelle. 

variant de 20 à 50 millimètres. Elles sont en général ar- 
rondies comme des galets, aplaties et de forme très 
irrégulière offrant de nombreuses dépressions cupuli- 
formes et même des tubulures. Plusieurs, comme le 



46 



LE NATURALISTE 



montre précisément l'échantillon de droite de la figure, 
sont perforés d'outre en outre par des canaux plus ou 
moins cylindriques. Toutes sont d'un blanc crayeux à 
l'extérieur, mais la cassure montre qu'elles sont consti- 
tuées par une roche compacte, d'un gris bleuâtre plus 
ou moins foncé. Il s'agit donc là d'une patine dont la 
production peut se rattacher sans doute au séjour dans 
le milieu très froid constitué par le nuage à grêle. Une- 
goutte d'acide chlorhydrique suffit pour révéler la na- 
ture calcaire des pierrailles, et l'on est frappé, pendant 
l'effervescence, d'une forte odeur bitumineuse. 

Le sol, à Pel-et-Der, est formé, sous une couche épaisse 
d'alluvions anciennes, par la craie où, d'après la re- 
marque de Leymerie (1), « on trouve des ammonites et 
de nombreux inocérames et jamais de silex, caractères 
qui doivent la faire rapporter à l'assise inférieure, mal- 
gré sa couleur qui est ordinairement blanche ». 

Or, les essais chimiques auxquels j'ai soumis les pier- 
railles tombées le 6 juin et les comparaisons que j'en 
ai faites avec des spécimens conservés au Muséum, me 
conduisent à penser qu'elles sont constituées par le tra- 
vertin tertiaire si abondant, par exemple, au sud-est du 
département de Seine-et-Marne, où il est connu sous le 
nom de calcaire de Chàteau-Landon. Il a été facile d'as- 
sortir toutes les variétés de nuances et de structures. 
Des analyses sommaires ont permis de reconnaître tous 
les détails de la composition, et jusqu'à la proportion 
d'argile et de bitume que dégage la dissolution dans 
l'acide chlorhydrique. 

Cette identité étant admise, et elle paraît tout à fait 
certaine, il convient de remarquer que Pel-et-Der est 
éloigné de plus de 150 kilomètres, à vol d'oiseau, du 
gisement le plus proche du travertin dont il s'agit. Il 
faut donc qu'un météore ait arraché sur le sol, pour l'en- 
lever dans les hautes régions de l'atmosphère, une masse 
considérable de pierrailles qui ont ensuite parcouru 
horizontalement un très long trajet aérien avant d'être 
précipitées avec la grêle. Un pareil fait, par sa précision 
même, fournira peut-être des arguments aux discussions 
aujourd'hui pendantes sur les grands mouvements de 
l'atmosphère. 

Il me reste à adresser de très vifs remerciements 
à M. Pierre Carrive, président du tribunal civil d'Ar- 
cis-sur-Aube (actuellement président à Rambouillet), 
et à M. Charles, juge de paix de l'arrondissement de 
Brienne, pour les renseignements et les échantillons que 
je leur dois, ainsi qu'à M. Jacquot, qui a pris la peine 
d'apporter quelques pierrailles de Pel-et-Der au labo- 
ratoire de géologie du Muséum. 

Stanislas Meunier. 



ALBINISME ET DIFFORMITÉ 



Deux cas d'albinisme. — 1° Au mois de septembre dernier, 
aux abords des bois d'Amailloux, près Parthenay, une compa- 
gnie de vingt-deux perdreaux rouges était signalée par les 
chasseurs du pays comme comptant dans ses rangs quatre per- 
drix blanches. L'une a été tuée par un habitant du bourg de 
Fayc-1'Abbessc qui en prit une autre vivante. Il la garde, pa- 
rait-il, en volière. La troisième a été tuée par M. Proust, pro- 
priétaire à Villcbouin. La quatrième enfin est tombée sous le 
plomb de M. Jarrassé, ancien avoué, propriétaire à Parthenay. 
Cctto dernière, que j'ai sous les yeux, est de la taille de la per- 
drix grise de .passage que l'on nomme vulgairement raquette. 

(1) Géologie de l'Aube, p. 444. 



Elle est entièrement blanche, mais d'un blanc sale, les pattes, 
le bec et les yeux rouges. 

2° Le jeudi 4 décembre, M. Demcllier, propriétaire, demeurant 
à Vautebis, près Parthenay, a tué dans les bois avoisinant sa 
demeure une bécasse entièrement blanche. Cette bécasse natu- 
ralisée par M. Beau, est d'un blanc absolument pur; le bec 
et les pattes sont blanc rosé et, chose extraordinaire chez un 
albinos, les yeux sont noirs comme du jais. J'ai constaté le fait 
avant l'empaillage. 

Difformité chez un lapin. — Il y a quelques jours, Mme la 
comtesse de Monti a tué, dans les bois de son château du Theil, 
un lapin dont la mâchoire présente une tello difformité qu'on 
ne s'explique pas comment cet animal a pu se nourrir et at- 
teindre la taille des plus gros lapins de garenne. Je vous envoie 
ci-joint le dessin que j'ai fait du crâne disséqué qui est en 
ma possession. Le maxillaire supérieur présente les diffor- 
mités suivantes : les deux incisives atteignent une dimension 
exagérée; l'une a environ un centimètre et demi de longueur 
et se conforme à la courbure de l'autre ; la seconde, qui at- 
teint près de trois centimètres, se recourbe en cercle et vient 
perforer la voûte palatine dans laquelle elle se perd. Du 
maxillaire inférieur sortent deux incisives d'environ deux cen- 
timètres et demi de longueur chacune, sortant hors de la 
bouche et inclinées du côté gauche. Lorsque la bouche est 
fermée, les deux dents du maxillaire inférieur sortent comme 
deux défenses accolées. 

Albinisme partiel chez un lièvre. — M. Frère, propriétaire à 
Fcnioux, a tué il y a environ un an un lièvre qui présentait 
la particularité fuivante : une bande blanche d'environ deux 
centimètres de largeur lui partait de la nuque, descendait sur 
chaque flanc, et les deux bandes étaient rejointes par deux 
bandes transversales de même largeur, l'une à la nuque et 
l'autre sur la croupe. 

P. Fradin. 



SOCIÉTÉ ZOOLOGIQUE DE FRANCE 



Mémoires, 4 e année (1891), fasc. 3 et 4. 

Raphaël Blanchard. Résultats d'une excursion zoologique 
en Algérie. Ce mémoire est le compte rendu détaillé d'une 
rapide excursion dans la région des chotts (lacs salés) depuis 
Biskra jusqu'à Tougourt et Temacin; il renferme d'intéressants 
détails sur le degré de salure des chotts, sur le forage des 
puits artésiens et sur les oasis à la limite du désert, enfin sur 
la faune des chotts et sur celle de la nappe d'eau souterraine 
qui alimente les puits artésiens naturels (behour ou chrias) et 
ceux qui ont été forés par les indigènes ou par les colons fran- 
çais. Qu'ils soient naturels ou artificiels les puits artésiens de 
la région rejettent de temps à autres des poissons (Hemi- 
chromis, Cypri?wdon), des Crustacés décapodes [Telphusa flu- 
viatilis) et des Gastéropodes (Melanopsis, Melania, Hydro- 
bia, etc.). Ces animaux sont de même espèce que ceux qui. 
habitent les ruisseaux dans les oasis arrosées par des sources 
naturelles et l'on doit considérer comme vraisemblable qu'ils 
ont pénétré dans les eaux souterraines en se servant de voies 
semblables à celles qui les ont ramenés au jour. UArte- 
mia salina des marais salants se retrouve en abondance dans 
les chotts, mais ce qui étonne surtout, c'est la présence, à 
la limite du désert, de VOrcheslia littorea et du Chlamydo- 
monas Dunali, espèces qu'on regardait jusqu'ici comme loca- 
lisées dans la région littorale L'Orchestia littorea est un 
Amphipodo qui habite les lieux humides au voisinage de la 
mer aux endroits que chaque jour vient recouvrir le flot ; la 
voici maintenant à 380 kilomètres du rivage, sur la berge des 
réservoirs, toujours un peu salés, de l'oasis de Sidi Yahia. 
Quant au Chlamydomonas Dunali c'est un flagellé qui colore 
en rouge les eaux des marais salants où se dépose le sel, et 
c'est lui aussi qu'on retrouve en abondance dans les eaux 
fortement salées des fossés de Temacin. — M. Moniez étudie 
ensuite les Oslracodes des lacs salés qu'a visités M. Blanchard. 
Ces crustacés forment neuf espèces, dont deux nouvelles 
(Cypris umjulata, C. Blanchardi) . Les mâles sont très rares 
et parfois même inconnus chez la plupart des espèces d'Ustra- 
codes. « Or, dit M. Moniez, sur neuf espèces récoltées en 
Algérie par M. Blanchard, six présentaient un nombre de 
mâles presque aussi grand que colui des femelles, ce qui con- 
stitue un fait surprenant, auquel je n'ai pu trouver d'expli- 



LE NATURALISTE 



47 



cation. » — M. Edmond Perrier, Stellérides nouveaux pro- 
venant des campagnes du yacht l'Hirondelle. Ces Stellérides 
se rangent dans neuf genres dont quatre sont nouveaux (Pro- 
gnaster, Calycaster, Sclerasteria, Hexaster) ; les espèces nou- 
velles décrites sont au nombre de neuf. — M. F. de Schaeck, 
Monographie des Francolins ; étude longue, minutieuse et fort 
détaillée des oiseaux de ce groupe, qui ne compte pas moins 
de 55 espèces dont une seule, le F. vulgaris habite l'Europe 
(plaines et région alpine de l'Europe méridionale). Le mémoire 
comprend les parties suivantes que je ne puis qu'indiquer : 
I. Caractères des Francolins : squelette et organes internes 
(permettant de rapprocher les Francolins des Perdrix), carac- 
tères extérieurs (plumage bigarré, parties dénudées sur la face 
et sur la gorge de certaines espèces). II. Mœurs des Franco- 
lins (vivent sur le sol au voisinage de l'eau, vol peu étendu, 
monogames, jeunes assez forts déjà pour courir). III. Acclima- 
tation (on en trouve plusieurs espèces au jardin du Bois de 
Boulogne). IV. Classification. Cette partie est de beaucoup la 
plus longue, car elle contient une étude fort détaillée de chaque 
espèce et surtout du Francolin vulgaire, qui s'étend de 
l'Espagne à l'Himalaya. — M. E.-L. Bouvier, Etude de quel- 
ques Paguriens recueillis par M. Jules de Guerne sur les côtes 
de France et de Norvège. Aucune espèce nouvelle, mais l'au- 
teur démontre que le Diogenes pugilator (D. varians) s'étend 
des côtes anglaises jusqu'à celles du Gabon. — M. J.-M.-F. 
Bioot, Diptères nouveaux ou peu connus; table dichotomique, 
avec discussion des genres et renvois bibliographiquss, des 
Tab.inidés jusqu'ici connus. — M. Raphaël Blanchard, sur 
les Téniadés à ventouses armées. L'auteur étudie un ténia dont 
le cysticerque fut trouvé par M. Rosseter dans les Cypris et 
l'adulte dans les canards ; il en fait le type du nouveau genre 
Echinocotyle {E. Rosseteri) caractérisé par la présence de cro- 
chets sur les ventouses. Le même auteur étudie longuement 
deux autres genres, Davainea R. Blanchard et Railliet, Ophryo- 
colyle Fries, de Ténias à ventouses armées. Chez les Echino- 
colyles, il y a trois séries convergentes de crochets sur chaque 
ventouse, chez les Davainea les crochets sont sur les bords 
et chez les Ophryocotyles ils forment un arceau vers le milieu 
de la ventouse. — Cestodes du groupe des Anoplocephalenœ. 
Ces cestodes des herbivores sont inermes, leurs anneaux sont 
courts et pourvus d'un appareil piriforme ; ils renferment les 
genres Moniezia nov. gen. (deux pores sexuels latéraux et 
symétriques sur chaque anneau), Arcoplocephala E. Blanchard 
(pores sexuels unilatéraux) et Bertia (pore sexuel unique et 
alterne sur chaque anneau). Le travail se termine par l'étude 
d'un certain nombre de Distomes déjà connus. 

E.-L. Bouvier. 



LES CECIDIES LIGNEUSES DES RUBUS 



La Cécidiologie, science ayant pour objet l'étude des Cécidies 
(Galles), présente, aux naturalistes qui veulent sérieusement se 
livrer à son étude, un champ riche en futures découvertes. 
Les observateurs les plus savants et les plus scrupuleux ont 
parfois pris les locataires, c'est-à-dire, les parasites, les com- 
mensaux et les simples successeurs, pour les véritables posses- 
seurs des productions cécidiaires ; cela n'a rien qui puisse 
étonner, car la nature, gardienne jalouse de ses secrets, ne les 
livre que difficilement; mais, s'il est encore beaucoup de Céci- 
dies dont la genèse est obscure, il n'en est pas ainsi de toutes, 
comme par exemple des deux productions dont nous allons 
parler: l'hyménoptérocécidic do Diastrophus rubi Hart.," et 
la diptérocôcidie de Lasioptera rubi Heeg ; nous pensons 
devoir faire observer que les productions similaires ont été 
nommés Galles variqueuses par Réaumur. 

i 

L'hyménoptérocécidic de Diastrophus rubi se présente géné- 
ralement sous la forme d'une agglomération plus ou moins 
étendue (7 centim. environ de long.) de bosses, formant une 
surface ondulée entourant une partie du rameau {Typus) dont 
la portion portant la cécidie est ordinairement arquée. Il 
arrive parfois que la cécidie entoure tout le rameau (F. circu- 
lata), parfois aussi elle ne présente que des bosses isolées, 
(F. isolata), qui même peuvent ne consister qu'en un simple 
renflement de la base des aiguillons (F. spiculorum). 

Les chambres larvaires, de 2 mm. de diamètre, formant de 
petites cavités subsphériques à parois ligneuses, contenant 
chacune une larve, sont situées dans toutes les zones du 



rameau; nous ferons observer à ce sujet qu'il est assez curieux 
de voir des chambres larvaires à parois ligneuses dans la moelle. 




Fig. \. — Cécidie de Diastrophus rubi. 
Fig. 2. — Coupe de la Cécidie de Diastrophus rubi. 

Notre savant correspondant M. l'abbé J.-J. Kieffer, auquel 
nous devons de précieux renseignements cécidiologiques, a 
observé l'évolution de cette cécidie ; ce naturaliste obtint le 
8 mai l'éclosion do deux femelles de Diastrophus rubi. Le len- 
demain l'une d'elles piqua la pousse terminale d'un Rubus. Au 
bout de huit jours deux nouvelles feuilles s'étaient développées 
au sommet de la plante ; leurs pétioles paraissaient visiblement 
renflés, de même que la portion de la tige qui les séparait. Le 
20 mai ces excroissances étaient devenues fusiformes, et leur 
surface tuberculeuse. Environ un mois plus tard elles avaient 
atteint leur développement normal, mais restèrent encore 
vertes jusqu'en novembre. Le genre Diastrophus ne renferme 
en Europe que deux espèees, les D. rubi et D. Mayri Reich. 

Le Diastrophus rubi Hart. est un Hyménoptère de la famille 
des Cynipides ; sa larve, longue de 4 mm., larg. de 2, figure au 
nombre des larves des Cynipides gallicoles, dont voici, d'après 
Schaek.^ la description : Larves blanchâtres, apodes, cylin- 
driques, non poilues, courbées ; tête à peine plus petite que le 
premier segment, blanche et poilue de chaque côté, faiblement 
mamelonnée, sans yeux. Mandibules supérieures à pointe 
brune; palpes remplacées par quatre petites verrues. Voici 
maintenant les principaux caractères de l'insecte parfait : 
Antennes ? 13 Q 14 articles d'un jaune rougeâtre. Mésonotum 
avec sillon longitudinal ; jambes jaune rougeâtre. Tète, thorax 
et abdomen noirs. Deuxième cellule cubitale des ailes supé- 
rieures très petite, presque imperceptible. Long. 22 mm. 1/2. 

La cécidie de Diastrophus rubi est parfois habitée par d'autres 
Hyménoptères appartenant à la famille des Chalcidites les 
Torymus macropterus Walh. et Eurytoma Diastrophi Myr. Les 
larves de ces insectes sont poilues. 

II 

La diptérocécidie de Lasioptera rubi se présente le plus 
souvent sous la forme d'un renflement ramaire, bruni et for- 
mant hernie [Typus). Ce renflement est plus ou moins volumi- 
neux (environ 2 cent, de long, et 1 d'épaisseur); il arrive par- 
fois que la cécidie entoure le rameau (F. circulata) ; dans les 
deux cas l'écorce est fendillée et la portion du rameau sur 
laquelle se trouve la cécidie généralement non courbée. Nous 
avons observé cette production sur les rameaux, les pétioles 
et les pédoncules des Rubus. 

La coupe de cette cécidie nous a présenté les cellules de la 
moelle brunies et désorganisées; c'est dans ces cellules, qui ne 
contiennent pas de chambres larvaires bien formées, que se 




w 



Fig. 3. — Cécidie de Lasioptera rubi. 




Fig. 4. — Coupe de la Cécidie de Lasioptera rubi. 

trouvent les larves de Lasioptera rubi et qu'elles subissent 
toutes leurs métamorphoses. Ces larves éclosent pendant les 
mois de mars et d'avril. 

Le Lasioptera rubi est un diptère de la famille des Galliti- 
pulaires, dont voici les principaux caractères : tète globuleuse; 
trompe peu saillante, terminée par deux grandes lèvres ; suçoir 
de deux scies; antennes allongées; yeux réniformes; ocelles 
nulles;, abdomen divisé en huit segments: point de cellulos 



'(8 



LE NATURALISTE 



basilairos ni discoïdales ; sa larve, atteignant environ 4 mm. 
de long, sur un de larg., est orangé, munie d'une armure tho- 
racique, et possède 14 anneaux très chagrinés. 

Voici la description de l'insecte parfait : Antennes n'attei- 
gnant pas la longueur du thorax et de la tète, 2 + 18 et 
2+19 articles sessilcs, très serrés; corps noir; milieu du dos 
et base des ailes couverts de poils écaillcux, jaune d'or ; bor- 
dure du dos, écusson, bord postérieur du dessus des anneaux 
abdominaux, ventre, hanches à poils écailleux, d'un blanc 
argenté ; base et sommet des fémurs et tibias, tarses et dessous 
des tibias d'uu blanc argenté; ailes vitrées; bord antérieur 
couvert d'écaillés noires, à la base et au milieu un gros point 
blanc. Comme dans tous les Lasioptera, les deux premières 
nervures longitudinales sont très près du bord antérieur qu'elles 
atteignent vers le milieu de l'aile, ce qui est leur caractère 
générique. La troisième nervure est bifurquée. Long. 2 mm. 

La cécidic de Lasioptera rubi est parfois habitée par les 
Hyménoptères suivants : Ton/mus macropterus Walk., Enten- 
don galaclopus Ratz., de la famille des Chalciditcs, et Platy- 
gaster ater Kief., de la famille des Proctotrupides. 

Emile Bai.lé. 



LES TRUFFES EN AFRIQUE ET EN ASIE 



au même genre et en d'excellents dessins a montré tous 
leurs détails d'organisation. 

En quoi donc les Terfez diffèrent-ils des Truffes? dans 
ces dernières on aperçoit sur une coupe des veines de 
deux couleurs, les unes blanches et opaques, les autres 
plus ou moins foncées et pellucides ; dans les Terfezia, au 
contraire, les veines sont dans toute la masse unifor- 
me'ment colorées. C'est là le grand caractère qui saute 
aux yeux de prime abord, et permet de différencier 
les deux genres. 

Le Terfezia Lconis était resté jusqu'à ces derniers 
temps, en même temps que l'espèce type, la seule qui 
fût connue pour servir à l'alimentation dans les régions 






'éï? " Ha 



Les peuples européens n'ont pas seuls le privilège 
de la gourmandise : il y a beau temps que l'Afrique et 
l'Asie connaissent des productions analogues aux Truffes 
et savent en tirer parti dans leur alimentation. 

Pline, Athénée, peut-être Dioscoride, parlent en plu- 
sieurs endroits de leurs écrits du Mison et du Misy que 
l'Afrique envoyait aux gourmets de la vieille Rome. Ju- 
vénal — qu'il faut toujours consulter en matière culi- 
naire — constatait l'estime que les gastronomes de la 
ville éternelle professaient pour les Truffes d'Afrique. 

Mais c'est dans un auteur arabe, qui écrivait au com- 
mencement du xvi e siècle (vers 1526), que nous trouvons 
les premiers détails circonstanciés sur le Terfez. Léon 
l'Africain, à la fin de son neuvième livre, s'exprime ainsi 
à propos du Terfez : « Ceci se peut plus proprement 
appeler racine que fruit, car il croît en l'arène aux lieux 
chaleureux, semblable à la « Trufe » (sicï et plus gros 
ayant l'écorce blanche ; et connoît-on là où il est à la 
terre, qui est un peu enlevée et crevassée. Il s'en trouve 
de la grosseur d'une noix et d'une orange aussi. Selon 
l'opinion des médecins (qui l'appellent Camha), il a la 
propriété de rafraîchir. Les déserts de Numidie en pro- 
duisent en grande abondance, de quoi les Arabes man- 
gent autant volontiers comme si c'était du sucre, et à 
bonne raison ; car, à dire vrai, étant mis sur le brasier, 
puis nettoyé et remis dans un bouillon gras, c'est une 
viande très singulière et délicate. Ils le mangent sembla- 
blement bouilli dans l'eau ou du lait, et s'en trouve à 
foison en l'arène prochaine de la cité de Séla. » 

Les voyageurs Olivier et Cliahrœus ont signalé la pro- 
fusion avec laquelle les Terfez croissent en Asie, et la 
consommation prodigieuse qu'on en faisait de leur temps 
à Bagdad. Il est probable que c'est la même plante qu'a- 
vait en vue Clusius quand il parlait du Turmas consommé 
par les Espagnols du royaume de Léon, de la Castille et 
de Grenade. 

Tulasne, dans son admirable mémoire consacré à l'é- 
lude des champignons hypogés, a le premier indiqué 
nettement la constitution du Terfez, pour lequel il a pro- 
posé Le genre Terfezia. L'espèce connue depuis longtemps 
devenait en même temps le Terfezia Leonis. L'illustre 
botaniste a fait connaître d'autres espèces appartenant 



Pig. 1. — Terfezia Leonis Tulasne. 
Fig. 2. — Coupe. 

où on le rencontre : le nord de l'Afrique, l'Asie Mineure, 
l'Italie, la Sicile, l'Espagne et quelques points du sud- 
ouest de la France, où le Terfez serait connu sous le nom 
de Turo de plaço. M. Chatin, qui, depuis de longues 
années, s'occupe de la Truffe et de ses congénères, a pu, 
en réunissant de nombreux spécimens de diverses pro- 
venances, montrer que le Terfezia Leonis était une espèce 
complexe, et que, sous le même nom, existaient plusieurs 
plantes distinctes. Il résulterait même de ses recherches 
que le type anciennement connu serait moins répandu 
que certaines autres formes. Les observations manquent 
encore ou tout au moins ne sont pas assez nombreuses, 
pour qu'on puisse accepter sans hésitation les idées 
émises par M. Chatin. Les caractères tirés du nombre 
des spores dans les asques, les ornements plus ou moins 
développés à la surface de ces organes, sont-ils toujours 
constants? N'a-t-on pas pu prendre quelquefois pour 
des formes différentes les organes 
fructifères encore jeunes, n'ayant pas 
encore subi toute leur évolution? C'est 
ce qui se présente à l'idée quand on 
cherche à se rendre compte attenti- 
vement des caractères invoqués par le 
savant botaniste pour différencier les 
espèces qu'il a créées. 

D'une manière générale la fructifi- 
cation des Terfezia rappelle celle des 
Truffes. Les spores du T. Leonis pré- 
sentent, suivant l'expression deM. Cha- 
tin, des verrues qui rappellent des 
dents d'engrenage. Fréquemment aussi 
ces appendices sont beaucoup plus fins, et auraient 
été pris par Tulasne pour l'état jeune de son T. Leonis. 
M. Chatin considère les spécimens qui présentent ce 
caractère comme formant une espèce nouvelle qu'il 




Fig. 3.— T. Leonis 
Tul. (asque et 
spores). 



LE NATURALISTE 



49 



appelle Terfezia Boudieri. Quoi qu'il en soit, ce point de 
syste'matique demande de nouvelles recherches. 

Outre les deux espèces ou formes dont nous venons de 
parler, on trouve encore en quantité sur les marchés de 
Bagdad, de Damas et de Smyrne, trois autres Terfez qui 
seraient, parait-il, distincts de la plante de Léon l'Afri- 
cain et de Tulasne. Les Kames de Bagdad seraient fournis 
par le T. Hafizi Chatin et par le T. Metaxati du même 
auteur. Les caractères nous paraissent bien voisins de 
l'espèce type; c'est par des plus ou des moins qu'ils 
peuvent être seulement définis. 

Il paraît en être tout autrement pour le Kammé de 
Damas, le Terfezia Claveryi. Les spores y sont réticulées 
et non verruqueuses ou papilleuses. La découverte de 
celte espèce présente une réelle importance : elle permet 
d'établir un parallélisme intéressant entre les Truffes 
proprement dites et les Terfez. On distingue dans les 
Tuber deux grands groupes : dans l'un les spores sont 
réticulées, dans l'autre elles sont papilleuses. Au pre- 
mier correspondent les espèces les plus recherchées, les 
Truffes noires ; au second les Truffes blanches de qualité 
quelquefois secondaire. Ces deux mêmes divisions 
existeraient chez les Terfezia. 

Je dois à mon ami, M.Patouillard, des renseignements 
recueillis au cours d'un voyage en Tunisie, et qui trou- 
veront ici tout naturellement leur place. Les Terfez (T. 
Leonis et Boudieri) ont la chair marbrée, peu homogène, 
recouverte par une écorce assez épaisse. Cette chair 
présente une couleur rosée qui se tache en vert quand 
on la touche ; cette coloration apparaît également sur l'é- 
corce quand on la froisse. La saveur en est fade, ou plutôt 
tout à fait insignifiante, quoique certains auteurs l'aient 
qualifiée d'exquise. Les Terfez croissent sous certaines 
plantes, particulièrement sous des Helianthemum. M. De- 
flers en a recueilli dans l'isthme égyptiaco-syriaque, 
sous Y Helianthemum Uppii. Il n'est pas inutile de rappeler 
que la désignation de Turmas sous laquelle les Espagnols 
le connaissaient au temps de Clusius, dérive de Turmeras, 
nom sous lequel on désigne les Helianthemum salici- 
folium, Tuberaria, etc. 

Au cours d'un voyage à El-Goléah, notre ami, M. Dy- 
bouski. avait recueilli une Tubéracée, qui se distinguait 
de toutes les autres espèces africaines, par sa chair jaune 
sur le sec, et ses spores ovales lisses et à [peine 
ponctuées à l'extrême maturité. M. Patouillard en fit le 
Terfezia ovalispora. Peu de temps après M. Chatin reçut 
également cette plante d'Algérie, y trouva des caractères 
génériques nouveaux et proposa pour elle le nom de 




Fig. i. — Tirmania ovalispora Pat. 
(d'après un dessin communique par M. Patouillard 



Tirmania africana. La valeur générique en peut être 
maintenue : la chair est blanche (de même que la surface 
extérieure), homogène et non marbrée comme dans les 
Terfezia ou seulement un peu plus lâche dans la portion 
centrale. Le tubercule est méplat ou piriforme, semi- 
hypogé, à partie supérieure rugueuse et crevassée par 
l'effet du soleil et devenant légèrement brune; le pied 
plus ou moins incrusté de sable présente toujours une 
base stérile. Il n'existe pas de pied dans les Terfezia. Les 
thèques sont allongées ou sub-globuleuses (elles sont 
globuleuses dans le Terfez) et renferment des spores 
ovales et lisses. Le goût est à peu près nul. Le Tirmania 





Fig. 5. — T. ovalispora Pat. (coupe). 
Fig. G. — T. ovalispora Pat. (asque et spores). 

croit sous le Passerina hirsuta et Y Atractylis serratuloïdes. 
Il peut acquérir la grosseur de la tête. Les légendes 
arabes prétendent que ce champignon sert de refuge à 
des serpents, probablement à des Cérastes ; le fait est 
que, dans le sud de la Tunisie, il est souvent creux. 
L'aspect sur le sol en est tout spécial, et rappelle celui 
d'une grosse vesse de loup ou mieux d'un Bovista. 

La priorité spécifique de cette plante appartient sans 
contredit au premier botaniste qui l'a décrite, c'est-à- 
dire à M. Patouillard. C'est donc le nom de Tirmania 
ovalispora qui devra être maintenu. M. Dybouski est le 
premier voyageur qui l'ait rencontrée et rapportée en 
Europe; M. Ben Hafiz, pharmacien à Biskra, ne l'a 
signalée que plus tard. 

Quelle est l'aire d'extension des plantes que nous 
venons d'étudier? Le Tirmania n'a été rencontré jusqu'ici 
qu'en Afrique (Algérie et Tunisie) ; les Terfezia habitent 
au contraire l'Asie et l'Afrique. D'après M. Chatin, le 
Terfezia Leonis existe dans le nord de l'Afrique et aux 
environs de Smyrne; les Terfezia Boudieri et Claveryi de 
Damas croissent au sud de Biskra; les T. Metaxasi et 
Hafizi seraient particuliers à la région désertique de 
Bagdad. Les Terfez s'étendraient donc en latitude du 
40 au 25 degrés nord, de la Sicile et de l'Espagne, en 
Afrique et en Asie, par une longitude de 12 à 15 degrés. 

A l'opposé des Truffes qui recherchent un climat tem- 
péré, les Terfez aiment un climat chaud ; ils se plaisent 
dans les terres légères et limoneuses, pourvu qu'elles 
soient (comme celles qui conviennent à la Truffe) assez 
riches en fer et en chaux, et ne sont que peu enfoncés 
dans le sol dont ils émergent même en partie. 

L'époque de maturation est, pour les Terfez, le mois 
d'avril ; pour le Tirmania, le mois d'octobre. Les Truffes 
noires de France ne présentent leur saveur et leur odeur 
parfaitement développées que de novembre à décembre ; 
de juin à août mûrissent nos Truffes blanches. En sachant 
profiter des arrivages que l'on peut tirer d'Algérie, on 
arriverait facilement, à être pourvu de Truffes pendant 
la plus grande partie de l'année. Mais... car il y a un 



50 



LE NATURALISTE 



mais : jamais nos gourmets ne raffoleront des Terfez, 
aliments insipides qui ne peuvent lutter même de très 
loin avec la Truffe, ce condiment merveilleux que l'on 
connaît. Tandis que la Truffe est un produit de haut 
luxe, le Terfaz est une véritable matière nutritive, qui, 
d'après M. Ghalin, l'emporterait sur la pomme de terre 
elle-même au point de vue de la teneur en azote et en 
phosphore. 

Le Terfez aurait-il les avantages ou les inconve'nients 
de la Truffe? Il est probable que oui quoiqu'il contienne 
une quantité moindre de phosphore. Que nos lecteurs 
s'en rendent compte par eux-mêmes, ce sera la manière 
la plus simple et la plus agréable en même temps de 
résoudre la question. 

P. Hariot. 



DIFFORMITÉS OBSERVEES 

CHEZ LES INSECTES COLÉOPTÈRES 



On rencontre parfois chez les insectes, comme chez les autres 
animaux, des individus présentant des organes plus ou moins 
atrophiés, plus ou moins déformés. 

Le Naturaliste a déjà eu, à plusieurs reprises, l'occasion 
d'entretenir ses lecteurs de ces cas de difformités. Je citerai 
plus particulièrement, à ce sujet, un article paru le 15 mai 1890 
et intitulé : '< Expériences tératogéniques sur différentes espèces 
d'insectes. » 

Ces expériences, fort intéressantes, sont la confirmation 
exacte de ce qui se passe évidemment assez souvent dans la 
vie naturelle des insectes, car les déformations que l'on observe 
chez ces êtres sont le résultat d'accidents survenus soit à la 
larve, soit à la nymphe, et les unes, comme les autres, sont sou- 
vent exposées à être blessées. 

Chez la larve, ce sont presque toujours les antennes, les 
pattes ou les palpes qui ont été coupées ou mutilées, soit acci- 
dentellement, soit dans une lutte, et qui, selon les lois posées 
par l'auteur de l'article que je viens de rappeler, ou bien ne 
se reforment pas, ou bien se reforment, mais incomplètement, 
ou enfin se reforment en entier, mais plus courts qu'ils ne 
l'eussent été. 

Chez la nymphe ou la chrysalide, ce sont surtout les ailes 
qui se trouvent froissées ou comprimées, et alors l'insecte, 
lorsqu'il éclôt, présente des ailes ou des ôlytres fripées ou 
ratatinées. 

Je donne (fig. 1) le dessin d'un Geotrupes mutator, dont 
l'élytre droite a subi, vers le milieu de la suture, une dépres- 




Fig. 1. — Geotrupes mulalor dont l'élytre droite présente une 
échancrurc. 

sion qui la fait paraître comme coupée à l'emporte-pièce, 
tandis qu'en réalité l'échancrurc est produite par un rétrécis- 
sement local de l'élytre. Cette difformité en a entraîné une 
autre. En effet, cette même élytre a légèrement dévié et, au 
lieu d'être parallèle à celle qui lui correspond, elle la recouvre 
légèrement vers l'extrémité. 

Parfois même les ailes ne peuvent parvenir à se colorer. 

Des expériences précises m'ont permis de constater que c'est 
ce qui arrive aux coléoptères chaque fois que, pour une raison 
quelconque, l'insecte ne peut faire prendre à ses êlytres ou à 
ses ailes leur position naturelle lorsqu'il quitte sa dépouille 
nymphale, opération qui paraît être fort délicate, surtout en ce 
qui concerne les ailes fines. 

C'est ainsi que les nombreuses larves de Celonia aurata que 
j'ai élevées m'ont souvent donné des individus ayant les élytres 



ou les ailes présentant la teinte et le peu de consistance du 
papier roussi. 

La sécheresse influe également beaucoup sur le développe- 
ment des organes du vol. Les collectionneurs de papillons n'en 
ont que trop souvent la preuve pour peu que les chenilles 
qu'ils ont élevées se soient trouvées dans un milieu dépourvu 
d'humidité. 

Ordinairement les insectes dont les nymphes ont été dans de 
semblables conditions présentent des ailes fripées ou même 
tout à fait informes; mais il arrive parfois que ces ailes son 
simplement atrophiées, sans trace de déformation. 

Je citerai, par exemple, un Smerinthus ocellata X que j'ai 
obtenu au mois de mai 1891 et dont les ailes, bien que très 
courtes, n'étaient ni froncées ni recrocquevillécs et avaient 
simplement l'air d'une miniature des ailes normales. 

Ces dernières causes de rachitisme sont, peut-être, celles qui 
se rencontrent le moins dans la vie naturelle des insectes, car 
larves et chenilles choisissent, en général, avec un instinct 
merveilleux, le lieu de leurs métamorphoses. Elles savent fort 
bien se ménager l'espace, l'air et, selon les circonstances, la 
lumière ou l'obscurité qui leur sont nécessaires. 

Mais il n'en est pas de même en ce qui concerne la conser- 
vation de leurs antennes, de leurs palpes ou de leurs pattes. 
C'est qu'en effet, comme je le disais plus haut, il existe une 
foule de circonstances par suite desquelles des êtres aussi déli- 
cats peuvent se trouver blessés, car ces êtres, tout petits qu'ils 
soient, ont souvent à combattre, tantôt pour se nourrir, tantôt 
pour se défendre. 

Voyons, par exemple, les larves de coléoptères qui sont les 
seules dont je m'occuperai ici. 

Les unes, recouvertes, en totalité ou en partie, par une cara- 
pace chitineusc (Carabides, Dytiscides, [Clatéridcs, Staphyli- 
nides, Coccinellidcs, etc.), sont bien protégées, il est vrai, 
mais elles s'attaquent à des proies énormes , souvent plus 
grosses ou, tout au moins, aussi bien armées qu'elles. 

C'est ainsi que la larve de VOcypus olens ne craint pas de 
lutter avec le Carabus auratus. 

Les autres, dont le corps est entièrement nu (Lucanides, La- 
mellicornes, Buprestides , etc.), vivent à couvert dans des 
branches ou dans des troncs d'arbres et semblent, par le fait 
même de cette existence cachée, moins exposées à recevoir des 
blessures. Il n'en est cependant pas ainsi, car, en dehors des 
larves parasites, leurs ennemis naturels, elles ont à se défendre 
contre leurs propres congénères avec lesquels elles se trouvent 
souvent réunies en grand nombre dans un espace assez 
restreint. 

Il n'est pas rare, en effet, de rencontrer dans des souches 
d'arbres de très petites dimensions une véritable cohorte de 
Larves, de Lucanes ou de Priones. 

Je me souviens d'avoir trouvé dans une branche d'osier, 
moitié grosse comme lo bras, une douzaine d'Aromia moschata, 
tant à l'état parfait qu'à l'état de nymphes, à peine séparées 
les unes des autres par des cloisons extrêmement minces, for- 
mant les parois des galeries que leurs larves avaient creusées. 

Au mois d'avril de l'année dernière, j'ai trouvé à Marly dans 
un tronc de pin mort, haut environ de 80 centimètres, 21 Rhain- 
nusium bl-fasciatum tout transformés et à peu près autant de 
larves. 

Tant que des larves, ainsi réunies dans un espace aussi 
petit, ne se trouvent pas directement en contact les unes avec 
les autres, tant que les matériaux ligneux suffisent à leur 
subsistance commune, elles ne cherchent pas à se nuire ; mais, si 
la nourriture vient à leur manquer, fatalement une lutte devient 
inévitable. Le plus souvent, les larves qui sont blessées meurent, 
car, sous l'état larvaire, les insectes, et notamment les coléop- 
tères, sont fort délicats, mais il arrive cependant que quel- 
ques-unes s'échappent n'ayant qu'une patte ou des palpes 
découpés, blessures qui, généralement, n'entraînent pas la mort. 

C'est alors que ces membres, ainsi mutilés, se cicatrisent et 
se reforment, soit au moment d'une mue, soit au moment de la 
métamorphose nymphale, en présentant les caractères de dif- 
formité dont j'ai parlé plus haut. 

Je possède dans ma collection une Cetonia floricola dont la 
larve, que j'ai élevée, a eu la patte antérieure gauche coupée par 
une larve de Dorcus parallelipipedus, avec laquelle je l'avais 
rapportée. 

La patte correspondante s'est reformée chez l'insecte parfait 
mais les tarses, légèrement plus courts que ceux de l'autre 
patte, sont restés incolores et la Cétoine, étant vivante, no 
pouvait s'appuyer dessus pour marcher. 

Parfois c'est l'organe tout entier qui se modifie. J'ai trouvé 






LE NATURALISTE 



51 



au mois de juin 1891, à Croissy-sur-Seine, un Lucanus a* dont 
toute la patte antérieure gauche est difforme (fig. 2). Non 
seulement les tarses sont moins longs qu'à l'état normal, mais 




Fig. 2. Lucanus cervus mâle ayant une des pattes antérieures 
plus courte que l'autre, et la cuisse de cette même patte 
munie d'une épine. — Fig. 3. Purpuricenus Kœhleri mâle 
ayant une déformation au 1 er article de l'antenne. — Fig. 4. 
Cette même antenne grossie. 

encore la patte, proprement dite, est plus courte. De plus elle 
est élargie, fortement ponctuée, et rappelle assez une patte de 
Lucanus Q. Enfin la cuisse est amincie vers l'extrémité et 
présente en ce point, à sa partie externe, une épine assez 
forte, recourbée en dedans. 

La figure n°3 représente un Purpricenus Kmhleri ^cap- 
turé aux environs de Paris par un de mes amis, et qui pré- 
sente une difformité antennaire bizarre et très rare (1). 

Ainsi qu'on peut le voir par cette figure et par celle n° 4 
le premier article de l'antenne droite est divisé en 2 lobes, non 
pas soudés, mais formant corps l'un avec l'autre. L'inférieur, 
qui a le volume de l'article normal, porte l'antenne ; le supé- 
rieur est surmonté de deux petites articles dont le premier, 
légèrement plus court, a la forme d'un cône renversé et dont 
le second est tout à fait conique. 

J'ai dit que chez les nymphes ou chrysalides ce sont les ailes 
qui sont le plus susceptibles d'éprouver des altérations, en 
raison même de la difficulté avec laquelle l'insecte les fait 
sortir de leur enveloppe au moment de la transformation défi- 
nitive. 

Cependant les autres organes subissent également quelquefois 
des modifications; cela est assez fréquent chez les coléoptères, 
les nymphes de ces insectes ayant les pattes et les antennes 
simplement repliées et non pas soudées comme cela se voit chez 
les Lépidoptères. 

La figure n<> S représente l'extrémité de l'antenne droite 




Fig. 5. — Antenne d'Aroynia moschata mâle (grossie) ayant des 

articles déformés, 
d'une Aromia moschata çf que j'ai prise au bois de Boulogne 
en 1891 et dont la nymphe s'est probablement trouvée trop à 
l'étroit dans la loge que la larve s'était creusée. L'antenne a 
subi une dépression à son extrémité et les deux avant-derniers 
articles se sont courbés à angle aigu vers le milieu et présen- 

(1) J'ai été forcé de figurer cet insecte avec des antennes 
incomplètes, car il avait été brisé dans la collection où il se 
trouvait, collection qui, d'ailleurs, n'avait pas été faite dans 
un but d'étude. 



tent la trace d'un léger rétrécissement à l'endroit de cette cour- 
bure. Je possède également en collection une femelle de Ceram- 
byxheros que j'ai prise au bois de Boulogne et dont toute l'an- 
tenne droite est contournée et mal venue. Les Longicornes 
paraissent, d'ailleurs, assez sujets à voir leurs antennes 
froissées pendant la période nymphale. 

La raison en est évidemment dans la délicatesse et la Ion 
gueur de ces organes et aussi dans l'exiguïté des loges ou des 
coques dans lesquelles les insectes de ce groupe ont l'habitude 
de se transformer. 

Ainsi qu'il est facile de le constater par ce qui précède, le 
meilleur moyen de se rendre compte des diverses causes de 
déformations qui peuvent se présenter chez les insectes est 
d'étudier ces derniers sous leurs premiers états. 

Cette étude est souvent longue et difficile, surtout en ce qui 
concerne les coléoptères, mais elle est fort intéressante et, 
comme le dit l'auteur de l'article que j'ai rappelé au début do 
cette note, on ne saurait trop engager ceux qui se livrent à ces 
recherches à faire connaître le résultat de leurs observations. 

Louis Planet. 



LIVRE NOUVEAU 



Cours complet d'histoire naturelle, ouvrage rédigé suivant les 
nouveaux programmes de 1891, par Gaston Bonnier, profes- 
seur à la Sorbonne. 

M. Gaston Bonnier, le savant professeur de la Sorbonne, 
vient de publier un cours complet d'histoire naturelle qui se 
fait remarquer, sur plus d'un point, des ouvrages similaires. 
Ce traité d'histoire naturelle a été rédigé d'après les nouveaux 
programmes d'enseignement de 1891 qui, chacun le sait, ont 
été remaniés l'an dernier. 

Nous signalerons tout d'abord dans cet ouvrage deux 
sortes de texte qui se distinguent l'un de l'autre par des carac- 
tères d'œil différent. On a imprimé en texte plus gros les para- 
graphes qui se rapportent à tous les programmes, et en texte 
plus fin ceux de classification et de géologie qui ne se rap- 
portent qu'à certains programmes. C'est ainsi que, par exemple, 
les parties du volume imprimées en gros caractères sont suffi- 
santes pour les élèves des Lycées de philosophie, mathéma- 
tiques élémentaires, enseignement moderne, etc.. D'un autre 
côté, toutes les matières de l'ouvrage, c'est-à-dire les para- 
graphes en gros et petit texte, sont nécessaires pour le bacca- 
lauréat es sciences restreint, le professorat des écoles normales 
d'instituteurs ou d'institutrices, des lycées de jeunes filles, etc. 
De nombreux résumés, placés à la fin de chaque chapitre, et 
des résumés généraux terminant les principales divisions de ce 
traité, facilitent aux élèves la récapitulation des matières étu- 
diées et leur montrent en même temps quelles sont les parties 
des cours qui sont les plus importantes. 

Voici donc l'ouvrage considéré dans ses grandes lignes. 
Nous donnerons maintenant un aperçu du traité lui-même. 
L'introduction donne les trois divisions de l'histoire naturelle ; 
puis les caractères distinctifs des êtres. Les deux divisions 
zoologie et botanique se subdivisent chacune en deux parties : 
1° anatomie et physiologie, et 2° classification générale. La 
troisième division, qui traite de la géologie, est divisée en trois 
parties : roches, modifications du sol, principales périodes 
géologiques. 

Ce qui fera, croyons-nous, le grand succès de ce traité, 
c'est la façon méthodique et la clarté avec lesquelles l'ensei- 
gnement est donné. Tout y est expliqué, aucun mot ne laisse 
de doute dans l'esprit de l'étudiant ou du lecteur. Ajoutons à 
cela que ce volume est orné de 767 figures dans le texte. C'est 
pour nous une grande satisfaction d'avoir à annoncer l'ap- 
parition de ce Cours complet d'histoire naturelle, et nous 
adressons nos humbles félicitations à son éminent auteur. 

N. 
Les Sciences naturelles et l'Éducation, par Th. Huxley. 

M. Huxley a réuni dans un livre (1) une série de discours 
ou d'essais dans lesquels il a cherché à montrer l'importance 
des sciences naturelles, leur valeur au point de vue de l'édu- 
cation, les vices de l'éducation de la jeunesse (en Angleterre], 

(1) 1 vol. de 320 p.; prix: 3 fr. 50. (Chez J.-B. Baillière, 
éditeur, et aux bureaux du journal.) 



52 



LE NATURALISTE 



et les améliorations qu'il désirerait y voir apporter, etc. 
M. Huxley lutte depuis longtemps en Angleterre pour obtenir, 
dans l'enseignement officiel, certaines réformes qu'il juge, avec 
raison, indispensables, mais qui, pour des causes assez com- 
plexes, ne paraissent pas devoir être réalisées de sitôt. Ce 
sont les discours qu'il a prononcés, ou les écrits qu'il a publiés 
en faveur de la cause qu'il défend, qui constituent la partie la 
plus importante de ce nouvel ouvrage. Aussi son livre ne 
forme-t-il pas un tout parfaitement homogène ; mais on y 
retrouve toujours la même justesse de raisonnement et la 
même grandeur de vues qui caractérisent les ouvrages du 
savant zoologiste anglais. 

Je laisserai de côté les chapitres sur le Discow's de la mé- 
thode, le Positivisme, l'Utilité de travailler au développement 
des connaissances naturelles, et je signalerai surtout les cha- 
pitres dans lesquelles M. Huxley montre les erreurs et les la- 
cunes de l'enseignement officiel en Angleterre, et recherche les 
moyens de rendre cet enseignement pratique et réellement 
utile à la jeunesse. Quoiqu'il s'agisse de l'éducation en An- 
gleterre, bien des desiderata signalés par M. Huxley pourraient 
être appliqués à notre enseignement en France, et il est fort 
intéressant de constater, à cette époque surtout où les réformes 
succèdent aux réformes, et où chacun s'efforce, sans grand 
succès d'ailleurs, de trouver un programme d'éducation, que 
l'Angleterre souffre du même mal que nous, et plus encore que 
nous. Après avoir montré combien sont incomplets en Angle- 
terre les enseignements primaire, secondaire et supérieur, 
M. Huxley recherche ce que devraient être les écoles primaires 
et secondaires, et il insiste sur la part importante qui devrait 
être donnée aux sciences naturelles absolument laissées de 
côté. Mais il s'occupe surtout de l'enseignement supérieur ; 
dans deux chapitres intitulés : Les Universités, le rêve et la 
réalité, et l'Education universitaire, il indique les vices de cet 
enseignement et les réformes qu'il conviendrait d'y introduire. 
Les personnes que les choses de l'enseignement intéressent 
trouveront, dans le livre de M. Huxley, d'abord des renseigne- 
ments fort intéressants sur l'état des études officielles en 
Angleterre, mais aussi des réflexions fort sages et des idées 
très justes sur l'éducation de la jeunesse, ainsi que des conseils 
dont elles pourront tirer profit. 

D r R. Kœhler. 



ACADÉMIE DES SCIENCES 



Séance du 18 janvier. — M. L.-F. llenneçjuy, ayant pu 
observer le développement d'un chalcidien parasite de Stra- 
tiomys strigosa, le Smicra crassipes, communique à l'Aca- 
démie le résultat de ses observations. Chez le Smicra, la seg- 
mentation de l'œuf est totale; une membrane embryonnaire 
unique apparaît de bonne heure, avant la formation de l'em- 
bryon, par un processus très différent de celui qui donne 
naissance à l'amnios des autres insectes. L'œuf subit un accrois- 
sement de volume considérable pendant son développement, 
"race à l'élasticité remarquable de son chorion. La membrane 
embryonnaire suit l'accroissement do l'embryon ; des cellules 
atteignent de grandes dimensions et ne se multiplient pas. 
Lorsque l'embryon est bien constitué, les cellules de la mem- 
brane embryonnaire se dissocient et entrent en dégénéres- 
cence graisseuse. L'œuf emprunte par endosmose au sang de 
l'hôte les matériaux nutritifs nécessaires à son développement. 
Longtemps encore après son éclosion, la larve ne parait se 
nourrir qu'aux dépens du sang de son hôte. — M. P. Thé- 
lohan décrit deux coccidies nouvelles, parasites des poissons. 
L'une, parasite du Caranx trachurus (Coccidium cruciatum); 
l'autre, parasite de la Tanche {Coccidium minutum). —H.Léon 
Guignard décrit l'appareil mucifère des laminaires, appareil 
sécréteur tout particulier et n'existant dans aucun autre groupe 
de plantes. — M. Gustave Chauveaud, en étudiant les phéno- 
mènes de la reproduction chez les Asclépiadécs, a observé 
chez certaines d'entre elles une insertion dorsale des ovules 
(Vinteloxicum officinale). —M. Pierre Lesage a étudié le mode 
d'action du chlorure de sodium sur les plantes littorales (Le- 
pidium sativum, liaphanus sativus). 11 ressort clairement de 
ces études que le sodium pénètre en plus grande abondance 
. dans les tiges de Lcpidium et dans les tubercules du Radis 
quand les arrosages sont plus riches en sel marin. — MM. F. 
Jolyel et //. Viallanes adressent à l'Académie le résultat do 
leurs études sur le système nerveux accélérateur et modéra- 



teur des crustacés. Ces études ont porté uniquement sur Car- 
cinus Mœnas. — M. G. Pouchet, de son étude sur la faune pé- 
lagique de Dyrefjord (Islande), conclut que, dans ces régions, 
la vie semble être exclusivement animale et que la matière 
vivante forme environ un centimètre cube par mètre cube 
d'eau de mer. L'être dominant est un Rotifèrc, Synchaetapec- 
tinata. 

A.-Eug. Malard. 



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PI. XVII. 

Ber. Deutsch. Bot. Gesells. 1891, pp. 274-280. 

G. Malloizel. 



Le Gérant: Emile DEYROLLE. 



rARIS. — IMPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17. 



U fî-lEô lo9!/ 



14° ANNÉE 



2 8 SÉRIE 



IV- i»o 



1 er MARS 1892 



LES POISSONS COMMENSAUX ET PARASITES 

Parmi les animaux inférieurs, il y a presque dans 
chaque groupe, un nombre plus ou moins grand d'espèces 
qui vivent en commensales sur d'autres animaux, soit 
dans un but de protection, soit pour se nourrir plus faci- 
lement; d'autres sont parasites et se nourrissent alors 
entièrement aux dépens de leurs hôtes. Il y a même des 
groupes entiers qui ne comptent que des parasites (Tré- 
matodes, Cestodes, Acanthocéphales, Gordiens, majorité 
des Nématodes, etc.). 

Chez les Vertébrés, le commensalisme et le parasi- 
tisme sont au contraire très rares; les quelques cas 
connus se présentent tous ou presque tous chez les 
Poissons. Dans cet article, j'ai rassemblé et résumé les 
observations éparses dans divers recueils, et dont quel- 
ques-unes, m'a-t-il paru, sont tombées dans l'oubli. 

Un cas de commensalisme particulièrement étroit a 
été constaté par Lunel entre un Scombéroïde, Caranx 
melampygus C V., et une Méduse du groupe des Rhizos- 
tomides, Crambessa palmipes Hœckel , provenant de l'île 



le portique est élargi et déformé par 



de l'usage continuel 





Fig. 2. — Schéma de l'organi- 
sation d'une Crambessa ; un 
stylet est passé dans le portique 
sous-génital. 



Fig. 1. — Commensalisme du Caranx melampygus et de la 
Crambessa palmipes ; individus conservés dans l'alcool, ré- 
duits d'un quart (d'après Lunel). 

Maurice. Comme tous les Rhizostomes, la Crambessa n'a 
pas de bouche ; celle-ci est remplacée par une quantité 
de petits orifices épars sur les bras et le centre de la face 
inférieure de l'ombrelle, qui ne peuvent naturellement 
introduire à l'intérieur de l'animal que des particules 
alimentaires à un très grand état de division; de plus, 
elle offre une anomalie singulière : on sait que les 
Méduses ordinaires présentent sur la face inférieure de 
l'ombrelle quatre poches creuses (sacs génitaux), débou- 
chant au dehors par autant d'orifices; or, dans le genre 
Crambessa et les formes voisines, ces quatre poches 
s'agrandissent énormément en se rejoignant au centre 
du disque; elles forment ainsi une cavité cruciforme 
(portique sous-génital d'Hœckel) communiquant avec 
l'extérieur par quatre grandes fenêtres : l'animal est 
ainsi séparé en deux parties, d'une part l'ombrelle, 
d'autre part, le disque oral portant les bras; ces deux 
parties sont reliées l'une à l'autre par quatre piliers, 
entre lesquels se trouvent les orifices du portique sous- 
génital. Le Poisson observé par Lunel était engagé hori- 
zontalement dans le portique, comme le montre bien la 
figure, sa tête et sa queue dépassant seulement par deux 
LE NATURALISTE, rue du Bac, 46, Paris. 



des ouvertures : 
suite 

qu'en faitle Poisson; mais 
la Méduse est parfaitement 
intacte, ce qui prouve qu'il , 
y a bonne entente et con- 
sentement mutuel entre 
les deux commensaux. Il 
paraît que le Caranx quitte 
souvent la Méduse pour 
nager aux environs, sans 
doute pour pêchersa nour- 
riture, et qu'il y rentre 
rapidement à la première 
alerte ; il est à remarquer 
qu'il doit nager de côté pour 
y entrer, et que sa station 
devient horizontale, ce qui est assez anormal pour un 
Poisson. 

Sur nos côtes, on peut souvent constater un autre cas 
de commensalisme : c'est l'association des jeunes Tra- 
churus trachurus Gunther (Caranx trachurus Lacépède, ou 
Saurel) et d'une Méduse; sur les côtes de l'Océan et de 
la Méditerranée, quand on pêche le Chrysaora isocela, 
charmante Méduse très urticante, tachetée de brun, on 
trouve presque toujours sous l'ombrelle un nombre 
variable de jeunes Poissons, longs de quelques- centi- 
mètres, qui s'y abritent dans un but évident de protec- 
tion, car il est peu de carnassiers qui osent entrer en 
contact avec ces redoutables Cœlentérés, munis, comme 
l'on sait, d'armes de jet venimeuses (nématocystes) capa- 
bles de foudroyer les petits animaux marins. Presque 
toujours on trouve les Trachurus au voisinage de la 
Chrysaora; Giard dit en avoir vu associés avec Rhizos- 
toma Cuvieri Pér. et Les. — Les Trachurus adultes vivent 
complètement libres et ne s'approchent des côtes que 
pour frayer; les jeunes Poissons éclos gagnent le large 
et mènent quelque temps la vie vagabonde en haute mer 
avec les Méduses, jusqu'à ce qu'ils soient devenus assez 
forts pour.pouvoir échapper à leurs ennemis. 

D'autres Scombéroïdes accompagnent aussi les Méduses, 
mais peut-être moins constamment : les Stromateus de la 
Méditerranée et le Schedophilus medusophagus Cocco 
(Méditerranée, Atlantique). Le Stromateus a un corps 
ovale comprimé, couvert de petites écailles lisses, le 
museau court, les nageoires dorsale et anale longues, la 
nageoire caudale très échancrée, les ventrales très 
petites ou nulles. Le Schedophilus très aplati également, 
a le corps oblong, couvert de petites écailles, la dorsale 
et l'anale très longues, la caudale presque rectangulaire ; 
les ventrales assez grandes ont une épine et 5 rayons 
mous; malgré son nom, il est certain que le Schedophilus 
medusophagus ne se nourrit pas de Méduses ; l'estomac 
d'un échantillon examiné par Ogilby (cité d'après 
Gùnthcr) renfermait du fretin de Hareng. Les tissus de 
ce Poisson sont extrèmemement délicats, ce qui fait penser 
que c'est un habitant de mer profonde; les jeunes vivent 
à la surface et suivent les objets flottants et surtout les 
Méduses, dans un but évident de protection; on les a 
souvent observés nageant autour de celles-ci, comme 
les Trachurus. 

Alexandre Agassiz rapporte avoir observé dans la 
baie de Nantucket (États-Unis) une Méduse nocturne du 
groupe des Pélagies (Dactylometra quinquecirra Agassiz) 
accompagnée constamment par une espèce de Hareng. 




54 



LE NATURALISTE 



Dans les Physalies ou Galères (Siphonophores), dont le 
contact cause une douleur si vive qu'elle peut aller jus- 
qu'à l'évanouissement, on trouve de petits Scombéroïdes 
adultes, blottis par douzaines entre les cirres de leur 
hôte redoutable. Il est probable que ces associations de 
Méduses et de Poissons sont plus fréquentes qu'on ne le 
croit, et qu'il ne serait pas difficile, par des observations 
suivies, d'en trouver de nouveaux exemples. 

D'autres Poissons affectionnent les Actinies, dont le 
contact n'est guère moins redoutable que celui des Mé- 
duses. Dans la baie de Batavia, sur les récifs madrépo- 
riques qui y forment de petites îles, vit une très grande 
Actinie, richement colorée, dont le disque mesure jus- 
qu'à quarante centimètres de diamètre ; très souvent, 
surtout sur les grands échantillons, on trouve entre les 
nombreux tentacules qui couvrent le disque un couple, 
parfois même trois ou quatre petits Poissons, longs de 
cinq centimètres, colorés en orange avec des bandes 
d'un blanc d'argent : ce sont des Trachichthys (Amphi- 
prion Bleeker) Tunicatus Cuvier. L'Actinie ne paraît 
aucunement se soucier de ses hôtes; lorsqu'elle mange, 
ceux-ci se précipitent sur les bribes qu'elle laisse échap- 
per, mais sans jamais quitter le disque. Ces petits pois- 
sons recherchent évidemment une protection puissante; 
Sluiter, à qui l'on doit ces observations, a remarqué que 
lorsqu'on les mettait dans un aquarium sans leur Acti- 
nie, ils étaient immédiatement pourchassés et dévorés 
par les gros Poissons ; aussi cherchent-ils à se cacher, 
l'un derrière un morceau de Madrépore, l'autre entre 
les piquants d'un Oursin (Echinothrix calamare), mais ils 
ne tardent pas à tomber au pouvoir de leurs ennemis ; 
au contraire, lorsqu'ils sont associés avec leur redou- 
table Actinie, il est évident qu'ils sont protégés contre 
toute attaque. Sluiter a gardé vivants les deux associés 
pendant plux de six mois. 

Egalement à Batavia, une autre espèce du même genre, 
le Trachichthys Clarkii Cuvier (Anthias Clarkii de Bennett), 
qui est probablement identique ù T. chrysog aster Cuvier 
ou du moins très voisin, vit aussi en commensal sur une 
Actinie du genre Bunodes. Ces petits poissons, longs de 
huit centimèties, nagent entre les longs tentacules du 
Bunodes, qui leur fournit évidemment une puissante pro- 
tection, comme dans le cas précédent; lorsqu'une proie 
passe à portée, les Poissons s'élancent, la saisissent et 
reviennent aussitôt se placer sur le disque et les tenta- 
cules de l'Actinie; ils se nourrissent aussi des bribes de 
nourriture qu'elle laisse échapper. 

Collingwood (en 1868), dans la mer de Chine, a observé 
les mêmes faits, très probablement sur les espèces pré- 
cédentes (Sluiter en 1888 n'a pas eu connaissance de ce 
travail); il dit avoir délogé d'une même Actinie jusqu'à 
six Trachichthys tunicatus qui, d'après lui, pourraient se 
loger dans la cavité gastro-vasculaire. Lorsque le Poisson 
est séparé de l'Actinie et isolé dans un aquarium, il reste 
en bonne santé pendant plusieurs mois, ce qui prouve 
que son commensalisme est purement défensif et qu'il 
peut parfaitement se nourrir et subsister sans avoir 
recours à l'Actinie. 

L'observation de M. de Crispigny, rapportée par Van 
Beneden, sur le commensalisme analogue d'un Poisson 
malacoptérygien, qu'il appelle Prcmnas biaculeatus, et 
d'une Actinie de la mer des Indes, se rapporte très pro- 
bablement à l'une des espèces précédentes. 

Ce qui est vraiment curieux dans cette association des 
Poissons et des Cœlentérés,c'est que les nématocystes de 



ces derniers, qui explosent habituellement au contact 
d'un animal quelconque, restent tout à fait insensibles 
au contact de ces commensaux habituels; il y a là une 
inhibition particulière, évidemment sous la dépendance 
du système nerveux, qui annule, pour ainsi dire, dans ce 
cas les excitations ressenties par les cnidoblastes; peut- 
être aussi les Poissons commensaux ont-ils acquis une 
immunité relative vis-à-vis du poison des nématocystes? 

On rencontre aussi beaucoup de commensaux dans la 
famille des Ophidiides (dont l'Equille ou Lançon est le 
représentant le plus connu), caractérisés par un corps 
allongé presque anguilliforme, et la réunion des nageoires 
impaires en lames membraneuses s'étendant sans inter- 
ruption d'un bout à l'autre de l'animal. Ces commensaux, 
appartenant aux deux genres voisins Fierasfer et Enche- 
liophis. se logent de préférence dans des Echinodermes 
(Astéries ou Holothuries). Sur nos côtes de la Méditer- 
ranée vivent deux Fierasfer : l'un, Fierasfer acus Brûnnich 
(F. imberbis Cuvier), commensal de VHolothuria tubulosa 
et du Stichopus regalis; l'autre, beaucoup plus rare, Fie- 
rasfer dentatus Cuvier, commensal de VHolothuria tubulosa. 
— On sait qu'à l'extrémité postérieure des Holothuries 
s'ouvre un large orifice donnant accès dans une poche 
cloacale musculeuse, continuation de l'intestin, qui porte 
deux sacs très ramifiés (organes arborescents) servant à 
la respiration; l'animal, par suite des contractions cloa- 
cales, absorbe et rejette alternativement l'eau qui pé- 
nètre dans les organes arborescents ; c'est dans ceux-ci 
que se loge le Fierasfer. 

A l'état de liberté, ce qui ne lui arrive vraisemblable- 
ment que la nuit, il nage plus ou moins rapidement par 
des mouvements ondulatoires, en explorant les objets 
environnants; lorsqu'il rencontre ■ une Holothurie, il 
manifeste une certaine agitation, en fait le tour comme 
pour reconnaître l'extrémité anale, qui laisse passer par 
intervalles le courant d'eau de la respiration. Il choisit 
le moment où le cloaque est largement ouvert, se courbe 




Fig. 3. — Fierasfer acus en train de pénétrer dans des Holo- 
thuria tubulosa (2/3 de grandeur naturelle)', d'après Emery. 

en deux, la queue acuminée venant s'appliquer contre le 
côté droit du corps, et enfonce avec prestesse son extré- 
mité caudale dans le corps de l'Holothurie; puis il se 



LE NATURALISTE 



redresse vivement, la queue restant prise dans le cloaque. 
Il s'enfonce progressivement, profitant des moments où 
Tanirnal relâche les muscles cloacaux pour respirer. 
Pendant ce temps, le Fierasfer respire placidement, sans 
paraître aucunement émotionné de sa situation singu- 
lière; enfin, lorsque la partie la plus grosse de son corps 
a franchi le détroit, par quelques mouvements ondula- 
toires énergiques, il pe'nètre entièrement dans l'organe 
arborescent (Emery). 

Quelquefois, la scène varie un peu : les petits Fieras- 
fer peuvent s'introduire en un seul temps dans les 
grosses Holothuries ; par contre, les grands individus, 
lorsqu'ils ont choisi une Holothurie mal proportionnée 
à leur taille, mettent un temps très long à y pénétrer; 
parfois môme renoncent à la lutte et se remettent en 
quête d'un autre hôte. 

Dans une Holothurie ainsi pourvue, il peut parfois 
pénétrer un second Fierasfer, même un troisième et un 
quatrième; mais, dans ce cas. l'hôte ne tarde pas à dépé- 
rir, il rejette ses viscères et le cloaque se dilate énormé- 
ment, laissant apercevoir la tête des Fierasfer qui vien- 
nent respirer — Normalement le Fierasfer est logé dans 
l'un des organes arborescents, d'ordinaire celui qui est 
libre dans la cavité générale; il n'entre jamais dans l'in- 
testin, rempli de sable et d'excréments; quand par hasard 
on en trouve dans la cavité générale, c'est certainement 
par suite de rupture des parois délicates de l'organe 
arborescent. 

Le Fierasfer acus ne demande à l'Holothurie qu'un abri 
protecteur; mauvais nageur, dépourvu de toute arme 
défensive, il serait inévitablement la proie des autres 
Poissons s'il ne parvenait à déjouer leurs poursuites. 
Dans son estomac, Emery a trouvé constamment des 
débris de petits Crustacés; probablement il abandonne 
pour aller pêcher le corps de son hôte, ou en passant la 
tête hors du cloaque peut-être attrapé-t-il les animaux 
qui passent à portée. En tous cas, il ne porte habituelle- 
ment aucun dommage sérieux à l'Holothurie. 

Le Fie)*asfer dentatus, plus petit que le précédent, se 
loge aussi dans les organes arborescents de l'Holothuria 
tubulosa et a probablement les mêmes mœurs. 

Le Fierasfer Homei, découvert par Quoy et Gaimard 
dans le voyage de l'Astrolabe, revu par H. Mertens et 
Bleeker sur la côte du Japon et le Pacifique, vit dans une 
grande Holothurie (Stichopus tuberculosus) et dans une 
Astérie globuleuse (Culcita discoïdea); il se loge, paraît-il, 
dans la cavité du corps de cette dernière. Doleschall a 
trouvé le Fierasfer gracilis (Oxybeles gracilis) dans l'estomac 
de la même Culcita discoïdea, vivant aussi en commensal. 

Le Fierasfer dulius (Putnam) de la côte américaine de 
l'Atlantique vit quelquefois dans des Holothuries, mais 
plus ordinairement, entre les valves de l'Huître perlière 
{Meleagrina margaritifera) ; au musée de Cambridge, en 
Amérique, on conserve une valve de Méléagrine dans 
laquelle se trouve un cadavre de Fierasfer recouvert d'un 
dépôt de nacre. 

L'Encheliophis vermicularis vit aux îles Philippines dans 
l'Holothuria scabra, tantôt dans l'organe arborescent, tan- 
tôt dans la cavité du corps; d'après Semper, il parait 
que ce Poisson est en train de devenir parasite, car il s'a- 
limente des viscères de son hôte ; il a trouvé en effet 
dans l'estomac de quelques échantillons des restes à 
moitié digérés de l'organe arborescent de l'Holothurie. 
Il est accompagné souvent par deux espèces différentes 
de petits Crabes (Pinnotheres) qui s'abritent dans l'Holo- 



thurie probablement dans le même but défensif. Semper 
a aussi trouvé une fois un Encheliophis nageant libre- 
ment. 

La famille des Lophobranches (branchies en houppe), 
à laquelle appartiennent les Hippocampes, Syngna- 
thes, etc., nous offre encore un cas de commensalisme, 
peut-être accidentel : Lunel a trouvé deux exemplaires 
de Dorichthys excisus Kaup, un mâle et une femelle, dans 
une Holothurie indéterminée provenant de l'île Maurice. 

Sans même aller jusqu'à la mer, nous pouvons cons- 
tater dans nos rivières un cas intéressant de commensa- 
lisme, chez la Bouvière (Rhodeus amants), petit poisson 



Fis. 




Jeune Rhodeus amarus, retiré des branchies de 
YUnio piclorum; d'après nature. 



ressemblant à une jeune Carpe, long de 5 à 8 centimè- 
tres, et très commun dans la plupart de nos cours d'eau 
par les fonds clairs de sable et de gravier; les jeunes de 
cette espèce habitent jusqu'à leur complet développement 
les branchies d'un Mollusque bivalve également très 
commun, VUnio ou Mulette des peintres. Au printemps, 
lorsqu'on ouvre les Unios, on trouve souvent entre les 
feuillets branchiaux, dans ce qu'on appelle la chambre 
intrabranchiale, des œufs jaunes, ovoïdes, longs de trois 
millimètres environ. Ces œufs éclosent et donnent nais- 
sance à de petits Rhodeus, qui restent engagés dans les 
branchies de leur hôte, non sans causer quelques dégâts 
(par places, l'épithélium branchial est enlevé). Quand on 
ouvre ces branchies, ils s'échappent et nagent vivement, 
puis se posent sur le fond où ils restent immobiles, cou- 
chés sur le côté. Ils restent dans VUnio jusqu'à résorp- 
tion complète de leur sac vitellin, et sortent alors du 
Mollusque pour mener la vie libre. 

Au moment du frai, la femelle du Rhodeus amarus pré- 
sente une particularité curieuse, qui a autrefois fort in- 
trigué les naturalistes : un peu en arrière de l'anus appa- 
raît un long boyau rougeâtre, un peu conique, qui peut 
atteindre plusieurs centimètres de long, et n'est autre 
chose qu'un prolongement de l'oviducte. Au printemps, 
époque de la ponte, la femelle et son mâle qui l'accom- 
pagne partout, se mettent en quête des Mollusques con- 
venables : lorsqu'ils en ont trouvé, la femelle se redresse 
verticalement, la tête en bas ; au moment où un œuf 
s'engage dans l'oviducte et le dilate, elle engage le tube 
dans les branchies du Mollusque et y dépose un œuf; on 
peut trouver dans le même Unio jusqu'à une quarantaine 
de ces œufs (dans des Unio pictorum de la Meurthe, j'ai 




Fig. 5. — Branchie d'Unio pictorum renfermant 3 jeunes 
Rhodeus amarus, d'après nature. 

trouvé de 3 à 8 Rhodeus développés dans les branchies). 
Pendant cette opération, le mâle surveille attentivement 
les mouvements de la femelle. La ponte terminée, le 
tube oviducal se flétrit graduellement et se réduit à une 
simple papille saillante. 
Il est à peine besoin de faire ressortir le caractère dé- 



56 



LE NATURALISTE 



fensif de ce commensalisme passager; les jeunes Rhodeus 
passent tranquillement à l'abri la période critique de leur 
existence, qui est fatale à tant de jeunes Poissons. 

Tout récemment Knauthe a signalé un cas de com- 
mensalisme accidentel chez le Gobius fluviatilis; il dit 
avoir trouvé des œufs et des jeunes dans la chambre 
branchiale de divers Unios et de YAnodonta complanata 
(Zool. Anz., 30 novembre 1891, page 416). 

Un seul groupe de Poissons présentent un vrai parasi- 
tisme : ce sont les Myxinoïdes, qui appartiennent à 
l'ordre le plus archaïque, celui des Cyclostomes ; l'es- 
pèce européenne, Myxine glutinosa Linné', est un animal 
vermiforme, atteignant environ 20 centimètres, et habi- 
tant de préférence les grandes profondeurs des mers 
septentrionales (mer du Nord et Atlantique Nord). Au 
moyen de sa forte ventouse buccale armée de dents, la 
Myxine se fixe sur les téguments d'autres Poissons-, elle 
pénètre souvent dans la cavité du corps des Morues, 
Esturgeons, Turbots et même d'un squale (Lamia), soit 
en perforant les téguments, soit par l'anus ; les animaux 
attaqués par la Myxine, dépérissent et ne tardent pas à 
mourir. — Le genre Bdellostoma J. Miïller, qui a les 
mêmes habitudes, vit dans les parties sud de l'océan 
Pacifique. 

Les Stégophiles ou Vandellies, Siluroïdes à peau nue 
et de très petite taille, vivent en commensaux dans la 
cavité buccale d'autres Poissons ; d'après Reinhardt, le 
Stegophilus insidiatus du Brésil vit ainsi aux dépens d'un 
autre Siluroïde, le Platystome, habile pêcheur grâce à 
ses nombreux barbillons. 

Risso dit avoir vu à Nice dans l'énorme sac branchial 
de la Baudroie (Lophhis piscatorius) un poisson de la 
famille des Murénides, le Sphagebranchus imberbis Dela- 
roche (Aptérichte ocellé, Sphagebranchus oculalus Risso) ; 
qui s'y abriterait en qualité de commensal et prélève- 
rait sa part sur les pêches de la carnassière Baudroie. 
Ce Poisson, à corps très allongé plus ou moins cylin- 
drique, et à peau nue, est connu comme fort rare dans 
la Méditerranée, mais je ne sais pas si l'on a observé à 
nouveau son commensalisme. 

Les Poissons munis de ventouses sont parfois des com- 
mensaux accidentels en se fixant sur des Poissons, 
comme ils se fixent habituellement sur Jes corps étran- 
gers ; c'est ainsi que Francis Day rapporte qu'on trouve 
parfois le Cycloplerus lumpus sur l' Anarrhichas lupus; on 
sait que chez le Cycloptère, qui appartient au groupe des 
Discoboles ou Porte-Ecuelles, les deux nageoires ven- 
trales se sont soudées de façon à constituer une puis- 
sante ventouse ; habituellement les Cycloptères adhèrent 
aux parois des aquariums et y restent des heures entières, 
ne se déplaçant que si une proie passe à portée de la 
bouche. Pennant dit même avoir vu un Cycloptère sur le 
front duquel avait poussé une petite Algue longue de 
15 centimètres, ce qui ne se comprend qu'avec les habi- 
tudes singulièrement indolentes de cet animal. Il est pos- 
sible qu'au lieu de se fixer comme d'habitude sur les 
rochers, il puisse adhérer par hasard sur un autre Pois- 
son, mais cela est probablement très exceptionnel. 

Les Rémoras (Scombéroïdes) présentent un cas ana- 
logue ; sur la tête, on trouve un disque adhésif ovalaire 
formé de petites lamelles imbriquées qui est capable de 
se fixer avec une très grande force aux corps étrangers: 
cette curieuse ventouse résulte d'une modification parti- 
culière de la première nageoire dorsale. Habituellement 
les Rémoras se fixent aux corps flottants, aux navires, etc.; 



très souvent aussi ils adhèrent à des squales, des céta- 
cés, parfois à de grandes tortues de mer, auxquels ils ne 
demandent d'ailleurs qu'un support ; lorsqu'ils voient 
une nourriture à portée, ils se détachent, nagent rapide- 
ment avec des mouvements anguilliformes pour s'empa- 
rer de leur proie, puis reviennent se fixer au même en- 
droit ; lorsqu'ils sont livrés à eux-mêmes, ils nagent le 
plus souvent le ventre en haut à l'inverse des autres 
poissons; cette allure bizarre explique leur coloration 
particulière ; nos Rémoras {Echeneis rémora et Echeneis 
naucrates de la Méditerranée et de l'Océan) sont d'une 
couleur uniforme, brun ardoise ou bleuâtre foncé, le 
ventre étant aussi coloré que le dos, tandis qu'il a tou- 
jours une coloration plus claire chez les autres poissons. 
Vaillant rapporte qu'un Echeneis péché sur un squale 
[Carcharias), lors de la campagne du Talisman, avait le 
ventre et les flancs d'un noir blanchâtre chatoyant, tan- 
dis que le dos était bleuâtre et argenté, de sorte qu'au 
premier abord, on aurait été tenté de prendre le dos 
pour le ventre, et vice versa. Toutes ces observations sont 
facilement explicables : lorsque YEcheneis est fixé par sa 
ventouse céphalique aux poissons ou aux corps submer- 
gés, la face dorsale est entièrement dans l'ombre, les 
faces latérales et ventrales sont seules un peu éclairées; 
et lorsqu'il nage, c'est la face ventrale qui reçoit direc- 
tement la lumière du soleil ; or, on connaît l'influence 
considérable de la lumière sur la production des pig- 
ments, surtout chez les poissons ; les parties abritées, 
non éclairées, étant en général d'une coloration plus 
claire que celle du reste du corps. 

Le Pilote (Naucrates duclor), autre Scombéroïde, pré- 
sente encore un commensalisme accidentel; il suit habi- 
tuellement les navires, soit pour se cacher dans l'ombre 
qu'ils projettent, comme on voit si souvent des poissons 
accompagner obstinément les épaves flottantes, soit at- 
tiré par les débris de cuisine que l'on jette à la mer; 
très souvent ils accompagnent de grands squales (qui 
eux-mêmes suivent fort souvent les navires), comme on 
l'a observé bien des fois, en rôdant à droite et à gauche, 
Van Beneden a constaté que le Pilote se nourrit pour 
son compte et ne profite pas des restes de ses compa- 
gnons ; il a trouvé dans leur estomac des pelures de 
pommes de terre, des carapaces de crustacés, des débris 
de poissons, des morceaux de fucus, etc. Il est probable 
que c'est dans un but de protection que le Pilote accom- 
pagne si souvent les squales ; comme il est très bon na- 
geur, il évite facilement d'être dévoré par ceux-ci, qui 
peut-être ne s'en soucient guère ; et il est sûr d'être bien 
à couvert, car fort peu de grands poissons osent appro- 
cher de leurs redoutables compagnons. Mais il est ex- 
trêmement douteux que ce commensalisme accidentel 
profite en quelque façon aux requins, comme le fait 
supposer le nom de Pilote. 

En résumé, les cas exceptionnels de parasitisme mis à 
part, on voit que la plupart du temps le commensalisme 
des poissons a un caractère nettement défensif ; ce sont 
de mauvais nageurs, à peau délicate, dépourvus d'armes 
défensives, qui cherchent un abri capable de les préser- 
ver des attaques de carnassiers mieux armés et plus vi- 
goureux. Aussi il est logique que ce soient surtout des 
jeunes qui vivent en commensalisme (Trachurus, Schedo- 
philus, Rhodeus amarus), les adultes menant la vie libre; 
et d'autre part que les hôtes recherchés soient tous des 
animaux bien défendus, invulnérables même, les uns 
par leurs nématocystes, comme les Méduses et les Actinies 



LE NATURALISTE 



57 



les autres par l'épaisseur de leurs téguments et leurs 
sécrétions, comme les Holothuries et les Astéries, ou leur 
épaisse coquille comme les Méléagrines et les Unios. 

L. Guénot. 

Ouvrages consultés : 

Van Beneden. Commensaux et parasites, Paris 1878. 

Collingwood. Note on the existence of gigantic Sea-Anemones 
in the China Sea containing within them quasi-parasitic fish, 
Ann. Mag. Nat. Hist., 1868, vol. 1, p. 31. 

Emory. Fierasfer. Fauna und Flora des Golfes von Neapel, 
1880. 

Lunel. Commensalisme d'un Caranx et de Crambessa, Roc. 
Zool. Suisse, t. I. 

Sauvage. Poissons, dans Brehm, Merveilles de la nature, Pa- 
ris, 1885. 

Scmper. Reisenim Archipel der Philippinen, t. I, p. 96. 

Sluiter. Ein merkwiirdiger Fall von Mutualismus, Zool. Anz., 
xi Jahrg., n» 278, 1888. 

On complétera facilement la bibliographie dans les ouvrages 
précités. 



La Flore de l'Inde dans ses rapports avec la Flore 
de France 



(Suite) 



OXALIDEES 



Oxalis corniculata L. (Paris). — Lieux cultivés. Parties les 
plus chaudes de l'Inde et de Ceylan, Pondichéry. S'élève dans 
l'Himalaya jusqu'à 2100 mètres, abondante et variable. 

Oxalis acelosella L. (Paris). — Bois, haies. Himalaya tem- 
péré du Cachemir, 2.400 mètres au Sikkim, 3.600 mètres. 

Distribution : nord de l'Asie, Europe, nord de l'Afrique, 
nord de l'Amérique. 

A cette famille appartient la gracieuse plante à mouvement, 
rivale du Mimosa pudica : Biophytum sensitivum. DC. Elle 
habite les contrées les plus chaudes de l'Inde, se trouve aux 
Nilghiris, aux Shivarohills et aux Himalayas, où elle s'élève jus- 
qu'à 1800 mètres. Elle se trouve en abondance entre Calicut et 
Mahé. 

BALSAMINEES 

Impatiens. — Ce genre, qui n'est représenté en France que 
par une seule espèce : Impatiens noli tangere L. en renferme à 
peu près 150 espèces dont près de 130 croissent dans l'Inde. 

Impatiens Balsamina L. — Notre Balsamina hortensis DC. 
ne comprend pas moins de 6 variétés. Elle croît dans toute 
l'Inde et à Ceylan. 

Distribution : Archipel Malais, Chine. 

BUTACÉES 

Tribulus terrestris L. — Midi. Lieux stériles. Par toute l'Inde 
s'élève jusqu'à 3.300 mètres dans le Thibet occidental, nord de 
Ceylan . 

Distribution : Toutes les régions chaudes du globe. Espèce 
cosmopolite. Judée, Tripoli. 

Ruta graveolens L. — Midi. Cultivée dans l'Inde. 

Distribution : A l'ouest jusqu'aux Canaries. 

Dictamnus albus L. — Bois du Midi. Cultivé. Himalaya occi- 
dental tempéré du Cachemir au Cunaou 1.800 à 2.400 mètres. 

Distribution : Japon, Sibérie, France, Espagne. 

HESPÉRIDÉES 

Citrus medica L. — Vallées au pied de l'Himalaya, du Gh'r- 
wal au Sikkim s'élève jusqu'à 1.200 mètres. — ■ Monts Kharas, 
monts Garrou, Chittagong, Ghottes occidentales, monts Sat- 
pura. 

Var. medica proprement dite W. et A. 

Var. limonumW. et A. Citrus limonium Risso. 

Var. acida Roxb. 

Var. limetta W. et A. correspond au Citrus limetta Risso. 

Citrus aurantium L. — Vallées chaudes au pied de l'Hima- 
laya du Gharwal au Sikkim, monts Kharias. Cultivé aux Shiva- 
rohills et aux Nilghiris jusqu'à l.SOO et 1.800 mètres. 

Var. bigaradia correspond au Citrus vulgaris Risso. 

Var. bergamia W. et A. 



MELIACEES 

Melia Azedarach L. — Indigène aux environs de Nice, natu- 
ralisé dans le Midi, cultivé communément dans l'Inde, pousse 
à l'état sauvage et spontané dans la région subhimalayenne. 
600 à 900 mètres. 

Distribution : Perse, Chine . Cultivé ailleurs. 

ILICINÉES 

Ilex. 

CÉLASTRINÉES 

Evonymus. 

RHAMNACÉES 

Zizyphus vulgaris Lam. — Acclimaté en Provence, Panjab 
himalayen jusqu'à 2.000 mètres, sauvage et cultivé s'étendant 
jusque dans le Bengale. 

Distribution : Béloutchistan, Asie occidentale, Chine, Japon, 
sud de l'Europe. 

Rhamnus. 

AMPÉLIDÉES 

Le genre Vitis compte dans l'Inde environ 75 espèces. 

Vitis vinifera L. — Peut-être sauvage dans le nord-ouest de 
l'Himalaya, cultivée en grand dans le nord-ouest de l'Inde et 
rarement dans le Sud et à Ceylan. 

Distribution : Native de l'Asie occidentale. 

ŒSCULACÉES 

OEsculus Hippocastanum L. (Paris). — Nord de l'Inde dou- 
teux; n'y est pas connu jusqu'ici à l'état spontané. 

ACÉRINÉES 

Acer. — Himalaya. 

STAPHYLÉACÉES 

Staphylea. — Himalaya. 

TÉRÉBINTHACÉES 

Rhus Cotinus L. — Collines du Sud-Est et du Nord. Hima- 
laya occidental et subtropical 900 à 1.500 mètres. De la Syrie 
jusqu'en France. 

Pistacia. 

CORIARICÉS 

Coriaria. — Himalaya. 

LÉGUMINEUSES 

PAPILIONACEES 

Argyrolobium Eckl. 

Ononis. — Himalaya, Thibet, Cachemir, une espèce. 

Trifolium pratense L. (Paris). — Partout. Cachemir au Ghar- 
wal 1.200 à 2.400 mètres. 

Distribution : Afghanistan, Sibérie, Europe. 

Trifolium repens L. (Paris). — Prairies. Régions tempérées 
et alpines de l'Himalaya jusqu'à 6.000 mètres. Nilghiris et Cey- 
lan. 

Distribution : Europe, Asie, nord de l'Amérique. 

Trifolium fragiferum L. (Paris). — Prairies, Cachemir, zone 
tempérée. 

Distribution : Europe, Orient, nord de l'Afrique, Abyssinie. 

Trigonella fœnum grsecum L. — Midi. Lieux cultivés. Cache- 
mir,' Panjab, plaines supérieures du Gange. 

Distribution : Sud de l'Europe et Orient, largement cultivée. 

Trigonella polyceratalj. — Lieux incultes du Midi, Panjab et 
plaine supérieure du Gange, monte jusqu'à 1800 mètres. 

Distribution : Sibérie occidentale, Orient, sud de l'Europe 
jusqu'en Espagne. 

Trigonella corniculata L. — Coteaux du Midi, Bengale, 
Cachemir et Cumaon, 1.500 à 3.600 mètres. 

Distribution : Afghanistan, Orient, sud de l'Europe. 

Melilotus parviflora Desf. — Midi, prés humides, ouest de 
la péninsule Bengale, provinces du Nord-Ouest, zone tropi 
cale. 

Distribution : Orient, Europe, introduite dans beaucoup d'au- 
tres régions, Tripoli. 

Melilotus alba L. (Paris). — Prairies. Provinces du Nord, 
des plaines du Bengale jusqu'à 4.000 mètres, Nubra, et 
3.300 mètres Ladak. 

Distribution : Europe, Orient, Sibérie. 

Lelilotus officinalis Willd (Paris). — Prés humides, bord des 
eaui, Nubra et Ladak. 

Distribution : Europe, Orient. 

Medicago falcata L. (Paris). — Prés, coteaux secs, Cachemir, 
Ladak, Kunawar, 1.500 à 3.900 mètres. 

Distribution : Afghanistan, Europe. 

Medicago lupulina L. (Paris). — Très commune. Régions 
tropicales et tempérées du Nord-Ouest, montant de la vallée de 
l'indus et des plaines du Gange jusqu'à 3.000 et 3.600 mètres. 



LE NATURALISTE 



Distribution : Sibérie, Europe, Abyssinie, souvent cultivée. 

MedicaffO orbicularis AU. (Paris). — Moissons, lieux incultes. 
Cachemir, région tempérée. 

Distribution : Région méditerranéenne, Abyssinie. 

Medicago laciniata AU. — Terres du Midi, Panjab, région 
tropicale. 

Distribution : Région méditerranéenne, Abyssinie, Tripoli. 

Medicago denticulata Willd (Paris). — Zone tropicale du 
Nord-Ouest, Sindh, Bengale, Oude, Panjab, Cumaon. 

Distribution : Abyssinie, Europe, Japon, Chine, Sibérie, Tri- 
poli. 

Medicago minima Lam. (Paris). — Lieux secs. Cachemir 
1.500 à 1.800 mètres. 

Distribution : Afghanistan, Europe, région méditerranéenne, 
Abyssinie, Tripoli. 

Lotus corniculalus L. (Paris). — Près, bois. Himalaya occi- 
dental, s'étend à l'est jusqu'au Nipal, principalement dans la 
zone tempérée au-dessus de 3.0C0 mètres, descend pourtant 
dans les plaines. 

Distribution : Europe, Abyssinie, Japon, Australie. 

Var. Minor. Sindh. 

Psoralea L. 

Colutea arborescens L. — Coteaux calcaires, centre, est 
Himalaya tempéré occidental; Kunawar, Thibet, Nipal 2.400 à 
3.300 mètres. 

Distribution : Sud de l'Europe. 

Astragalus Lamosus L. — Midi, lieux secs et pierreux, plai- 
nes du Panjab à Lahore, à Peshawer. 

Distribution : Canaries, région méditerranéenne, Tripoli. 

Astragalus Alpinus D. — Phaca astragalina D. C, hautes 
montagnes, Thibet occidental, passe de Burgil. 

Distribution : Région alpine, au nord de la zone tempérée. 

Le genre Astragalus compte actuellement dans l'Inde 70 es- 
pèces. 

Oxylropis DC. — Himalaya, Thibet. 

Onobrychis Gaertn. — Une seule espèce. Panjab. 

Hedysarum L. — Himalaya. 

Cicer acritinum L. — Cultivé. Cultivé communément dans 
les provinces du Nord-Ouest et aux Nilghiris. 

Distribution : Cultivé dans diverses contrées tempérées et 
tropicales. 

Vicia tetrasperina Mœnch Ervum tetrasperinum L. (Paris.) 
— Moissons. Nord-Ouest de l'Himalaya, région tempérée, rare, 
Cumaon. 

Distribution : Europe. 

Vicia hinerta Koch (Paris). — Moissons. Provinces du Nord- 
Ouest, du Panjab ou Nipal, clans les régions tropicales et tem- 
pérées, fréquent dans les terrains cultivés, monte jusqu'à 
1.800 mètres, Nilghiris. 

Distribution : Europe. 

Vicia saliva L. (Paris). — Provinces du Nord-Ouest montant 
des plaines du Bengale jusqu'à 2.200 mètres dans le Cumaon, 
probablement toujours cultivée. 

Var. Angustifolia Roth., plaines du nord-ouest indigène. 

Distribution : Europe, Tripoli. 

Vicia peregrina L. — Moissons. Midi, plaines du Panjab. 

Distribution : Europe. 

Vicia sepiumL. (Paris). — Prairies, haies, Cachemir, région 
tempérée. 

Distribution : Europe, Sibérie. 

Vicia Narbonensis L. — Moissons du Midi, Corse, Panjab, 
près de Peshawer, peut-être introduit. 

Distribution : Sud de l'Europe. 

C'est probablement l'origine de la fève cultivée. 

Lathyrus ap/iaca L. (Paris). — Moissons. Répandu dans les 
provinces du Nord-Ouest, montant des plaines du Bengale à la 
zone tempérée, Aazara, Cachemir, Cumaon. 

Distribution : Europe, Abyssinie. 

Lathyrus sativus L. (Paris). — Lieux cultivés. Répandu dans 
les provinces du Nord-Ouest, monte des plaines du Bengale 
jusqu'à 1.200 mètres dans le Cumaon. 
Distribution : Europe, Afrique tropicale. 

Hector Léveillé. 

ROTIFÈRES 

ORGANISATION ET FAUNE DE LA ROUMANIE 

(Suite.) 

b) Appareil excréteur. Les deux tubes de l'appareil, très 
plissés dans le segment qui renferme l'estomac, sur les côtés 



duquel on les aperçoit le plus souvent, se terminent à la base 
du segment céphalique par une portion en forme de glomérule 
allongé. Ces glomérules sont sans aucune ouverture et il n'y a 
pas de raison pour qu'il y en ait et cela non seulement chez 
les Rotifères, mais chez aucun autre animal, si ce n'est dans les 
cas que les conduits évacuateurs des organes reproducteurs, 
viennent se greffer sur les organes excréteurs (rénaux). 

Sur la vésicule contractile des Rotifères, j'ai déjà exprimé 
mon opinion (Dul. Soc. Zool. 1888, p. 168) et je répète que 
c'est un cloaque et non une vésicule annexée à l'appareil ex- 
créteur (urinaire) inclusivement. Elle est située chez Philodina, 
dans le dernier segment du corps, portant en arrière et un peu 
plus haut, le réservoir stercoral, sur les côtés et toujours vers 
la face dorsale, les orifices des tubes excréteurs (rénaux) et 
plus en avant, les conduits d'écoulement des glandes repro- 
ductrices. 

c) Organes reproducteurs. En observant un nombre consi- 
dérable d'individus, je suis arrivé à me convaincre quo les 
Philodincs portent deux ovaires, mais à un inégal degré de dé- 
veloppement. Toujours une des glandes est dans un état d'a- 
trophie prononcée et généralement c'est l'ovaire droit qui est 
bien développé. 

La figure 1 (voir dernier numéro) représente une Philodine 
vue par la face dorsale et complètement allongée. Si on la 
compare aux figures, mêmes du magnifique ouvrage men- 
tionné, on la trouve tout à fait différente. Je dois dire à 
regret que généralement les figures représentant les Rotifères 
sont mal exprimées. Surtout l'extrémité céphalique. Tout ce que 
je viens de dire relativement à l'organisation de cette extré- 
mité, peut être facilement lu sur les figures 1 et 2 et en la 
comparant à la même extrémité des Drachionus, on arrivera, 
je l'espère, à comprendre l'organisation de cette dernière et ne 
pas la dessiner et décrire, comme on l'a fait d'ailleurs dans les 
ouvrages, descriptions et représentations incompréhensibles 
et inexactes. 

Et pour terminer avec ce genre, je dois ajouter que le corps 
pr. dit de l'animal se compose de quatre anneaux, l'appendice 
caudal do quatre autres et l'extrémité céphalique porto le 
nombre à neuf. Celle-ci peut se cacher à l'intérieur du pre- 
mier segment du corps, après avoir rétracté sous sa gorge les 
deux roues, segment qui loge le mastax. Le second renferme 
Yestomac, l'intestin descend dans le troisième, et le réservoir 
stercoral avec la vésicule contractile se trouve logé dans le 
quatrième. 

2° Après Philodina, je dois mentionner le genre actinurus 
(Ehrb.) et l'espèce A. Neptunius, trouvée pour la première fois 
le 20 mars 1889 dans un bocal renfermant de l'eau de la ri- 
vière Bahlui, cueillie au mois de septembre 1888. C'est encore 
un spécimen à tête bien marquée, à long cou, sur les côtés du- 
quel se trouvent fixées les roues. Cette tête porte comme on 
dirait sur la nuque (fig. 3) un tentacule et, plus en avant, deux 





Fig. 3. — Actinurus neptunius vu par le côté gauche; l'appen- 
dice caudal en grande partie contracté et logé dans la gout- 
tière dorsale. 

Fig 4. — U'ïcistes serpentinus, vu de profil. 

yeux. Le tentacule a son bout contractile et garni d'une 
houppe de petites soies. 

L'ouverture buccale, coupée en biseau du dos vers la face 



LE NATURALISTE 



59 



ventrale, joue encore le rôle de ventouse et l'animal, avant de 
l'appliquer sur un corps quelconque, sonde le terrain à l'aide 
des cils, tapissant le plafond de l'ouverture, lesquels vibrent 
comme la langue d'un serpent. 

Ce genre est remarquable par son appendice caudal com- 
posé de quatre segments qui rentrent les uns dans les autres 
comme les tuyaux d'une longue-vue et le tout se loge dans une 
gouttière creusée sur la face dorsale du corps de l'animal. 
Quand les trois crochets à ventouse du bout de l'appendice se 
fixent sur un objet et que l'animal ressort tous les segments, le 
corps est porté assez loin, tout en basculant d'un côté à 
l'autre. 

Le premier segment des quatre qui composent le corps pro- 
prement dit, le seul avec le dernier, bien visibles, est échancré 
assez largement vers la face ventrale, pour laisser sortir les 
roues fixées assez bas sur le devant et les côtés du cou. 

Ce n'est que sur l'Actinurus Neptunins que j'ai pu obser- 
ver et dessiner une partie du système nerveux. Il est repré- 
senté par un volumineux ganglion situé un peu plus bas que 
l'insertion du tentacule et visiblement composé de deux gan- 
glions, l'un droit et l'autre gauche. Du milieu et du bord supé- 
rieur de cette masse nerveuse (cerveau) part un gros cordon qui 
va à la tête et au tentacule et immédiatement plus en bas une 
paire de nerfs pour les yeux, suivie d'une autre paire qu'on 
dirait aller aux roues sans pouvoir l'affirmer. Enfin du bord 
latéro-inféricur du cerveau, partent deux paires de nerfs qui 
descendent dans ie corps sans avoir pu les suivre plus loin. 

Le dessin de l'Actinurus du travail mentionné est encore 
mauvais. 

3° Le genre Rotifer, assez abondant dans l'eau du lac de 
Cristesti (prés de Jassy) mérite d'être mentionné pour sa tète, 
tout aussi bien prononcée que celle d'Actinurus et de Phi- 
lodina. 

Comme espèces j'ai trouvé R. tardics et R. macrurus. 

Ce sont les seuls genres de la famille des PHILODINAD^E 
et même de l'ordre de Bdelloida (Classif. Hudson et Gosse), 
que j'ai trouvés jusqu'aujourd'hui dans les eaux douces de la 
Moldavie. 

4° Le genre œcistes (Ehrb.) et l'espèce Œ. serpentinus je 
l'ai trouvée une seule fois, le 27 septembre 1890, dans l'eau du 
ruisseau de Ciric (nord de Jassy). Contre la paroi et au fond 
du bocal, renfermant l'eau cueillie, j'ai aperçu, à la loupe, 
un ruban, long de 2 centimètres, d'une espèce de zooglée, 
lequel sous microscope m'indiqua la présence de cette espèce 
de Rotifère. Par un bord le ruban était appliqué contre la pa- 
roi et par le bord opposé, libre, d'un aspect accidentel sor- 
taient les OEcistes en grand nombre, logés chacun dans une 
sorte de zoécie, Rotifèrcs fixés au fond de leur loge, par le bout 
de leur appendice caudal, qui est d'une longueur excessive. 

Je dois ajouter que les figures de l'ouvrage mentionné (fig. 1 
et 2, PI. IX) représentent l'appareil rotateur d'une façon incom- 
préhensible. En réalité, on leur distingue une tête un peu 
courbe (fig. 3) portant une paire de tentacules assez courts, ce 
que Gosse nomme crochets dorsaux et au devant de la tète se 
trouvent deux palettes ciliées, lesquelles en s'étalant dessi- 
nent un disque presque circulaire. Et puis sur la face ventrale, 
il n'y a pas de tubercule, représentant une antenne, comme le 
veut M. Gosse (loc.cit. vol. I, p. 80). 

De l'ordre de Rliizota, c'est le seul genre et la seule espèce 
que j'ai trouvées. 

Je n'ai pas eu le temps de bien fouiller l'eau du lac de Cris- 
■csti, étant assez loin de la ville, mais jugeant d'après la faune 
trouvée dans les quantités d'eau que j'ai rapportées ce mois-ci 
(septembre 1891), probablement que je trouverai presque tous 
les autres genres. 

Le plus grand nombre d'espèces de Rotifères trouvées ap- 
partient à l'ordre des Ploinia et partagées comme il suit ; 

Parmi les II. loricata, renfermant six familles, je n'ai trouvé 
des spécimens que pour trois d'entre elles. 
(A suivre.) 

D r Léon C. Cosmovici. 



DESCRIPTION DE LÉPIDOPTÈRES 1CYEAE 



Bryoptcra Prima, n. sp. — 32 et 33 millimètres. Dessus des 
supérieures gris avec trois lignes transversales, larges et for- 
mées d'écaillés noires; la première basilaire, incomplète, n'at- 
teignant pas la côte; la seconde suivant immédiatement et 



complète; la troisième enfin, dans la seconde moitié de l'aile, 
formant un angle à la hauteur de la cellule. Un point cellulaire 
noir et quelques traits terminaux noirs terminent le dessin des 
supérieures. Dessus des inférieures blanc brillant avec une 
bordure terminale noirâtre plus ou moins bien indiquée. 
Franges grises aux supérieures, blanches, mêlées de quelques 
poils gris aux inférieures. Dessous des supérieures gris, moins 
chargé d'atomes dans la moitié intérieure, avec l'apex blanc 
largement cerclé de brun et le point cellulaire. Dessous des 
inférieures blanc, plus ou moins strié de gris et deux lignes 
brunes partiellement interrompues, la première centrale, la 
seconde bordant l'aile. 

Antennes pectinées à extrémités filiformes dans le o", entiè- 
rement filiformes dans la A. Un çf et une jk des environs de 
Loja. Cette espèce par sa coloration et ses dessins offre une 
vague ressemblance avec nos fidomas européennes. 

Scotosia Confirmata, n. sp. — 48 à 50 millimètres. Taille 
et port de Scotosia Affirmata Gn. Dessus des quatre ailes brun, 
parfois teinté de vineux, en d'autres endroits de gris. Les quatre 
ailes sont traversées par de nombreuses lignes dont la princi- 
pale, qui limite extérieurement l'espace médian, forme aux 
supérieures un angle prononcé. Cette ligne est bordée par une 
série de traits ou points blancs. L'extrabasilaire, à son départ 
du bord interne, suit une direction presque parallèle à la 
côte, puis s'arrondit et rejoint celle-ci assez haut; les deux 
extrabasilaires sont comme déliées entre elles par une ligne 
ochracée qui traverse le corps en dessous du thorax. Une série 
submarginale de points blancs, dont un central, plus gros, 
borde les ailes qui sont profondément dentées, surtout les infé- 
rieures. Enfin un large trait ochracé part de l'apex des supé- 
rieures parallèlement à la côte et s'arrête à la ligne principale. 
Franges brunes. Dessous gris ardoise (plus foncé dans certains 
exemplaires) traversé par une quantité de lignes ondulées noi- 
râtres parfois bordées de jaune; apex et bord terminal garnis 
de points jaunes dans les quatre ailes. Un point cellulaire noir 
placé en dedans des lignes aux supérieures, sur la première de 
celles-ci aux inférieures. Décrit sur 14 exemplaires ç? provenant 
des environs de Loja. 

P. Dognin. 



CLASSIFICATION DES TUNICIERS 

GROUPES PRIMORDIAUX. 



Dans une brochure publiée tout récemment, M. Herdman, 
le savant ascidiologue deLivcrpool, revise la classification des 
ïuniciers et présente des tableaux dichotomiques pour la dé- 
termination des espèces et des genres actuellement connus. 
Comme il est indispensable que, dans toute branche de la 
science, l'accord se produise parmi ceux qui la cultivent, je 
tiens à mettre en parallèle la classification qu'Hcrdman pro- 
pose et celle que j'ai cru devoir adopter moi-même. 

Le naturaliste anglais établit d'abord trois groupes fonda- 
mentaux : les Ascidiacés (Blv.), les Thaliacés (v. d. Hoev.) et 
les Larvacés (Hcrd.). La dernière division ne renferme que les 
appcndiculaires dont la figure 1 indique le schéma et qui for- 
meront toujours dans toutes les classifications un groupe émi- 
nemment naturel. Il en sera de même des Ascidiacés (fig. 2) 
(fig. 5-9) qui comprennent les Ascidies simples, les Ascidies 
composées et les Ascidies lucies ou Pyrosomes. 

Quant aux Thaliacés, qui comprennent les Salpes (fig. 3) et 
les Doliolums ou Barillets (fig. 4), il est nécessaire d'en opérer 
le démembrement. On ne peut en effet invoquer un seul carac- 
tère anatomique qui soit commun à ces deux types et qui ne 
se retrouve pas chez les autres Tuniciers. 

Ils sont pélagiques et transparents, mais les Appendiculaires 
et les Pyrosomes le sont aussi. Leurs muscles sont générale- 
ment disposés en anneaux plus ou moins complets, mais cette 
même disposition se retrouve dans les muscles buccaux et 
cloacaux des Ascidiacés qui leur sont rigoureusement homo- 
logues. Le dernier caractère commun que l'on pourrait invoquer, 
ce semble, avec le plus de raisons, serait l'existence de la géné- 
ration alternante chez ces animaux. 

Mais ce mode de reproduction est loin d'être admis par tous 
les ascidiologues, et il est plus que probable que la prétendue 
génération alternante des Salpes et des Doliolums n'est qu'un 
cas de polymorphisme. Supposons qu'on l'admette, mais alors 
les Pyrosomes doivent à ce titre être rangés dans la même 
section. Bien plus, chez les Botrylles et chez quelques autres 



00 



LE NATURALISTE 



ascidiacés comme l'individu sexué n'apparait"qu'après plusieurs 
générations asexuées, il s'ensuivrait que ces animaux devraient 
changer de section si on attribuait à la génération alternante 
une importance qu'elle ne doit pas avoir dans les classifications 
anatomiques , c'est-à-dire naturelles. Nombreuses sont les 



lums sont extrêmement voisins des Didemniens ; comparoz les 
ligures 7 et 8. et vous verrez qu'aucun caractère anatomiqve 
essentiel ne permet de les placer dans un ordre différent. Les 
Salpes formeront donc à elles seules le groupe des Thaliacés tel 
que Savigny l'avait établi. 








S fi 7 

Fig. 1. — Schéma d'un Appendiculairc. La queue q a été sec- 
tionnée à la hauteur de l'orifice buccal de l'animal afin de 
montrer la disposition de l'axe central, du cordon nerveux n 
et des quatre bandes musculaires. N, centre nerveux; 6, ori- 
licc buccal; V, sillon ventral; P, cavité pharyngienne; o, ori- 
fices respiratoires; E. estomac; a, anus; c, cœur; T, testi- 
cule; o, ovaire. 
Fig- 2. — Distomidé (Cystodites durus Dr) vu du côté gauche. 
E£, estomac ;P(, post-estomac; P. s, follicules testiculaircs; 
D.v, canal déférent; A/, anus; A/, bague de cellules tuni- 
cières. 
Fig. 3. — Salpc (Pegea confu-derata, forme agrégée). On aper- 



8 a 

çoit latéralement les quatre prolongements d'attache. Les 
lignes transverses représentent les bandes musculaires. 

Fig. 4. — Schéma d'un Dolioit/m sexué. B, cavité branchiale ; 
C, cavité cloacalc; L6, Le, lobes buccaux et lobes cloacaux; 
M t à M 8) les huit bandes musculaires buccales et cloacales; 
V, sillon ventral; E, estomac; An, anus; 0, ovaire; T, tes- 
ticule; P, pavillon vibratile; «, sillon antérieur; N, ganglion 
nerveux; t, trémas; S, terminaisons sensitives. 

Fig. 5. Schéma d'un Amaroucium. — Fig. 6. Schéma d'un Apli- 
dium. — Fig. 7. Schéma d'un Didcmnum. — Fig. 8. Dolio- 
lum Ehrenbcrgi Blastozoïdc encore fixé au stolon. — Fig. 9. 
Jeune nourrice de D. Ehrenbergi. 



familles d'animaux où on rencontre à côté de certaines espèces 
à développement direct des espèces présentant soit des méta- 
morphoses, soit une reproduction alternante. 

Première conclusion. Entre les Salpes et les Doliolums on 
ne rencontre aucun caractère anatomique commun, exclusif ou 
important. Si ces animaux se rapprochent par leur genre de 
vie et par leur t v:i nsparenec, cet effet est dû à la convergence 
des types par suite de l'adaptation ;i un mémo milieu (Loi de 
la convergence de M. le professeur Giard). Au fond, les Dolio- 



Lcs différences que présentent les Salpes et les Doliolums 
sont en effet trop nombreuses pour qu'on puisse persister à 
réunir quand môme ces animaux. Chez les Doliolums, la larve 
est munie d'une queuo natatoire comme chez les Ascidiacés ; 
cette queue est absente chez les Salpes. Comme chez les Asci- 
diacés, les Doliolums ont leur orifice buccal lobé; il ne l'est 
jamais chez les Salpes. La branchie des Doliolums est une 
branchic des Didemniens; celle des Salpes est rudimentairc et 
sa constitution est bien différente. 



LE NATURALISTE 



61 



Enfin, la ressemblance de certaines jeunes formes des 
Didemnes et des Doliolums est telle que séparer ces animaux 
c'est refuser de voir 1 eurs affinités les plus éclatantes. 

Deuxième conclusion. Les Tuniciers forment trois grands 
groupes naturels : les Appcndiculaires (Copelata Geg. := 
Larvacca Herd. = Atremata Lah.). Les Salpes (Thaliacea Sav. 
non Herd. = Hemitremata Lah. = Hemimyaria Herd.). Les 
Ascidiacés et les Doliolums (Ascidiacea ou Eutremata Lah.). 

absente. Fentes respiratoires secondaires (tré- 
mas) absentes Atremata. 

présente. Fentes respi- ( ,, ., 

lires ) , Hemitremata. 
développées : 
Eutremata. 



Cavité 
péribranchiale 



ratoires secondaires 
(trémas). 



Il n'en est plus de même pour les subdivions des Eutremata. 
Herdman conserve l'ancien groupement en ascidies simples, 
composées et lucies en continuant donc d'attribuer au bour- 
geonnement une importance aussi prépondérante qu'imméritée. 
Je m'étonne do voir à l'heure actuelle un naturaliste établir 
encore un groupement basé sur la blastogcnèse. Mais alors 
pourquoi ne pas conserver aussi la division des plantes, en 
herbes, arbustes et arbres ? En définitive, elle aurait le même 
genre de valeur, puisqu'elle serait basée sur la présence et la 
puissance plus ou moins grandes des phénomènes de bour- 
geonnement. Ce qu'il y a de piquant, c'est que l'évidence n'a 
pas permis à Herdman de placer les Ascidies sociales ailleurs 
que dans les Ascidies simples, quoiqu'elles bourgeonnent ; il a 
même été obligé d'y placer une ascidie franchement composée, 







10 A 






12 13 

Fig. io. — Portions de branchie d'Eutrematés aplousobranchcs. 

A, Clavelina Rissoana Edw.; B, Distaphia magnilarva, D. V. 
Fig. 11. — Portion d'une branchie de phlébobranche (Diazona 

violacea Sav). Au-dessus de la branchie on voit la couronne 

tentaculaire et les lobes buccaux. 



f3 B 

Fig. 12. — Portion d'une branchie de stolidobranche (Microcos- 
mus vulgaris Hell.) "W, côtes longitudinales ; C],R], côtes 
transversales; C 2 R, côtes intermédiaires. 

Fig. 13. — Eutrematis, phlébobranches (Ascididue). A. Pero- 
phara Listeri Wilg.; B, Perophoropsis Herdonani Lat. 



Faut-il donner à ces divisions le nova d'ordre ou le nom de 
classe ? Si on considère l'ensemble des Tuniciers comme for- 
mant un embranchement, les groupes précédents sont des 
classes. Si, au contraire, les Tuniciers constituent une classe, 
ces groupes sont des ordres. Cette question du reste est assez 
secondaire, et il faudrait d'abord s'entendre sur la définition 
scientifique de l'embranchement, du type, de la classe et de 
l'ordre. La meilleure des solutions est de considérer toutefois 
les Tuniciers comme formant un embranchement constitué par 
une classe unique. 

Entre Herdman et moi, les subdivisions en familles des Atre- 
mata et des Hemitremata ne donnent lieu à aucune diver- 
gence dans la manière de voir : 

dépourvus de cœur et de sillon ventral. 
Kowalevsleidœ (Lah. 1887). 
présentant un cœur et un sillon ventral. 
Appendicularidse (Br. 1862). 
à corps cylindrique ou fusiforme. 
Salpidœ (Forbcs 1853). 
à corps étoile, à huit prolongements. 
Octacnemidœ (Herd. 1886). 



Atremata : 



Hemitremata : 



la Diazone. On ne peut rencontrer un exemple plus frappant 
de la lutte entre le jugement scientifique et la puissance des 
anciennes idées. Qu'on me dise une bonne fois en quoi diffère, 
au point de vue anatomique, un être qui a bourgeonné et un 
autre qui no s'est pas reproduit encore ainsi. Est-ce que la 
stérilité des unions est un caractère ordinal ? Il n'est pas même 
spécifique et, parmi les Tuniciers, certaines espèces comme Cir- 
cinalium, Archidistoma et même Clavelina peuvent présenter 
des individus adultes et toujours solitaires à côté d'individus 
bourgeonnants. Blastogenèsc et stérilité ne sont que des manifes- 
tations diverses de la multiplication et de la reproduction. Elles 
proviennent de la même cause, elles sont réductibles l'une à 
l'autre et n'ont qu'une même valeur. 

Si comme de juste on laisse donc de côté, une fois pour 
toutes, les caractères blastogénétiques, comment divisera-t-on 
les Eutremata ? 

J'ai indiqué il y a longtemps les deux procédés qui seuls 
permettent d'établir des groupements naturels, et je les rap- 
pellerai ici. 

Premier procède'. — Les caractères les plus généraux et les 
plus constants d'un groupe naturel par évidence et reconnu 



62 



LE NATURALISTE 



comme tel par tous les classificateurs seront les caractères les 
plus importants de ce groupe.. 

Deuxième procédé. — Les caractères sont, d'autant plus impor- 
tants que sont importants les organes qui les fournissent. 

Tout ceci me paraît indiscutable, et, si on me démontrait le 
contraire, j'en serait très heureux. Passons aux applications de 
ces principes. Un groupe naturel par évidence est bien celui 
des Ascidies supérieures. Or un caractère général et constant 
de ces animaux est d'avoir le tube digestif et les organes 
reproducteurs rejetés sur un côté de l'organe respiratoire; par 
suite leur corps ne forme qu'une seule masse plus ou moins 
ovoïde. Dans d'autres groupes naturels par évidence et qui ne 
renferment que des types inférieurs, le tube digestif et les 
organes reproducteurs étant situés plus ou moins loin de la 
branchie, le corps de ces animaux présente une division en 
deux ou trois régions placées l'une au-dessous de l'autre. Dans 
ce cas, la position du cœur est également différente de ce 
qu'elle est dans la première. 

Il s'ensuit que la classification, basée sur la disposition rela- 
tive des organes présidant aux trois fondions fondamentales 
de respiration, de nutrition et de reproduction, aura bien des 
chances d'être naturelle, surtout si en appliquant le second 
procédé on arrive à un mémo goupement. C'est effectivement ce 
qui a lieu. 

« Incontestablement la branchie est l'organe dominateur de 
l'organisme ascidie ; incontestablement aussi elle peut fournir 
des caractères de premier ordre quand il y a lieu de déterminer 
quelques grandes divisions. » Cette opinion de M. Do Lacaze- 
Duthiers est également, je crois, celle de tons les ascidiologues, 
et il n'y a donc pas lieu d'hésiter dans le choix de l'appareil 
dont les modifications, concomitantes du reste avec les autres 
caractères, permettent un classement naturel. La complication 
de l'organe respiratoire des Tuniciers se trouve en effet tou- 
jours exactement proportionnelle à la complication de tout 
l'organisme. 

Les branchies des Tuniciers cutrematés se rapportent à trois 
types bien distincts, dont les deux premiers n'offrent seuls 
qu'un ou deux exemples de passage, montrant une fois de plus 
que tout se relie dans la nature. 

La paroi interne des branchies de la première forme présente 
des replis horizontaux, et l'organe respiratoire reste fort sim. 
pie. J'ai proposé de donner à ce groupe le nom d'eutrématés 
aplousobranches (ànXoOç, simple) (fig. 10 A et B). Dans la se- 
conde forme de branchie, qui rappelle alors celle des chau- 
dières tubulaires, la surface respiratoire s'accroît par l'adjonc- 
tion de vaisseaux sanguins longitudinaux. Ce sont les eutrématés 
phlébobranches (akvli vaisseau) (fig. 11). Enfin, dans le dernier 
groupe, on remarque l'existence des replis verticaux de la paroi 
interne de la branchie. Comme dans les poêles à ailettes, il y 
a donc ici un accroissement de surface supérieur à l'accroisse- 
ment proportionnel du volume total. J'ai donné à ces Tuniciers 
à branchies plissées le nom d'Eutrématés stolidobranches 
(ttôXiSoç, plissé) (fig. 12). 

Remarquons maintenant que toutes les Ascidies dont l'orga- 
nisation est, de l'avis de tout le monde, la plus supérieure ont 
des branchies de la troisième forme et en outre ont un corps 
disposé en une masse unique. Les Ascidies les plus inférieures 
ont des branchies de la première forme et le corps divisé en 
trois ou deux régions, jamais en une seule. Enfin, dans le groupe 
intermédiaire, le corps présente des caractères intermédiaires 
en ce qu'il est formé d'une ou de deux masses (fig. 13 A et B). 

Puisque l'application de principes différents nous amène aux 
mêmes résultats logiques, que, d'autre part, l'ancien groupement 
des familles de Tuniciers, basé sur le bourgeonnement, ne peut. 
se soutenir, je crois que, dans l'état actuel de la science, on doit 
admettre les trois grandes subdivisions que j'ai proposées pour 
les Eutrématés. Du reste, une justification nouvelle se rencontre 
postérieurement dans la mise en lumière des affinités naturelles 
des diverses familles ainsi groupées. 

Les Aplousobranches renferment les Doliodidés, les Didcm- 
nidés, les Pyrosomidés, les Distomidés et les Polyclinidés. 

Les Phlébobranches : les Cionidés (1) et les Ascididés. 

Les Stolidobranches : les Botryllidés, les Molgulidés et les 
Cynthidés. 

Outre ces familles, Herdman admet celles des Cœlocormidés, 
Diplosomidés, Polystyélidés et Clavelinidés ; à mon avis aucune 
d'elles ne saurait être conservée. 11 est impossible de trouver 
un seul caractère anatomique propre ou important qui per- 

I Les Cionidés pour Herdman ne sont qu'une sous-famille 
des Ascididés. 



mette de distinguer les Diplosomidés et les Cœlocormidés des 
Didemnidés. De même les Polystyélidés ne sauraient être sé- 
parés des Cynthidés, et il serait si aisé de le démontrer qu'il est 
inutile d'insister sur ce point. 

Quant à la famille des Clavelinidés, qu'Herdman place dans 
les Ascidies simples, il y réunit des Ascidies simples comme 
Rhopalona, des Ascidies sociales comme Pcrophora, Clavelina 
et quelques nouveaux genres voisins ; enfin des Ascidies com- 
posées comme Diazona. Non seulement cette famille des Cla- 
velinidés ne peut revendiquer un seul caractère qui lui soit 
propre, mais encore tous les genres qu'elle renferme ont des 
rapports bien plus intimes avec d'autres familles qu'ils n'en 
ont entre eux, et pour les y rattacher il suffit d'étudier leurs 
caractères et de lire ceux des Ascididés, des Distomidés et des 
Cionidés. On verrait ainsi que les genres Sluiteria, Pcro- 
phora et Perophosopsis appartiennent aux Ascididés comme 
ayant une branchie à vaisseaux longitudinaux et un corps for- 
mant une masse unique. Que les Clavelina, Stereoclavella et 
Podoclavella sont de véritables Distomidés par leur branchie 
simple, par leur corps divisé en deux régions et, par tous leurs 
autres caractères. Enfin que les Diazones et les Rhopaloncs se 
rattachent aux Cionidés par leur branchie à vaisseaux longitudi- 
naux et parleur corps divisé en deux régions très marquées. 

Il est du reste incontestable que ces trois familles sont inti- 
mement unies l'une à l'autre, précisément par tous ces genres. 
Les Clavelines, Distomidés primitifs, ont divergé d'une part vers 
les Cionidés par les Diazones et les Rhapalones, d'autre part 
vers les Ascididés par les Sluitcries et les Perophoropsis. C'est 
pourquoi nous trouvons des espèces comme Ecleinascidia tur- 
bina/a et Perophora Listeri qui ne présentent qu'un seul carac- 
tère de la famille à laquelle on doit les rattacher pour ce motif 
que des espèces extrêmement voisines et du même genre pré- 
sentent normalement les deux caractères réunis. 

Dans un prochain article, nous examinerons les caractères des 
diverses familles de Tuniciers et nous donnerons des tableaux 
dichotomiques très simples pour la détermination des genres 
et des espèces qui vivent sur notre littoral. 

F. Lahili.e. 



LE TRACHELIUS 

(Infusoire cilié) 



Lorsque l'on prend l'eau d'une mare ou d'un fosse' 
herbeux, dans lequel les détritus de la ve'gétation se 
mêlent aux conferves et aux algues filamenteuses et que 
l'on examine cette eau par transparence, à travers les 
parois d'un bocal ou d'un verre, l'on aperçoit souvent 
de petites masses blanches arrondies, semblables à des 
outres minuscules semi-transparentes qui flottent de ci 
et de là. Avec un peu d'attention et de patience, l'on ne 
tarde pas à remarquer que ces petites outres sont animés 
d'un mouvement propre, qu'elles se déplacent d'elles- 
mêmes lentement, lourdement et qu'elles tendent à se 
rapprocher des bords de leur prison de verre. Ces petites 
outres sont des Trachelius ovum un des plus beaux et 
des plus remarquables types d'infusoires ciliés holo- 
tnches. Pour les e'tudier il suffit de les recueillir, au 
moyen d'une pipette effilée et de les transporter sur une 
lame de verre dans une gouttelette d'eau. 

A l'état libre et dans toute la liberté de ses mouve- 
ments le Trachelius présente] à peu près la forme d'une 
poire un peu plus déprimé d'un côté que de l'autre. Ce 
côté déprimé porte un sillon peu profond qui partant de 
L'extrémité postérieure du corps, longe le milieu de la 
face aplatie pour s'y perdre en s'alténuant. C'est sur 
cette face aplatie que l'individu repose d'habitude quand 
il parcourt la surface des objets, et nous l'appellerons 
pour cette raison la face ventrale. Au sommet antérieur 
du corps, l'on remarque un tentacule, la queue de la 
poire et, à sa base, une petite ouverture entourée d'un 
bourrelet saillant, glabre, la bouche. 

Bien des particularités intéressantes signalent le Tru- 



LE NATURALISTE 



63 



chelius à l'attention des naturalistes, et cet infusoire est 
de ceux qui ont donné le plus matière aux controverses 
scientifiques. Ehrenberg l'avait pris comme type de ses 
infusoires à estomacs multiples (polygastriques). Gegen- 
baur e'tait venu l'appuyer de sa haute autorité et pen- 
dant longtemps, alors que la théorie cellulaire des Pro- 
tozoaires semblait presque victorieusement établie, le 
Trachelius semblait demeurer comme un dernier té- 
moin de la véracité des allégations de l'école Ehren- 
bergienne. Siebold et Balbiani cependant ne tardèrent 
pas à éclairer son histoire et à donner une expli- 



ment sans l'écraser. Sous l'influence de cette gêne il se 
gonfle de façon à devenir tout à fait sphérique, son ten- 
tacule se couche le long de son corps et ses mouvements 
déjà lents le deviennent davantage encore. L'on s'aperçoit 
alors, si l'on dispose d'un grossissement suffisant 
(400 fois environ), que la surface du corps est couverte 
de stries granuleuses très fines et qu'au niveau du sillon 
ventral, maintenant effacé, ces stries s'écartent pour 
former une zone plus claire. C'est ce point clair que les 
anciens observateurs avaient pris pour une bouche, con- 
sidérant l'ouverture supérieure, soit comme un pore gé- 




M. 



% 




1 Trachelius ovum vu par la face ventrale et nageant libre- 
ment. 

i Le même vu de côté. 

:i Trachelius légèrement comprimé. 

4 Région do la fossette buccale vue en surface, pour montrer 
la disposition des stries en ce point du corps. 

cation rationnelle des anomalies apparentes de son 
organisation. 

Le Trachelius en effet ne présente pas un proto- 
plasma compact comme celui des autres ciliés, ses con- 
génères; son corps est creusé de vastes lacunes remplies 
d'eau ou plutôt de liquide cellulaire et le protoplasma 
proprement dit est constitué par de vastes travées cloi- 
sonnant le corps et aboutissant à une masse épaisse, 
placée contre la face ventrale, dans laquelle siègent le 
noyau et les nucléoles. Nous retrouvons là chez un cilié 
la même organisation que nous avons déjà étudié chez 
un Flagellé, la Noctiluque miliaire. Seulement chez cette 
dernière la masse protoplasmique dense, finement réti- 
culée, tapisse la paroi du corps et s'accole à l'ectoplasme. 
Dans l'épaisseur de cette couche latérale l'on remarque 
tout un système contractile formé de canalicules anasto- 
mosés, fins, difficiles à voir et qui aboutissent à des 
vésicules contractiles disséminés sur la surface au 
nombre de 60 environ. 

Telle est rapidement exposée la constitution générale 
de notre Infusoire, mais examinons-le d'un peu plus près 
en le couvrant d'une lamelle, qui le comprimera légère- 



5 Une portion très fortement grossie de la surface du corps, 
montrant trois vésicules contractiles en diastole et les canali- 
cules contractiles de l'ectoplasme. 

6 Trachelius en train de s'enkyster. 

Dans toutes ces figures b =r bouche, n = noyau, f — fossette 
ventrale. 

nital, soit comme un pore aquifère. L'on voit aussi que 
la bouche est constituée par une sorte d'entonnoir ou 
plutôt de massue protoplasmique perforée à son centre, 
constituée par un amas de filaments et se reliant au 
plasma du corps par deux ou trois travées claires. 

Le noyau, tantôt simple, tantôt en boudin, parfois 
aussi en chapelet, tranche par sa transparence sur le ton 
grisâtre du plasma. L'action des réactifs le montre 
constitué par des grains de chromatine irréguliers, 
plongés dans une masse homogène et finement granu- 
leuse. L'on ne possède encore que très peu de renseigne- 
ments sur la multiplication de cette espèce. Si le Tra- 
chelius n'est pas une forme rare qu'il faille chercher 
bien longtemps, il n'est pas non plus un de ces gros man- 
geurs de bactéries qui se mettent à pulluler dans les infu- 
sions dès qu'un corps organique en décomposition favo- 
rise le développement des microbes. On le trouve presque 
toujours en individus isolés et lorsque l'on a la bonne 
fortune de le rencontrer en abondance dans une culture 
il faut se hâter d'en profiter. Si l'eau dans laquelle on le 
garde est bien pure, s'il ne forme pas à sa surface une 
pellicule trop épaisse de bactériacées saprophytes, le 



64 



LE NATURALISTE 



Trachelius y vivra fort bien pendant une quinzaine de 
jours. Tous ceux qui nous ont servi pour la matière d'une 
étude assez complète provenaient d'un vase d'un demi- 
litre de capacité dans lequel nous avions recueilli l'eau 
d'une petite mare en Bretagne. Quoique l'ayant étudié 
constamment pendant une quinzaine de jours, jamais 
nous n'avons pu rencontrer un seul individu en train de 
se diviser, et comme aucun auteur ne traite ce point de 
son histoire, nous en serions réduits aux conjectures si 
nous n'avions eu l'heureuse chance de trouver dans le 
macéraleur du muséum un individu en division transver- 
sale, individu que des circonstances fortuites nous ont 
fait perdre avant d'avoir pu le fixer. 

Abandonné à lui-même sur une lame de verre dans la 
chambre humide, le Trachelius ovum vit assez longtemps 
sans trop souffrir de sa captivité ; mais, dans cet état, il 
ne mange pas et pourtant ceux que l'on vient de capturer 
sont gorgés de proie souvent énormes. Jamais l'on n'a 
pu assister à leur déglutition et nous sommes amenés à 
conjecturer que pour engloutir sa proie cet infusoire a 
besoin comme un autre ïrachelien. le Loxode, de fouiller 
dans les détritus, au milieu desquels il vit. Au bout d'un 
certain nombre de jours l'individu captif se rapetisse 
considérablement, ses lacunes aqueuses disparaissent; 
il est devenu anatomiquement semblable à n'importe 
quel autre cilié. Il s'enkyste alors et tombe dans l'état 
de vie latente, pendant laquelle le fonctionnement des 
organes est complètement suspendu; mais viennent des 
circonstances plus favorables, l'eau gonfle à nouveau les 
mailles du protoplasma, les lacunes reparaissent dans le 
corps qui. grossissant peu à peu, fait éclater les fragiles 
parois qui l'enserraient, et le Trachelius, un instant hési- 
tant, reprend bientôt ses allures normales pour flotter de 
par le monde à la recherche d'aliments réparateurs d'un 

trop longjeûne. 

Fabre-Domergue. 



ACADEMIE DES SCIENCES 



Séance du 1 er février. — M. A. Pizon a étudié le déve- 
loppement de l'organe vibratilc chez les Ascidies composées. 
En résumé, chez ces animaux, l'organe vibratile débute par un 
tube aveugle formé par un diverticule de la vésicule endoder- 
mique primitive et qui s'ouvre secondairement dans la vésicule 
branchiale, tandis que sa partie postérieure subit une atrophie 
plus ou moins rapide. L'organe vibratilc n'étant pas formé 
par une invagination buccale, contrairement à ce que MM. V. 
Beneden et Julin ont décrit chez les clavelines, l'hornologio 
qu'ils ont établie avec l'hypophyse des vertébrés ne peut être 
maintenue. Etant donné son apparition précoce, en même 
temps que le péricarde, les sacs péribranchiaux et les tubes 
épicardiques, l'organe vibratilc doit être considéré comme un 
organe éminemment ancestral qui a joué vraisemblablement 
un rôle important chez les formes primitives des Tuniciers ; 
mais l'étude de ces variations pendant la durée totale de 
l'évolution d'un mémo aseidiozoïde, l'atrophie progressive 
qu'il subit et qui arrive à être presque complète chez certaines 
formes (didemnidés) conduisent M. Pizon a admettre que cet 
organe ancestral est actuellement en voie de disparition et 
qu'il ne remplit plus de fonctions importantes chez les Tuni- 
ciers d'aujourd'hui. — M. Kunckel dllerculais étudie les chan- 
gements de coloration du criquet Pèlerin (Schistocerca perc- 
grina Oliv.). Suivant M. Kunckel d'Herculais le rôle des pig- 
ments dans les phénomènes d'histolysc et d'histogenèse qui 
accompagnent la métamorphose est tel qu'on peut jusqu'à un 
certain point le comparer au rôle que joue l'Hémoglobine chez 
les vertébrés. Ce pigment semble être la Zoonérythryne ou l'un 
de ses dérivés du groupe des lipochromes de Krukcmberg, 
déjà signalé par M. Mêréjkowski 1881 chez un grand nombre 



d'invertébrés et notamment chez les crustacés. — M. Emile 
Mer étudie le réveil et l'extinction de l'activité cambiale dans 
les arbres. — M. Ch. Decagny les vacuoles plasmogènes du 
nucléole dans l'endosperme du Phatcolus. 

Séauce du 8 février. — M. N. Grehant conclut de diverses 
expériences que l'oxyde de carbone se dissout dans les globules 
du sang en obéissant à la loi de Dallon. — MM. Jules de Guerne 
et Jules Richard : De l'étude de la faune des eaux douces de 
l'Islande qu'ils ont pu entreprendre, grâce à des matériaux 
récoltés par M. Rabot, concluent que la faune des eaux douces 
de l'Islande, en ce qui concerne spécialement les entomos- 
tracés, présente des caractères mixtes, rappelant à la fois les 
faunes analogues de l'Europe et, à un degré moindre toutefois, 
de l'Amérique septentrionale dans les zones tempérée et arc- 
tique. L'explication de ce fait semble devoir être cherchée 
dans les conditions climatologiques de l'Islande, située, comme 
l'on sait, presque au point de contact des courants chaud et 
froid de l'Atlantique nord. — M. Gustave Chauveaud étudie la 
structure de l'ovule et le développement du sac embryonnaire 
du Dompte-A^enin. (Vincetoxicum officinale.) 

A.-E. Malard. 



RECTIFICATION 



Dans Le Naturaliste du {<"■ février, j'ai décrit, comme espèce 
nouvelle un Causus de l'Afrique orientale, sous le nom de 
Causus rostratus. 

M. Boulenger a eu l'obligeance de m'informer que cette 
espèce a été décrite sous le même nom de C. rostratus, par 
Giinther, dans les Proc. Zool. Soc. of London, 1864, p.' 115 
pi. XV, et qu'elle a été figurée par Jan sous le nom de Hetè- 
rodon De Filippii dans son Icon. gêner, des ophidiens 
11° livre, pi. IV, fig. 3. 

Rien n'est plus exact. J'ajouterai que la description de Giin- 
ther a d'abord paru dans les Ann. May. Nat. Hist., 3« série, 
t. XII, p. 363, novembre 1863 ; mais que Jan a décrit Heterodon 
De Filippii dans Archivio per la Zoologia, t. II, fasc. 2 la 
même année au mois de mars, en lui assignant, par erreur, 
Buenos-Ayres pour provenance. Ce dernier nom spécifique a 
donc la priorité et l'espèce doit s'appeler Causus De Filippii, 
Jan. 

F. Mocquard. 



BIBLIOGRAPHIE 



BOTANIQUE 

90. Miyoski, M. New Japonese Lickens. 

Bot. Mag. [Tokyo). n° 52, pp, 197-200. . 
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Ber. Deutsch. Bot. Gesells. 1891, pp. 257-266. 
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Bull. Soc. amis S. N. Rouen. 1891, pp. 69-71. 
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R. gallica. 

Rev. Gén. de Bot. 1891, pp. 449-454. 

G. Mam.oi7.ei.. 

Le Gérant: Emile DEYROLLE. 

PARIS. IMPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17. 



14 e ANNÉE 



2 e Série 



]\° 181 



15 MARS 1892 



LES RAGES DE L'INDE 



LES IRULAS 

Les Irulas habitent sur les flancs des montagnes, dans 
les parties basses et mare'cageuses et dans les forêts qui 
s'étend depuislepied des Nilgiris jusque dansles plaines. 
Ils ne sont donc pas, à proprement parler, des habitants 
des montagnes; aussi ne sont-ils pas reconnus comme 



langage est un tamoul grossier mêle' de mots emprun- 
tés aux langues canara et maleyalam. Au nombre de 
1,400 en 1871 ils ne comptaient plus en 1881 que 946 
personnes. 

LES BHUTANIENS 

Les Bhutaniens sont un peuple de montagnards qui 
habitent la région alpine adjacente aux pics neigeux de 
l'Himalaya depuis le Kumaou jusqu'au Bhoutan propre 
inclusivement. 




Fig. 1. — Lama mendiant du Bhoutan 
(reproduction directe d'après une photographie). 



Fig. 2. — « La beauté de Ghoom », vieille Bouthanienne 
(reproduction directe d'après une photographie). 



lois par les autres tribus. Leur physionomie est assez 
douce. Leurs femmes sont fortes, de constitution ro- 
buste, mais de couleur presque noire. 

Les hommes ne portent dans leurs maisons qu'un 
langouti ou une simple bande d'étoffe ; mais, quand ils 
travaillent aux plantations,ils s'habillent comme ceux des 
autres tribus. Les femmes portent une toile deux fois 
enroulée autour de la partie inférieure du corps, de 
façon qu'elle les couvre de la ceinture jusqu'aux genoux, 
le buste demeurant nu. Elles aussi aiment les ornements; 
aussi portent-elles des colliers blancs ou rouges, des 
bracelets, des pendants d'oreilles et des anneaux au nez. 

La tribu des Irulas est paresseuse et dissolue. Ce n'est 
pourtant point la force qui lui manque car elle est 
forte et robuste. Les Irulas mangent la chair des ani- 
maux de toute espèce et sont chasseurs habiles. Leur 

LE NATURALISTE, rue du Bac, 46, Paris. 




Ils appartiennent à la race mongole ou thibélaine. Il 
en est parmi eux qui prétendent descendre des Tatares 
laissés dans l'Inde par Tamerlan. En religion, ils étaient 
autrefois bouddhistes ; mais, depuis, ils ont adopté 
quelques croyanceset quelquespratiquesbrahmaniques : 
aussi ont-ils recours indifféremment aux lamas ou aux 
brahmes. Nous donnons ici d'après photographie le por- 
d'un lama mendiant du Bhoutan. 

Les Bhoutaniens n'ont aucune distinction de castes ; 
cependant, il n'y a jamais d'unions matrimoniales entre 
les individus, non seulement de diverses castes, mais 
même de villages différents. 

La population comprend trois classes : les prêtres, les 
chefs et les cultivateurs. Le peuple est industrieux et se 
livre volontiers à l'agriculture. Malheureusement la 
constitution géologique du sol et le peu de garanties de 



66 



LE NATURALISTE 



la propriété rendent, l'agriculture difficile et la restrei- 
gnent à quelques parties moins ingrates du territoire. 
De plus le peuple est opprimé et pauvre. Le Bhoutanien 
ou Bhoutya ne possède rien en propre : tout est la proie 
de la cupidité du plus fort. Les plus malheureux sont 
certainement les esclaves des fonctionnaires. A ceux-ci 
on ne reconnaît aucun droit de propriété, ils doivent li- 
vrer à la première réquisition ce qu'on leur demande. 
Au Bhoutan le fameux principe : La force prime le 
droit, règne en maître soit dans la loi, soit dans les cou- 
tumes. Les fonctionnaires publics ne touchent aucun 
traitement: on leur confie certains districts; ils peu- 
vent s'y livrer à toutes les exactions. Ils doivent envoyer 
de l'argent au gouvernement: plus ils extorquent, plus 
ils envoient, et mieux ils sont vus en haut lieu, et plus 
ou les maintient longtemps en place. Les Bhoutaniens 
ont des sentiments très peu élevés : c'est le résultat im- 
médiat de leur état de servitude. Leur morale est avilis- 
sante et leur énergie paralysée. 

Ils s'adonnent à la polyandrie, ce qui amène une di- 
minution de la race. 

Au point de vue physique les Bhoutaniens sont, une 
race robuste et vigoureuse. Ils sont assez noirs et ont 
les pommettes proéminentes, ils sont dans leurs habits 
et leur personne d'une saleté révoltante, .l'ai pu m'en 
convaincre lors de mon voyage aux Himalayas. 

Leur nourriture consiste en viande, surtout en viande 
de porc, en navets, en riz, en farine d'orge et en thé de 
Chine. Leur boisson favorite est le « choug» qui pro- 
vient de la distillation du riz, ou de la farine d'orge ou 
de millet. Us aiment aussi le « marua », bière faite du 
millet fermenté. 
Les Bhoutaniens usent beaucoup de liqueurs fortes. 
Un vaste habit de laine qui leur descend jusqu'aux 
genoux et qui s'attache autour de la taille par le moyen 
d'une toile de coton ou d'une ceinture de cuir forme 
l'habillement des hommes. 

Ajoutez-y des guêtres en drap attachées aux souliers 
qui sont généralement en peau de buffle. Les Bhouta- 
niens en effet, redoutent beaucoup de voyager l'hiver 
dans la neige si leurs jambes et leurs pieds ne sont pas 
suffisamment protégés. 

Enfin un bonnet en fourrure ou en laine grossière 
complète leur costume. Les femmes portent un long 
manteau à larges manches. 

On peut se rendre compte de leur habillement en 
jetant les yeux sur la gravure qui représente une vieille 
Bhoutanienne, bien connue des voyageurs de l'Himalaya 
sous le nom de « la Beauté de Ghoom ». C'est en effet 
dans ce village, situé à plus de 2,000 mètres d'altitude, 
que je l'ai vue il y a quelques mois. 

Les maisons des Bhoutaniens sont à trois et quatre 
étages. Les planchers sont en bois de sapin. Des deux 
côtés de la maison est une véranda ornée de sculptures 
généralement peintes. 

Les Bhoutaniens sont habiles menuisiers leurs 
portes et leurs fenêtres sont bien travaillées. Ils n'em- 
ploient point le fer; aussi les gonds de leurs portes sont- 
ils en bois ingénieusement ouvragé. 

Leurs maisons ont l'apparence de chalets suisses tout 
à la fois pittoresques et confortables. Il n'y manque que 
des cheminées dont ils ignorent le mode de construc- 
tion. 

Nous avons déjà parlé de la religion de ce peuple. 
Ajoutons cependant a ce qui précède qu'ils invoquent 



les esprits mauvais et récitent mécaniquement, au 
moyen de moulins à prières, un petit nombre de sen- 
tences sacrées. Ce qu'il y a de plus remarquable dans 
leurs cérémonies religieuses, c'est le bruit dont ils les 
accompagent. Trompettes, chalumeaux, cornes, conques, 
cymbales, tambours et gongs font un vacarme assour- 
dissant. 

Le langage des Bhoutaniens est un dialecte thibétain 
plus ou moins chargé de mots empruntés aux dialectes 
des peuples voisins. 

Hector Léveillé. 



Mœurs et Métamorphose du Xyloperta pustulata. Fab. 

Colèoptère de la famille des Ter édiles. 



L'insecte que nous allons faire connaître à ses divers états 
est un Coléoptêre de la famille des Térédiles, du groupe des 
Sinoxylides : il appartient à cette légion de ravageurs connus 
sous le nom de Bostrichus. 

Larve: longueur 3 à 3 1/2 millimètres, largeur 3 millimètres. 
Corps courbé en arc, blanc, charnu, avec pubescence rousse 
clairsemée, un peu plus dense sur le bourrelet latéral ; con- 
vexe en dessus, déprimé en dessous, fortement renflé à la région 
thoracique. 

Tête petite, blanchâtre, avec longs poils roux épars sur la 
surface, finement chagrinée, à bords latéraux arrondis ; — 
épistome brunâtre, trapézoïdal, translucide au milieu ; — labre 
court, en demi-ovale, frangé de poils roux, dorés, courts, très 
denses, brunâtre à ses bords latéraux, translucide au centre ; 
— mandibules fortes, lisses, cornées, noires, à base ferrugi- 
neuse, à bout arrondi, faiblement bidenté, se joignant sans se 
croiser, cachées par le bord cilié du labre qui les déborde ; — 
mâchoires testacées, claires, subtriangulaires, à bord externe 
coudé, à base forte, à lobe épais, cylindrique, fortement frangé 
de cils roux; — palpes maxillaires rougeâtres, de trois articles, 
courts, la première testacé cylindrique ; deuxième rougeâtre, 
même forme, mais un peu moins gros, annelé de testacé à 
l'extrémité ; troisième petit, rougeâtre, à bout obtus dirigé vers 
l'intérieur ; — menton cardiforme, charnu, blanchâtre ; — 
palpes labiaux petits de deux articles, premier moniliforme, 
testacé, annelé de roux à l'extrémité, deuxième roux, à bout 
obtus ; — languette petite, triangulaire, pointue, bordée de 
courts cils roux ; — antennes émergeant en arrière du milieu 
de la base des mandibules, d'un espace blanchâtre circonscril 
par le bord de deux taches triangulaires ferrugineuses ; rétrac- 
tiles, rougeâtres, cylindriques, de trois articles, premier cupuli- 
forme, allongé, testacé, deuxième plus court, moins large, 
cylindrique, rougeâtre, troisième très petit, rougeâtre, terne ; 
s'il y a article supplémentaire, il est imperceptible ; ocelles, 
pas de traces. 

Segments thoraciques mous, blanchâtres, avec quelques 
poils épars sur le disque, ciliés au bourrelet latéral; premier 
segment grand, large, fortement convexe, s'élargissant en s'ar- 
rondissant d'avant en arrière, transversalement ridé, avec 
ligne longitudinale se terminant au bord postérieur par une 
petite excavation ; enclosant à son bord latéral un mamelon 
triangulaire, le côté supérieur du triangle marqué d'un trait 
rougeâtre, et d'un point de même couleur à l'extrémité de la 
ligne ; près du milieu de la ligne inférieure est le premier 
ostiole ; — deuxième et troisième segments égaux, courts, 
étroits, transverses, formés de deux bourrelets, le bourrelet 
supérieur n'atteignant pas le bord latéral. 

Segments abdominaux gris pâle, avec poils épars sur le 
disque, plus denses sur les côtés ; les six premiers de la lar- 
geur des deux précédents, étroits, transverses, formant bour- 
relet, précédés et suivis d'un demi-bourrelet ; septième un 
peu plus long, lisse avec le demi-bourrelet antérieur seulement, 
huitième et neuvième un peu plus longs encore, mais moins 
larges, lisses, pubescents, de poils clairsemés, sans bourrelets: 
extrémité ovale tronquée, trilobée avec pubescence plus serrée ; 
— la région dorsale est longitudinalement parcourue par une 
large bande roussâtre qui tranche sur le fond, dont la couleur 
est due par transparence à la matière absorbée, couleur qui 
disparaît après la mort. 
Dessous: Segments thoraciques fortement renflés et oblique- 



LE NATURALISTE 



fi7 



ment incisés, l'espace entre deux incisions l'orme boursouflure ; 
segments abdominaux déprimés et traversés par de petites 
rides longitudinales et obliques; l'anus à fente longitudinale 
est placé sur un mamelon tronqué, à bords renflés : un double 
bourrelet latéral, à bord extérieur central fortement cilié, sert 
de partage aux deux régions inférieure et supérieure, le bour- 
relet terminal est saillant, en forme de losange, fortement 
boursouflé à chaque arceau ; — pattes testacées, longues, droites, 
fortement ciliées de poils roux doré, douées de forts mouve- 
ments ; hanches courtes à base large; trochanters courts; 
cuisse longues, droites, cylindriques ; jambes courtes, arquées 
en dedans, un peu renflées à la base, terminées par un petit 
crochet acéré, carré, entourées d'une bordure de longs cils 
roussàtres ; le crochet de la première paire de pattes est long, 
rougeâtre, l'extrémité se relève en se recourbant en forme de 
croc; aux deuxième et troisième paires de pattes, ce crochet 
de couleur pale est plus petit et droit : la progession de la 
larve se fait au moyen des pattes et en particulier du double 
bourrelet latéral. 

Stigmates, la première paire grosse, rousse, elliptique, à 
péritrême brunâtre, est sise au bas de la masse charnue trian- 
gulaire qui termine le côté du premier segment thoracique ; 
les huit autres, plus petits, sont placés au fond du renflement 
sur lequel s'appuie la base du bourrelet latéral des huits pre- 
miers segments abdominaux. 

Provenant d'oeufs pondus en nombre sur la même tige, la 
jeune larve chemine côte à côte et à proximité d'une foule de 
camarades tous plus occupés les uns que les autres à leur 
in uvre de destruction ; leurs galeries sont cylindriques, chacun 
suit la sienne, sans que celle-ci se confonde jamais avec la 
voisine ; le travail de cheminement se fait en remontant et en 
suivant une direction longitudinale ; si quelquefois elle est un 
peu sinueuse, c'est qu'il y a eu obstacle, elle revient à la direc- 
tion primitive dès que la cause a cessé. Les détritus provenant 
de la digestion de la matière ligneuse absorbée sont refoulés 
et fortement tassés; l'appétit augmentant avec l'âge, les galeries 
s'élargissent insensiblement, de sorte qu'à la fin de son travail, 
on peut facilement suivre et se rendre compte du trajet de la 
larve dans le bois. 

Commencée en automne, l'œuvre de destruction se continue 
sans interruption tout l'hiver, pour ne s'arrêter qu'au printemps ; 
parvenue à ce moment au terme de son accroissement, ce qui a 
lieu fin mars et dans le courant d'avril, la larve quitte la direc- 
tion longitudinale pour se diriger vers des couches superfi- 
cielles du bois et cela dans le but de ménager pour plus tard 
la facile sortie de l'adulte ; travaillant dans du bois mort, elle 
n'a pas besoin de ronger circulairementla branche pour arrêter 
ta sève ; à l'endroit où elle se trouve, sans aucun autre soin 
que de tasser fortement les détritus qu'elle a laissés derrière 
elle, elle se prépare à subir un changement profond. 

Transformation. A cet effet, son corps perd peu à peu de sa 
forme courbe, il s'étend, s'allonge, se ride, puis se raidit, se 
redresse, prend une teinte jaunâtre ; le bourrelet latéral, si 
apparent jusqu'alors, disparait, il n'en reste que le bouquet 
de poils central ; les bourrelets secondaires de la région dor- 
sale s'effacent, les pattes s'appliquent contre les segments tho- 
raciques, le corps est devenu cylindrique, les contractions 
commencent : A !a suite de mouvements alternatifs répétés à 
de courts intervalles, la peau cède, elle se fend au premier 
anneau, au point de division que limite la ligne longitudinale, 
vient ensuite le tour de la tète, puis successivement des seg- 
ments abdominaux ; au fur et à mesure que la peau se déchire, 
elle glisse à chacune des contractions ; à la fin de ce pénible 
labeur, lorsque le masque nymphal est complètement dépouillé 
; la peau larvaire, cette peau se trouve acculée au fond de la 
oge ; chiffonnée et en forme de tampon, elle sert encore à ce 
moment de protection à la jeune nymphe, contre les chocs qui 
pourraient être imprimés aux branches delà plante nourricière. 
Aux environs de Ria (Pyrénées-Orientales) où nos observations 
ont ete faites, la larve du X. pustulata vit dans les branches 
petites et moyennes do trois espèces de chêne : Quercus robur, 
quercus ilex, quercus coccifera. 

Comme toutes les larves xylophages, celle-ci ne dédaigne 
pas le bois un peu carbonisé par le feu. 
Nymphe. Longueur 3 1/2 millimètres, largeur 1 1/2 millimètre. 
Corps mou, blanchâtre, yeux seuls roussàtres ; convexe en 
dessus, subdéprimé en dessous ; masque buccal proéminent et 
irréfléchi ; bord frontal excavé avec quatre petits tubercules ; 
regiondorsale transversalement longée aux arceaux abdominaux 
par de petites aspérités ; extrémité ovale bilobée ; stigmates 
apparents ; pas la moindre trace de pubcsccnce ; aucune autre 



particularité ne lui reste que le cachet caractéristique de ce 
que sera l'adulte à l'état parfait. 

Sous l'impression de la crainte ou de la défense, la nymphe 
peut faire mouvoir librement ses segments adbominaux : la 
phase nymphale dure une quinzaine de jours, durée qui peut 
se prolonger, s'il survient des temps froids ou humides, ce 
qui a assez souvent lieu à l'époque correspondante aux éclo- 
sions : pendant que dure ce repos latent, les organes intérieurs 
subissent une révolution de nature à identifier le corps avec 
les nouvelles fonctions, et comme résultat final de cette série 
de modifications successives, disparaît en dernier lieu la faible 
membrane qui enveloppait le corps de la nymphe ; aussitôt les 
antennes, les ailes, les pattes se détachent successivement du 
corps, le masque disparaît pour faire place à l'insecte parfait. 

Adulte. Passant de la teinte blanche au rougeâtre, le corps 
de l'adulte ne prend sa couleur définitive qu'après un certain 
laps de temps qui peut avoir une durée d'une quinzaine de 
jours ', alors ses téguments ont durci, ses mandibules sont 
assez fortes pour entamer la mince couche de bois qui le sépare 
du dehors ; il se met à l'œuvre, en peu de temps, il pratique 
un trou circulaire correspondant à la dimension de son corps, 
mais il ne profitera pas encore de sa liberté pour s'élancer 
dans l'espace, il tient trop à son berceau où il est bien à 
l'abri, il s'y plaît ; ce ne sera que [lorsqu'une force, à laquelle 
il ne saura résister, le poussera à sortie, qu'il se risquera dans 
le courant d'une nuit calme à se mettre en quête d'une com- 
pagne : la même nuit, le même temps, protégeant les mêmes 
ombres, les mômes influences produisant les mêmes effets sur 
chacun des deux sexes, ces désirs ne tarderont pas à se réaliser, 
tous ses semblables y concourront chacun pour sa part, chacun 
pour son rôle ; dès lors de nouvelles générations seront en 
germe, de nouvelles déprédations s'ensuivront, sans qu'il 
puisse y avoir, dans ce roulement, que quelques perturbations 
dues aux agents atmosphériques, les seules ayant un effet po- 
sitif sur le rôle funeste dévolu à nos dévastateurs. 

Xambeu. 



OBJETS QUATERNAIRES 

Il existe auprès de Montereau, dans le département de 
Seine-et-Marne, une petite localité' qui, sous le nom d'Es- 
mans, est très connue des géologues. Ch. d'Orbigny y a 
signalé, en 1837, un lambeau de calcaire pisolithique, 
et le terrain d'argile plastique y est surtout représenté 
par des sables qui se rattachent d'une façon fort inté- 
ressante au célèbre poudingue de Nemours. Le fond du 
sol est constitué par de la craie blanche qui, sur les 
flancs de la vallée, est recouverte d'un épais manteau de 
matériaux quaternaires activement exploités pour le 
balast et pour d'autres usages. 

En y travaillant ces temps derniers, un ouvrier a mis 
la main, sous o mètres de graviers et de sables en lits 
alternatifs, divers objets remarquables représentés 
par les ligures ci-jointes et qu'il a eu la bonne pensée 
d'adresser au laboratoire de géologie du Muséum. 

Nous représentons dans le nombre une corne de cerf 
et un petit vase en terre. 

La corne de cerf provient évidemment d'un animal de 
haute taille, et, en l'étudiant, on s'assure qu'elle diffère 
des cornes appartenant aux espèces de cerfs actuel- 
lement vivants. Elle provient d'un animal maintenantdis- 
paru, très abondant au contraire à l'époque quaternaire et 
que les paléontologistes connaissent sous le nom de 
Cervas megaceros ou de Megaceros hibemicus. Le fragment 
représenté a 180 millimètres de longueur et . r i8 milli- 
mètres de diamètre dans sa région moyenne. Il est brisé 
à la base, mais, à l'autre extrémité, où il se bifurque, il 
se termine par deux sections tout à fait planes de 32 et 
de 28 millimètres de large. 

En examinant les deux sections, on y reconnaît avec 
certitude des traits de scie dont l'un, représenté à 



<iK 



LE NATURALISTE 



gauche dans le dessin, n'a pas traversé tout le bois, qui 
s'est séparé en formant un éclat pointu sur la droite de 




Fig. 1 . — Bois de Cervus megaceros portant des traits do scie 
préhistoriques. — Echantillon trouvé à Esmans, près Monte- 
reau, Seine-et-Marne, et conservé au Muséum d'histoire na- 
turelle de P:iris (grandeur naturelle). 

la section. Le trait de scie est fort ancien et date du 
temps où le bois de cerf avait une grande dureté con- 
trastant avec sa friabilité actuelle. On peut hardiment 
admettre qu'il a été fait avec un instrument en silex et 
qu'il est l'œuvre d'un homme quaternaire, contemporain 
de l'animal. 

Le Cervus megaceros est représenté encore dans l'envoi 
que j'ai reçu par divers autres débris provenant du 
crâne et du bois. Les premiers sont tout à fait indéter- 
minables; parmi les autres, et outre celui qui vient 
d'être décrit et figuré, il en est un qui mérite d'être 
mentionné. 

C'est la base même d'un bois présentant la meule par- 
faitement conservée et remarquable par sa dimension 
qui atteint 28 centimètres de circonférence. Cet échan- 
tillon est cassé irrégulièrement, mais le voisinage du 



fragment scié permet de croire que ses fractures sont 
cependant le fait de l'hommme. 

D'ailleurs, un intérêt très vif est certainement ajouté 
à cette trouvaille par la rencontre faite en même temps 
et au contact des bois de cerf, d'un débris de vase que 
représente la figure 2 avec sa dimension exacte. C'est 




Fig. 2. — Vase en terre très grossier et 1res mal cuit, trouvé 
avec le l)ois de cerf à Esmans, et conservé au Muséum d'his- 
toire naturelle (grandeur naturelle). 

une petite poterie très primitive, dont les irrégularités 
de forme montrent bien qu'elle n'a pas été confectionnée 
au tour. La cuisson en est fort, imparfaite aussi, et seule, 
une très mince couche superficielle a été un peu rougie ; 
la pâte est noire, remplie de petits vides et contenanl 
quelques grains d'apparence crayeuse. 

Le diamètre de ce petit vase est de 59 millimètres et sa 
base circulaire et plane a 15 millimètres de largeur. On 
voit à l'endroit le plus saillant comme une ceinture mar- 
quée par un méplat dont l'intention ornementale est 
probable. Le débris a 37 millimètres de hauteur. Il sera 
intéressant de le comparer à d'autres poteries du même 

âge. 

Stanislas Meunier. 



DEUX SPHINGIDES NOUVEAUX DE L'ASIE ORIENTALE 



1° SiiM'i'iiitlms Heyneî. Austaul. 

Ce nouveau Smerinthns que je tiens de l'obligeance de 
M. Ernst Heyne, de Leipzig, à qui je me fais un plaisir de le 
dédier, est de la taille des plus grands exemplaires de notre 
Quercus d'Europe ; mais ses caractères le rapprochent de 
Carstanjeni. Stgr (Roseipennis) de l'Amurland et surtout de 
Goschkewitchi Brcmer qui habite les provinces septentrio- 
nales de l'empire chinois. 

Ses ailes supérieures, faiblement dentées au bord externe 
qui est brièvement entrecoupé de blanc, sont en dessus d'un 
brun fauve et très finement aspergées d'écaillés d'une teinte 
plus sombre. On y distingue les lignes transversales suivantes, 
lesquelles sont très distinctement écrites en brun noirâtre : 
1° une basilaire située près du thorax et aboutissant à un 
pinceau de poils rougeàtres qu'on remarque à l'intersection de 
la base et du bord interne ; 2° trois extrabasilaircs convexes, 
un peu flexueuses, très espacées à la côte, mais convergeant 
toutes vers un point unique à leur rencontre avec le bord in- 
terne ; 3° deux lignes médianes très rapprochées bien paral- 
lèles, légèrement dentelées formant une inflexion vers la base 
au tiers inférieur de leur parcours ; 4° deux submarginales, 
ondulées, plus espacées entre elles que les lignes précédentes, 
dessinées à peu près comme celles des espèces voisines et 
aboutissant également, comme chez ces dernières, à deux 
grosses taches noirâtres situées non loin de l'angle externe. 
Tout le bord extérieur de l'aile est d'un brun sombre uniforme, 
à l'exception de la région de l'apex où il existe une tache plus 
claire écrite à peu près comme celle de notre Populi. Il y a 
lieu d'ajouter, en outre, que tout le bord interne est couvert, 
depuis la base jusqu'aux deux taches dont il vient d'être ques- 



LE NATURALISTE 



69 



tion, d'une large bande longitudinale d'un brun sombre ana- 
logue à celle de Carstanjeni, mais beaucoup mieux accentuée; 
et que la tache cellulaire dessinée, en un croissant foncé, semble 
diffluer dans le sens des ramifications des nervures. 

Les ailes postérieures de Hcynei sont d'un rouge vineux à la 
base et sur le disque, passant ensuite au brunâtre vers leur 
périphérie. L'angle anal est occupé par deux grosses macules 
noirâtres, arrondies, contiguës, lesquelles, au lieu d'être suivies 
vers l'intérieur d'une éclaircic jaunâtre, comme c'est fréquem- 
ment le cas des espèces congénères, s'appuient, au contraire, 
sur une teinte brune qui longue une grande partie du bord 
abdominal. 

Le dessous de cette intéressante nouveauté offre un système 
de coloration absolument inverse à celui de la face opposée. 
Les ailes supérieures, de ce côté, sont brunes, sans trace de 
lignes transversales, largement lavées de rouge vineux, avec 
la côte grise depuis la base jusqu'à l'emplacement des raies 
submarginales, et une grosse tache fauve indécise sur l'angle 
externe. Les ailes postérieures montrent une teinte générale 
cendrée sur laquelle se détachent deux lignes tranverses se 
coupant presque vers le bord anal, ainsi qu'une large bande 
brune sinueuse, couvrant tout le limbe extérieur. L'angle anal 
proprement dit laisse apercevoir une tache marron analogue 
à celle qui existe à la place correspondante des ailes supé- 
rieures. J'aurai achevé la caractéristique du àphingide qui 
m'occupe lorsque j'aurai fait remarquer que son corps tout 
entier, y compris les pattes et les palpes, est d'un brun très 
foncé ; et qu'il règne sur le milieu du thorax une bande 
longitudinale presque noirâtre, très étroite, laquelle se fond 
insensiblement avec la teinte générale de l'abdomen. 

J'ai dit plus haut que Heynei est voisin de Carstanjeni et de 
Goschkewitchi ; il ne peut, en effet, être, comparé à aucun 
autre Smérinthe connu. Cependant il est bien distinct de l'une 
et de l'autre de ces deux espèces." Il diffère de la première par 
sa grande envergure, par la découpure moins profonde du 
bord externe de ses ailes, par la disposition relative des lignes 
transverses et par l'aspect général qui est beaucoup plus 
obscur ; Carstanjeni étant sur ses deux faces d'un rouge brun 
rosé. Il s'éloigne de Goschkewitchi parce que sa coloration est 
plus intense et plus sombre, parce que les lignes ordinaires ne 
suivent pas les mêmes mouvements et parce que ses secondes 
ailes, d'une couleur vineuse et non d'une teinte brique plus ou 
moins claire, n'offrent pas de tache jaunâtre dans le voisinage 
des macules anales. 

J'ai eu sous les yeux plusieurs exemplaires mâles de cette 
curieuse espèce dont l'un fait actuellement partie de ma col- 
lection. Elle est originaire de la partie septentrionale du 
Japon ; mais il est probable qu'elle ne tardera pas à être re- 
trouvée dans les régions orientales de l'Amurland dont la faune 
offre tant d'allinité avec celle de la grande île voisine. 

2° Deilepbila Proxiiua. Austaut. 

C'est également dans le nord du Japon qu'a été découvert 
depuis peu de temps ce nouveau Deilephila qui vient se placer 
dans le voisinage de Célério-Linné, d'Usyris Dahl et surtout de 
Japonica Stgr, avec lequel il offre la plus grande analogie. En 
effet, la taille, le port et l'aspect sont à peu près les mêmes 
chez les deux espèces. Cependant, avec de l'attention, on re- 
marque qu'elles diffèrent nettement l'une de l'autre par les 
caractères suivants : sous le rapport de la coupe, Proxima a 
les ailes moins aiguës, moins falquées à l'apex ; puis la bande 
oblique grisâtre, qui descend chez Japonica du sommet de 
l'aile supérieure au milieu du bord interne par un mouvement 
courbe, est dirigée, au contraire, chez la nouvelle espèce dont 
il s'agit, en ligne parfaitement droite, elle est du reste plus 
large, plus vive, d'un blanc légèrement nacré et se trouve ac- 
compagnée de chaque côté d'une bande brune très nette dont 
celle de l'intérieur est fort développée. Les secondes ailes de 
Proxima sont d'un brun noirâtre terne avec une bande sub- 
niarginale jaunâtre, quelques éclaircies de même couleur à la 
base et tout l'espace de l'angle anal de la nuance générale du 
tond ; tandis que les mêmes ailes de Japonica sont d'un noir 
beaucoup plus vif, la teinte jaune couvrant tout l'angle anal 
et pénétrant ensuite dans l'intérieur de l'aile sous forme de 
bande prémarginale vague ou assez indécise. Enfin, bien que 
la face opposée soit presque semblable chez ces deux papillons. 
on observe cependant, entre autres particularités différentielles, 
que l'aile antérieure de notre nouvelle espèce ne présente au- 
cune trace de cette tache noire digitée qui occupe l'extrémité 
de la cellule discoïdale chez l'espèce congénère. Du reste. 



cette dernière ne laisse apercevoir sur le milieu de son abdo- 
men qu'une sorte de vestige de la double ligne longitudinale 
d'un blanc brillant qui est si vivement indiquée chez Proxima. 
J'ai vu chez M. Heyne quatre exemplaires des deux sexes de 
cette intéressante nouveauté, dont l'un d'eux, une femelle, a 
servi d'objectif à ma description. Je la place dans le genre 
Deilephila pour me conformer à l'usage généralement adopté; 
mais elle appartient réellement au genre Chacrocampa que le 
docteur Standniger a réuni, bien mal à propos, dans son 
grand catalogue de l'année 1871, à celui des Deilephila pro- 
prement dits. 

L. Austaut. 



SOCIÉTÉ ZOOLOGIQUE DE FRANCE 



Séance du 10 novembre 1891. — Note de M. Ed. 

André sur une collection de Fourmis rapportées de Bornéo, 
par M. Chaper. Parmi les espèces nouvelles s'en trouve une, 
le Gesomyrenex Chaperi, dont le genre n'était jusqu'ici repré- 
senté que par deux espèces fossiles, provenant do l'ambre eu- 
ropéen ; la nouvelle espèce est elle-même très voisine de 
l'espèce typique de l'ambre de la Baltique. — Communication 
de M. Greenough sur la formation du mésoblaste dans les 
larves d'oursins. — Note de M. W. Stiler sur l'hôte inter- 
médiaire de VEch'morhynchus gigas en Amérique. On sait 
qu'on Europe le Hanneton et la Cétoine dorée sont les hôtes 
intermédiaires de l'Echinorhynque et que ces deux insectes 
sont la source à laquelle le Porc s'infecte avec le dangereux 
parasite. Ces coléoptères n'existant pas aux Etats-Unis, M. Sti- 
ler a trouvé que les Porcs américains se contaminent dans les 
champs où pullulent les larves du Lachnostevna arcuata et que 
ce coléoptère sert bien certainement, en Amérique, d'hôte in- 
termédiaire à l'Echinorhynque. 

Séance du 24 novembre 1891. — MM. A. Railliet et 
A. Lucet fixent la valeur et complètent l'histoire de quelques 
Coccidies encore peu étudiées : le Coccidium perforans de l'é- 
pithélium intestinal du Lap>n, le Coccidium tenellum (nov) de 
l'épi'thélium intestinal de la Poule, le Coccidium traucatum 
(nov.) des reins de l'Oie, enfin le Coccidium bigeminutn des vil- 
losités intestinales du chat. — M. R. Blanchard signale, chez 
un têtard de Rana fusca, une hydropisic bizarre, due au dé- 
veloppement exagéré des sacs lymphatiques de l'animal. 

Séance du 8 décembre 1891. — Note préliminaire sur 
les Paguriens de la Melila, par MM. Ed. Chevreux, et E. L. 
Bouvier. La collection des Paguriens de la Melita comprend 
dix-sept espèces dont quatorze proviennent du Sénégal, deux 
des Canaries et une de Cadix. Les espèces nouvelles sont l'Ana- 
pagurus curvidactylus, VEupagurus triangularis , VEupagurus 
minimus, le Diogenes denticulatus, le Clibanarius Melitis et 
le Cl. senegalensis . — M. Ed. Chevreux décrit et figure en 
outre deux amphipodes nouveaux, VHyale Grimaldii et le Sle- 
nothse Dollfusis, recueillis par V Hirondelle aux Açorcs. — M. De 
Guerne donne la provenance exacte des stcllérides de l'Hi- 
rondelle, précédemment décrits ou signalés par M. Ed. Pcrrier. 

Séance du 23 décembre 1H91. — M. P. Marchai, a 
étudié un Pagurus strialus qui habitait la coquille sénestre du 
Neptunea contraria; comme l'avaient observé précédemment 
MM. A. Milne-Edvards et E.-L. Bouvier sur un Paguristes 
marocanus logé dans une coquille sénestre, le pagure présen- 
tait la même asymétrie et la même conformation que ses con- 
génères logés dans des coquilles dextres. — M. Et. Jourdan 
décrit un Epizoanthus nouveau des Açorcs [E. Hirondellei) 
qui se fixe, comme VE. paguriphilus, sur un Paguricn des 
abysses, le Parapagurus pilosimanus. — M. X. Raspail éta- 
blit, d'après des observations multipliées, que les Hannetons 
déjà adultes peuvent rester sous terre huit mois avant de 
prendre leur essorpour se reproduire et pour détruire la feuillée ; 
il rappelle d'ailleurs que la période larvaire de l'insecte peut 
durer suivant les circonstances trois ou quatre ans. — M. Ch. 
Bigot étudie les Diptères recueillis par M. Ch. Alluaud aux 
îles Canaries ; ces espèces sont au nombre de trente-neuf, dont 
trente et une se rencontrent en France et en Algérie ; les 
espèces nouvelles sont au nombre de dix. 

E.-L. Bouvier. 



70 



LE NATURALISTE 



ROTIFERES 

ORGANISATION ET FAUNE DE LA ROUMANIE 

(Suite.) 



5° Le genro Triarthra (Ehrb.) de la famille des TR1AR- 
THRAD/E et l'espèce Tr. longisela trouvée pour la première 
l'ois le 19 juillet 1883 dans l'eau de l'étang d'Ontceni (près do 
Botochany) et au mois de septembre 1890 dans l'eau de la ri- 
vière Bahlui (sud de Jassy). 

6° Le genre hydatina (Ehrb.) de la famille des HYDATI- 
NADtE et l'espèce //. senta trouvée le 19 avril 1890, en masse, 
dans l'eau du bassin du Muséum (cabinet d'hist. nat.) de la ville 
de Jassy et depuis pas ailleurs. 

"° De la même famille, le genre notops (Hudson) et l'espèce 
N. hyplopus (Ehrb.) trouvée une seule fois dans l'eau du ruis- 
seau Ciric, le 15 septembre 1889. Je l'ai obtenue de l'intérieur 
d'un œuf, en faisant éclater la coque qui le renfermait. Ce sont 
des spécimens d'une transparence excessive. 

Je dois mentionner que leur vésicule contractile se trouve 
foulée vers la face ventrale et reçoit par le côté dorsal le ré- 
servoir stercoral qui s'ouvre par un long tube tout près du ca- 
nal qui conduit de la vésicule contractile au dehors. L'ouver- 
ture cloacalc est dorsale et près de la base de l'appendice 
caudal. 

L'œsophage chez les Notops est très long, tandis que l'esto- 
mac est assez court, comme une boule. 

8° Enfin de la famille des NOTOMMATAD^E, un seul genre 
notommata (Gosse) et l'espèce N. ansata Ehrb.) trouvée une 
seule fois le 2 novembre 1888 dans l'eau de Bahlui. 

J'ai trouvé encore six représentants pour les dix familles des 
Loricata. 

9° Le genre mastigocerca (Ehrb.) de la famille des RATTU- 
LID^Îi et l'espèce M. bicornis trouvée une seule fois dans l'eau 
de l'étang d'Ontceni (1883). 

10° Le genre scaridium (Ehrb.) de la famille des D1NOCHA- 
RID/E et l'espèce Se. longicavdum, trouvée dans l'eau du lac 
de Cristesti le 25 septembre 1891. 

11° Le genre monostyla (Ehrb.) de la famille des CATHYP- 
NAD/E, représenté par quatre espèces dont une nouvelle : 
M. lepadella, lunaris dans l'eau de Bahlui, M. solidus dans 
l'eau de Ciric, ce dernier plus volumineux que celui de 
M. Gosse et enfin M. tentaculata (n. sp.) trouvé le 22 décem- 
bre 1888 dans l'eau de Bahlui, ayant deux petits tentacules à 
la base desquels se trouvent les points oculiferes. 

12° Le genre pterodina (Ehrb.) de la famille des PTERO- 
DINAD/E et l'espèce Pt. patina trouvée contre Algues de 
l'eau de Bahlui (30 novembre 1890) et plus tard (septembre 1891) 
dans l'eau du lac Cristesti. 

Les figures représentant les espèces de ce genre (loc. cit.) 
indiquent assez mal le placement des yeux, et cela tient à la 
façon dont on se figure la conformation de l'extrémité cépha- 
lique. Les yeux ne sont point fixés sur le mammelon des 
roues, mais bien sur la tète, peu proéminente chez ces Roti- 
fères. 

13° Le genre brachionus (Ehrb.) de la famille des BRA- 
CHIONID^E ; je l'ai trouvé représenté par quatre espèces, dont 
une, nouvelle. Comme c'est le type choisi par MM. Cari. Vogt 
et Yung pour la monographie des Rotifères, j'ai laissé exprès 
à décrire maintenant la conformation de l'extrémité céphalique 
des Ploïma, Rotifères les plus nombreux en genres et espè- 
ces. 

D'abord je suis d'avis que, pour se convaincre de la véritable 
organisation de cette extrémité, qu'il faut avoir beaucoup de 
patience et suivre l'animal, sous le microscope, dans toutes 
ses évolutions jusqu'à ce que l'eau, s'évaporant en partie, l'em- 
pèchc de se mouvoir avec autant d'impétuosité. En môme temps, 
il faut dessiner à chaque instant tout ce qu'on aperçoit ou ce 
qu'on croit apercevoir. Répétant cette manière d'observation, 
bien des fois et, à la fin, rapprochant tout ce qu'on a dessiné, 
on arrivera, je suis convaincu, à reconnaître l'exactitude de 
tout ce que je viens d'écrire et de dessiner. En tuant les ani- 
maux, même avec la strychnine ou curare, on a sous les yeux 
quelque chose de confus, vu la contraction plus ou moins pro- 
noncée du corps, et on dessine mal. Tandis que les dessins ob- 
tenus sur le vivant, vous montrent l'appareil rotateur, dans diffé- 
rentes positions, suivant les désirs cL besoins de l'animal. 

Chez les IMoïma, tout comme chez les Bdclloïda, il y a une 
TÊTE contractile, conique, terminée par une troncature arrondie 



et portant, chez le Brachionus, sur sa face dorsale, un tenta- 
cule et sur la face ventrale une fente ciliée, contractile qui 
est la bouche de l'animal (flg. i). 



tu 





A 



B 



Fig. 4. — Extrémité supérieure du corps des Brachionus. A, vue 
par la face ventrale. B, vue par le côté droit, t, tête. In, 
tentacule, p, palette, pg, peigne, c, carapace, pe, pédoncule 
droit de l'appareil rotateur. 

Sur le devant il y a deux pédoncules — l'appareil rotateur — 
ayant chez les Ploïma une organisation plus compliquée que 
ceux des Bdelloïda. 

Tout comme chez ces derniers, chaque roue est représentée 
par un gros pédoncule (fig. 4.) charnu, pouvant être retiré en 
dedans du premier segment du corps, ou avancé, grâce à des 
muscles appropriés, et leur extrémité libre a la forme d'un en- 
tonnoir à bords rigides ou plus ou moins pliants. Dans ce der- 
nier cas se trouvent ceux des Brachionus. 

Les différences qu'on aperçoit dans l'aspect de cette extré- 
mité des roues tiennent aux nombres des éminences dissémi- 
nées sur les parois des entonnoirs. 11 s'ensuit que l'appareil 
rotateur n'a pas la forme d'un seul entonnoir fendu du côté 
ventral, dont le goulot serait la bouche (Vogt et Yung, Ana- 
tomie, p. 426), mais de deux entonnoirs et la bouche se trouve 
en arrière d'eux. 

Chez les Brachionus, du fond de chaque entonnoir se relève 
une espèce de palette (p., fig. 4) faisant plus ou moins saillie, 
suivant sa contraction et à leur base et du côté ventral, por- 
tant une toute petite éminence, mobile, ayant l'aspect d'un 
peigne {pg, fig. 4). 

Les bords de chaque entonnoir sont garnis de cils vibratiles 
qui provoquent un tourbillonnement dans l'eau. Leurs mouve- 
ments très rapides sont soumis à la volonté de l'animal. Ces 
bords peuvent se renverser quand ils s'appuient sur les mar- 
ges de la carapace (fig. 4) et alors le mouvement des cils leur 
donne l'apparence des roues- et les éminences décrites devien- 
nent assez apparentes. 

Les bords de chaque palette sont garnis de gros cils, assez 
raides et sans mouvements. Quand l'animal reste sur place, 
fixé par le bout de son appendice caudal et cherche la nourri- 
ture, les courants d'eau entretenus par ses roues, arrivent du 
dehors en dedans et se brisent contre l'ouverture buccale. Les 
palettes, de temps en temps, se rabattent vers la bouche, de 
sorte que leur rôle est assez marquant. 

Les peignes, aussi à soies raides, situés plus bas, jouent le 
même rôle. Ils poussent contre la bouche les particules alimen- 
taires arrivées entre les roues et devant être rejetées par le 
brisement des courants qui les ont apportées. 

Vers la face ventrale, chaque roue porte un gros flagcllum, 
qui balaye de temps en temps le champ de l'appareil rota- 
teur et fort souvent imprime aux particules alimentaires un 
mouvement vers l'ouverture buccale. 

Tout est donc rationnellement placé et, pour terminer, je 
dois dire que la fente buccale est ciliée et le plafond de la 
bouche porte une houppe de cils délicats, que l'animal pro- 
jette assez souvent, quand l'aspect de l'appareil change encore 
une fois. 

L'aspect change encore toutes les fois que l'animal rétracte 
la tète et relève les bords des entonnoirs seulement du côté 
dorsal. Dans ce dernier cas, la figure qu'on obtient ressemble 
en partie à celle des ouvrages {loc. cit.) et qu'on décrit à tort 
comme représentant la véritable conformation de l'extrémité 
céphalique. 

L'animal, quand il veut cacher son appareil, relève les bords 
des roues en enveloppant presque entièrement les palettes, 
rétracte ces derniers et puis le tout est tiré en bas. L'animal 
rétracte aussi la tête, laissant son tentacule se balancer dans 
l'échancrure médiane et dorsale du bord de la carapace. 

Quant aux espèces trouvées, nous avons Br. urceolaris, 
dans l'eau du ruisseau de Ciric (1889), dans l'eau du bassin du 
Muséum (1890), et je l'ai trouve même (1888) dans l'eau des 



LE NATURALISTE 



71 



gouttières de ma maison. Ensuite Br. rubens dans l'eau de 
Calcaina (ruisseau traversant la ville), trouvé en février 1888 
au moment du dégel. Br. Dorcas, dans l'eau de l'étang de Ba- 
biceni (Dept. Botochany). Enfin dans l'eau du lac de Cristesti 
(1891), il y a un Brachionus qui ressemble un peu au Pala{?) 
de l'ouvrage cité (PI. XXVIII, fig. 3), qu'on décrit comme une 
variété du Pala et qu'Ehremberg avait désigné : Br. amphi- 
ceros. 

Mon exemplaire porte à la surface de la carapace une fine 
ponctuation, due à des protubérances. Si Ehremberg (je n'ai 
pas son ouvrage, Die Infusionsthierhen. Leipzig, 1838, p. 511. 
Taf. LXIII, fig. 2) lui décrit ces ponctuations, Vamphiceros a 
raison d'être, tout différent de Br. pala. Si non, et si M. Gosse 
a raison, mon spécimen a droit à une nouvelle dénomination 
spécifique. Jusqu'à contre-preuve, je lui garde le nom de 
Br. amphiceros, le séparant du Br. Pala. 

14° Le genre anurea (Gosse) de la famille des ANU- 
R/ftAD/E est représenté par deux espèces, A. cochlearis 
trouvée dans l'eau de Bahlui (1890j et VA. aculeata, dans l'eau 
du bassin du Muséum (1890). 

15° Le genre notolca (Gosse) ; je l'ai trouvé une seule fois 
(1887) dans l'eau de Bahlui et encore le spécimen diffère de 
N. acuminata par la forme des épines de sa carapace et par 
le bout caudal de cette enveloppe qui n'est pas tronqué, mais 
ovoïdal. Par la forme, de l'appareil rotateur, il ressemble aux 
.Y. scapha et N. thalassia, spécimens marins. 

Le bord de la carapace porte six épines d'égale longueur, 
dont deux dorsales, deux ventrales et deux autres latérales. 
Elles sont aussi également espacées. Je lui ai proposé la dé- 
nomination de N. equispinata. 

D r Léon C. Cosmovici. 



LES CHENILLES CARNASSIÈRES 



Nous sommes si habitués à associer par la pensée les 
végétaux et les chenilles que nous observons sur un 
grand nombre d'entre eux, que les appellations de car- 
nassières ou de carnivores, appliquées aux larves des 
Lépidoptères, nous paraissent étranges au premier 
abord. 

Il est cependant parfaitement exact que toutes les 
Chenilles ne sont pas exclusivement phytophages et que 
le nombre de celles qui dévorent des matières animales 
n'est pas négligeable. Les unes ne sont carnassières que 
momentanément, d'autres mangent des substances ani- 
males et même des animaux vivants, depuis l'éclosion 
jusqu'à la transformation en chrysalide. 




Fig. 1. — Chenille de Pieris Crataegi. 

Rappelons en premier lieu quelques cas de chenilles 
ne montrant d appétits carnassiers qu'en certaines phases 
de leur existence. 

Beaucoup de Chenilles, comme, par exemple, celle de 
la Pieris Cratœgi, à peine sorties de l'œuf, rongent et 
avalent la coque dont elles viennent de s'échapper. 



D'assez nombreuses chenilles, parmi lesquelles nous 
signalerons celles de Dicranura vinula, Deilephila Ea- 
phorbise et Ciicullia Verbasci, changent pour quelques 
instants de régime après la mue, s'attaquent à la vieille 
peau dont elles se sont dépouillées et la mangent com- 
plètement avec avidité (1). 

Enfin, on a vu des chenilles de Bombyx Rubi dévorer 
des chrysalides de Piérides (2) encore molles et récem- 
ment formées. 

Passons actuellement aux chenilles qui sont carnas- 
sières d'une façon plus accentuée. 

Tout le monde connaît les Teignes : la Teigne tapis- 
sière, Tinea tapezella, la Teigne pelletière, Tinea pellio 
nella. la Teigne fripière, Tinea fuscipunctella, etc., ron- 
geant surtout les étoffes de laine et commettant des 
dégâts irréparables qui font le désespoir des ménagères. 




Fig. 2. — Chenille de Dicranura vinula à différents Ages. 

Maurice Girard cite, sans donner de nom spécial, la 
chenille d'un Microlépidoptère vivant en parasite sur les 
Paresseux ou Édentés arboricoles de l'Amérique méri- 
dionale. 

Si l'on habite une région où l'élevage des Abeilles se 
fait sur une certaine échelle, on aura entendu les api- 
culteurs se plaindre des ravages des chenilles de Gallé- 
ries, Microlépidoplères, de la famille des Crambides, qui 
dévorent la cire dans les ruches. La Galleria mellonella L. 
(G. cerella Fabr.) est la plus répandue, la Galleria gri 
sella Fabr. {G. alvearia Dup.) est moins commune, ex- 
cepté dans le Midi. 

Remarquer que ces chenilles ne touchent pas au miel 
dont l'origine est végétale, mais bien à la cire qui, 
sécrétées par les glandes cirières des Abeilles, doit être 
considérée comme substance animale. Elles creusent la 
cire dans tous les sens et construisent de longs tuyaux 



(1) Lacordaire. Inlroduclionàl'Ent07nologie(Smles àBuffon), 
t. I", p. 125. 

(2) Maurice Girard. Les Insectes (Traité élémentaire d'Ento- 
mologie, t. III, p. 96. 



72 



LE NATURALISTE 



irréguliers, formés de parcelles de cire et de leurs excré- 
ments unis par de la soie (l). 

Dans la îamille des Noctuides, il existe toute une série 
de formes dont les chenilles, quoique se nourrissant en 
majeure partie de feuilles, ont des instincts carnassiers 
si développés qu'elles attaquent et mangent les che- 
nilles de leur propre espèce ou d'espèces différentes 
qu'elles rencontrent sur la plante leur servant de sup- 
port. Si on veut les élever en captivité, il est nécessaire 
de les isoler dans des récipients distincts. Nous indi- 
querons brièvement certaines chenilles d'Orthosia, de 
Cucullia, de Xanthia, et surtout celles de Cosmia trape- 
zina L. 

Des faits analogues ont été observés chez des chenilles 
de Papillons diurnes : S. -H. Scudder, dans son admi- 
rable ouvrage sur les Rhopalocères des États-Unis (2), 
cite à cet égard, parmi les Licœnides de l'Amérique du 



pourrait remplacer chez elles la nourriture végétale ha- 
bituelle et quelles conséquences cette substitution au- 
rait pour l'aspect des Insectes parfaits? 

Ces questions ne sont pas posées à la légère. On a 
constaté, dans ces dernières années, par des recherches 
nécessairement encore incomplètes, mais promettant 
beaucoup, que la quantité de lumière, la qualité de cette 
lumière, la température, pendant certaines phases de la 
période larvaire ou de l'état de chrysalide, déterminent 
incontestablement des variations plus ou moins intenses, 



A 




Fig. 3. — Chenille de Cucullia. 

Nord : Cyaniris pseudargiolus, Everes amyntula et Thecla 
acadica, dont les chenilles dévorent parfois leurs voi- 
sines. 

Récemment, W.-J. Holland a appelé l'attention des 
naturalistes sur des cas encore plus intéressants. Il 
s'agit, cette fois, de chenilles de Rhopalocères aphidi- 
vores, c'est-à-dire se nourrissant régulièrement de puce- 
rons (3). 

On connaît jusqu'à présent, avec certitude, quatre es- 
pèces offrant ces mœurs spéciales et appartenant toutes 
à la tribu des Licœnides; ce sont : Feniseca Tarquinius 
Fabr., des Etats-Unis, vivant exclusivement de puce- 
rons ;Liphyra brassolis Westwood, de l'Inde; Spalgis epius 
Westwood, de Ceylan, et Spalgis S. signata Holland, de 
l'Afrique occidentale. 

Il est probable, dit Holland, que lorsque nous connaî- 
trons mieux les habitudes des Lycœnides des régions 
tropicales de l'ancien monde, d'autres genres à chenilles 
carnivores viendront allonger la liste ci-dessus. « Je 
soupçonne fort, ajoute-t-il, les larves de Lachnocnema et 
d'Euliphyra Mihi de se nourrir de la même manière que 
celles de Spalgis et de Feniseca. » 

Voilà, certes, un nouveau champ d'investigations ou- 
vert aux naturalistes observateurs, non seulement à ceux 
qui résident dans les pays chauds, mais aussi aux tra- 
vailleurs européens : ainsi, en ce qui concerne nos che- 
nilles carnassières de Noctuelles, sait-on exactement dan> 
quelles circonstances elles dévorent leurs semblables, ;i 
quel degré une alimentation exclusivement animale 

(1) Maurice Girard. Les Abeilles, p. 233. Paris, 1878. 

(2) Scudder. The Butler/lies of the eastern United-States 
and Canada, wilh spécial Référence la Netv-England, vol. II, 
part, vu, p. 1012, Cambridge, 1889. 

(3) Holland. The Life History of Spalgis S. signata Holl. 
• hc.vol. M, n" 18(i, p. 201, January, 1892.) 



Fis. 4. 



Chenille de Xanthia. 



soit chez les chrysalides, soit même chez les Insectes 
parfaits. 

T.-W. Wood, dès i867, puis Meldola en 1873, Mme M.-E. 
Barber en 1874, plus tard R. Trimen, Fritz Miïller, 
enfin E.-B. Poulton démontrèrent, les uns par l'obser- 
vation directe, les autres par de véritables expériences, 




Fig. 5. — Chenilles de Selenia illustraria 
(;ib, chenilles: c, chrysalide). 

que la coloration des chrysalides de Rhopalocères euro- 
péens ou exotiques est directement influencée par la 
quantité de lumière que réfléchissent les surfaces avoi- 
sinant les chenilles pendant la période d'immobilité 



LE NATURALISTE 



73 



précédant la nymphose. Une surface blanche ou claire 
amenant la production de chrysalides pâles, une surface 
noire ou obscure causant la production de chrysalides 
foncées (1). 

D'aulre part, les expériences de F. Merrified (2) sur 
trois séries de Selenia ilhistraria prouvent que les indi- 
vidus parfaits, e'closant au printemps et provenant de 
chrysalides ayant passé l'hiver, comme les individus 
résultant de chrysalides d'été, offrent des teintes mani- 
festement différentes, suivant la température basse ou 
élevée à laquelle ces chrysalides ont été soumises durant 
les derniers temps de la nymphose. Cet auteur avait déjà 
constaté des phénomènes du même ordre chez VEnnomos 
autumnaria. 

Les faits curieux que je viens de rappeler semblent 
indiquer qu'une alimentation partiellement ou aussi 
complètement animale que possible , fournie à des 
chenilles phytophages, mais offrant, par moments, des 
appétits carnassiers, pourrait aussi donner des résultats 
intéressants. Le but à atteindre mérite que l'on tente 
quelques essais sérieux. 

F. Plateau. 



Thèses de la Faculté des sciences de Paris 



Recherches anatomiques et physiologiques sur les nœuds et les 
entre-nœuds de la tige des Dicotylédonées, par Adolphe 
Prunet. 

On sait qu'un peut distinguer dans une tige les nœuds — 
points d'attache des feuilles des entre-nœuds — espaces qui 
séparent deux nœuds consécutifs. La forme extérieure seule de 
l'organe permet en général d'assigner aux régions nodales des 
caractères spéciaux. M. Prunet a voulu chercher si l'étude 
comparative de la structure de la tige aux nœuds et aux entre- 
nœuds ne fournirait pas de nouveaux caractères : c'est Pobj et 
île la première partie de son travail. Il s'est ensuite demandé 
si la physiologie viendrait corroborer les données fournies par 
L'anatomie: c'est l'exposé des résultats obtenus dans cette voie 
nui occupe la seconde partie. 

Elude analumique. — Dans son élude anatomique d'un nœud, 
M. Prunet commence par suivre ceux des faisceaux vasculaires 
qui se rendent à la feuille correspondante. Au niveau du 
nœud, la section transversale d'un tel faisceau modifie sa 
l'orme : elle s'allonge dans le sens tangentiel et se réduit, par 
contre, dans le sens radial. Les vaisseaux du bois deviennent 
plus nombreux, mais en même temps plus étroits ; de sorte que 
li capacité totale de l'appareil conducteur foliaire passe, en 
définitive, par un minimum. Tous les vaisseaux sont annelés ou 
spirales, leur membrane gardant un fond mince; enfin ils sont 
ordinairement disposés avec une grande régularité en files ra- 
diales. L'appareil de soutien du faisceau subit une réduction, 
soit par la diminution de son volume, soit par une modifica- 
tion de la nature de ses éléments : les fibres et les cellules 
ligneuses font place à un parenchyme mou. à parois purement 
cellulosiques. Les fibres d'origine péricyclique qui accom- 
pagnent la face externe du faisceau réduisent au moins leur 
lignification. 

Ces modifications que subit le faisceau foliaire avant de quit- 
ter la tige pour pénétrer dans la feuille, présentent leur maxi- 
mum d'intensité pendant le passage du faisceau à travers l'é- 
corce de la tige ; puis le faisceau, qui avait perdu graduelle- 
ment ses caractères caulinaires, les reprend pour une bonne 
part en devenant faisceau pétiolaire. 

_ Pendant que les faisceaux foliaires du nœud subissent la dif- 
férenciation qui vient d'être indiquée, que deviennent les tissus 
propres de la tige ? 

L'écorce, au niveau du nœud, augmente de volume, soit par 
multiplication de ses éléments, soit par leur simple dilatation. La 



(1) Poulton. The Colours of Animais, p. 113 {International 
Si-ienfific séries), London, 1890. 
1,2) Knlomological Society of London, Mardi. 4, 1890. 



moelle se développe de son côté, mais généralement moins que 
l'écorce ; quelquefois aussi la nature de ses éléments se modi- 
fie : on peut voir, par exemple, leurs membranes, cellulosiques 
dans l'entre-nœud, se lignifier au niveau du nœud, ou inverse- 
ment. Dans la moelle comme dans l'écorce, les dimensions lon- 
gitudinales des cellules diminuent; tandis que leurs dimensions 
transversales, qui augmentent dans l'écorce, varient peu dans la 
moelle. Les rayons médullaires se multiplient et s'élargissent. 
Dans le bois, le nombre des petits vaisseaux, spirales et annelés, 
augmente; mais on observe, en somme, une réduction dans la 
capacité totale de l'appareil vasculaire. Dans le périeyele, les 
éléments sclérifiés cèdent la place à des éléments collenchyma- 
teux : l'appareil de soutien se réduit. 

En résumé, l'étude des modifications subies au niveau du 
nœud, soit par les faisceaux foliaires, soit par les tissus de la 
tige, manifeste un développement caractéristique des tissus pa- 
renchymateux, accompagné d'une réduction des appareils de 
conduction et de soutien. 

La généralité do cette proposition paraît suffisamment éta- 
blie par le nombre des espèces (plusieurs centaines) que 
M. Prunet a empruntées à quatre-vingts familles de Dicotylédo- 
nées pour en faire l'objet de ses recherches. 

Il restait à établir d'une manière certaine une relation entre 
les modifications observées dans la structure du nœud et la 
présence des feuilles. C'est ce que l'auteur a fait en associant 
heureusement l'expérience à l'observation. Toutes les fois qu'un 
nœud, au lieu déporter des feuilles normales, supporte de sim- 
ples écailles dépourvues de chlorophylle, comme il arrive dans 
les tiges souterraines, sa structure reste à peu près identique 
à celle des entre-nœuds voisins. Quand on supprime, dans un 
bourgeon, une feuille encore très jeune, le nœud ne prend pas 
ses caractères spéciaux et ne se distingue plus des entre- 
nœuds. Quand, après la chute d'une feuille, la tige correspon- 
dante est encore le siège de la formation de tissus nouveaux, 
ces tissus sont identiques dans le nœud et dans l'entre-nœud. 
Bref, partout où la feuille disparaît ou perd ses fonctions 
essentielles, le nœud perd en même temps sa différenciation 
propre. 

Étude physiologique^. — La première question qui arrête 
l'auteur dans l'étude physiologique est celle de la répartition 
comparée de l'eau dans les nœuds et dans les entre-nœuds. 
Lorsque la croissance de la tige est achevée et que, par suite, 
ses diverses régions ont acquis leurs différenciations propres, 
les nœuds se montrent plus riches en eau que les entre-nœuds ; 
le rapport entre les poids d'eau que contient un même poids 
sec de tissus prélevés au nœud ou àl'entrc-nœud peut atteindre. 
j|2 — i^ 4. Le rapport est complètement renversé dans les tiges 
dont les feuilles n'ont pas achevé leur développement : les 
nœuds y sont moins riches en eau que les entre-nœuds. Quant 
à la répartition de l'eau dans l'étendue d'un même entre-nœud, 
que l'auteur a voulu aussi déterminer, elle affecte quatre 
formes principales : le maximum de la richesse en eau peut se 
trouver vers le milieu ou vers la base de l'entre-nœud; ou bien 
c'est un minimum que l'on constate dans l'une ou l'autre de ces 
régions. 

La répartition des cendres dans les nœuds et les entre- 
nœuds, que M. Prunet a ensuite étudiée, obéit à peu près aux 
même lois que la répartition de l'eau : suivant que leur déve- 
loppement est achevé ou incomplet, les nœuds sont plus riches 
ou plus pauvres en cendres que les entre-nœuds. L'auteur 
donne de cette coïncidence une explication qui parait fort vrai- 
semblable : il l'attribue à l'attraction que doivent exercer sur 
l'eau, grâce à leur pouvoir osmotique considérable, les sels qui 
forment les cendres. 

La répartition des acides, libres ou combinés, celle des hy- 
drates de carbone et des matières albuminoides solubles, suivent 
encore les mêmes lois. En somme, le développement caracté- 
ristique des tissus parenchymaleux au niveau des nœuds 
trouve son explication dans l'afflux considérable d'eau, de sels, 
d'acides, d'hydrates de carbone, de substances albuminoides, 
en un mot de réserves, dont ces régions sont le siège. 

Cet aperçu sommaire des résultats principaux consignés 
dans la thèse de M. Prunet en montre toute l'importance. Le 
lecteur qui aura le loisir de l'étudier de plus près pourra se 
convaincre que bien d'autres points intéressants, parmi lesquels 
la formation des bourgeons dormants, ont reçu de ce travail 
d'utiles éclaircissements. 

A. D. 



LE NATURALISTE 



LIVRE NOUVEAU 



Pizzetta (J.). — Galerie des naturalistes (1). Histoire des sciences 
naturelles depuis leur origine jusqu'à nos jours. 

La lecture de ce livre est des plus attrayantes. L'auteur a su 
résumer avec beaucoup de fidélité et de talent les progrès de 
l'histoire naturelle, depuis l'antiquité la plus reculée jusqu'à 
nos jours. Il a réussi à faire mieux qu'une œuvre de pure com 
pilation : il a traité le sujet d'une manière personnelle par le 
soin qu'il a apporté à établir les rapports généraux du déve- 
loppement delà science avec l'évolution historique, les chan- 
gements politiques, religieux et l'état de la civilisation aux 
diverses époques de l'humanité. M. Pizetta a su éviter, de cette 
manière, l'aridité et la monotonie qu'entraîne fatalement avec 
elle l'énumération des noms et des travaux de plus de deux cents 
naturalistes. Des détails sur leur vie intime et sur leur carac- 
tère, des aperçus souvent ingénieux sur la qualité de leurs 
travaux et la nature de leur esprit témoignent d'une érudition 
de bon aloi. Enfin, sans nous arrêter à relever quelques er- 
reurs portant sur des points de détail, nous louerons l'auteur 
pour son impartialité et la façon discrète avec laquelle il a su 
distribuer l'éloge ou le blâme quand il a dû traiter des natura- 
listes du xvm e et du xix e siècle. Loin de tomber dans le défaut 
de beaucoup d'auteurs d'aujourd'hui qui, cherchant trop souvent 
;i mettre en opposition des savants d'un égal mérite, n'exaltent 
les uns qu'en diminuant injustement les autres, M. Pizzetta a 
su tenir la balance égale pour tous. A ce point de vue, les para- 
graphes relatifs à Lamark, Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire mé- 



ACADEMIE DES SCIENCES 




Georges Cuvier, d'après une estampe de la Bibliothèque 
nationale. 

ritent d'être ciiés comme exemples. Nous ajouterons que cet 
ouvrage est orné de 16 beaux portraits hors texte, gravés par 
MM. Hotelin et Mo lier; nous donnons ci-contre comme spé- 
cimen le portrait de Cuvier, dont M. Hennuyer a bien voulu 
nous prêter le cliché. 

M. B. 



I In vol. in-8°dc 390 pages, orné de 10 portraits hors texte, 
prix 7 fr. 50, franco 8 fr. 25, chez l'éditeur A. Hennuyer et aux 
bureaux du journal. 



Séance du lii février. — M. L. Cayeux signale la pré- 
sence de nombreuses diatomées dans les Gaizes crétacées du 
bassin de Paris. L'étude micrographique des Gaizes permet à 
l'auteur de conclure que les Diatomées, qui prennent de nos 
jours une part si active à la confection des boues siliceuses 
des mers profondes et de certains dépôts d'eau douce, consti- 
tuaient déjà un puissant agent de sédimentation au début de 
la période crétacée. — M. A . Lacroix a observé la présence 
de la zéolithe dans les calcaires jurassiques de l'Ariège et à 
propos de dissémination de ces minéraux dans les Pyrénées, 
il fait observer qu'il y a peu de régions où il soit possible 
d'observer une aussi grande quantité de zéolithes, formées 
dans des conditions de gisements aussi différentes. A ce point 
de vue les Pyrénées méritent d'appeler tout particulièrement 
l'attention. — M. Gonzalves de Almeida annonce qu'un gise- 
ment d'ossements fossiles vient d'être découvert au Brésil dans 
la province de Rio grande do Sul. 

Séance du 22 février. — M. A. Certes a étudié la vitalité 
des germes des Organismes microscopiques des eaux douces 
et salées. En résumé, dit-il, les lois biologiques qui se déga- 
gent de cet ensemble d'observations et d'expériences sont con- 
formes aux prévisions de la théorie. Tout se passe de telle 
sorte que le repeuplement dos mares, des lacs, des étangs et 
des chotts soit assuré après comme avant les sécheresses pro- 
longées auxquels ils sont exposés, malgré la température 
développée par un soleil torride et quelle que soit la com- 
position chimique des eaux. Rien de pareil ne se produit 
pour les espèces marines qui, d'une manière générale, n'ont 
jamais à subir l'épreuve de la dessiccation prolongée. Le 
microbe, qui est le grand artisan de la putréfaction et des 
fermentations, ayant en un mot pour rôle de ramener les 
matières organiques à leurs principes immédiats, se retrouve 
partout et résiste toujours à la dessiccation prolongée — 
M. S. Jourdain communique à l'Académie par l'entremise de 
M. Alph. Milne-Edwards, le résultat des recherches qu'il :i 
entreprises sur l'Embryogénie do YOniscus murarius (Cuv.) et 
du Porcellio Scaber. (Leach). Ces recherches portent particu- 
lièrement sur le développement des appendices de ces deux 
isopodes et sur l'organe énigmatique appelé « organe dorsal », 
suivant M. S. Jourdain, cet organe ne serait qu'une dépression 
ombilicale, résultat d'une disposition particulière des enveloppes 
de l'embryon, dépression qui, mal interprétée aurait fait croire 
à l'existence d'un organe qui, en réalité, n'existe pas. — 
MM. F. Henneguy et A. Binet au cours de recherches entre- 
prises sur la structure du système nerveux larvaire de Stra- 
tiomys strigosa ont rencontré des éléments probablement 
conjonctifs non encore décrits et auxquels ils donnent le nom 
de cellules des conneclifs. 

Séance du 29 février. — M. A. Tréeul a étudié l'ordre 
d'apparition des vaisseaux, dans les fleurs du Taraxacum dens 
leonis; dans toutes les fleurs convenablement développées on 
trouve toujours plusieurs capitules dont les premiers vaisseaux 
existent seulement dans l'ovaire. Quelquefois cependant on 
rencontre des fleurs dont un ou quelqueslobes de la corolle sont 
pourvus d'une ou de quelques cellules vasculaircs, alors que 
l'ovaire n'en présente pas encore. Les vaisseaux des filets des 
étamines ne naissent qu'après ceux de l'ovaire et de la corolle. 
Ce n'est qu'un peu plus tard que se manifestent les premiers 
vaisseaux des lobes stigmatiques qui, ensuite seulement, sont 
prolongés dans le style. — M. A. B. Griffilhs a étudié et donné 
la composition chimique de l'hémocyanine du sang de Homard, 
de la Seiche et du Crabe. — MM. Costantin et Du four après 
avoir étudié la maladie des champignons de couche connue 
sous le nom de Molle montre que cette maladie résulte cle la 
présence d'un champignon parasite ou mycogone [fonte fruc- 
tifère (Chlamydospores) des Hypomyces.] D'autre fois, le 
parasite affecte la forme d'un Verlicillium mycogene. Il n'y a 
pas deux maladies distinctes ; mais le parasite peut présente! 
deux formes fructifères très dissemblables. — M. Emile Mer 
a étudié la constitution du bois de printemps et du bois 
d'automne. La structure des zones de printemps et d'automne 
(bois d'Eté) ne dépend de ces saisons que parce que l'activité 
de la couche génératrice est différente dans chacune d'elles ; 
quant à l'applatisscmcnt progressif des trachéides il s'explique 
par un arrêt de développement. — M. Gustave Chauveaud 
adresse une note sur la fécondation dans les cas de polyemt 
bryonie chez le Vincétoxicum ; la polyembryonie semble être 



LE NATURALISTE 



75 



normale et en même temps les grains de pollen présentent 
assez fréquemment clans la même espèce deux noyaux généra- 
teurs. La multiplicité des organes sexuels se manifestent donc 
dans le vincétoxicum avec un parallélisme frappant dans 
l'organe mâle et dans l'organe femelle. — M. Decagny étudie 
l'action du nucléole sur la turgescence de la cellule. — 
M. G. Rolland communique à l'Académie le résultat de ses 
études sur le régime des eaux souterraines dans le haut Sahara 
de la province d'Alger. 



A. E. Malaro. 



BIBLIOGRAPHIE 



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Anapagurus curvidactylus. — Eupagurus triangularis . 

— E. miuimus. — Clibanarius Melitai. — Cl. sene- 

galensis. 
Bull. Soc. Zool. France. 1891, pp. 252-256. 

131. Ed. Chevreux. Vibilia erratica, amphysode pélagique 
nouveau, du littoral des Alpes-Maritimes. Fig. 

Bull. Soc. Zool. France. 1892, pp. 32-35. 

132. Clarté, J. Les Oiseaux insectivores; causes et consé- 
quences de leur disparition. 

Bev. Sci. Nat. Appliq. 1892, pp. 80-85. 

133. Cuénot. L. Etudes morphologiques sur les échino- 
dermes. PI. XXIV-XXXI. 

Archiv. de Biol. XI, 1891, pp. 318-680. 

134. Cunningham, J.-T. Spermatogenesis in Myxine glu- 
tinosa. PL IV. 

Quart. Journ. Microsc. Sci. 1891, pp. 169-186. 

135. Davison, R. Descriptions of some new Species of 
Birds from the Eastern Coast of the Malayan Peninsula. 

Campophaga minor. — Gerygone pecloralis. — Ptilo- 
cichla leucogastra. — Malacopterum melano cepha- 
luni. 

The Ibis. 1892, pp. 99-103. 

136. Durham, H.-E. On Wandering Cells in Echino- 
derms, etc., more esjsecially with Regard to Excretory 
Functions. PL I. 

Quart. Journ. Microsc. Sci. 1891, pp. 81-120. 

137. Evans, Williams. Some further Notes on the Periods 
occupied by Birds in the Incubation of their Eggs. 

The Ibis. 1892, pp. 55-58. 

138. Geoffroy Saint-Hilaire. Note sur les chiens de l'île 
Phu-Quoc (golfe de Siam) importés par M. F. Doceul, 
existant à la ménagerie du Muséum. 

Rev. Sci. Nat. appliq. 1892, pp. 193-202. 

139. G-raff, G Ueber Haplodiscus piger Weldon. 

Zoolog. Anz. 1892, pp. 4-5. 

140. Graff, G. Ueber Othelosoma Symondsii Gray. 

Zoolog. Anz. 1892, pp. 7-8. 

141. Grant, O. A short Review of the Francolins belonging 
to the Gênera Francolinus and Pternistes. 

Fr. uluensis. — F. Sharpii. — Fr. Jackrani. PL 1. 
The Ibis. 1892, pp. 32-55. 

142. Guerne (de) J. La provenance exacte des Stellérides 
nouveaux des campagnes de l'Hirondelle. 

Bull. Soc. Zool. France. 1891, pp. 263-265. 

143. Harmer, S. F. On the Nature of the Excretory Pro- 
cesses in Marine Polyzoa. PL 2-3. 

Quart. Journ. Microsc. Sci. 1891, pp. 123-164. 

144. Henneguy, S. -F. Contribution à l'embryogénie des 
Chalcidiens (Note préliminaire). Fig. 

Bull. Soc. Philom. 1890-1891, pp. 164-167. 

145. Hincks, Th. Contributions towards a gênerai Historv 
of the Marine Polyzoa, 1850-91, appendix. 

Cribrilina speciosa. — Monoporella lepida. — Schigo- 
porella triangula. — Sch. tumida. — Sch. acumi- 
nata. — Mucronella porosa. 

Ann. Mag. Nat. Hist. 1891, pp. 471-478. 

146. Jourdan, Et. Sur un Epizoanthus nouveau des Açores. 

Ep. Hirondellei. 

Bull. Soc. Zool. France. 1891, pp. 269-371. 

147. Kerr, Graham. On the Avifauna of the Lower Pil- 
comayo. 

Celeus Kerri. PL 3. 

The Ibis. 1892, pp. 120-152. 



76 



LE NATURALISTE 



■1-18. Kraepelin, K. Revision der Skorpione. I. Die Familie 
der Androctonidœ. 2 pi. 
Heterobuthus N. G. — Archisometrus N. G. — Tilyo- 

leqreus N. G. — Centrurus Thoïellii. 
Jahrb. Hamburg. Wissensch. Anst. 1890, pp. 143-286. 
119. Mme Krantz, C. La pèche et la pisciculture dans le 
gouvernement de Radom. 
Rev. Sci. Nat. appliq. 1892, pp. 86-92. 
•I 50. Ludwig, Hubert. On the Dcveloppmcnt of Holothu- 
rians. 
Ann.Mag. Nat. Uist. 1891, pp. 413-427. 

151. Marchai, P. Sur un Pagure habitant une coquille 
sénés tre. 

(Neptunea contraria. Chenu.) 

Bull. Soc. Zool. France. 1891, pp. 267-269. 

152. Maury, M. Observations on the Tentacles of the Echi- 
nus. PL IV. 

Proc. Nob. Scot. Inst. 1890, pp. 479-480. 

153. Michaelsen, W. Oligochœten des Naturhistorischen 
Muséums in Hamburg. 1 pi. 

Allolobophora jassyensis. — A. Aniipse. — A. lis- 

saënsis. — Benhamia tenuis. — Preussia N. G. si- 

phonochœta. — Paradrilus N. G. Ross. — Fletche- 

rodrilus N. G. — Perionyx Gruenewaldi. — 

Perichœta sangirensis. — P. Ferdinandi. — P. Slel- 

leri. 

Jahrb. Hamburg. Wissensch. Anst. 1890, pp. 299-339. 

-154. Moniez, R. Faune des lacs sales d'Algérie (Ostracodes). 

Fig. 

Cypris ungulata. — Cypris Blanchardi. 
■ Mem. Soc. Zool. France. VI, pp. 246-257. 
155. Moynier de Villepoix. Sur la réparation de la 
Coquille chez l'Hélix aspera. 
Bull. Soc. Zool. France, 1892, pp. 30-32. 
•156. Ott, H.-N. A study of Stenostoma leucops. 

Zool. Anz. 1892, pp. 9-10. 
157. Pizon, A. Développement du système vasculaire colo- 
nial chez les Botryllidés. 

Bull. Soc. Philom. 1890-1891, pp. 183 r 186. 
•158. Perrier, Edm. Stelléridcs nouveaux provenant des 
campagnes du yacht l'Hirondelle. 

Pcdicellaster parvulus. Prognasler N. G. Grimalâi. — 
Calycaster N. G. mohecus. — Sclerasterias N. G. 
Guernei. — Slolosterias neglecta. — Hc.raster N. G. 
obscurus. — Mediastes stellatus. — Plutonaster 
granulosus. — Dylaster intermedius . 
Mem. Soc. Zool. France. VI, 1891, pp. 258-271. 
•150. D' Rabé. Observations sur les passages d'oiseaux dans 
le département de l'Yonne pendant l'année 1890. 
Bull. Soc. Sci. Nat. Yonne. 45, 1891, pp. 1-30. 
100. Railliet, A., et Lucet, A. Notes sur quelques espèces' 
de Coccididies encore peu étudiées. 
Coccidium tenellurn. — C. truncatum. 
Bull. Soc. Zool. France. 1891, pp. 246-250. 
•1 O 1 . Ranvier, L. Les éléments et les tissus du système 
conjonctif (suite), leçons laites au Collège de France. 
Journ. deMicrog. 1891, pp. 321-326. 

102. Raapail, X. Remarques sur le développement du Han- 
neton (Melolontha vulgaris) et son séjour sous terre à 
l'état d'insecte parfait. 

Bull. Soc. Zool. France. 1891, pp. 271-275. 

103. De Schaeck, F. Monographie des Francolins. 

Mém. Soc. Zool. France. IV, 1891, pp. 272-392. 

104. Seebohm, H. List of the Birds of Hcligoland as rc- 
corded by Herr Gatke. 

The Ibis: 1892, pp. 1-32. 

105. Seebohm, H. On the Birds of Tsu-sima, Japân. 

The Ibis. 1892, pp. 87-99. 
1 OO. Sibree, James. On the Birds of Madagascar, and their 
Connection wilh Native Folk-lore, Proverbs, and Super- 
stitions. 

The Ibis. 1802, pp. 103-119. 

107. Slater, Charles. On the Diïï'ercntiation of Leprosy and 
Tubercle Bacilli. 

Quart. Journ. Micro.sc. 1891, pp. 219-228. 

108. Stewart, Charles. On a Spécimen of the True Tccth 
of Ornithorhynchus. PI. 8. 

Quart. Journ. Microsc. 1891, pp. 229-231. 



109. Stiles, "W.-Ch. Sur l'hôte intermédiaire de VEchino- 
rhynchus gigas en Amérique. 
Bull. Soc. Zool. France. 1891, pp. 240-242. 

170. Thébault, V. Sur quelques particularités du Casoar à 
casque femelle. Fig. 

Bull. Soc. Philom. 1890-91, pp. 198-210. 

171. Vaillant, Léon. Note sur un nouveau genre de Silu- 
roïdes (Diastatomycter) de Bornéo. 

D. Chaperi. 

Bull. Soc. Philom. 1890-91, pp. 181-182. 

172. J. Wood-Mason et A. Alcoek. Natural History 
Notes from H. M. Indian Marine Survey Steamer « In- 
vestigator »... 

Séries II. N° 1. On the Results of Deep-sea Dredging 
duringthe Seasen 1890-91. PI. XVII. 
Echinoderma Mollusca... Porifera. 
(Nombreuses espèces nouvelles.) 
Ann. Mag. Nat. Uist. 1891, pp. 427-452. 

GÉOLOGIE, PALÉONTOLOGIE, MINÉRALOGIE 

173. Arnaud. Sur la limite tracée par Coquand entre le 
Santonicn et le Campanien. 

Bîdl. Soc. Géol. France. 1891, pp. 665-668. 

174. Clarke, M. Discovery of Clymenia in the Fauna of the 
Intumescens-zone (Naplcs beds) of Western New-York, 
and its Geological Significance. 

Cl. Neapolitana, p. 63, fig. 1-12. 
Americ. Journ. ofSci. 1892, pp. 57-63-. 

175. Daubrée. Notice sur les travaux de M. Pierre de 
Tchihatcheff. 

Bull Soc. Géol. France, 1891, pp. 662-664. 
170. Douvillé, H. Sur les caractères internes des Sauva- 
geria. 
Bull. Soc. Géol. France. 1891, pp. 669-672. 

177. Filhol, H. Note sur une portion de mâchoire de Felis 
trouvée dans la caverne du Gros-Roc, près de Saintes 

Bull. Soc. Philom. 1890-1891, pp. 177-180. 

178. Filhol, H. Note concernant l'étude d'une tète à'Anthra. 
cotherium minimum. PI. I. 

Bull. Soc. Philom. 1890-1891, pp. 162-163. 

179. Foote, A.-E. New Meteorie lron from Garrett Co., 
Maryland. PI. I. 

Americ. Journ. of Sci. 1892, p. 64. 

180. Gilpin, E.-Jr. The Dcvonian of Cape Breton. I pi. 

Proc. Nob. Scot. Inst. 1890, pp. 381-387. 

181. Honeyman, D. Glacial Geology of Cape Creton. 

Proc. Nob. Scot. lml. 1890, pp. 337-356. 

182. Kilian, W. Notes sur l'histoire et la structure géolo- 
gique des chaînes alpines de la Mauriennc, du Briançon- 
nais et des régions adjacentes (fin). 

Bull. Soc. Géol. France. 1891, pp. 609-661. 
133. Marsh, O.-C. Appendix. Skull of Torosaurus. PI. II. 

Americ. Journ. of Sci. 1892, pp. 81-84. 

181. J. Martin. Aperçu général de l'Histoire géologique de 

la Côte-d'Or. 

Mem. Acad. Dijon. 2, 1890-91, pp. 25-136. 

185. Millot, L. Note sur les Céphalopodes dibranches du 

Lias supérieur de Sainte-Colombe-lès-Avallon. 

Bull. Soc. Hist. Nat. Aulun, 4-1S91, pp. 37-59. 

180. Petersen, J- Beitrage zur Pétrographie von Sulphur 

Island, Peel Island, Hachijo und Mijakeshima. 2 pi. 

Jahrb. Hamburg. Wissensch. Anst. 1890, pp. 1-58. 

187. Petersen, J. Der Bonini. von Peel Island. Nachtrag zu 
den Beitragen zur Pétrographie von Sulphur Island 
u. s. w. 

Jahrb. Hamburg. Wissensch. Anst. 1890, pp. 341-349. 

188. Ralph, S. Tarr. Permian of Texas. 

Americ. Journ. of Sci. 1892, pp. 9-12. 

189. Sauvage, E. Recherches sur les poissons du Lias supé 
rieur de l'Yonne, zone à ciment de Vassy. PI. 5-9. 

Bull. Soc. Uist. Nat. Autun. IV, 1891, pp. 60-86. 

190. Sauvage, E. Note sur quelques poissons du Lias supé- 
rieur de l'Yonne. PI. MIL 

Bull. Soc. Géol. de France. 1891, pp. 679-680. 

G. Malloizel. 
Le Gérant: Emile DEYROLLE. 

PARIS. — 1MPR. P. LEVÉ, RUE CASSETTE. I" 1 . 



i9 !MMl". 



14 e ANNÉE 



2 e SÉRIE 



IV 1«« 



i" AVRIL 1892 



LES CHENILLES DU CHOU 



Voilà qu'elles ont encore fait parler d'elles ces bes- 
tioles! En septembre et en octobre derniers, elles ont 
cause tant de dégâts, qu'un moment les chasseurs et les 
gourmets ont craint de ne pouvoir manger leur perdrix 
aux choux cette année. 

Ah! combien plus nombreux ceux qui mangent tou- 
jours des choux sans perdrix! 

Mais il faut avouer que c'est un triste spectacle, comme 
je l'ai pu constater par moi-même dans maints champs 
des environs de Paris, de voir tous les choux déchiquetés, 
esquelettés, réduits à ne montrer, au lieu de larges, 
d'épaisses feuilles et de têtes bien pommées, que des 
cotes décharnées et des trognons dénudés. Certes! ce 
n'est pas pour obtenir ce résultat — pittoresque, c'est 
possible, mais pitoyable, c'est certain ■ — que le cultiva- 
teur a planté ses choux et ce n'est pas de semblables 
choux non plus que l'on met dans la marmite ! 

Disons donc quelques mots des chenilles du chou, en 
taisant la part de chacune dans les dégâts, dont on a 
trop souvent raison de se plaindre, i 
Pieris brassicae L. . 

La Piéride du chou doit commencer la série et se pré- 
senter la première pour qu'on lui dise son fait. 

C'est elle, en effet, la plus coupable. Ce grand papillon 
Idanc, au vol rapide et dévergondé, est loin de se can- 
tonner dans des localités restreintes ; il aime à se dépla- 
cer, à voyager. Qu'il se laisse emporter par le vent, ou 
qu'il s'élance à la recherche d'autres champs d'exploita- 
tion, il peut infester des pays souvent fort éloignés de 
l'endroit qui l'a vu naître. A différentes reprises, on a 
constaté des nuées de ce papillon traversant et obscur- 
cissant, les airs, et dont le passage durait de cinq à six 
minutes. 




Pig. 1. — Chenille, (a) et chrysalide (6) du Pieris Brassiese. 

Comment voulez-vous qu'un champ de choux résiste 
à une pareille avalanche, quand toute cette multitude 
ailée s'abat sur ces plantes ! Les feuilles reçoivent les 
pontes, puis les petites chenilles éclosent, grignottant, 
mangeant peu d'abord, quand elles sont petites. Mais, 
lorsqu'elles sont grosses, elles ne mangent pas, elles 
avalent, elles dévorent, elles engloutissent. Une à une les 
feuilles disparaissent; et ce festin pantagruélique, cette 
orgie de boustifaille, ne prend fin que lorsque l'heure de 
la nymphose a sonné. 

Alors, quelque regret qu'elles éprouvent d'abandonner 



LE NATURALISTE, rue du Bac, 46, Paris. 



une table aussi copieuse, aussi grassement servie et où 
il reste encore de bons morceaux — il faut, cependant, 
bien laisser quelque chose pour les autres, — elles s'en 
vont toutes, grasses, dodues, pleines, chercher un écha- 
las, un mur, ou tige quelconque, une simple pierre 
même, et là, après avoir trouvé une place convenable, 
tissent quelques fils, s'accrochent par les pattes anales, 
s'entourent d'un mince ceinturon et s'immobilisent, 
attendant leur transformation en chrysalide d'où, au 
bout de quinze jours ou de trois semaines, de nouveaux 
papillons blancs s'échapperont dans les airs... à moins 
qu'il n'en sorte plutôt quelque parasite. 

Car, de toutes ces chenilles, bien peu doivent donner 
leur papillon , la grande majorité n'aboutit pas. Elles 
ont mangé, dévoré les choux, mais ce n'est pas pour 
elles qu'elles ont travaillé; c'est surtout pour ce petil 
hyménoptère auquel on a donné le nom de Microgaster 
glomeratus et qui se paye le malin plaisir, après avoir 
vécu de leur substance dans l'intérieur des chenilles, de 
leur coller sur la peau tous ses petits cocons jaunes, 
connus sous le nom d'œufs de chenilles. 

Tout petit qu'il soit, cet insecte rend de grands ser- 
vices : il joue le rôle de modérateur, et c'est grâce sur- 
tout à lui que la Piéride du chou ne se propage pas 
davantage et devient même quelques années d'une rareté 
relative. 

La chenille de la Piéride du chou a deux apparitions 
par an : la première en juin, la seconde en septembre- 
octobre. Il est bon de dire que parfois on la rencontre 
beaucoup plus tard, témoin cette note de A.-C. Hervev 
dans YËntomologist de février 1883, où il dit avoir trouvé 
plusieurs chenilles de Pieris brassiese à la Noël de 1881 
et en décembre et Noël 1882. 

Cette seconde génération passe l'hiver en chrysalide. 
Les Piérides de la rave et du navet. 

A côté de la chenille d'un vert jaunâtre, portant sur le 
dos une ligne jaune nettement prononcée et de chaque 
côté une stigmatale large et jaune, dont le corps esl 
couvert de nombreux petits points noirs, quelques-uns 
tuberculeux, et de taches brunes plus ou moins arron- 
dies, surtout sur le dos, on trouve les chenilles vertes 
de deux autres Piérides : les Pieris rapse L. et napi L. 




Chenille (a) et chrysalide (b) de Pieris rapir. 



Elles portent sur le dos une ligne jaunâtre plus ou 
moins accentuée, quelquefois absente dans Pieris napi, 
plus une autre ligne stigmatale mal définie, formée de 
petites taches jaunes. Tout le corps est légèrement poilu, 
velouté, garni de petits points noirs nombreux sur le dos, 
clairsemés sous le ventre, absents même dans Pierisnapi. 

Ces chenilles qui ont à peu près les mêmes mœurs, ont 
deux générations : la première en juin, juillet; la 
deuxième en septembre, octobre; on en trouve quelque- 
fois en novembre. Je parle des environs de Paris. 



S&PSiAS* 







78 



LE NATURALISTE 




Pie 



Chenille de Pieris napi. 



Mais, si Pii'ris rapse se rencontre assez fréquemment 
sur les choux, elle y occasionne moins de degàts que la 
Pieris brassicx, quoique, cependant, elle paraisse s'atta- 
quer de préfé- 
rence au cœur 
du végétal. Aussi 
lui a-t-on donné 
le nom de ver 
du cœur. 

Quant à la Pie- 
ris napi, jamais 
elle ne sera un 
lléau pour les 
choux. Elle me 
paraît vivre plus 
solitaire, ne pas 
aimer beaucoup 
la société; du 
reste, comme on 
le sait, elle se 
dissémine au 
bois ou dans la 
plaine où elle 
est sûre de trou- 
ver nombre d'es- 
pèces de cruci- 
fères pour sa nourriture, les Sisymbrium surtout, puis 
les résédas. 

Autour de Paris, c'est le Diplotaxis tcnuifolia qui en 
nourrit le plus. 

A Paris, aux fenêtres ou aux balcons garnis de fleurs, 
jardins économiques, si appréciés des Parisiennes, se 
trouve-t-il quelque plant de capucine ; bien rare s'il n'est 
pas attaqué par les chenilles de ces deux Piérides, en com- 
pagnie de la Mel. fluctuata. Elles en raffolent. 

Avant de passer à une autre espèce nuisible aux choux, 
un dernier mot à l'adresse des trois Piérides dont il 
vient d'être question, pour les féliciter de ce qu'elles ont 
jugé à propos d'apparaître jusqu'à ce jour avec des ailes 
blanches et non jaunes! Combien elle nous ont épargné 
d'observations «judicieuses », de rapprochements « ingé- 
nieux » de considérations a élevées » en repoussant cette 
couleur jaune qu'il eût été si naturel, si rationnel pour 
elles d'admettre, puisqu'elles se nourrissent et tirent 
toute leur substance d'un végétal que l'on dit sulfureux 
par excellence ! 

Il n'y a pas à dire, elles sont blanches et resteront 
blanches. 

La Noctuelle du chou. 
Le papillon de cette Noctuelle n'est pas blanc, certes, 
tant s'en faut. Il porte sur les ailes un mélange de gris 
et de brun, quelques lignes confuses, quelques taches 
blanches à la réniforme ; mais tout cela ne lui constitue 
pas une bien belle apparence et son aspect ne llatte pas 
le regard. 

Quant à sa chenille, c'est un lléau ; elle s'adresse à 
toutes les plantes basses, ne faisant aucune distinction 
entre elles; et cette faculté de pouvoir dévorer n'imporle 
quel végétal herbacé est tellement innée chez cette bes- 
tiole, je dirai même tellement consciente, que la femelle 
ne prend pas même la peine de déposer ses œufs sur un 
végétal approprié. 

J'ai fait cette remarque déjà pour quelques espèns 
essentiellement polyphages, telles que Triphsena pronuba, 




cornes, dont on trouve quelquefois les pontes ou parties de 
pontes, sous une feuille d'arbre, au sommet d'une lige 
de graminée, sur un piquet, etc. Quand les petites che- 
nilles éclosent, elles 
ne sont, nullement em- 
barrassées; elles se 
laissent choir tout dou- 
cement, retenues par 
un fil de soie, qu'elles 
émettent en descen- 
dant; une fois à terre, 
elles se dispersent. 
Comme elles sortent 
de l'œuf avec douze pat- 
tes seulement, les 
quatre premières ven- 
trales étant rudimen- 
laires, elles marchent 
en arpenteuses et vont 
assez vite. 

En septembre der- 
nier, j'ai reçu de M.E. 
Lelièvre une graine de 
raisin, garnie d'une 
ponte de Mamestra bras- 
siez L. : ce fait confir- 
me précisément ce que 
je viens de dire au su- 
jet de l'insouciance des 
femelles pour leur pro- 
géniture. L'œuf de cet- 
te Noctuelle est une 
sorte de sphéroïde a- 
plali surtout à la ba- 
se; la surface est can- 
nelée ou à côtes assez 
nombreuses. 

Il est très différent, 
par conséquent , de 
ceux des Piérides, qui 
sont allongés, amincis 
au sommet, et qu'on pourrait appeler lagéniformes, 
car ils affectent assez exactement la forme d'une bou- 
teille. 

La chenille de Mamestra brassiese est d'abord d'un blanc 
verdàtre dans son jeune âge ; mais, après la quatrième ou 
la cinquième mue, la plupart revêtent une autre livrée : 
le dos surtout se rembrunit et quelques-unes deviennenl 
d'un brun foncé. 

Elles se cachent bien un peu pendant le jour, mais pas 
toujours, et quand cela leur plaît, elles mangent bien à 
toute heure. 

Pour se chrysalider, elles s'enfoncent un peu en terre 
et se forment une coque peu consistante. 

Cette Noctuelle a plusieurs générations par an. 

Pionea forficalis L. 

En raison de sa petite taille, cette botyde ne peut pas 
être considérée comme aussi nuisible que les espèces 
précédentes; mais soyez persuadés qu'elle fait bien toul 
ce qu'elle peut pour détériorer les choux. 

Elle est d'un aspect vitreux, d'un vert jaunâtre à vas- 
culaire verte et stigmatale blanchâtre ; précédant celte 
ligne et placé au-dessus de chaque stigmate, un pros 
point noir luisant, se voit sur chaque segment, à partir 



I 



Fig. i. — Chenille du Tripliaena 
pronuba. 



LE NATURALISTE 



79 



du second. Cette chenille se tient ordinairement ramassée 
sur elle-même; elle est renflée au milieu et atténuée aux 
extrémités; ses pattes membraneuses sont du genre de 
celles que Réaumur dénommait « jambes de bois ». 

Elle vit entre les feuilles ou dans les replis, les cavités 
des feuilles, abritée par quelques fils de soie qui arrêtent 
ses excréments et donnent un aspect assez dégoûtant 
aux choux qu'elle attaque. 

Cette espèce a deux générations : la première en juin; 
la seconde en septembre, octobre. Les chenilles de cette 
«.econde génération passent l'hiver dans leur cocon et 
ne se chrysalident qu'au printemps. 

l'alucite xylostelle 
(Plutella cniciferarum Z.) 

Cette toute petite tinéite n'a jamais été signalée en 
France comme désastreuse pour les choux, quoiqu'il soit 
certain qu'elle s'en nourrisse; mais je tiens à rappeler 
qu'en 1837, M. Desjardins l'a signalée à la Socie'te' ento- 
mologique de France, comme dévastant les choux de 
l'île Maurice. 

Il est inutile, n'est-ce pas, de parler d'autres ravageurs 
du chou. En voilà bien assez, en voilà plus qu'il n'en 
faut pour mettre à mal nombre de plants de choux. 

Cependant, il faut bien mentionner au moins le nom 
de la Triphsenapronuba, qui, pendant l'automne et l'hiver 
ne se prive pas de les endommager; de la Mamestra ole- 




5. — Chenille de Plitsia gamma. 

raeea, qu'on est presque certain de rencontrer où il y a 
un dommage de causé dansun jardin sur les plantes bas- 
ses ; enfin, de VAgrotis saucia et de la Plusia gamma : ces 
bêtes sont capables de tout, et lorsqu'elles tombent sur 
la « grosse légume » dont il est ici question, il est in- 
contestable qu'elles en font leurs « choux gras » ! 

P. Chrétien. 



DEUX CAS D'ALBINISME 



Monsieur le directeur, 
J'ai lu dans un dernier numéro du Naturaliste les deux cas 
d'albinisme que M. Fradin signale dans deux perdreaux et dans 



une bécasse. Je puis ajouter deux autres cas qui paraîtront, 
je crois, assez intéressants. 

1° Au mois de septembre dernier je me trouvais en Suisse, 
à Waltringen (canton de Berne). Par une belle matinée, entre 
neuf à dix heures, j'ai pu observer sur une haie un moineau 
commun entièrement blanc. Le jour suivant je remarquai une 
troupe de moineaux dans une prairie. Il y en avait à peu près 
une vingtaine: parmi eux, deux étaient d'un blanc pur, sauf 
quelques taches sur les ailes et à la pointe de la queue. Je ne- 
pus malheureusement m'emparer de ces intéressants oiseaux, 
étant dépourvu d'arme, et, d'autre part, la chasse étant inter- 
dite. 

2° Un de mes amis, M. Ostorero possède depuis quelque 
temps un merle d'un blanc très pur. C'est un très bel exem- 
plaire mâle qui chante fort bien, quoique sa voix, chose assez 
curieuse, ne paraisse pas aussi forte que dans les individus 
communs. Sa gamme est bien plus douce et harmonieuse que 
dans l'espèce ordinaire. Les pattes sont d'un blanc rosé ; son 
bec est jaune clair, les paupières rosées, mais ses yeux soin 
aussi noirs que dans les merles communs. C'est un oiseau très 
doux et familier, aussi charmant à le voir qu'à l'entendre 
chanter. 

Je me permettrai quelques considérations sur mes moineaux 
de Suisse. Le fait d'avoir rencontré ces trois individus blancs 
ou presque blancs, dans la même contrée, me fait supposer 
qu'ils devaient être le produit d'une seule couvée. Mais comment 
expliquer le hasard d'une couvée toute d'albinos? Il faudrait 
que les parents, ou un seul pour le moins eût déjà quelque 
caractère d'albinisme. S'il n'en est point ainsi il faut faire 
remonter la chose à l'atavisme. C'est, je crois, le même cas 
des perdreaux do M. Fradin, car je ne crois pas qu'on puisse 
faire dériver ce fait du pur hasard. 

Jean Marins Bertoldo 
(de Turin). 



NOTES SUR QUELQUES OISEAUX 

Dans les notices suivantes, il m'a paru utile de résu- 
mer quelques faits nouveaux signalés dans des publica- 
tions étrangères et qui ont rapport à la classification el 
à la biologie des Oiseaux. 

Il existe en Australie des Pigeons terrestres (Geophapx) 
qui paraissent différer sous certains rapports des autres 
Oiseaux de cet ordre. En ces derniers temps, on avait 
même proposé de les séparer complètement des Columba.-. 
Le Jardin de la Société zoologique de Londres vient 
d'élever ces Pigeons. D'une communication (1) de 
M. Sclater, il résulte que leur développement ne diffère 
guère de celui des autres genres. 

En 1878, M. le professeur A. Newton exposa à la So- 
ciété zoologique de Londres un hybride provenant du 
Grouse scoticus (Lagopvs) et du Tétras ptarmigan (Lago- 
pus alpinus). D'après le « Zoologist » un nouvel exemple 
de croisement entre ces deux Tétras vient d'être observé 
en Angleterre. 

Un correspondant du « Land and Waler » annonce que 
le garde-chasse de Rotherfield Park, près d'Alton a tué. 
dans les premiers jours de février, un exemplaire de 
YArdea minor. Ce petit Héron qui habite les États-Unis 
s'est montré cinq ou six fois déjà dans la Grande-Bre- 
tagne. Depuis vingt ans environ, il n'a pas, que je sache. 
été signalé. Suivant les observateurs, le vol de cette 
espèce est lourd ; elle se repose à chaque instant. L'in- 
térêt est d'autant plus grand de la voir émigrer d'Amé- 
rique jusqu'en Angleterre. 

D'après le « Newcastle Weekly Chronicle » la possibilité 
d'élever et de voir reproduire le Roi de Cailles (Crex pra- 
tensis) en captivité est maintenant établie. M. A. Shiels 

(1) Proceedings of the Zoological Society of London (Séance 
du 2 février). 



KO 



LE NATURALISTE 



de Belfast obtint une couvée de cinq jeunes, dont deux 
se blessèrent et moururent par accident, mais dont les 
trois autres se portent à merveille. 

Rencontrer des bouchons de liè^e, en place d'œufs, 
dans un nid habite' par des Oiseaux, paraît être un fait 
bien extraordinaire. M. Brownswood nous commu- 
nique (1) cette curieuse trouvaille, qu'il a faite l'été der- 
nier à Sainte-Anne près de la mer, dans le Lancashire. 

Au mois de mai, M. Brownsvvood découvrit un nid du 
Pluvier à collier (JEgialites hiaticula). La femelle qui 
couvait s'envola. Le nid contenait, quatre bouchons pro- 
venant de bouteilles de bière et, ramassés par l'Oiseau sur 
le rivage. M. Brownswood les enleva. Quelques jours 
plus tard il en retrouva quatre dans le nid. Il les rejeta 
de nouveau. Au mois de juin, il y en avait six. On aurait, 
pu croire avoir affaire à quelque plaisanterie de la part 
d'un promeneur. Pourtant la femelle se tenait, conscien- 
cieusement, sur ses bouchons comme sur ses propres 
œufs. 

Un jour, en se tenant caché, l'observateur a pu sur- 
prendre l'Oiseau comme il rapportait dans son bec un 
bouchon qui lui avait été enlevé quelques instants aupa- 
ravant. M. Brownswood ayant dû quitter cette localité, 
nous ne sommes pas renseignés sur la suite de cette 
■ •Irange manœuvre de la part du Pluvier. 

Le colonel Wilson signale dans 1' « Asia » une Bécasse 
blanche (Scolopax rusticola) qu'il a tuée près de Null aux 
Indes. Les cas d'albinisme chez les Echassiers, et particu- 
lièrement dans les Scolopacidœ s"observent rarement. Je 
rappellerai pourtant, que l'on peut revoir dans les collec- 
lions du Muséum de Paris deux albinos du même Oiseau, 
dont l'un, originaire des Ardcnnes, est presque totale- 
ment blanc. Tout récemment, M. P. Fradin a signalé (2) 
une Bécasse entièrement blanche tuée près deParthenay 
en France. M. Gadeau de Kerville décrit ;(3) aussi une 
bécassine blanche (S. gallinago). En 1890, un exemplaire 
partiellement albin du Gallinago cochotis fut rencontré 
dans le Norfolk. On le conserve au Musée britannique. 

D'après les « Note* frora the Leyden Muséum », les Pics 
causent parfois certains dégâts aux lignes télégraphiques . 
Kn 1881, à l'exposition d'électricité de Paris, on a pu 
voir un poteau provenant de Norwège avec un trou de 
7 cm., de diamètre qui était l'œuvre d'un Pic. Récem- 
ment, on observa de nouveau, à Java, comme ces grim- 
peurs (Picus analis) perforent les arbres ( Eriodendron an- 
fractuosum, Tcctona grandis) que l'on utilise pour suppor- 
ter les fils. Sur ce dernier bois, aussi dur que du fer, 
ils pratiquent de grands Irous, surtout près de l'isola- 
teur. 

On suppose que l'Oiseau se trompe en prenant le 
bourdonnement, que l'on entend parfois dans l'intérieur 
dos supports pour le bruit, de quelque Insecte à tarière. 
De même, en Scandinavie, il arrive souvent que les 
poteaux de télégraphe sont arrachés; les pierres qui -ser- 
vi -ni à les consolider sont rejetées de tous côtés. Ici, on a 
surpris l'Ours au travail. Cet aimable plantigrade pense- 
l-il avoir affaire au bourdonnement des Abeilles? 

F. DE SCHAECK 



(I) Los observation» détaillées ont paru dans le Zoologist 
ii revue Land and Water et d'autres journaux anglais. 

(2j Le Naturaliste n« 119. (1892) page 46. 

(3) Bulletin Soc. amis se. natur. Km/ru, xxvni (1891), 
page 7-8. 



Nouveau procédé de production de l'Opale artificielle 



Beaucoup d'expérimentateurs ont essayé la reproduc- 
tion artificielle de l'opale ou silice hydratée et les mé- 
thodes qu'ils ont, mises en œuvre, avec des succès d'ail- 
leurs fort divers, sont extrêmement variées. 

C'est à Ebelmen qu'on doit la première opale artili- 
cielle ayant la composition, la dureté, la densité et la 
translucidité du minéral à reproduire. Son procédé, qui 
certainement n'a jamais été employé par la nature, con- 
siste à décomposer l'éther silicique soif par la chaleur 
soit par l'eau. La décomposition ignée fournit une es- 
pèce d'hydrophane, c'est-à-dire une matière opaque 
quand elle est sèche mais qui devient translucide dès 
qu'elle est mouillée. L'autre méthode donne naissance, 
quand la réaction est suffisamment lente, à des masses 
tuberculeuse transparente et possède tous les caractères 
extérieurs de l'opale, bien que la densité, égale à 1,77 
soit quelque peu inférieure à celle du produit naturel. 

Par l'action très lente du silicate de potasse dissous sur 
une lame de gypse, dans un flacon non bouché, Becquerel 
a déterminé la formation d'une variété intéressante 
d'opale. C'est un dépôt pulvérulent, blanc, résultant de la 
décomposition, par l'acide carbonique atmosphérique, 
du silicate de chaux lentement produit et qui, renfer- 
mant 12 0/0 d'eau, est assez dur pour rayer nettement 
le verre. 

Becquerel est aussi le premier qui ait appliqué la poro- 
sité à la reproduction de l'opale : il fît, réagir au travers 
d'une cloison poreuse de l'acide chlorhydrique étendu sur 
du silicate de potasse en solution aqueuse, et obtint, des 
lamelles transparentes, rayant le verre et ayant les pro- 
priétés hydrophaniques dont nous parlions tout «à l'heure. 

Bien plus récemment M. Monier a superposé et non 
mélangé une solution très lourde de silicate de soude 
et une solution étendue d'acide oxalique et il a vu se 
faire, à la surface de jonction, des croûtes de silice hy- 
dratée ayant avec l'opale d'intéressantes analogies. C'est 
une matière résistante, plus dure que le verre, bien 
qu'elle contienne 2.Ï 0/0 d'eau. Elle happe fortement à 
la langue, s'effleurit à l'air, se dissout dans les les- 
sives alcalines à l'ébullition et jouit d'une densité de 
1,97 égale à celle des variétés naturelles. 

Il faut enfin citer les expériences de M. Fremy, où le 
silicate de potasse à, divers degrés de concentration a 
été décomposé comme ctans les expériences de Becque- 
rel par des acides étendus, et mentionner spécialement 
l'emploi de l'acide sult'urique dilué. Parfois les produits 
avaient l'apparence extérieure du quartz, mais consis- 
taient pourtant en hydrates solubles dans les lessives al- 
calines. 

En présence de ces différents résultats je me suis 
demandé si l'on ne pourrait par se rapprocher dos pro- 
duits naturels en opérant avec le moins d'eau possible et 
en mettant en face de la silice, au momentoù elle fend à 
s'isoler, quelque substance particulièrement avide d'hu- 
midité. 

Comme le montre la figure 1, l'expérience consiste à 
immerger dans du silicate de soude sirupeux un vase 
poreux de pile électrique rempli d'acide sulfurique fu- 
mant dit de Nordhauson. 

En moins de quarante-huit heures, tout le silicate al- 
calin est remplacé par une matière grenue, hyaline, 



LE NATURALISTE 



81 




Ki}.'. 1. — Production artificielle de l'o- 
pale. La conserve de verre contient 
une solution sirupeuse de silicate de 
soude ; le vase poreux est rempli d'a- 
cide sulfurique de Xordhausen. 



incolore et fragile. Après une ébullition prolongée dans 
l'acide sulfurique ordinaire renouvelé plusieurs fois, on 
constate que tout le sulfate de soude a été extrait et la 

substance ne con-. 
tient plus que de la 
silice avec une pe- 
tite quantité d'eau. 
On a d'abord ex- 
trait l'acide sulfu- 
rique interposé en 
soumettant la ma- 
tière à un courant 
de gaz inerte (hy- 
drogène) dans un 
tube chauffé à 110 
degrés ; ensuite on 
a constaté qu'on 
peut, sans inconvé- 
nient, faire tous les 
lavages à l'eau dis- 
tillée bouillante 
sans modifier le 
produit. 

Le dosage de l'eau 
a donné comme 
moyenne de trois 
opérations : o,69 p. 
100, ce qui est in- 
férieur à ce que 
donnent la plupart des silices précipitées. Mais il faut 
ajouter que tous les grains ne sont évidemment pas hy- 
dratés au même degré. En effet le résultat de la calci- 
nation montre des parties qui sont devenues opalines et 
opaques tandis que d'autres très nombreuses sont restées 
absolument hyalines et transparentes. Ces dernières bien 
qu'elles soient solubles, dans les lessives alcalines con- 
centrées, se montrent extrêmementactives sur la lumière 
polarisée. On n'y voit pas de formes cristallines mais 
des cassures planes qui rappellent des clivages et qui 
donnent aux fragments une forme allongée ; l'extinction 
se fait' suivant l'allongement. Beaucoup de cassure sont 
conchoïdales. On retrouve tous ces caractères dans l'o- 
pale de Pont-du-Chàteau (Puy-de-Dôme). 

Parmi les porlions qui ne se modifient aucunement 
par la calcination au rouge blanc dans le creuset de pla- 
tine, il faut mentionner des plaquettes minces à sur- 
faces parallèles, souvent larges de plus d'un centimètre, 
et dontl'aspect simule à s'y méprendre celui de lamelles 
de verre. Elles donnent entre les niçois croisés des 
croix noires comme celles de l'opale sphérolithique et 
que reproduit la figure 2. 

Dans de nouvelles expériences, j'ai reconnu qu'en pla- 
çant l'appareil de la figure 1 dans un bain de sable chauf- 
fé à 150 degrés environ, on obtient un produit où la si- 
lice hydratée est mélangée d'une forte proportion de 
silice insoluble dans les lessives alcalines même con- 
centrées et bouillantes et rayant le verre à la manière 
du quartz. 

Ces dernières tentatives peuvent paraître d'autant plus 
intéressantes que, dans la nature, des variétés d'opale 
1res différentes les unes des autres par la proportion de 
leur eau constitutive sont associées dans un même 
gisement. C'est spécialement ce qui a lieu dans les cra- 
tères des geysers ou à leur voisinage, où la substance 
constituante est qualifiée de geysérite. 



Aussi dans le Heart Lake Bassin qui fait partie de la 
région du Parc national des Etals-Unis, M. Peale a 
trouvé une géode dont les régions externes étaient une 
geysérite fort peu hydratée décrite en 1872 par M. End- 







Fip-, 1. — Esquille d'opale artificielle observée entre les ni- 
çois croisés à un grossissement de 60 diamètres et montrant 
des branches d'hyperbole sombres et tournantes. 

lich sous le nom de pealite, tandis que les parties in- 
ternes étaient remplies d'une demi-opale. C'est une ob- 
servation conforme, comme on voit, à cette opinion de 
Bischof que l'opale peut être comparée à une masse so- 
lidifiée de silice gélatineuse dans laquelle, selon la du- 
rée de la dessiccation, la proportion d'eau combinée 
varie dans de larges limites. La série constituée par les 
geysérites et la pealite semble donc devoir se continuer 
par l'hyalite qu'on a trouvée par exemple dans le Gibbon 
Bassin, près du grand geyser et dans les geysers de 
Black Sand, dans le bassin supérieur de la Fire Hole; 
près de l'Union Geyser et de la source de Yellow Crater. 
dans le Basin de Shoshone sur le White Creek, etc., tan- 
dis qu'elle aurait pour terme le plus hydraté la curieuse 
substance que les lithologistes américains désignent 
sous le nom de viandite (1) et quia les analogies les plus 
manifestes avec la silice gélatineuse des laboratoires. 

Stanislas Meunier. 



Suites à la Flore de France 

DE GRENIER ET GODRON 



Mentha Afiïlleriana F. Schultz in Unter- 
suchungen ùber die Arten, Abarten und Bastarde 
der Gattung Mentha, in Jahresb. d. Pollichia, XIF, 
p. 37 ; Malin\aud Études sur le genre Mentha, 
p. 34-36; Briquet Fragm. monogr. Labiat, I, p. 38. 
— Cette Menthe appartient, de môme que les M. sta- 
chjoides Host, M. scordiastrum F. Schultz, M. mol- 
lis F. Schultz, M. Wolwert/iianaF. Schultz, M. Ca- 
rint/riacz Bor. (an Host?), M. Schultzeana Rony 
[=M. arvensis var. micrant/taF . Schultz, non M. mi- 
crantha Fisch.), M. subtomentosa Strail, M. trie- 
marginata Strail, à la série des hybrides produits 
par le croisement du M. arvensis L. avec le M. ro- 

(1) Pour plus de détails sur ce minéral, voyez mon récent 
volume : les Méthodes de synthèse en minéralogie, p. 21 et 53. 



Si 



LE NATURALISTE 



tundifolia L. — Ces hybrides sont ainsi caractérisés: 
Plantes ± abondamment velues, à poils simples 
entremêlés de poils rameux. Tige de hauteur varia- 
ble, ascendante ou couchée, à axefloral terminé 
le plus ordinairement par un faisceau de feuilles. 
Feuilles rugueuses, velues, très courtement pétiolées 
ou suhsessiles, glanduleuses en dessous, ovales ou 
suborhiculaires à dent terminale aiguë ou obtusius- 
cule, toutes lâchement dentées. Fleurs disposées le 
long de la tige en verticilles, tous ou les inférieurs 
et les moyeDsau moins placés à l'aisselle des feuilles; 
bractées à poils épars, linéaires-lancéolées, plus 
courtes que les fleurs. Pédoncules glabres ou munis 
de quelques rares poils. Calices ovales-campanulés, 
abondamment poilus, glabres intérieurement, à 
dents étroitement lancéolées-aiguës, dressées, à 
peine plus courtes que le tube . Corolles lubuleuses- 
campanulées, glabres à l'extérieur et à l'intérieur, 
mais un peu pubescentes à la gorge, à lobes étalés, 

Ces Mentha, à aspect si caractéristique et qui 
présentent pour la plupart des variétés à éfamines 
incluses et d'autres à étamines exserles, se distin- 
guent immédiatement du M. rotundifolia par la 
disposition de l'inflorescence qui est le plus souvent 
tout à fait celle du M. arvensis, la forme et la vil— 
losité différente des feuilles, la présence de poils à 
la gorge de la corolle, etc. Elles se rapprochent bien 
plus du M. arvensis, mais elles s'en séparent faci- 
lement par la pubescence rugueuse, à poils simples 
entremêlés de poils rameux ou bifurques au sommet, 
les calices à dents lancéolées, dressées (et non trian- 
gulaires-aiguës, étalées), les feuilles plus courtement 
pétiolées ou subsessiles, etc. 

Mais il est plus difficile de reconnaître les diverses 
formes produites par l'hybridation des M. arvensis 
et M. rotundifolia. On doit, selon nous, et en accep- 
tant notre opinion déjà souvent exprimée que le 
nom du parent auquel ressemble le plus l'hybride 
doit être placé le premier, considérer comme des 
M. rotundifolia- arvensis {M. rotundifolia > ar- 
vensis) les M. Wolwerthiana et Mûlleriana^. feuilles, 
même les supérieures, plus rugueuses et larges ou 
très larges à la base, subtronquées ou cordiformes, 
subsessiles, à poils crépus en dessous et souvent 
presque tomenteuses, et les dents du calice un peu 
plus étroitement lancéolées, surtout le M. Wolwer- 
thiana à verticules florifères supérieurs souvent très 
rapprochés et formant presque une grappe termi- 
nale allongée. Le M. Mûlleriana s'en sépare ± bien 
par ses feuilles supérieures plus largement tronquées 
ou cordiformes, plus rarement un peu atténuées à la 
base, à dents plus aiguës et plus étalées, les verti- 
cilles florifères plus écartés, les calices plus ovales 
et plus courts. — Les M. stachyoides, mollis, scor- 
diastrum, subtomentosa, triemarginata, Schultzeana 
sont des M. arvensi-rotundijolia (M. rotundifolia 
C arvensis). Ils sont surtout caractérisés par des 
feuilles plus petites, peu profondément dentées mais 
plus régulièrement, sensiblement plus étroites, plus 



nettement pétiolées et ± atténuées à la base, cen- 
drées en dessous, à pubescence moins rugueuse et 
à nervation réticulée presque nulle, les calices à 
denlsplus courtes et un peu plus larges, enfin parleur 
port qui est à peu près celui d'un M. arvensis. On 
peut les séparer en deux groupes, celui qui com- 
prend les hybrides du M. rotundifolia avec des 
formes de M. arvensis à feuilles larges, subcordi- 
formes, arrondies ou brusquement atténuées à la 
base (M. agreslis Sole, Scribœ F. Schultz, etc.) ou 
avec des formes à feuilles étroites, lancéolées, lon- 
guement atténuées à la base [M. Austriaca Jacq., 
M. pulchella Host, M. defiexa Dumort, etc.). Au 
premiede ces groupes appartient le M. Carinthiaca 
Bor., an Host? (M. triemarginata Strail), qui pré- 
sente presque le port du M. Mûlleriana, mais a 
cependant les feuilles inférieures moins larges à la 
base et plus atténuées sur le pétiole un peu plus 
long. Le second groupes comprend les autres Men- 
thes citées, et si nous mettons à part le M. Schult- 
zeana Rouy (M. arvensis var. micrantha F. Schultz 
non M. micrantha Fisch.)reconnaissable par sa taille 
réduite, ses tiges rameuses souvent dès la base, les 
entrenœuds très rapprochés, les feuilles petites, 
brièvement pétiolées et arrondies à la base, les su- 
périeures aiguës, les autres obtuses, laiblement 
dentées, il ne reste plus que le M. stachyoides Host 
avec ses variations M. mollis F. Schultz (M. subto- 
mentosa Strail) et M. scordiastrum F. Schultz auquel 
je rattache le M. rotundifolia angustata F. Schultz 
(Herb. norm., n° 1194), dont les parents ont sans 
doute été mal définis par Schultz, car ce Mentha 
qui a tous les caractères d'un M. rotundifolia < ar- 
vensis, ne laisse nullement soupçonner comme 
ascendant le M. angustata qui est un hybride de 
['arvensis et de Yaquatica. Le M. mollis se dis- 
tingue du M. scordiastrum, dans ses exemplaires 
les mieux caractérisés, par les feuilles plus larges, 
les verticilles plus écartés, les tiges plus développées, 
les fleurs plus pâles; mais F. Schultz lui-même, 
ayant observé des passages évidents entre les deux 
plantes, a dû se borner à ne plus faire du M. mollis 
qu'une variété laxa du M. scordiastrum (1). 

Il nous reste à donner les habitats français de ces 
diverses Menthes. 

M. Wohverthiana F. Schultz Herb. norm, , n° 11 7, 
117 bis (vai . inclusa), 335 (var. exserta) ; Malinvaud 
Mentlm exsicc, n° 66 (var. inclusa). — Alsace : 
Environs de Wissembourg (herb. R., P. Miiller). — 
Hautes- Pyrénées : Champs humides près de 
Lourdes (herb. R., Boutigny). — Haute- Vienne : 
(Lamy de la Chapelle sec. Malinvaud). 

M. Mûlleriana. — Herb. R., F. Schultz Herb. 
norm., n° 118 et H8bis (Palatinat bavarois); Ma- 
linvaud Ment h ce exsicc. n° 68 (même localité). — 
Aube : Marais tourbeux de Droupt-Sainte-Marie 
{herb. R., P. Hariot.) — Isère : Champs au-des- 

(1) Voir \c Naturaliste du 15 avril 1891. 



LE NATURALISTE 



83 



sous des Jacques, à Dionay (herb. R., Ed. Marçais 
sue. nom. M. arvensis,/. latifolia, ap. Ch. Magnier 
Flora selecta, n° 646). — Allier : Prairie des 
Gazêriers, canton d'Ebreuil (Lamotte). — Cor- 
rèzk : Environs de Brive (herb. Lamotte). — Vau- 
cluse : Avignon (Requien, sec. Malinvaud). 

M. Carinthiaca. — Exsicc, Billot, n° 3749; 
Malinvaud Menthes exsicc, n° 69. — Seine-et- 
Marne : Bords des champs et fossés de la route de 
Bray, entre Protins et Longueville (Damiens ; 
herb. R.. Malinvaud). — Indiqué par MM. Paillot 
et, Vendrely à Nans (Dours), ainsi que le M. Wol- 
irerthiana. 

M. Schultzeana. — F. Schultz herb. norm., n° 126; 
Malinvaud Menthce exsicc, n° 70. — Alsace : Pâ- 
turages près de Wissembourg , avec le M. Pulegium 
(herb. R., F. Schultz). — Seine-et-Marne : Pâtu- 
rages entre Provins et Longueville [herb. R.) Malin- 
vaud. — Loire-Inférieure: Clermont-sur-Loire 
(Gadeceau). 

M. scordiastrum. — F. Schultz Herb. norm., 
n° 727 ; et 1114 (sub. nom. M. rotundifolia angus- 
tatœ) ; Malinvaud!few^<£ exsicc, n° 72. — Alsace : 
Collines près de Wissembourg (herb . R , F. Schullz). 
— Seine-et-Marne : Lieux/rais et ombragés entre 
Provins et Longueville (herb. R., Malinvaud). 

M. mollis. — Herb. R., F. Schultz Herb. norm., 
n° 1116, et Malinvaud Menthœ, exsicc, n° 71. — 
A lsace : Bords des champs près de Wissembourg . 

G. Rout 

{A suivre.) 



ROTIFERES 

ORGANISATION ET FAUNE DE LA ROUMANIE 

(Suite et fin) 



LISTE DES ESPÈCES TROUVEES JUSQU'A CE JOUR EN ROUMANIE 

Quinze genres représentés par 23 espèces ; 

A. Ordre Rliizota. 

Famille MELICERTAD/E. 

Genre : œcistes (Ehrb.) 

1° OE. serpentinus, 

B. Ordre Bdelloïda, 

Famille PHILODINADyE. 

Genre : philodina (Ehrb.) 

2° Ph. roseola, 
Genre : rotifer (Schrank.) 

3° R. /ardus. 

4° R. macrurus. 
Genre : actinurus (Ehrb.) 

5° Ac. Neptunius. 

C. Ordre IMoïnia, 

Famille TRIARTHRAD.E. 

Genre : triarthra (Ehrb.) 

6° Tr. longiselo. 
Famille HYDATINAD^E. 

Genre : hydatina (Ehrb.) 
7° Ily. senla. 
Genre : notops (Hudson.) 

8° N. hyptopus. 
Famille NOTOMMATADJ3. 

Genre : notommata (Gosse.) 
9° No. ansata. 
Famille RATTULIDyE. 

Genre : mastigocerca (Ehrb.) 
10° M. bicornis. 



Famille DINOCHARID.E. 

Genre : scaridium (Ehrb.) 

11° Se. longicaudum. 
Famille CATHYPNAD^E. 

Genre : monostyla (Ehrb.) 

12° M. lepadella. 
13° M. lunaris. 
14° M. solidus. 
13° M. tentaculata (n. sp.) 
Famille PTERODINAD^E. 

Genre : pterodina (Ehrb.) 
16° P. patina. 
Famille BRACHIONID.E. 

Genre : brachtonus (Ehrb.) 

17" B. urceolaris . 
18° B. rubens. 
19° B. Dorcas. 
20° B. amphiceros (n. sp.) 
Famille ANUR^EAD^E. 

Genre : anurea (Gosse.) 

21° A . cochleuris. 
22° A. aculata. 
Genre : notolca (Gosse.) 

23° N. equispinata (n. sp.) 
Si nous comparons cette liste à celle publiée par M. le D r A. 
Wierzejski, de l'Université de Cracovie (V. Bulletin de la So- 
ciété Zoologique de France, t. XVI, n° 1, p. 32), pour les Roti- 
fères trouvés en Galicie (proche de la Roumanie), nous voyons 
que la faune de Galicie renferme 26 genres et 30 espèces dont 
9 genres communs et 17 différents contre 6 pour la Roumanie . 
Parmi les espèces, 11 communes aux deux pays et 39 en Gali- 
cie, contre 12 en Roumanie, différentes. 

D 1 ' Léon C. Cosmovici. 



Tableaux dichotomiques 
pour déterminer les Lépidoptères d'Europe 

DU GENRE COLIAS 



ABREVIATIONS 

inf. = Ailes inférieures. 
si/p. = Ailes supérieures. 
tc/i. := Tache dise. =: discoïdale. 
COLUS F. 

1. — Bordure noire des sup. bien tranchée. Le fond clair, non 

saupoudré de noir, ou seulement la base des sup. et les 
inf. sont couvertes d'une poussière noire. 
Bordure noire des sup. plus ou moins fondue avec la teinte 
générale. Le fond clair saupoudré d'une poussière noire. 

2. — Fond chez le cf d'un jaune verdâtre ; la bordure noire 

divisée par un rang de taches de couleur du fond. Sup. 
avec la tch. dise, noire pupillée de blanc en dessous. La 
$ a le fond des ailes d'un blanc sale ou jaunâtre. Les 
taches jaunes dans la bordure noire très grandes, for- 
mant souvent une bande, surtout sur les inf. ou cette 
bande est à peine limitée en arrière par un liséré noir. 
Environ 40-43 m/m. —Alpes, Pyrénées, Carpathes. Juil- 
let, Août. 

Phieonione. Esp. 

Ressemble à l'espèce précédente. Le fond est d'un jaune plus 
foncé, quelquefois glacé de violet. Sup. avec la tch. dise, 
noire, peu visible en dessous. Tch. dise, des inf. d'un 
orange très pâle, en dessous elle est petite, rougeâtre et 
pupillée de blanc. Les taches jaunes de la bordure noire 
des sup. petites et oblongues, formant une rangée régu- 
laire. Inf. plus pâle que les sup. ; leur dessous d'un vert 
foncé, avec le bord extérieur plus clair. Le fond chez la 
$ plus clair avec les taches marginales plus grandes et 
plus marquées. Var. Werdandi Zet. de la Laponie mon- 
tagneuse et de la Suède est plus grande et moins sau- 
poudrée de noir. Le fond chez le (f 1 d'un blanc verdâtre, 
saupoudré à la base des inf. d'un vert foncé. La tache 
dise, des sup . très étroite, linéaire ; celle des inf. à peine 
visible. La 9 plus pâle ; la bordure noire plus large avec 
les taches claires bien marquées; Sup. avec la tch. dise. 
grosse, elliptique et pupillée de blanc ; celle des inf. 
orange. Dessous des inf. d'un vert bleuâtre foncé avec 



84 



LE NATURALISTE 



une rangée de l-b taches pâles et quadrangulaires, pré- 
cédant le bord extérieur. Environ 40-45 m/m. Laponie 
boréale. 

\iisics B. 

3. — Bordure noire des sup. sans lâches, divisée tout au plus 
par îles nervures jaunes. 
Bordure noire des sup. divisée par des taches de la couleur du 
fond. 
I. — Dessus d'un jaune orangé ou d'un rouge orange vif; 
ordinairement avec une. tache pulvérulente, ovalaire, 
située au bord antérieur des inf. près de la base. 
Dessus jaune ou blanchâtre sans la tache pulvérulente au bord 
antérieur des inf. 

5. — Inf. avec la tache pulvérulente au bord antérieur, 
lut. sans cette tache. 

6. — Bordure noire des inf. se terminant en point un peu 

avant l'angle anal. 
Bordure noire des inf. ne se terminant pas en point vers l'angle 
anal. 

7. — Tch. dise, au-dessous des inf. bipupillée de blanc et 

arrondie. Dessous de toutes les ailes avec les taches 
marginales obscures, bien marquées. Dessus d'un jaune 
orangé avec une large bordure noire, divisée par de fines 
nervures jaunes. Sup. avec la tch. dise, grosse et noire', 
celle des inf. d'un rouge orangé. (Descr. de la, 2 sous 
n" 23). Environ 45-50 m/m. — Syn. ElectraLcw. Helena 
H. S. Hyale Esp. — Europe centr. et mérid. Caucase. 
Mai, Juin, Août-Novembre. 

Edusa F. çf. 

Tch. dise, au-dessous des inf., simplement pupillée de blanc et 
anguleuse. Les taches marginales obscures peu visibles. 
Dessus d'un rouge orangé vif, souvent glacé de violet 
avec une large bordure noire divisée par des nervures 
orangées. Sup. avec la tch. dise, noire plus étroite que 
cliez VEdusa. Tch. dise, des inf. grande, presque quadran- 
gulaire, d'un rouge orangé clair. Dessous des sup. avec 
trois taches marginales noires. On distinguera aussi cette 
espèce de VEdusa par sa taille plus grande. (Descr. de la 
9 sous n° 18 et 26). Environ 55-60 m/m. Syn. Chryso- 
coma Ev. Tamara Nordm. — Transcaucasic. Juillet, 
Août. 

Aurorina H. S. çf. 

8. — Dessus d'un rouge orange de feu, souvent glacé de vio- 

let. La côte un peu plus claire. La bordure noire des 
sup. large et devant l'angle interne, l'orange formant un 
angle assez aigu pénètre dans la bordure. Tch. dise, des 
sup. noire et assez épaisse, celle des inf. d'un rouge 
orangé clair avec le contour légèrement accentué. Des- 
sous jaune', le milieu des sup. d'un orange très clair. 
Deux taches crochues devant l'extrémité et plusieurs 
lâches marginales sont noires ou brunes. (Descr. de la 2 
sous n os 18 et 27. Environ 55-65 m/m. Syn. Myrmidone 
car. Lee. Myrmidone v. caucasica Stgr. (Cat. 1871 
N° 71 b.). — Transcaucasic. Caucase orient. (Daghestan;. 
Mai, juin, juillet. 

Olga Roman, çf . 
(Hor. Soc. Ent. Ross. X VU 1882). 

Dessus d'un rouge orange plus clair avec Ja côte jaune et moins 
convexe. L'orange ne forme pas un angle aigu dans la 
bordure noire devant l'angle interne. Les taches discor- 
dantes comme chez l'Olga, mais plus petites et celle des 
sup. pupillée de blanchâtre en dessous. Dessous jaune: 
la base des sup. orange. Les taches marginales obscures 
peu marquées. On distinguera aussi cette espèce de la 
précédente par sa taille plus i>etitc (Descr. de la Ç sous 
n" 17j. Environ 45-50 m/m. — Centre et sud-est de 
l'Allemagne, Autriche, Tyrol mérid., Istric, nord-ouest, 
sud-ouest et centre de la Russie, Caucase, Mai, Août. 
Itlyrmidoiie Esp. çf . 

'.). — Tch. dise, des sup. bien marquée, ovale', dessus d'un 
jaune orange. 
Tch, dise, des sup. longue et étroite. Dessus d'un jaune orangé, 
vif avec la base plus foncée et la côte d'un jaune ver- 
dàtre. La bordure noire étroite, ordinairement divisée 
par des nervures jaunes. Tch. dise, des inf. d'un rougi' 
orangé, pupillée en dessous d'un blanc argenté. Dessous 
des sup. d'un jaune orangé avec le bord terminal d'un 
jaune verdàtre et le sommet bleuâtre. Dessous des inf. 



d'un vert bleuâtre foncé; le bord terminal d'un vert jau- 
nâtre avec des taches marginales jaunes, oblongues. 
(Descr. de la 2 sous n° 20.) Environ 45-50 m/m. Syn. 
Jioo(/,ii B. — Laponie boréale. Juillet, août. 

Heela Lcf. o". 

10. — Bordure noire assez étroite, faiblement dentée en dedans 

et n'atteignant pas sur les inf. l'angle anal. La côte 
droite, presque concave. 
Bordure noire large, fortement dentée en dedans, atteignant 
sur les inf. l'angle anal. La côte des sup. convexe. Au 
bord antérieur des inf. on remarque quelquefois la tache 
pulvérulente. Du reste semblable au type. {Vide n° 13.) 
Environ 15-50 m/m. Syn. ab. Heiichla Ld. — Sud-est de 
la Russie, nord du Caucase. 

Erate Esp. hyb. Clirysodona Kind. çf . 
(Boisduval. Gén. et jlnd. 1840 p. 1.) 

11. — Dessus d'un jaune orangé clair, bordé de jaune, tirant 

quelquefois sur le verdàtre. Base des inf. saupoudrée de 
noirâtre. Tch. dise, des sup. noire, pupillée eu dessous 
d'un blanc argenté; celle des inf. d'un jaune orange, 
bipupillée de blanc en dessous. Dessous d'un jaune ver- 
dàtre. Sup. avec la base d'un jaune rougeàtre et une 
rangée de taches marginales noires ; inf. avec de taches 
marginales d'un brun rouge, faiblement marquées. (Descr. 
de la 2 sous N° 24). Environ 40 m/m. — Sud-Est de 
l'Europe (sauf la Grèce) y comprenant aussi Hongrie, 
Autriche et sud-est de l'Allemagne. Tyrol méridional, 
centre d'Italie (Toscane), Pyrénées-Orientales et Caucase. 
Avril, juillet-octobre. 

Clirysolhcme Esp. çf 
Dessus d'un jaune orangé vif. Inf. saupoudrés de noir avec la 
base et le bord interne d'un jaune verdàtre. Tch. dise, 
des sup. très petite, noire, pupillée de blanc en dessous ; 
celle des inf. d'un jaune orange, bipupillée de blanc en 
dessous. Dessous d'un jaune verdàtre avec le disque des 
sup. d'un jaune rougeàtre et 3 taches marginales noires 
sur les dernières. Inf. avec de taches marginales rou- 
geâtres, faiblement marquées (Descr. do la 2 sous n° 21.) 
Environ 45-50 m/m, Syn. Eos. H. S. — Montagne de la 
Transcaucasie. Juillet. 

TbisoaMen. çf 

K. Bramsox. 

(A suivre.) (de Ekaterinoslav. i 



Hommage à la mémoire de Chrétien Louis Brehm, 
Alfred Brehm et Schlegel 

La Société scientifique de l'Est, à Altenburg (Saxe), célébrera 
le printemps prochain le 75« anniversaire de sa fondation. A 
cette occasion, elle se propose de rendre hommage à la mé- 
moire de trois naturalistes du pays, membres honoraires, en 
leur élevant un monument à la fois simple et digne. 

Ces hommes illustres sont Chrétien Louis Brehm, son lils 
Alfred Brehm et le professeur Schlegel, décédé à Lcyde. Leurs 
précieuses recherches en zoologie et spécialement leurs études 
des Oiseaux sont connues de tous ; car, si leur gloire reste 
aujourd'hui le patrimoine des savants, leur renommée a pénétré 
dans toutes les classes cultivées. Ce juste souvenir leur est 
bien dû. 

Le comité, placé sous le haut patronage de Son Altesse le 
prince Maurice de Saxc-Altcnburg, membre honoraire de celte 
société, s'adresse donc aux nombreux amis et admirateurs de 
ces naturalistes célèbres pour qu'ils l'aident dans sa tâche. 

On peut envoyer des dons à M. Hugo Kœhler, conseiller 
de commerce à Altenburg et les demandes d'informations à 
M. le D'' Kcepert à Altenburg. 

Le Comité, 
Maurice, prince de Saxe-Altenbury. 

Prof. D 1 ' Blasius, Brunsvich. Dir. prof. Flcmming, Alten- 
burg. Major A. de Homeycr, Greifsvald. Hugo Kcehler, con- 
seiller de commerce, Altenburg. D r Kœpert, Altenburg. Prof. 
D r Liebe, conseiller aulique, Géra. Prof. D r Pilling, Altenburg. 
D r Reichenov, Berlin. D r Rothc, conseiller de médecine, Alten- 
burg. Le chevalier de Fschusi de Schmidhoft'cn, Hallcin. 
D 1 ' Voretzsch, Altenburg. D 1 ' Leverkiihn, Munich. 



LE NATURALISTE 



S.'» 



LA PLANTE DE NEIGE DES SIERRAS 



Nous donnons ci-contre, s 



uivant Scientifie american, 

d'après une photo- 
graphie par M.Ta- 
ber, de San-Fran- 
cisco, un dessin 
de la plante de 
neige de Califor- 
nie (Sarcodes 
sanguinea), ainsi 
nommée parce 
qu'elle pousse 
sous la neige ; sa 
tige s'élance à u- 
ne hauteur de 2.'i 
à 30 centimètres 
au-dessus de la 
couche de neige; 
et porte des fleurs, 
alors qu'il est im- 
possible d'aperce- 
voir d'autre végé- 
tation. 

Cette plante cu- 
rieuse, qui appar- 
tient à l'ordre Ero- 
cacex, est voisine 
du Pterospora ; 
mais elle a des 
Heurs beaucoup 
plus larges et plus 
grandes, une forme plus allonger, des graines nues. Il 
n'y a qu'une espèce, celle figurée ci-contre, qui est 
un parasite herbacé avec des feuilles scalariformes et 
surchargée de fleurs pendantes ; la plante est toute en- 
tière d'une couleur rouge sanc. 




DESCRIPTION DE LÉPIDOPTÈRES NOUVEAUX 



Prionoplersi Serraoides, n. sp. iS millimètres. Très 
voisin de Serra H. Sch. dont il se distinguo : 1° par la forme 
des supérieures dont le bord terminal, bien arrondi, est régu- 
lièrement échancré et n'ollï-e pas de rentrée au bout de la 1 ; 
2* par la tache réniforme, plus grande, allongée, dont là 
pointe extérieure se dirige du côté de l'apex; 3° par U déli- 
mitation intérieure de la bordure subterminale des supérieures 
qui, 'tans Serra, est irrégulière et dentée et dans Serraoides, 
intraire, est presque droite, seulement coudée vers l'apex; 
>'• par la disposition différente des lignes du dessous, pius 
arrondies dans Serraoides; 5° enfin par la teinte du dessous, 
unie dans Serraoides tandis qu'elle est plus ou moins sau- 
poudrée d'atomes noirs dans Serra. Herrich-Sclifeffer a figuré 
une Prionoptera Serra $ à antennes filiformes, de l'Amé- 
rique centrale; de Loja j'ai reçu plusieurs G*, à antennes 
fortement pectinées et se rapportant exactement au dessin 
ti'Herrich-Schseffer. Je n'ai reçu encore qu'un exemplaire de 
Serraoides, O*, à antennes fortement pectinées; le corps beau- 
coup plus court que dans Serra, n'atteint pas le bord des 
inférieures. 

Xerieo disjoncta, n. sp. 60 millimètres. Dessus des supé- 
rieures gris cendré, en partie teinté de verdàtre et traversé au 
tiers supérieur de l'aile par une ligne noire bien marquée, 
parallèle à la côte, droite du bord extérieur jusqu'à un point' 
noir à peu prés central. Au delà de ce point la ligne noire 
s'ciîace, puis reprend par un trait plus fin et plus rapproché 
de la cote jusqu'à la base. En dedans de la liçne, de la base 
au delà du centre, l'aile est marquée de blanc argenté pur. A 



côté du point coupant la ligne se trouve un petit trait noir 
Deux séries de petits points noirs très ténus se voient : 1° pa- 
rallèlement à la côte dans le tiers supérieur de l'aile ; 2° tra- 
versant l'aile de la côte au bord interne au delà du milieu, 
avec quelques petites ramifications prés de la ligne. La teinte 
du fond s'éclaire de roux le long du bord interne jusqu'à la 
ligne de points et l'on remarque deux ombres gris violacé 
extérieurement à cette ligne. Chaque nervure se termine à lu 
côte par un petit trait blanc. Frange concolore. 

Dessus des inférieures gris de plomb, recouvert à la base 
de poils jaunâtres, frange jaunâtre. 

Dessous des quatre ailes gris, teinté de jaunâtre le long des 
côtes et à la base, franges concolores coupées à l'extrémité 
des nervures par de petits traits blancs, mieux indiqués aux 
supérieures. Tète rousse, collier brun foncé, cerclé de roux ; 
antennes, corps et pattes cendrés; extrémités de l'abdomen 
brun. 

Un O 1 très frais des environs de Loja, 1890. 

P. DOGNIN. 



De la différence du développement chez les insectes 
Coléoptères 

Dans un précédent article où je passais en revue différents 
cas de difformités qui sont susceptibles de se présenter chez 
les Coléoptères, je faisais remarquer que ces anomalies sont 
souvent le résultat des mauvaises conditions dans lesquelles 
se sont trouvées les larves et les nymphes. 

Une conséquence beaucoup plus fréquente des conditions 
défectueuses de la vie larvaire est une sorte do rachitisme qui 
se traduit, non par une déformation ou un rapetissement d'un 
ou de plusieurs organes, ainsi que je le signalais pour un 
Smcrinthus ocellata, mais bien par une décroissance de l'in- 
secte tout entier. 

Ce rachitisme offre ceci de particulier qu'il modifie souvent 
très profondément la forme des individus qui en sont atteints, 
au point que ces individus ne ressemblent plus que d'une façon 
très éloignée à ceux que l'on considère comme les types de 
l'espèce. Ces modifications dans la structure externe se mani- 
festent surtout chez les Coléoptères, dont les caractères sexuels 
sont, très tranchés et consistent notamment en ornements ou en 
protubérances céphaliques ou prothoraciques. 

Aussi sont-elles rares dans certaines familles ; c'est ainsi 
qu'elles se rencontrent peu et n'offrent qu'un intérêt médiocre 
ehez les Carabides, Dyticides, Silphides, Chrysomélides, etc., 
familles où les sexes diffèrent, la plupart du temps, à peine 
1 un de l'autre. Chez les Longicorncs, au contraire, où les mâles 
se distinguent généralement des femelles par des antennes 
beaucoup plus longues (Cerambyx, Aromia, Acrocinus, etc.) 
ou par des mandibules plus fortes (Macrodontia), la différence 
entre les individus bien développés et ceux qui ne le sont 
qu'incomplètement commence à devenir très apparente. Mais 
nulle part ce rachitisme n'est aussi fréquent ni aussi curieux 
que chez les Lamellicornes et les Pectinicornes. 





Fig. 1, 2. — Gcotrupes' typhœus présentant des différences de 
développement. 

Déjà très sensible chez les Lamellicornes coprophages (com- 
parez les 2 Gcotrupes typhteuso* représentés fig. lot 2), il 
devient tout ;'i fait remarquable chez les Lamellicornes arbori- 
coles. 

Prenons, par exemple, les Dynastines, et parmi eux, le beau 
scarabée de Porter (Golol'a Porteri) [Hope], qui vit dans le 
bambou, d'après les observations faites par M. E. Simon dans 
son voyage au Venezuela (1) 

(\) Voyage de M. E. Simon au Venezuela. — Décembre 1887. 
— Avril 18S8. — !5 e mémoire (Annales de la Société entomolo- 
r/lqne de France Séance du tï janvier 1800.) 



SI. 



LE N'ATUIIALISTK 



Ainsi qu'on peut le voir par les figures 3 et 4, non seulement, 
les cornes, céphalique et prothoracique, sont beaucoup plus 
courtes chez les individus de petite taille, niais encore elles n'ont 
nullement la même direction. 

De plus, la corne céphalique est cylindrique et lisse, tandis 
que, chez les exemplaires bien développés, elle est excavee dans 
son milieu interne depuis la base jusque vers l'extrémité et 
présente latéralement, de chaque côté de cette excavation, une 
série d'épines en forme de dents de scie. 

Mais c'est surtout, à mon sens, dans la famille des Luca- 
nides que l'on trouve les plus grandes inégalités de développe- 
ment et les formes les plus aberrantes. 

Notre Cerf-volant (Lucanus cervus L.) en est une preuve 
facile à constater. 

Les mandibules et la tête tout entière se modifient très pro- 
fondément et l'on conçoit aisément que les premiers entomo- 
logistes aient eu peine à admettre que le L. capreolus (Sulz) 
fût le même que le L. cervus. 

C'est d'ailleurs dans cette famille qu'il est le plus facile do 
constater que plus les individus mâles ont un petit développe- 
ment, plus ils se rapprochent, comme apparence, des femelles. 

Chez certains Odontolabis, chez les Néo-Lucanides, le Neo- 
Lucanus Lama, par exemple, la distinction est souvent très 
difficile à établir à première vue. 

Aussi est-il important, pour la détermination des espèces, 



D'autres y trouvent l'influence du climat, l'exposition et la 
nature du terrain où les larves ont vécu. 

D'autres, enfin, envisagent la question au point de vue du 
transformisme. 

Quelque intéressantes que puissent être les théories émises 
à ce dernier sujet, je ne m'y arrêterai pas, considérant ce terrain 
comme beaucoup trop fertile en discussions. 

Quant aux autres opinions il me parait difficile d'admettre 
les unes à l'exclusion des autres. 

S'il est, en effet, évident qu'une larve qui s'est trouvée en 
présence de matières ligneuses difficilement assimilables, doit 
voir son développement entravé, il est non moins certain que 
les conditions de température, de sécheresse ou d'humidité, 
doivent être prises en considération et que certaines régions pa- 
raissent plus ou moins propices au développement de tel ou 
tel insecte. 

C'est ainsi que les Dynastes Hercules L., qui proviennent de 
la Guadeloupe, sont généralement plus grands que ceux de la 
Martinique ou «le la Colombie, et que le Lucanus cervus, qui 




Fig. 3. — Scarabée de Porter ( Golofa Portcri) ayant les cornes 
céphalique et prothoracique très développées (réd. \ /3 de 
gr. nat.V. 




Fig. \. — Golofa Porteri, individu de petite taille (réd. de 1/3 
de gr. nat.). 

d'avoir sous les yeux une série de types aussi complète que 
possible. 

On a beaucoup discuté sur le point de savoir à quelles causes 
sont dues exactement des différences de taille aussi considé- 
rables et aussi étranges. 

Les uns ont voulu y voir une conséquence du plus ou moins 
de nourriture que la larve a rencontrée, et ils en donnent pour 
raison que ces différences se rencontrent peu chez les coléop- 
tères carnassiers, et fréquemment chez ceux qui so nourrissent 
de matières ligneuses. 



Fig. .'i. — Cerf-volant {Lucanus cervus, var. turcicus) d'après 
un individu de Syrie (réd. de 1/3 de gr. nat.). 

atteint très rarement une grande taille aux environs de Paris, 
se présente fréquemment sous forme de beaux exemplaires 
dans d'autres parties de la France, en Touraine et en Auvergne. 
par exemple, et paraît atteindre en Orient un développement 
tout à fait anormal. Le muséum d'histoire naturelle de Paris 
en possède deux magnifiques exemplaires provenant de l'expé- 
dition de Syrie. Ces deux insectes, qui sont annotés L. turci- 
cus, ne constituent qu'une variété de L. cervus caractérisée 
par la présence de six feuillets à la massue antennairc. C'est 
le L. cervus, var. turcicus Sturm. La fig. S représente le plus 
grand de ces deux insectes. 

D'après Maurice Girard (métamorphose des insectes), ces 
lucanes « étaient venus frapper avec tant de force dans le 
« schako d'un capitaine commandant- un détachement que 
« celui-ci crut d'abord à une agression à coups de pierres ». 

Ce qui est incontestable et résulte des observations et des 
expériences faites, c'est que plus la métamorphose, en nymphe 
a lieu tardivement, plus l'insecte est petit. Or, la métamor- 
phose en nymphe est d'autant plus retardée que la larve s'est 
trouvée dans des conditions anormales. Il m'est arrivé, par 
exemple, de recueillir des larves de Lucanes à toute leur taille 
qui, souffrant chez .moi de la captivité, ne se sont transformées 
que l'année suivante, après avoir réduit de volume, et m'ont 
donné des insectes beaucoup plus petits que ceux que j'aurais 
[m attendre de larves aussi fortes au début. 

D'ailleurs, ce fait de larves se transformant plusieurs années 



LE NATURALISTE 



87 



seulement après l'époque normale de leur métamorphose n'est j 
pas rare, et c'est même ce qui arrive généralement. 

Un de mes collègues de la Société entomologique a même 
cité le l'ait d'une larve de Cerambyx cerdo, n'étant éclose qu'au 
bout de cinq années, il va sans dire que l'insecte qui en pro- 
venait était de tort petite taille. 

Louis Pi.anet. 



LIVRES NOUVEAUX 



Les pigeons voyageurs et leur emploi à la guêtre (l),par Eugène 

Caustier, agrégé des Sciences naturelles, professeur au lycée 

Biaise-Pascal. 

Voici un petit livre que liront avec fruit, et non sans plai- 
sir, tous ceux qu'intéresse l'histoire naturelle des animaux et 
ceux, plus nombreux encore, que passionnent les problèmes 
stratégiques de la défense nationale. 11 n'est pas le premier, 
tant s'en faut, qu'on ait consacré à l'étude du pigeon voyageur, 
mais il est le seul, croyons-nous, dans lequel se trouvent con- 
densées les connaissances d'un naturaliste consciencieux et les 
observations d'un amateur éclairé. Car M. Caustier est nonseu- 
lement un naturaliste de la bonne école, mais il aime le pi- 
geon voyageur, il l'a étudié de près et personne mieux que lui 
ne pouvait mettre en relief les facultés admirables et les modi- 
fications progressives qu'a subies, sous l'influence de l'élevage, 
l'utile et charmant messager. 

L'auteur passe rapidement en revue l'organisation bien con- 
nue des Colombidés, pour s'attacher au problème bien plus cap- 
tivant de l'origine et de la faculté d'orientation du pigeon voya- 
gent. Comment l'oiseau retrouvc-t-il sa volière"? Quelle in- 
fluence exercent sur la direction du vol les accidents de terrain 
et les influences climatériques ? Le Pigeon est-il pourvu d'un 
sens spécial d'orientation ? ou bien emploie-t-il les organes 
normaux pour s'orienter dans l'espace? Lisez je vous prie, 
les divers chapitres consacrés à ces intéressantes questions, 
el vous verrez avec combien de charme et avec quelle luci- 
dité l'auteur a su tirer parti de ses connaissances biologiques 
pour dégager ce qu'il y a de vrai ou au moins de possible, dans 
les hypothèses nombreuses relatives à ces multiples problèmes, 
.le recommande aussi au lecteur un chapitre consacré au dres- 
sage progressif des pigeons voyageurs et un autre, plus dé- 
taillé, où se trouvent décrites les méthodes rationnelles de re- 
production et d'élevage. Les diverses races qui, par leur croi- 
sement ou par une sélection habilement faite, ont donné nais- 
sance aux types les plus robustes ou les plus rapides, sont 
également passées en revue dans l'ouvrage, et l'on peut juger, 
par la comparaison qui en est faite, des avantages relatifs que 
présentent les pigeons français sur ceux qu'on élève à l'étran- 
ger. 

Disons, pour terminer, que l'auteur a consacre un long et in- 
téressant chapitre à l'étude du réseau des colombiers mili- 
taires dans les différents pays de l'Europe, et qu'il a illustré 
cette étude d'un certain nombre de cartes où se trouvent repré- 
sentées toutes les stations de ces oiseaux. 

E.-L. Bouvier 

P.Topinard. L'homme dans la nature (2). 
Dans la préface de ce livre, l'auteur déclare qu'il y a deux 
sortes d'anthropologistes : ceux qui ne changent jamais d'opi- 
nions et qu'il qualifie de systématiques, et ceux qui ne craignent 
pas de varier, abandonnant leurs idées anciennes pour des 
idées nouvelles leur paraissant plus justes. L'auteur se range 
parmi ces derniers qui sont les progressistes. Il est très 
difficile de distinguer, dans le livre de M. Topinard, ses idées 
nouvelles de ses idées anciennes. Cela tient peut-être à ce que 
le volumineux recueil de faits qui constitue son livre pèche 
par un défaut do méthode ou d'unité et par des négligences 
de style qui en rendent parfois la lecture difficile. En tout cas, 
Dii a de la peine à dégager nettement l'exposé de la thèse sou- 
Iriiue par l'auteur II est, dès lors, difficile d'en discuter l'ori- 
ginalité. Le plus simple est de donner un aperçu de la matière 
des divers chapitres. 

(1) 1 vol. in-12 del2o pages avec nombreuses figures dans le 
texte. Prix 1,50, franco 1,70, chez Masson, éditeur et aux bu- 
reaux du Journal. 

(2) L'homme dans lu nature, 1 vol. in-8°, relié toile anglaise. 
Prix : fi francs, franco : fi IV. 00, chez Alcan, éditeur, et aux 
bureaux du journal. 



Les onze premiers sont consacrés à la définition, au but, aux 
méthodes et aux procédés de l'anthropologie en général. Ce 
n'est qu'au douzième chapitre que l'auteur aborde le sujet 
répondant au titre de l'ouvrage : La place de l'homme dans la 
nature. Il s'agit d'étudier les rapports de l'homme et des 
autres animaux. L'homme étant indubitablement un Mammi- 
fère du groupe des Primates, le problème se restreint à la 
recherche des rapports entre l'Homme et les singes : Pour 
résoudre cette question, dit M. Topinard, il n'y a qu'à dresser 
le bilan des faits en prenant un à un tous les appareils, tous les 
organes, à pointer le pour et le contre et à voir qui l'emporte. 
M. Topinard pense que le meilleur moyen déjuger et de com- 
parer les caractères serait la zoométrie, qui les évaluerait en 
chiffres, à la manière del' 'Anthropométrie . Beaucoup d'Anthro- 
pologistes avouent volontiers l'impuissance de cette méthode. 
Tels déclarent se rendre compte plus exactement des caractères 
d'une série de crânes humains par une inspection à simple vue 
que par l'application laborieuse des procédés craniométriques 
renforcés de calculs logarithmiques. 

Si la méthode laisse tant à désirer dans son application à la 
recherche des caractères dans une même espèce, que sera-ce 
lorsqu'on voudra l'appliquer à tous les Mammifères? Il y a 
peut-être là une voie nouvelle. Mais, en attendant qu'elle soit 
tracée et que ses avantages soient reconnus, beaucoup de 
naturalistes resteront sceptiques à son égard On pourrait 
d'ailleurs faire remarquer que, depuis longtemps, les zoolo- 
gistes font des mensurations. Les livres de Cuvier sont remplis 
de données numériques d'ostéologie et les paléontologistes 
continuent à suivre son exemple. Mais ils en font un emploi 
judicieux, en enfermant les comparaisons dans les limites de 
la race, ou de l'espèce. M. Topinard voudrait les étendre aux 
genres, aux familles, aux ordi'es de Mammifères. A ce point 
de vue, en effet, tout est à faire et nous attendrons avec impa- 
tience les résultats des recherches de M. Topinard. Nul ne 
connait mieux que lui l'anthropométrie ; nul n'est donc mieux 
préparé pour faire de la zoométrie. 

Dans les chapitres suivants, l'auteur examine successivement : 
1° le cerveau ; 2° les transformations que le volume du cerveau 
fait subir au crâne animal pour en faire le crâne humain ; 
3° tout ce qui dépend de l'attitude bipède ; 4° la main et les 
dispositions du membre supérieur en rapport avec les fonctions 
de préhension et du toucher ; 5° les caractères ne se rattachant 
ni au cerveau ni à l'attitude bipède, ni à la préhension ; 6° les 
caractères ataviques et les rudiments d'organes. 11 faut signaler, 
comme le plus original et l'un des plus intéressants, le chapitre 
relatif au mécanisme de la transformation du crâne animal en 
crâne humain, où l'auteur s'est inspiré des méthodes de travail 
d'Huxley. 

La discussion de tous ces caractères amène M. Topinard à 
confirmer purement et simplement les classifications de Cuvier 
et d'Huxley. L'Homme, les singes (y compris les Anthropoïdes) 
et les Lémuriens constituent trois groupes d'égale valeur, dont 
M. Topinard fait des sous-ordres de l'ordre des Primates. 

Le livre se termine par des considérations relatives à l'origine 
paléontologiquc de l'Homme et à son avenir. 

M. B. 
Les Madères grasses (1), caractères, falsifications et essais des 

huiles, beurres, graisses, suifs et cire, parle D r Beauvisage, 

professeur agrégé d'histoire naturelle à la Faculté de Méde- 
cine de Lyon, pharmacien de l re classe, etc. 

Les matières grasses sont des subtances utilisées sur une si 
grande échelle pour tant d'usages alimentaires, médicinaux et 
industriels, que tout le monde a intérêt à connaître les carac- 
tères qu'elles présentent à l'état normal et ceux qui permettent 
de reconnaître leurs falsifications. 

Leur emploi journalier, qui en fait des articles de consom- 
mation courante, leur nombre considérable, les qualités pré- 
cieuses de certaines d'entre elles, la grande ressemblance que 
présentent trop souvent, au premier abord, avec les bonnes, 
celles qui leur sont inférieures, expliquent aisément pourquoi 
elles ont été de tout temps l'objet de si nombreuses sophisti- 
cations. 

Ce livre rendra de grands services à tous ceux qui, à un 
titre quelconque, se préoccupent des moyens de reconnaître la 
pureté des matières grasses ou d'en déceler les falsifications ; 
industriels ou commerçants, fabriquant, vendant ou employant 

ili Les Matières grasses, 1 vol. in-16 de 324 pages, avec 
'J0 figures, cartonné, prix : 4 francs, franco : 4 fr. 40, chez 
J.-B. Baillière éditeur, et aux bureaux du journal. 



88 



LE NATURALISTE 



des huiles, beurres, graisses, suifs ou cires, savonniers, stéa- 
riniers, pharmaciens, parfumeurs, chimistes tics laboratoires 
municipaux, etc., trouveront rassembles ici les principaux pro- 
cédés qui leur permettront de lutter avec succès contre la 
fraude. 

Plusieurs de ces procédés, n'exigeant pas l'emploi d'appa- 
reils compliqués et coûteux, sont même à la portée de tout 
consommateur désireux de contrôler la bonne qualité de cet 
emploi pour son usage domestique. 



CHRONIQUE 

Variétés de lièvre et de perdrix. — Le numéro du 
1") février du journal leNatuvaliste cite trois cas d'albinisme 
intéressants. Les variétés ne se rencontrant que très acciden- 
tellement, je crois que les deux sujets suivants tués cet hiver 
dans l'arrondissement de Saint-Omcr sont dignes d'attention. Le 
11 octobre 1891 on m'apporta une perdrix grise mâle tuée sur 
le territoire de Batinghem, village situé à 4 kilomètres do la 
ville ; le plumage est complètement Isabelle, sauf le dessous du 
corps qui est gris cendré, le fer à cheval ne diffère pas. Cette 
robe est remarquable. Le li novembre, je trouvais au marché 
ud lièvre abattu sur la commune d'OuvcAYirquin à 16 kilomè- 
tres de Saint-Omcr ; son pelage est jaune d'or très brillant; je n'a- 
vais jamais rencontré cette variété jusqu'ici. — Ch.Van Kempen. 

La culture des Morilles. — La question des Morilles est 
à l'ordre du jour. A l'une des séances de la .Société de Myco- 
logie, un membre a communiqué une intéressante observation 
relative à ce sujet. Une personne de Pontarlier plaça des dé- 
bris de Morille sur une couche composée de bois de sapin 
pourri et réduit en poussière, de boue de sable ramassée sur 
une route et déterre recueillie dans une forêt de sapins au pied 
d'un vieux tronc La couche ainsi préparée fut disposée dans 
un bûcher très éclairé, au pied d'un vieux mur, sur un sol qui 
présentait une certaine humidité. Six semaines plus tard ap- 
paraissaient deux énormes Morilles pesant jusqu'à 155 gr. 
L'auteur de cette observation affirme que dans cette pièce où 
était disposée la couche n'avait jamais paru de Morilles. Le 
procédé est facile à suivre ; aussi conseillons-nous vivement, la 
reprise de cette opération. (Jardin) 

Plomb percé par uu insecte. — Nous donnons, d'après 
I n.se, I. Life, la figure d'une balle en plomb qui a été rongée d'un 
bout à l'autre par une larve d'insecte perçant ordinairement le 
bois Cette balle a dû être tirée par une arme à feu dans un 
chêne, probablement pendant la guerre de sécession ; quand 




Balle en plomb percée par une larve d'insecte. 
on arracha l'arbre pour le débiter, on trouva une larve adulte 
d'insecte, d'un orthosoma, qui avait creusé un canal à travers 
la balle. 

La larve avail évidemment commencé son attaque à [extré- 
mité concave de la balle, creusé jusqu'aux deux tiers de la 
longueur, et était sortie par un des côtés. La balle avait con- 

i.: sa. forme normale étant seulement un peu aplatie au 
sommet. Ce spécimen fui Li vé par.le Dv Evcrsfied, à Mary- 

Land. 
Académie internationale de géographie botanique. 

Il vient de se former sous ce titre une société composée de 

20 membres seulement. 

Lasociôté a pour but : 1° de publier un Traité de géogra- 
phie botanique accompagné d'un Atlas indiquant quello est, à 
la surface du globe, la répartition des espèces; ±° de pro- 
mouvoir l'étude de la. Géographie botanique au moyen d'her- 
borisations et d'explorations méthodiques dans les parties du 
monde encore inexplorées ou insulUsammeniconnues au point 
de \ ne botanique. 

Notre collaborateur M. M. Léveillé 104, rue de Flore. Le 
Mans a été élu directeur de cette académie pour l'année pré- 
sente. 

La fertilité d'un grain de blé. — Un observateur s re- 



marqué qu'un grain de blé semé au printemps et préservé- 
contre les dégradations de la gent ailée, avait au mois de juillei 
suivant, lorsqu'on l'arracha, donné 56 tiges, et n'avait pas pro- 
duit moins de 1,551 grains. 

Les empoisonnements par l'If. — Combien de fois n'a- 
t-on pas annoncé que l'If était un véritable, poison pour les 
animaux qui ont la singulière idée de le brouter? Malgré toutes 
les recommandations faites par les comités d'hygiène pour 
éveiller l'attention des gens de la campagne, à chaque instant, 
de nouveaux accidents se produisent. C'est la Bretagne cette 
fois-ci qui a été le théâtre d'un nouvel empoisonnement. Quatre 
vaches qui avaiontdégusté des branches d'If laissées maladroi- 
tement sur le sol d'un pâturage, sont mortes quelques heures 
après l'ingestion de la redoutable conifère. 



ACADEMIE DES SCIENCES 

Séance du 7 mars. — Note, de MM. Berlhelot et G. André 
sur la fermentation du sang. Après 130 jours de fermentation 
au bain- marie à 45°, on obtient de l'acide carbonique, de l'am- 
moniaque, des acides gras volatils et des principes azotés fixes, 
ces derniers se répartissant en quatre groupes. — M. Chauveau 
présente une note de M. Ch, Cunlejean sur la sécrétion pylorique 
chez le chien. L'auteur reprend les expériences de Klemensièwie/. 
et Hcidenhaim, et conclut de ses observations que la sécrétion 
pylorique chez le chien est normalement acide, et que la pro- 
duction de l'acide du suc gastrique no peut être localisée dans 
les cellules de revêtement ■ — .1/. Ranvier présente une note de 
M. B. Ségall sur de nouveaux anneaux ou anneaux intercalaires 
des tubes nerveux, produits par l'imprégnation d'argent, dont 
l'action est associée à celle de l'acide osmique. Aux étrangle- 
ments on observe que la barre transversale de la croix et entre 
deux étranglements, on remarque une série d'anneaux variant 
du brun au noir, et paraissant situés sous la gaine de Schwann. 
— M. Duclaux présente une note de MM. C. Sauvageau, el 
M. Radais sur deux espèces nouvelles de Streptothrix, et sur 
la jjlace de ce genre dans la classification. Le gcurc Actino- 
myces qui cause chez les bœufs la maladie nommée Acfino- 
mycosc est nommé par certains auteurs Cladothrix par d'autres 
Streptothrix. Des recherches de l'auteur il résulte que l'Acti- 
uoinyces est bien un Streptothrix, lequel est un Champignon 
hyphomycéte, qui rentre dans le genre Oospora. Ce dernier 
nom seul doit être maintenu d'après la loi de priorité. L'acti- 
nomycose est donc due à des Champignons et non pas à des 
Bactéries. — M. Duchartre présente une note de M. J. Vesqi/.e, 
sur l'histoire des Garcinia du sous-genre Xanthochymus. Les 
Xanthochymus sont les plus anciens des Garcinia. Dans ce 
sous-genre le groupe nodal est représenté par le Garcinia spi- 
cata, duquel partent trois amorcements différents, l'un tendant 
au pilosisme, le second tendant à l'épaississement de la cuti- 
cule, le troisième, modifiant i'inflorescence. 

Séance du 14 mars. — Note de M. Ranvier sur les bran- 
ches vasculaircs coniques. Sur la membrane pericesophagienne 
delà Grenouille injectée à la gélatine et imprégnée au nitrate 
d'argent, on remarque certains capillaires qui au lieu d'être 
cylindriques sont coniques, le petit orifice débouchant dans les 
artères. La signification morphologique de. cette structure, 
d'après M. Ranvier, est la suivante. Chez la Grenouille, l'origine 
du réseau capillaire n'est pas une cellule vasoformatrice : son 
développement se fait par l'extension des branches vasculaires 
préexistantes. De la paroi des vaisseaux partent des pointes 
d'accroissement qui se mettent en rapport entre elles, et se ca- 
nalisent pour recevoir les globules. Les capillaires ainsi formés 
procèdent-ils des artères ou des veines, ou des deux systèmes. 
Les branches vasculaires coniques paraissent trancher la ques- 
tion, ce sont en effet des pointes d'accroissement émanant des 
veines, et venant s'accoler aux parois des artères. Il en résulte- 
rait que, chez les batraciens, l'appareil vaseulairc ne dériverait 
que de deux systèmes artériol et veineux; les capillaires n'étant 
qu'une dépendance de ce dernier. — M. de Lacaze-Duthiers 
présente une note de M. Fred. liuilcl sur l'ovaire et l'œuf du 
Gobius minutus. Dans son travail l'auteur étudie les papilles qui 
constituent la partie essentielle de l'ovaire, et développe successi- 
vement leurs parties constitutives, d'abord l'épithélium germi- 
natif, puis les œufs, en insistant sur l'appareil fixateur au moyen 
duquel les femelles les fixent à la face inférieure des coquilles 
et enfin le stroma vaseulairc. A.-E. Malard. 

~~Le Gérant: Emile DEYROLLE. 

PARIS. — IMPR. P. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17. 






14 e ANNÉE 



2 e Série — W 1»3 



15 AVRIL 1892 



Empreintes problématiques jurassiques 

DU PAYS DE BRAY 



Le pays de Bray est une des régions géologiques les 
plus curieuses, non seulement des environs de Paris, 
mais encore de la France. C'est là, que les Parisiens 
peuvent voir nettement sans un déplacement trop long 
les failles et les soulèvements importants auxquels on 
doit la faculté d'étudier des terrains qui sans ces inté- 
ressants accidents géologiques n'affleureraient qu'à des 
distances beaucoup plus grandes de la capitale. Aussi 
est-ce avec un très grand empressement que de nom- 



l'on doit à M. de Lapparent (1) qui a profité des coupes 
fraîches exécutées pour les travaux des lignes de Pon- 
toise à Dieppe et d'Amiens à Rouen; cette dernière, 
surtout, a fourni de précieux documents, car elle est 
dirigée perpendiculairement à l'axe du soulèvement; ses 
tranchées ont montré au jour la presque totalité des 
assises qui affleurent dans la région. Actuellement, les 
talus sont gazonnés, c'est à peine si quelques lits ro- 
cheux font encore saillie en certains points privilégiés. 
Depuis plusieurs années, j'ai eu l'occasion de parcou- 
rir ce pays et de voir la plupart des points caractéris- 
tiques entre Précy-sur-Oise et Neufchàtel-en-Bray. J'ai 
été assez heureux pour faire au cours de ces excursions 




Fig. 1. — Empreintes problématiques sur un bloc de calcaire 
porllandien de Montbois (Seine-Inférieure). Échelle 1/2. 



breux excursionnistes ont suivi et écouté mon savant 
maître, M. Stanislas Meunier, lorsque l'année dernière, 
il a dirigé une des excursions géologiques du Muséum 
d'histoire naturelle dans les environs de Gournay. 

On a pu voir en quelques heures, dans un rayon de 
moins de deux kilomètres de cette ville, les assises prin- 
cipales comprises depuis le kimméridgien jusqu'au sé- 
nonien inclusivement. Malheureusement, la pluie, qui 
n'a cessé de tomber que pendant le temps strictement 
nécessaire pour le déjeuner, nous a fait apprécier d'une 
façon toute spéciale des qualités éminemment plastiques 
des roches de cette contrée. 

Le pays de Bray a naturellement de tout temps attiré 
l'attention des géologues ; de nombreux travaux ont été 
publiés sur [ce sujet et, parmi eux, il faut citer en pre- 
mière ligne l'étude si intéressante et si complète que 

LE NATURALISTE, rue du Bac, 46, Paris. 



Fig. 2. — Empreintes problématiques sur un bloc de calcaire 

portlandien de Montbois (Seine-Inférieure). Echelle 1/2. 

Côté opposé de la figure 1. 

quelques observations nouvelles qui ajoutent un chapitre 
à l'histoire de cette région. 

Le pays de Bray et le Boulonnais ont une foule de 
points communs que tous les auteurs qui se sont occu- 
pés des deux pays se sont appliqués à mettre en relief. 

Une analogie nouvelle existe au point de vue paléonto- 
logique. Les curieuses empreintes problématiques géné- 
ralement réunies sous le nom de bilobites et signalées 
pour la première fois dans les assises boloniennes du 
Pas-de-Calais par M. Stanislas Meunier (2), existent 
aussi dans le pays de Bray exactement au même niveau, 
c'est-à-dire dans les couches de passage du kimmérid- 
gien supérieur au portlandien inférieur. 

(1) A. de Lapparent. Le pays de Bray. 1879. 

(2) Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. Cil. 
n° 22, mai 1886. 




90 



LE NATURALISTE 



La première observation que j'ai faite à ce sujet date 
déjà de plusieurs années ; j'ai vu à Beaubec-la-Rosière, 
sur le chemin.de Serqueux à Mesnil-Mauger, dans une 
ancienne exploitation de grès pour empierrement des 
blocs de grès coquiller a Ostrea cntalaunica présentant 
des empreintes malheureusement fort usées et tout à fait 
indéterminables. La carrière n'étant plus en activité et 
les échantillons examinés n'étant pas suffisamment pré- 
sentables je me suis contenté alors de noter le fait, me 
réservant de le signaler plus tard si je parvenais à pré- 
ciser le niveau et surtout à faire de nouvelles observa- 
tions. 

L'examen des échantillons extraits d'un forage pro- 
fond entrepris à la gare de Serqueux est justement venu 
me permettre de poursuivre cette étude. J'ai en effet été 
assez heureux pour recueillir parmi les débris généra- 
lement informes ou pulvérisés par le trépan quelques 
fragments présentant des empreintes très petites, il est 
vrai, mais parfaitement caractéristiques, surtout pour 
celui qui, comme moi, était prévenu. 

Je ne puis donner ici la coupe détaillée du sondage de 
Serqueux; commencé dans des couches inférieures des 
sables néoconniens, ce forage a traversé toutes les 
assises portlandiennes et a pénétré assez profondément 
dans le kimméridgien supérieur. 

Les empreintes problématiques remontées au sol ap- 
partiennent au genre Eophyton, et je crois même pouvoir 
rapporter l'une d'elles à l'espèce E. Danguyanum (Stan. 
Meunier). Ce fossile a été rencontré, à 68 mètres du sol 
à l'altitude 101. On a trouvé un second fragment sem- 
blable plus bas, à 75 mètres (altitude 94). 

Ces observations ont une grande importance, car elles 
fixent l'âge des couches à bilobites du Bray. Malgré le 
mauvais état et la pulvérisation des échantillons remon- 
tés par les outils du sondeur, j'ai pu avec un peu d'atten- 
tion isoler un certain nombre de fragments de fossiles 
présentant des détails suffisants pour la détermination. 

Le passage du kimméridgien au porllandien est très 
difficile à déterminer, même un affleurement, et à plus 
forte raison dans les conditions spéciales du sondage de 
Serqueux; mais, d'après M. de Lapparent. YOstrea vir- 
gala striée est spéciale au kimméridgien et n'existe plus 
dans les couches immédiatement voisines du portlan- 
dien inférieur; là, on ne trouve plus qu'une petite huître 
ressemblant beaucoup à la première, mais complètement 
dépourvue de stries. Or, les fragments d'huîtres qui 
accompagnaient les premières plaques d'Eophy ton étaient 
lisses, tandis que le dernier fragment a été remonté 
empâté dans une argile bleue contenant une charnière 
à'Ostrea virgula striée parfaitement déterminable. 

Les bilobites existent donc dans le jurassique du Bray : 
au niveau des [argiles et lumachelles virguliennes du 
kimméridgien supérieur et à la base des grès calcaires 
glauconieuxà anomies du porllandien inférieur. 

Cette question de niveau étant bien établie, il ne res- 
tait plus qu'à rechercher les bilobites en suivant les 
points d'affleurement de ces couches. Par malheur, le 
pays de Bray est presque entièrement dépourvu de car- 
rières; il n'y a que des exploitations temporaires de 
cailloux pour l'empierrement des routes, surtout au ni- 
veau qui m'intéresse spécialement. Les habitants creu- 
sent dans les champs un trou suffisant pour extraire les 
quelques mètres euhes de pierres dont ils ont besoin 
pour la prestation en nature, et s'empressent ensuite de 
niveler le terrain. J'ai pu cependant en m'aidant de 



l'observation des tas de cailloux disposés le long des 
routes, retrouver un assez grand nombre de points d'ex- 
traction, mais il m'a été impossible d'avoir de belles 
plaques suffisamment complètes pour se prêter à une 
étude minutieuse de ces très intéressants fossiles. Je 
compte cependant profiter de toutes les occasions que 
j"aurai de parcourir ce pays pour faire de nouvelles ob- 
servations. 

On peut dès maintenant citer comme localités parti- 
culièrement riches en empreintes problématiques, outre 
Beaubec-la-Rosière, dont il a été question plus haut, 
les environs de Pommereux, à droite et à gauche du 
chemin de Forges-les-Eaux; non loin de [là, la ferme de 
Monthulin ; une exploitation située à gauche du chemin 
de Cuy-Saint- Fiacre à Gancourt-Saint-Étienne, sur la rive 
gauche de l'Epte; dans les chemins de Montbois à 
Gournay et enfin près de la ferme de Courcelles dans le 
chemin creux nouveau qui monte vers Armentières. 

J'ai rapporté quelques échantillons provenant de ces 
diverses localités. Partout les empreintes sont à la sur- 
face d'un calcaire gréseux un peu glauconieux, rappelant 
les beaux blocs d'Equihen près de Boulogne-sur-Mer. A 
la ferme de Courcelles : j'ai pu rencontrer, comme dans 
le puits de Serqueux, YEophyton Danguyanum accompa- 
gnant des empreintes cylindroïdes de 10 à do millimètres 
de diamètre presque complètement en relief sur la face 
supérieure des blocs. 

Enfin l'échantillon le plus curieux provient de Mont- 
bois, au nord de Gournay; c'est celui dont la reproduc- 
tion accompagne cette note. Les deux surfaces sont éga- 
lement intéressantes. Je n'ai pas trouvé le bloc en place: 
il m'est donc impossible de dire quelle est la face supé- 
rieure, mais il est dans tous les cas important de re- 
marquer que des deux côtés les empreintes sont en 
relief. 

D'un côté (fig. 1), comme empreintes principales, 
on voit des tiges cylindriques de 8 à 10 millimètres de 
diamètre enchâssées dans un sillon un peu plus large; 
elles rappellent assez bien les vestiges du Portelia Meu- 
nieri que j'ai trouvés au Portel et décrits ici même (1) 
il y a quelques années: mais l'identification ne me paraît 
pas certaine, car on ne retrouve pas l'aspect épineux 
caractéristique de l'espèce du Boulonnais. 

Près de ces empreintes, il existe un sillon en gout- 
tière d'un diamètre plus grand, 15 à 18 millimètres, for- 
tement strié perpendiculairement à l'axe ; il a certaine- 
ment contenu un corps cylindrique peu adhérent qui a 
été détaché. Il devait appartenir aussi au genre Portelia. 

L'autre face du bloc (fig. 2), porte deux empreintes ab- 
solument nouvelles ; elles occupent toute la surface de 
l'échantillon. J/une, la principale, a 580 millimètres de 
largeur : c'est un cylindre écrasé présentant un double 
système de nervures parallères à l'axe ; les principales, 
assez saillantes sont espacées de 15 millimètres; les 
secondes, plus fines, existent au nombre de trois dans 
les intervalles des premières. 

La seconde empreinte, celle de gauche, est beaucoup 
plus usée, on n'y distingue pas le double système de 
cannelures; elle est surtout caractérisée par sa forme 
générale légèrement recourbée et renllée vers la base 
qui se termine en forme de massue. 

Au point de vue de l'origine de ces dernières em- 
preintes, il me paraît impossible de ne pas admettre 

(1) Naturaliste, 2 e série, n" 71, 1890. 



LR NATURALISTE 



91 



avec M. de Saporta qu'il s'agit de végétaux fossilisés; 
car la forme même des corps problématiques de Mont- 
bois ne peu pas s'expliquer autrement, et, de plus, nous 
retrouvons là, comme à Boulogne, ce fait absolument 
caractéristique de l'existence de reliefs des deux côtés 
d'un même bloc; j'y vois donc un nouvel argument en 
faveur de l'opinion de ce savant botaniste. 

Le pays de Bray, sans être, à beaucoup près, aussi 
riche que le Boulonnais en empreintes problématiques, 
peut néanmoins en fournir une assez grande variété. 
Cependant, les corps fossilisés franchement bilobés pa- 
raissent jusqu'à présent manquer, mais je ne doute pas 
qu'une recherche plus minutieuse que celle que j'ai pu 
faire en quelques jours n'amène la découverte d'échan- 
tillons nouveaux suffisamment beaux et complets pour 
se prêter à une étude et à une détermination complète. 
Je crois même pouvoir préciser un peu plus et dire que 
les recherches devraient être entreprises soit entre Cour- 
celles et Armentières, soil près de Gancourt-Saint- 
Etienne. Le premier de ces points me paraît surtout in- 
téressant, car, parmi les échantillons que j'y ai trouvés, 
il y en a un qui contient une empreinte malheureuse- 
ment fort courte et frottée, mais qui pourrait bien être 
très voisine du genre Cruziaua. 

Henri Boursault. 



L'ORCHESTE DU HÊTRE 

Orchestes Fagi. (Schônher). Ordre des Coléoptères. 
Famille des Rhyncho-phores. 



Sur l'extrême limite d'un grand bois, qui est souvent 
le but de mes promenades, se trouve un gros hêtre sécu- 
laire, dont les grosses branches inférieures, respectées 
du bûcheron, laissent tomber presque jusqu'à terre, 
leurs brindilles chargées de feuilles, qui se trouvent ainsi 
très à portée pour l'observation. Cet arbre, l'un des plus 
gros de la forêt, n'avait pourtant pas, jusqu'alors, attiré 
particulièrement mon attention, lorsque il y a quelques 
années, je m'aperçus au mois de mai, qu'une très grande 
partie de ses feuilles, à peine épanouies et d'un vert si 
tendre et si gai, étaient souillées de taches fauves plus 
ou moins grandes et recroquevillées. Ces taches affec- 
taient la forme d'un triangle très allongé, commençant 
sur la nervure médiane et s'élargissant vers le sommet 
de la feuille. Mon attention ayant été ainsi attirée, je 
voulus connaître la cause de ces souillures, et j'examinai 
un certain nombre de feuilles. En regardant par trans- 
parence les feuilles tachées, je découvris une petite 
larve entre les épidermes des deux faces, qui dévorait 
le parenchyme. J'avais donc à faire à une larve mineuse, 
qui détruisant la substance verte de la feuille en faisait 
dessécher l'épiderme et causait ainsi les taches jaunes 
et fauves observées. La mine prend toujours naissance 
sur la nervure médiane et se dirige, d'abord très mince 
et à peine perceptible, vers le sommet de la feuille 
qu'elle atteint en s'élargissant beaucoup, en donnant 
assez exactement la figure d'un fleuve formant un delta 
à son embouchure dans la mer. Sur une seule feuille il 
n'y a ordinairement qu'une mine, mais quelquefois il 
s'en produit deux, trois et, bien que rarement, jusqu'à 
quatre. Dans ce cas, toutes ces mines commencées sur 
un point différent, de la nervure médiane, ayant toutes 
une tendance à s'élever vers le sommet de la feuille, il 



arrive que plusieurs se rencontrent, se confondent et 
couvrent une grande partie de la feuille. 

La larve qui creuse ces mines est la larve de Y Or- 
chestes Fagi (Schônher) : elle se développe très rapide- 
ment et donne en quelques semaines l'insecte parfait. 
L'œuf est pondu probablement dès les premiers jours de 
mai, et l'insecte parfait éclot dès la fin du même mois. 
Le plus généralement les feuilles du hêtre sont encore 
enveloppées dans leurs écailles lorsque commence le 
mois de mai : ce n'est que dans les premiers jours de ce 
mois que, se développant à la façon d'un éventail, elles 
s'étalent complètement. A ce moment on n'aperçoit pas 
traces des mines, et cependant déjà quelques insectes, 
peut-être l'orcheste du hêtre lui-même, ont en man- 
geant ces jeunes feuilles percé quelques trous vers 




Fig. 2. Fig. 1. 

Fig. t. — Larve de l'Orchcste du Hêtre. 

Fig. 2. — Feuille de Hêtre minée par la larve de l'Orchcste 

du Hêtre et montrant le cocon dans la mine. 

leur sommet. Deux ou trois jours après l'épanouissement 
on voit les mines commencer à se former; vers le 10 ou 
le 12 mai, la mine attire déjà l'attention ; vers le 20, elle 
atteint le bord de la feuille; la larve commence à se 
transformer en nymphe; avant le 31 mai l'insecte par- 
fait est éclos et il a quitté la mine. C'est donc une évo- 
lution très rapide et pour laquelle environ trois semaines 
suffisent. 

Lorsque la larve atteint le bord de la feuille, elle le 
suit en élargissant sa mine, qui prend une forme trian- 
gulaire très prononcée : dès qu'elle a atteint son entier 
développement, 5 à 6 millimètres, elle file vers le sommet 
de la feuille un petit cocon sphérique ou un peu ovale 
de 3 millimètres de diamètre, en soie blanche, où elle se 
transforme en nymphe. C'est ordinairement du 20 au 
22 mai que ces cocons sont filés: dès le 23, en les ou- 
vrant, on trouve la nymphe formée, et Ton distingue 
facilement ses organes, la tête, les pattes, les élytres. 
Le 31 mai il est rare que l'on trouve encore des insectes 
dans les cocons. 



[,-> 



LE NATURALISTE 



Dans certaines années tardives, cependant, comme 
en 1891'par exemple, la ponte est probablement retarde'e ; 
la nymphose ne se produit que vers la fin de mai, et 
l'éclosion des insectes parfaits se prolonge jusque vers 
le 15 juin au plus tard. 

Si la feuille est minée par plusieurs larves et que les 
mines se soient confondues en une seule, toutes ces 
larves se rapprochent vers le sommet de la feuille et 
filent leurs cocons dans un espace très restreint. Si 
chaque mine est demeure'e distincte, le cocon est filé 
dans chacune à la partie supérieure de la mine et tou- 
jours sur le bord de la feuille. Ce cocon n'est pas très 
facile à découvrira la vue sans ouvrir la mine; mais on 
le sent très facilement entre les doigts, comme une 
petite boulette arrondie. 

Il est assez remarquable, que toutes les larves vivant 
sur un même arbre paraissent arriver en même temps 
au même point de leur évolution. Le même jour on trouve 
toutes les larves qu'on recueille sur les diverses parties 
d'un arbre parvenues au même développement; on les 
voit toutes filer leur cocon le même jour, éclore le même 
jour. 

Bien que les feuilles minées par la larve de l'orcheste 
du hêtre soient très nombreuses, que ces larves semblent 
parvenir presque toutes au dernier terme de leur évolu- 
tion, l'insecte n'est pourtant pas lui-même très commun: 
on ne le trouve pas abondamment, même sur les feuilles 
de hêtre. J'ai cherché à être témoin de la ponte, mais à 
part une seule fois, un 16 mai, où j'ai cru voir un 
orcheste pondre sur la nervure médiane en dessous 
d'une feuille, je n'ai jamais pu satisfaire ma curiosité. 
Au surplus je n'ai guère rencontré d'insectes parfaits au 
commencement de mai sur les hêtres, qui quelques jours 
après avaient un grand nombre de leurs feuilles minées. 

On trouve l'insecte parfait sur les arbres, hêtres, saules, 
marceaux, etc., depuis le commencement de mai, jusqu'à 
la fin d'août, mais jamais en grand nombre. J'ai aussi 
vu en août quelques feuilles minées renfermant des 
larves ; il paraîtrait donc y avoir plusieurs générations, 
deux tout au moins dans l'année. L'Insecte parfait semble 
aussi hiverner, j'en ai rencontré à la fin d'août dans des 
feuilles de hêtre contournées et recroquevillées. 

J'ai remarqué aussi que les arbres placés sur la lisière 
des bois portent bien plus de feuilles minées par les 
larves d'orchestes que ceux qui croissent dans le 
milieu de la forêt. 

La larve, lorsqu'elle a atteint tout son développement, 
est longue de 5 à 6 millimètres-, elle est alors presque 
blanche ou d'un blanc verdàtre, plus jeune elle est verte 
avec le canal intestinal plus foncé ; elle est apode et nue, 
sa forme est atténuée d'avant en arrière ; elle est com- 
posée de treize segments nettement séparés les uns des 
autres et arrondis sur les côtés, la tête brune est en- 
foncée dans le deuxième segment, qui est aussi brun 
noirâtre et un peu moins large que le troisième, à partir 
duquel Les suivants vont en diminuant de largeur; le 
dernier est très étroit. Cette larve file à la manière des 
chenilles; si on la tire de sa mine, elle demeure sus- 
pendue à un fil de soie. 

L'orcheste du hêtre est un infime petit coléoptère de 
la famille des Curciilionides, ou charançons: il n'a 
guère plus de 2 millimètres de long; il est couvert d'une 
légère pubescence, La tête et le corselet sont noirs, le 
bec est assez long, filiforme, un peu courbé. Les antennes 
sont coudées, leur funicule est composé de six articles; 



le premier, bien plus grand et plus gros que les autres, 
est conique; la massue est ovale. Les antennes en entier 
et les tarses sont d'un testacé pâle. Les élytres ovales 
sont un peu plus larges que le corselet à la base, elles 
sont striées, ponctuées, d'un brun marron foncé ; les 
pattes sont noires, les cuisses sont faiblement unidentés: 
les postérieures, renflées, sont propres au saut. Il n'est 
pas rare de voir ce petit insecte se promener pendant 
l'été sur les feuilles de hêtre, mais il s'échappe facile- 
ment en sautant, dès qu'il se voit observé; quelquefois 
aussi il se laisse tomber à terre. Il prend aussi son vol 
aisément, étant muni d'ailes sous ses élytres. 

L'orcheste du hêtre est dévoré à l'état de larve par 
un parasite que je crois appartenir à la famille des 
Hyménoptères braconides, sans pouvoir pourtant l'af- 
firmer; ce parasite ne me semble pas très commun dans 
les mines, et le seul que j'aie vu y parvenir à l'étal, 
parfait m'a échappé et. je n'ai pu l'étudier ni le déter- 
miner. 

E. PlSSOT. 



Suites à la Flore de France 

DE GRENIER ET GODRON 

(Suite.) 



Thymus Pannonicus Ail. Flora Pede- 
montana, I, p. 20 ; Koch Synopsis fl. Germ. et 
Helvet., éd. I. p. 558 ; Sturm Deutschlands Flora, 
XVI, t. 70; Cesati, Passerini et Gibelii Comp.Jl. 
Ital., p. 300 ; T. Serpyllum L. var. Pannonicus 
Koch Synopsis, éd. 2, p. 641 ; T. Allionii Kern. 
ap. Déségl. Obs. sur les Thymi Opiziani (1882), 
ii. 13. — Sect. Camptodromi Kern, in Œsterreicke 
botanischen Zeitschr. (1874), p. 185 (Nervures 
secondaires des feuilles arquées, sensiblement plus 
faibles vers la marge nullement épaissie, à la fin 
presque Dulles) ; s. -sect. Holotrichi Borb. Symbol. 
Thym. Europ. med. (1890), p. 49 (Ramuscules 
florifères subarrondis, poilus sur toute leur sur-, 
face), gr. Lanuginosi Borb. in Geogr. atque Enum. 
pi. Castriferr., 125. —Exsicc. Billot, n° 2337. — 
Tiges non radicantes, entourées, ainsi que les ra- 
meaux, de poils blancs ± denses, longs [plus longs 
que le diamètre de la tige), étalés horizontalement, 
non réfléchis. Feuilles longuement poilues sur les 
deux pages, ciliées à la base, oblongues-lancéolées, à 
nervures fines. Glomérules florifères 1res fournis, 
les supérieurs rapprochés en épi ovale-oblong, sou- 
vent allongé, les inférieurs m écartés. Calice relati- 
vement grand (5-6 rnillim. de long), à lèvre supé- 
rieure trifide jusqu'au milieu, à dents allongées lon- 
guement acuminées. Corolle rose, assez longuement 
exserte. 

L'habitat de cette plante en France est assez dif- 
ficile à préciser, car elle est confondue très souvent 
avec le T. lanuginosus Mill. T. Austriacus Bernh., 
T. Pannonicus Schur non Ail., T. hirsutissimus 
Kit., T. piligerus Opiz) qui s'en distingue par ses 
calices sensiblement plus petits (3-4 millim. de 



LE NATURALISTE 



93 



long), à lèvre supérieure trifide seulement jusqu'au 
tiers de sa longueur, à dents triangulaires-acu- 
minées, la corolle rosée ou blanchâtre petite, à 
peine exserte. Le T. Pannonicus n'en est pas 
moins seulement, pour nous, une sous-espèce du 
T. lanuginosus MM., qui comporte aussi comme 
var. le T. Kosteleckyanus Opiz, à feuilles étroites, 
presque toutes linéaires, alor^ que le T. Pannonicus 
a pour variété le T. Ortmannianus Opiz, à feuilles 
ovales à nervures épaisses. 

Nous ne connaissons le T. Pannonicus que dans 
les Hautes-Alpes, d'où M. Lannes nous l'a envoyé 
provenant du Bois de l'Echelle près de Plaimpineû. 
M. Saint-Lager (ap. Cariot Etude des Fleurs, 
8 me édit., fl, p. 664) l'indique dans le département 
de la Loire aux environs de Rive-de-Gier, de 
Saint- Chamo7id et de la Valla, puis en Savoie, à 
Saint-Jean, Lanslebourg et Bessans. Peut être 
quelques-unes de ces localités s'appliquent-elles 
au vrai T. lanuginosus MM. 

Aire géographique (du T. Pannonicus AU.). 

— Italie : Piémont; Vénétie ; Hongrie. — La var. 
Ortmannianus (Opiz) en Vénétie (1). 

ÎHicromerï» ï»iperell» Bentham Labia- 
tarum gênera et species, p. 379; ap. DG. Prodro- 
mus, XII, p. 221 ; de Notaris Rep. fi. Lig., p. 320; 
Ardoino Fl. Alpes-Maritirnes; p. 295; Nyman 
Conspectus fi. Europ., p. 591 ; Satureia Piper ella 
Bertol. Fl. ItaL, VI, p. 50; Ces. Pass. e. Gib. 
Comp. fi. ItaL, p. 302; Arcang. Comp. fi. Rat., 
p. 540; Tendana Piperella Reichb. f. Icon. fl. 
Germ., XVIII, p. 39, t. LXX, fig. 1 ; Moggridge 
Contrib.jï. Ment., t. XXXII, Caruel Flora Ra- 
liana, p. 71 ; Thymus Piperella AH. Fl. Pedem., 
J, p. 21, no?iL. — Sect. Piperella Benth. (loc. cit.) 

— fiante de 1-2 décim. sufïïutescente, rameuse à 
la base à rameaux herbacés, pubescents, grêles,/>res- 
que filiformes, allongés. Feuilles sessiles, largement 
ovales-obtuses, très arrondies à la base ou subcordées , 
glabres sur les deux pages ou légèrement pubes- 
cenles en dessous, les inférieures souvent ondulées, 
les moyennes plus grandes (8-10 millim. de lon- 
gueur), les supérieures oblongues, plus petites, acu- 
tiuscules. Fleurs disposées à l'aisselle des feuilles en 
vcrticilles ax Maires, écartés, pédoncules, unilaté- 
raux, lâches et pauciflores; bractées petites, oblon- 
gues. Calice subsessile, pubescent extérieurement, 
velu à la gorge, longuement tubuleux, souvent rou- 
geâlre ou purpurin, à 13-1 5 stries, à dents subulées, 
inégales lesdeux inférieures droites, égalant le tiers 
environ de la longueur du tube, les trois supérieures 
étalées, égalant le cinquième de cette longueur. 

(1) Déséglise rapporte à cette plante {Tym. Opiz., p. 13) le 
T. Carniolicus Borb.; c'est une erreur que M. Borbas a déjà 
relevée.— La forme T. Carniolicus, du sous-type T. Polylrichus 
Kern., se distingue des T. Pannonicus et Ortmannianus par les 
enlrenœuds des rameaux alternativement r/labres, les calices 
petits, les feuilles largement ovales, etc. Il est connu en France 
à Soulage (leg. Hervier), à Badaroux (leg. Poitrasson), à Mont- 
Dauphin (leg. Rouy), etc. 



Corolle manifestement bilabiée, à lèvre supérieure 
dressée, presque plane, à tube étroit, longuement 
atténué et une fois plus long que le calice. Etamines 
à filets non dentés, à anlhènes biloculaires, à lo^es 
longiludinalement déhiscentes. Style allongé ; stig- 
mate profondément bipartite, à lobes égaux, Nucules 
lisses, mucronés au sommet. 

G. Rouy. 

Tableaux dichotomiques 
pour déterminer les Lépidoptères d'Europe 

DU GENRE COLIAS 

(Suite) 



ABREVIATIONS 

inf. = Ailes inférieures. 
sup. = Ailes supérieures. 
tch. = Tache dise. = discoïdale. 

12 Tch, dise, des sup. petite, pupillée de blanc en dessus et en 

dessous ou elle manque. Tch. dise, des inf. blanchâtre. 
Dessous du J d'un jaune soufre, celui de la 9 blanchâtre 
avec une large bordure noire, ordinairement non divisée 
par des nervures claires. Dessous jaune avec le bord ter- 
minal plus foncé ; inf. saupoudré de gris. Chez la var. La- 
ponica Stgr. [Werdandi H. S.) de la Laponie et Russie 
boréale, le fond est plus clair ; la tch. dise est plus petite 
et les inf. ont un teint verdâtre ; la $ en dessus d'un gris 
perle avec la bordure divisée par des nervures claires. 
L'ab. Europomene O. en Allemagne et en Suisse est plus 
petite que le type avec la bordure noire plus large et le 
jaune du fond plusfoncé. Chez l'ab. alpine $ Werdandi H. 
S. (Philomène Dup.) le fond est d'un jaune soufre clair et 
la bordure noire des sup. avec des taches jaunes effacées. 
L"ab. 9 lllgneri Rtihl (Sociét. entom. 1890-89) en Alle- 
magne orientale (bassin de Prosna) a le fond de toutes les 
ailes d'un jaune verdâtre vif et la bordure entièrement 
noire. L'ab. QCretacea Schilde (Entom. Nachr. 1884, 339) 
en Finlande boréale est en dessus d'un blane crétacé, le 
dessous des inf. est bleuâtre et la frange est blanche. 
Env. 40-50 mm. Pyn. EuropomeEsp. Philomène H. B. — 
Centre et midi de l'Europe ; Russie orient. Juillet, août. 

Palseno L. 
Tch. dise, des sup. grosse et bien marquée, pupillée de blanc 
seulement en dessous ou non pupillée. 

13 Tch. dise, des sup. pupillée de blanc en dessous. Dessus 
d'un jaune soufre avec la base saupoudrée de noirâtre 
et une large bordure noire des sup. fortement échancrée. 
Dessous comme chez hyale L. (n° 15) différant en ce 
que la tch. dise, des sup. est pupillée do blanc et que les 
inf. sont à la base d'un vert plus vif. (Descr. de la 9 
sous n<> 18) Env. 45-50. Syn. Neriene F. D. AV. — Midi 
et sud-est de la Russie, Caucase. Avril, août, octobre. 

Erate. Esp. 
Tch. dise, des sup.nonpupillée de blanc en dessous. Tch. dise, 
des inf. efficace d'un jaune ochracé clair en dessous or- 
dinairement simplement pupillée de blanc et arrondie. 
Dessus d'un blanc bleuâtre plus ou moins teinté d'un 
vert jaunâtre. La base faiblement saupoudrée de noirâtre 
et la bordure noire n'est pas fortement échancrée. Des- 
sous d'un jaune citron ; sup, au bord interne d'un blanc 
verdâtre avec les ordinaires taches marginales obs- 
cures. (Descr. de la 9 sous n e 19). Env. 55-60 mm. — 
Sud-ouest de la Transcaucasic. Juin, juillet. 

Chlorocoma, Chr. o* 
(Romanoff. Mémoires sur les Lépid. Y 1889, 193). 

14 La large bordure noire des sup. avec des taches de 1 
couleur du fond n'atteint pas l'angle interne. L'étroite 
bordure noire des inf. atteignant seulement le milieu du 
bord terminal ; ordinairement est-elle précédée d'un ranj 
de taches noires peu marquées et liées avec la bordure. 
Dessus du o* d'un jaune citron, celui de la 9 d'un blanc 
jaunâtre, Tch. dise, des sup. grosse et bien marquée. 
Tch. dise, des inf. grande, d'un jaune orangé etbipupil- 
lée en dessous de blanc. Dessous jaune (dans la 9 les 
sup. blanchâtres) avec une rangée marginale de taches 



!)i 



LE NATURALISTE 



noires sur les sup.et 2 taches de la même couleur à la 
cote avant le sommet. Bord terminal des inf. précédé 
d'une rangée de taches d'un brun rougeâtre et une tache 
do la même couleur à la base. Var. Sareplensis Stgr. au 
midi et sud-est de la Russie, ainsi que dans la Hongrie, 
est plus grande que le type ayant les ailes plus longues. 
Le fond du o* d'un jaune plus vif presque comme chez 
PErate o* (n° 13), et la bordure noire des sup. atteignant 
ici l'angle interne, à peu près comme chez l'Erate ab. 
Pallida Stgr. (n° 1S). Ab. 9 Flava Husz (Entom. Nachr. 
1883, 134), en Hongrie a le fond d'un jaune vif et les 
taches jaunes de la bordure sont quelquefois très grandes 
formant même une bande continuée. Sur les inf. manque 
la rangée de taches, qui précèdent la bordure. Dans 
l'ab. Nigvo-fasciata Grumm-Grshimaïlo (Romanoff. Mé- 
moires sur les Lépid. I, 1884, 163) en midi et sud-est de 
la Russie, la bordure noire des sup. est très large, at- 
teignant presque le milieu d'aile et se réunissant avec la 
tch. dise, par une bande noire. Dessous avec les taches 
marginales obscures prolongées vers la base en forme 
de raies. Env. 45-50. Syn. Palaeno Esp. — Centre et 
midi de l'Europe, Caucase. Avril-octobre. 

Hyale. L. 
La bordure noire des sup. avec des taches de la couleur du 
fond atteignant l'angle interne et celle des inf. se pro- 
longe ordinairement au delà du milieu du bord terminal 
ou jusqu'à l'angle anal. 

15 Fond du dessus blanchâtre ou jaune. 

Fond du dessus d'un jaune orangé ou d'un rouge orangé. 

16 Env. 45-50 mm. Bordure noire des sup. avec les taches 
claires qu'elle contient pas bien tranchées ; les dernières 
quelquefois très grandes ou réunies en une bande presque 
continue. 

55-60. Bordure noire des sup. et les taches claires 
qu'elle contient bien tranchées. 

Taches marginales noires en dessous des sup. bien 
marquées. 

Taches marginales noires en dessous des sup. effacées. Dessus 



Env 
17 



à peu près comme dans Edusa ab. Hélice Hb. (n° 18); se 
distingue par sa taille plus petite, les inf. plus claires et 
la bordure plus étroite avec les taches claires de la 
bordure plus nombreuses et plus marquées sur les sup. 
et plus grandes et plus anguleuses sur les inf. Distincte 
de l'Erate ab. Pallida Stgr. (n° 18) aussi par la tch. dise, 
non pupilléo de blanc en dessous et par le fin plus 
large de la bordure noire ou l'angle interne. (Descript. 
du type sous N° 8 et n° 26.) 

Myrinidone Esp. Ab. — Alba Stgr. 

Compar. C. Palaeno L. Ab. — Werdandi H. S. (n° 12). 

18 Tch. dise, des sup. pupillée de blanc en dessous. Bordure 
noire des sup. pupillée de blanc en dessous. Bordure 
noire des sup. n'atteignant pas dans toute sa largeur 
l'angle interne. Fond du dessus d'un jaune soufre. 
Bordure noire fondue à la côte avec le fond jaune et 
divisée par des taches grandes de la couleur du fond. Du 
reste comme dans le o* ( n ° 12). L'ab. Pallida Stgr. est, 
plus grande que le type avec le fond d'un blanc jau- 
nâtre et les taches claires dans la bordure des inf. 
quadrangulaires. Env. 50 mm. 

Erate Esp. 9. 

Tch. dise, des sup. non pupillée en dessous. Bordure noire des 
sup. atteignant dans toute sa largeur l'angle interne et, 
non fondue à la côte avec le fond d'un blanc jaunâtre. 
Taches claires de la bordure connue dans le type (n° 26) 
mais moins tranchées. Inf. plus ou moins saupoudrées 
de vert foncé avec la tch. dise, d'un d'un jaune orangé 
clair. Du reste, semblable au type. Ressemble aussi à 
l'Erate ab. Pallida Stgr. ainsi qu'à la Myrmidone Esp. 
ab. Alba Stgr. (n° 17) et Hyale L 2 (n» 14). — Env. 
45-58 mm. 

Edusa F. ab. 9 Hélice Hb. 

Comp. Hyale L. var. Sareptensis Stgr. 9 (n° 14). 



(A suivre.) 



K. Bramson. 
(de Ekaterinoslaw.) 



LE BISON D'EUROPE 



L'an dernier, le Naturaliste a publié une note de 
M. Gutmansousce même titre, mais l'auteur n'envi- 
sageait que l'animal au point devenu historique. Il 



reste à dire quelques mots rapides sur le Bison 
d'Europe en tant qu'espèce. 

Le Bison, le Wisent des Allemands, le Subr des 




Le BISON d'Europe d'après une gravure du xvir siècle. 




y* 

o 

tri 
S 



!l(i 



LE NATURALISTE 



Polonais, dit Vogt, n'existe plus aujourd'hui que 
dans la grande forêt de Byalowicza, gouvernement 
de Grodno en Lithuanie, et au centre du Caucase, 
ilaus le voisinage des sources duTérek elduKouban. 
Le Bison d'Europe est un fort animal, puissant : un 
vieux taureau peut atteindre jusqu'à 2 m. 30 de 
hauteur au garrot (Vogt). La tète a le front bombé et 
large, les oreilles courtes, le mufle boursouflé et 
élargi ; deux petites cornes rondes et pointues, qui 
se courbent en haut, sont placées de telle sorte que 
les pointes se trouvent au-dessus des bases implan- 
tées latéralement sur les bords du front. Les jambes 
sont courtes et massives, les sabots arrondis, les 
ergots petits, la queue courte, épaisse, garnie d'un 
pinceau terminal. Une toison épaisse, constituée de 
laine et de longs poils mous, forme une sorte de 
crinière, enveloppant la tête, le cou, le poitrail, les 
épaules et le garrot; elle s"allonge considérable- 
ment sur le fanon du cou, entre les cornes et le gar- 
rot déjà relevé par lui-même, de sorte que l'animal 
paraît porter une bosse. La toison serrée, mais plus 
courte, se continue sur tout le corps. La couleur est 
d'un brun noirâtre sur le dos, plus claire sur les 
flancs. Chez les jeunes animaux, le poil est plus 
mou et plus court que celui des vieux. Le mâle dif- 
fère de la femelle par sa taille plus grande, sa tête 
plus forte, son front plus large, ses cornes plus 
courtes. Les Bisons vivent en troupeaux autrefois 
très nombreux, sous la conduite d'un vieux mâle, 
les troupeaux sont de do à 20 individus en été et de 
30 à -40 en hiver. Chaque troupeau a son domaine 
fixe d'où il ne s'écarte pas. 

Le Bison femelle ne met bas qu'une fois tous les 
trois ans, et, lorsqu'elle a atteint un certain âge, 
elle reste stérile pendant plusieurs années avant de 
concevoir à nouveau. On a remarqué que les bisons 
se multiplient plus rapidement en captivité qu'en 
liberté. Les jeunes ou taureaux sont toujours fa- 
rouches, et les vaches, quoique beaucoup plus do- 
ciles, tuent invariablement les veaux lorsque ceux- 
ci ont été touchés par des mains humaines. 

Nous donnons ci-contre la figure du Bison, d'après 
une vieille gravure de Joannes Jonstomes de 1650, 
puis une belle planche représentant l'animal d'après 
un récent document russe. 



Influence de la domination arabe dans la Faune 

DE L'ANDALOUSIE 



On sait que les anlhxopologistes cties ethnographes étudient 
avec soin les influences des diverses races humaines qui ont 
habité une conUée, sur celles qui les peuplent actuellement. 
Mais je ne crois pas qu'on ait encore fait une étude analogue 
concernant les animaux qui peuplent les diverses régions au 
point de vue de l'influence des diverses populations humaines 
dans la propagation des espèces zoologiques. Il est vrai qu'on 
ne peut rencontrer que rarement un ensemble de circonstances 
nircs pour pouvoir fixer d'une manière certaine ce qu'il 
y aurait d'indigène ou d'importé dans la faune d'une région. 

Les élu. les ipic je poursuis sur la faune vivante et fossile de 
la bassi Andalousie m'ont permis de tirer quelques conclusions 



à ce sujet. En ce qui concerne les plantes, on a fait de nom- 
breuses études sur l'origine des 'espèces importées dans di- 
verses régions, mais ces études ne peuvent avoir que rarement 
de valeur comme preuve du séjour d'un peuple dans cette con- 
trée à cause de la propagation facile et des moyens variés que 
possèdent les végétaux. Les animaux offrent un champ de 
recherches beaucoup plus sûr, pourvu qu'on laisse de côté 
certains groupes, tels que les oiseaux, les chiroptères, les in- 
sectes qui émigrent, et qu'on ne tienne pas compte des groupes 
dont le transport est dû à l'homme, d'une manière soit inten- 
tionnelle, soit fortuite. On ne doit pas non plus se baser sur 
les races domestiques, car elles peuvent avoir été introduites 
dans la région par accident ou dans un but commercial et 
toujours à une époque impossible à déterminer. Je ne parlerai 
pas non plus de l'influence des races de chevaux arabes dans 
certaines races de l'Andalousie, ni de l'àne pur arabe qui vit 
encore; je me bornerai à quelques exemples tirés des animaux 
sauvages. En 1879, le D r Servain dans une excursion malaco- 
logique qu'il fit dans l'Espagne recueillit dans les alluvions du 
Guadalquivir plusieurs échantillons appartenant à des espèces 
nouvelles d'un mollusque du genre Cœlestele. M. J. R. Bour- 
guignat (1), en décrivant ces espèces, fit remarquer que, jus- 
qu'alors, on ne connaissait lo genre en question que dans l'Inde 
où Benson l'avait découvert, dans l'Arabie où Issel le trouva 
ensuite, et en Espagne, d'où Servain le rapporta. Mes recherches 
personnelles montrent que seuls les dépôts d'alluvions entraî- 
nés par le Guadalquivir, et non ceux d'autres cours d'eau, ont 
fourni jusqu'à présent des Cœlesteles (2). L'isolement de cette 
région, et la grande distance qui la sépare de la mer Rouge, 
ont obligé M. Bourguignat à expliquer la présence de ces petits 
gastéropodes sur les bords du Guadalquivir comme le fait d'une 
acclimatation accidentelle duc à des transports de plantes ou 
d'arbustes de l'Inde ou de l'Arabie. Ces animaux, trouvant un 
climat favorable à leur développement, se seront propagés en 
se sélectant en des formes spéciales, sous l'influence des milieux 
nouveaux dans lesquels ils se sont acclimatés. Peut-être même 
d'autres mollusques assez rares que j'ai récoltés dans les bords 
du Guadalquivir, et qui sont à l'étude, auront une même ori- 
gine. Parmi les arachnides, je crois que cette origine est très 
probable pour la Gluira dorsalis Latr., le seul solifugue euro- 
péen très abondant dans les bords de ce fleuve. 

M. le professeur Machado (3) a indiqué la Testudo marginata 
Schœff. comme vivant librement dans quelques endroits de la 
province de Huclva; mais M. Boscà 14) pense que son nom 
vulgaire de tortuga inorisca indique qu'elle aura été importée 
d'Afrique. Si elle est réellement abondante et naturalisée, son 
importation doit être ancienne et probablement de l'époque de 
la domination arabe. 

Cette origine est indiscutable à mon avis en ce qui concerne 
le curieux mammifère appelé dans le pays meloncillo, variété 
de l'Herpès tes ichneumon L., l'unique espèce de sa famille re- 
présentée en Europe. Il vit exclusivement dans la basse Anda- 
lousie, en troupes, sans que jamais on le trouve dans aucune 
autre région de l'Espagne. Le naturaliste Gray décrivit cet 
animal comme une espèce nouvelle, mais on sait aujourd'hui 
qu'elle n'est qu'une variété africaine du llerpcsles ichneumon L. 
M. Puiggener (5), d'accord avec moi sur ce sujet, a fait 
remarquer que le meloncillo est un Carnivore introduit en Es- 
pagne, apprivoisé par les Arabes, revenu par accident à l'état 
sauvage et devenu par suite une nouvelle variété en s'adaptant 
aux nouvelles conditions du milieu. On sait que YHerpeslcs 
était considéré comme animal sacré en Egypte et qu'une de 
ces espèces se trouve en domesticité au Bengale, où elle rend 
les mêmes services que les chats chez nous. M. Régnera (6) 
dit aussi qu'à Montoro, dans la Sierra Morena, il les a vus en 
domesticité. Cetto circonstance explique que les Arabes pou- 
vaient faire venir Yllerpesles en Espagne avec leurs animaux 
domestiques. 

Je mentionnerai finalement la troupe de singes de Gibraltar 



(1) Description de diverses espèces de Cœlcstels et do Pala- 
dilhia. Angers, 1880. 

(2) Calderon. Una cuestion de geografia zoologica. Bol. de 
la Instit. libre de Ensen. 1890. 

(3) Herpctologia hispanensis. Sevilla, 1859. 

(i) Catàlogo de los rept. y anfib. de Espafia y Portugal. Anal. 
Soc. Espan. de Ilisl. nat., 1877. 

(5) Nota sobre el Herpesles Widdringtoni Gray. Anal. Soc. 
Espan. de Ilisl. nat. 1888. 

(G) Fauna de Sierra Morena. Madrid, 1881. 



LE NATURALISTE 



ï)7 



dont on a si souvent parlé. Dans une note précédente (1) j'ai 
résumé tout ce qu'on a écrit de plus important sur l'existence 
de ce seul représentant des singes en Europe. Les laits démon- 
trent que ce singe n'est pas originaire du sud de l'Espagne, et 
toutes les considérations géologiques et paléontologiques tirées 
de la présence du singe à Gibraltar n'ont pas de base sérieuse. 
Blainville (2) l'envisageait déjà comme une importation ana- 
logue à celle de l'île de Bourbon où ces bètes se maintiennent 
sous la protection do l'homme. Mais d'après M. G. Smith, une 
ancienne légende arabe parle du singe à Gibraltar ; il faut 
donc rapporter à l'époque de la domination de ce peuple l'im- 
portation du Inuus ecaudatus. 

Peut-être trouvera-t-on peu concluant les faits pour rapporter 
au séjour des dominateurs orientaux l'existence en Andalousie 
desdites espèces, plutôt que de considérer les bêtes comme les 
descendants de la faune post-pliocène à l'époque antérieure à 
la rupture du détroit de Gibraltar. Certainement, clans plusieurs 
cas, la provenance arabe ou pré-arabe des animaux est très 
incertaine, mais dans d'autres cas la paléontologie et la géo- 
graphie zoologique peuvent résoudre la question. Les belles 
explorations des cavernes de Gibraltar par Falkoner et Busk (3 
ont amené la découverte des ossements de diverses espèces 
purement africaines, comme la Hyeena brunnea, le Lynx vul- 
garis, le léopard, le serval et le cerf de Barbarie. La plupart 
n'ont pas de représentants actuels en Andalousie; par contre 
aucun reste fossile du singe, ni des autres espèces que j'ai attri- 
buées à ,une importation humaine, n'a été rencontré. 

Ces importations se caractérisent en outre par leur tendance 
à se localiser et à disparaître. Ainsi VHerpestes devient chaque 
jour de plus en plus rare : il n'existe même plus dans cer- 
tains endroits où leurs troupes étaient encore abondantes il y 
a vingt ans. Le même fait se produit avec le singe de Gibraltar 
qui s'y maintient grâce aux soins de l'administration anglaise, 
qui a déjà dû faire venir un mâle du Maroc pour empêcher 
l'extinction de cette petite colonie. 

J'incline par analogie à attribuer la même origine à un 
rongeur essentiellement marocain, le porc-épic, qui existait 
certainement en Andalousie et en Estramadure il y a une cin- 
quantaine d'années et qui, d'après les recherches faites à mon 
instigation par le D r Adame (4), a complètement disparu de 
l'Espagne. 

Des recherches plus approfondies sur d'autres groupes zoo- 
logiques pourraient peut-être augmenter le nombre des docu- 
ments sur l'influence du long séjour des Arabes en Espagne 
sur la faune de ce pays ; mais je me borne aux preuves les 
plus certaines, n'ayant pour but présentement que de faire 
entrevoir les lumières que l'influence des hommes et la géo 
graphie zoologique peuvent se jeter mutuellement. 

Salvador Calderon {de SéviUe). 



Cette particularité pourrait faire supposer que cette coquille 
n'est qu'une monstruosité ; nous ne pouvons admettre cette hy- 
pothèse, car l'unique exemplaire que nous possédons est adulte 



DESCRIPTION D'UNE NO UVELLE ESPÈCE DAMPULLAIRE 

Aiii}iiill»rîa Brohardi 

Testa ovato-globulosd, tenui, supernè planidald, oblique 
striatâ, virescente ; apice erosâ, aperturâ magna supernè qua- 
dratâj intus purpurascente ; ambilico minlmo, labro incrassato 

margine columellarie flexo ; operculo calcareo . 

Dimension: longueur: 7 centimètres ; grand diamètre : S cen- 
timètres, longueur de l'ouverture : 5 centimètres : largeur à la 
base : 3 centimètres 

Coquille ovale globuleuse ; test assez mince ; sommet déprimé 
et présentant une surface plane comme celle de certains cônes 
{conus litterutus millepunctatus, proteus) ; coloration gé- 
nérale verdâtre *, stries obliques un peu saillantes formant de 
légères ondulations sur la coquille. Ombilic en partie recouvert 
par le bord columellairc. Ouverture de la coquille grande, 
large et arrondie à la base, plus étroite et carrée au sommet, 
d'une nuance violacée à l'intérieur, rougeâtro sur le bord colu- 
mellairc. L'opercule est calcaire et épais ; de forme oblonguo 
allongée, il ne forme pas exactement la partie supérieure de 
l'ouverture qui est carrée. 

(1) Calderon. Nota sobre la existencia del Inuus en Gibral- 
tar. Anal, de la Soc. Espan. de Hist. nat., 1889. 
(?) Ostéographie. Chap. Primates. 

(3) Quart. Journ. Geol. Society, t. XXI. 

(4) Nota sobre cl llyxtris cristata L., Anal. Soc. Espan. de 
Hist. nat., 1888. 




Ampullaria Brohardi (espèce nouvelle). Grand, nat. 

et parvenu à son entier développement, et la coquille ne pré- 
sente aucune tracede fracture ancienne ni de déformation acci- 
dentelle. 

Cette belle espèce a été recueillie par M. Brohard, conduc- 
teur de travaux publics au Cambodge. Nous la tenons de notre 
excellent ami, M. Jumeau, architecte à Béziers, qui l'avait 
reçue de M. Brohard et a bien voulu s'en dessaisir en notre 
faveur. C'est pour nous conformer au désir de notre ami que 
nous l'avons nommée Ampullaria Brohardi en souvenir de son 
inventeur mort depuis quelques années au Cambodge. 

M. Brohard avait trouvé cette ampullaire dans un petit lac 
situé derrière la ville de Pnom-Penh (Cambodge) ; au moment 
où il la captura elle rampait sur des plantes aquatiques, sur les 
bords de ce lac dont l'eau est un peu stagnante. Placée dans 
un aquarium, elle vécut environ cinq semaines, se nourrissant 
de racines de plantes aquatiques. M. Brohard n'a fait aucune 
remarque sur l'animal vivant. 

Albert Granger. 



SOCIÉTÉ PHILOMATIQTTE DE PARIS 



M. H. Filhol décrit et figure le crâne, jusqu'ici inconnu, de 
VAnthracotherium minimum, d'après une pièce en bon état 
recueillie par M. Vasscur à la Milloque (Lot-et-Garonne) : 
comme celle des Hyopotames, la tête se fait remarquer par 
son énorme élargissement au niveau du crâne et du front ; elle 
a la même allure dans les deux genres et ces nouvelles observa- 
tions viennent confirmer le rapprochement que faisaient les 
paléontologistes, en se basant sur le système dentaire, entre 
VAnthracotherium et l'Hyopotamus. — M. Filhol décrit et 
figure également une portion de mâchoire de Felis, trouvée 
par M. Clouet près de Saintes, dans la caverne du Gros-Roc. La 
portion maxillaire que l'auteur l'ait connaître est bien diffé- 
rente de celle qui lui correspond sur des Felis spelœa trouvés 
dans le midi de la France, en même temps qu'elle s'éloigne de 
celle des Felis spelœa de l'Angleterre. Les proportions indiquent 
un animal plus petit que ne l'étaient les Felis spelœa trouvés 
jusqu'à présent. Ce qui donne à cet échantillon un caractère 
tout particulier, c'est dans la grande brièveté de la barre, 
alors que le corps de la mandibule conservo une grande hau- 
teur. — Note de M. Léon Vaillant, sur un nouveau genre de 
Siluroïdes trouvé à Bornéo par M. Chaper. Ce genre ne ren- 
ferme jusqu'ici qu'une seule espèce à laquelle l'auteur donne 
le nom de Diastatomycter Chaperi ; elle se distingue de YHerni- 
siluvus scleronema par la présence d'une paire de barbillons 
mandibulaires et par la situation de la narine postérieure. — 
M. E.-L. Bouvier étudie et figure le système nerveux de la Li- 
mule polyphème; il signale notamment le trajet des deux nerfs 
frontaux inférieurs qui aboutissent à une fossette prébuccale 



98 



LE NATURALISTE 



sensorielle, puis il fait observer que les prétendus nerfs frontaux 
supérieurs sont en réalité des nerfs tégumentaires récurrents qui 
suivent sensiblement le trajet du nerf optique, pour se dis- 
tribuer aux téguments ventraux dans la région située en arrière 
de l'œil. — M. V. Tiîébault donne une anatomie détaillée 
du larynx du Casoar à casque femelle ; il décrit spécialement et 
figure les muscles jusqu'ici peu connus qui font partie de cet 
organe. — M. L.-F. Henneguy étudie et représente certains 
stades du développement du Smicra clavipes, chalcidien para- 
site à l'intérieur des larves de Stratiomys. Il se forme une mem- 
brane embryonnaire unique par un processus très différent de 
celui qui donne naissance à l'amnios des autres insectes. Lors- 
que l'embryon est bien constitué, les cellules de la membrane 
se dissocient et subissent une dégénérescence graisseuse. L'œuf 
emprunte par endosmose, au sang de l'hôte, les matériaux 
nutritifs nécessaires à son développement. Longtemps encore 
après son éclosion, la larve ne paraît se nourrir qu'aux dépens 
du sang de son hôte. — M. Pizon décrit, avec une grande pré- 
cision, le développement de l'appareil vasculaire colonial dans 
les colonies d'Ascidies du groupe des Botryllidés. Il a étudié 
le système vasculaire colonial de la larve fixée, celui de chaque 
blastozoïle, et a suivi la complication de cet appareil à mesure 
que de nouveaux individus s'ajoutent àla colonie. — M. Cn. Con- 
tejean observe que les parois stomacales de la Grenouille, dont 
les sécrétions sont normalement acides, sécrètent pendant la 
période d'activité de l'ovaire des produits alcalins; il attribue 
ce fait à la circulation de l'estomac qui est alors très réduite, et 
il montre quelle part le système nerveux et le développement 
des organes sexuels prennent dans laproduction de ce phénomène. 
— M. Contejean a réalisé en outre l'expérience de Sténon sur 
des Mammifères nouveau-nés, et il a trouvé que le système ner- 
veux de ces derniers, bien moins actif que celui des adultes, 
résiste aussi plus longtemps à la privation de l'apport des ma- 
tériaux nutritifs du sang. Chez un chien nouveau-né, trois heures 
après la ligature de l'aorte en arrière du diaphragme, des mouve- 
ment en apparence volontaires se produisaient encore dans les 
pattes postérieures. — M. E.-L. Bouvier étudie le contenu des 
cellules graisseuses du foie chez les Crustacés décapodes. Ces 
corps gras sont solides à la température ordinaire chez les Pagu- 
riens terrestres et liquides chez les autres crustacés jusqu'ici 
étudiés. Les Paguriens terrestres se font en outre remarquer 
par une quantité de graisse beaucoup plus considérable que les 
crustacés aquatiques, ce qui tient certainement à leur activité 
musculaire qui est jdus développée. — M. Chauvbaud donne 
la description et la figure du microzète, appareil pour la pré- 
paration, la recherche et le montage des coupes. 

N. 



RHIZOPODES ET FLAGELLÉS 



Parmi les Protozoaires, un groupe très important est celui 
des Rhizopodes; un autre groupe non moins intéressant est 
celui des Flagellés : d'une manière générale, il est facile de 
distinguer les représentants de l'un et l'autre groupe. 

Les Rhizopodes se déplacent au moyen de pseudopodes : ce 
sont des prolongements du protoplasma fondamental qui s'al- 
longent, s'élargissent, s'étirent, rentrent dans le corps pour se 
montrer à nouveau, ils changent plus ou moins rapidement de 
forme et de position. Fréquemment, ces pseudopodes se 
montrent sur toute la surface du corps comme dans les Acti- 
nophrys, Vampyrella, Nuclearia et certaines amibes; [d'autres 
fois, ils sont localisés en un point déterminé du corps qui 
correspond à l'aire d'ingestion des aliments (Platoum, Groo- 
mia, etc.). 

Les Flagellés ont un autre moyen de progression : ils pos- 
sèdent des flagellums ; ce sont, comme les pseudopodes, des 
prolongements du protoplasma fondamental, mais ces prolon- 
gements ont une forme fixe, déterminée, ce sont de fins fila- 
ments souvent difficiles à apercevoir, leur nombre varie avec 
les espèces; ils occupent en général l'extrémité antérieure du 
corps et sont dirigés en avant. Le mouvement du flagellé con- 
siste alors en une rotation rapide du corps sur lui-même avec 
progression. Parfois, avec deux flagellums par exemple, on 
trouve une disposition différente : un seul est dirigé en avant, 
le second est traîné à l'arrière et joue le rôle de gouvernail. 

Les flagellums, comme les pseudopodes, peuvent, à certaines 
périodes du développement, rentrer dans le protoplasma fon- 



damental pour en sortir à nouveau plus tard', mais il n'est pas 
rare également de voir ces flagellums se détacher, lorsque les 
conditions de milieu deviennent défavorables. 

Il semble, d'après la différence dans la nature de ces organes 
de la locomotion, qu'il est toujours facile de distinguer un 
Rhizopode d'un Flagellé et que les deux groupes sont bien dis- 
tincts, bien tranchés : ce serait une grave erreur de le croire. 
L'histoire de ce petit être que j'ai maintenant à décrire sous le 
nom de Ciliophrys marina sp. nov. en est une preuve mani- 
feste. 

Comme son nom l'indique, il habite la mer, se nourrissant 
de débris d'algues. Pour l'obtenir en grande quantité et l'ob- 
server facilement rien de plus facile. 11 suffit de ramasser dans 
une cuvette, avec de l'eau salée, ces lames vertes qui souvent 
tapissent entièrement les rochers : ce sont des Ulves; on les 
rencontre en abondance sur toutes les plages, depuis le bord 
du rivage jusqu'au niveau des basses mers. Si l'on abandonne 
la culture à elle-même, l'algue se décolore plus ou moins vite : 
l'eau se peuple d'organismes divers et il est bien rare que le 
Ciliophrys marina ne s'y trouve pas en majorité respectable. 

Si vouw n'avez pas la mer à proximité, le malheur n'est 
pas irréparable : le Ciliophrys marina a un frère aîné qui 
habite les eaux douces : c'est le Ciliophrys infiisionum décou- 
vert et étudié par Cienkovvski : il vous montrera les mêmes 
transformations. 

Revenons au Ciliophrys marina pour lequel on nous per- 
mettra d'avoir une préférence marquée : il se développe tout 
aussi bien sous la forme ( Rhizopode » que sous la forme 
« Flagellé » et ses transformations sont véritablement surpre- 
nantes. 

Sous la forme Rhizopode, c'est une petite sphère de proto- 
plasma ayant un diamètre de 10 \i en moyenne; ce protoplasma 
est nu; il n'est pas recouvert d'une membrane, il donne nais- 
sance par toute sa surface à de très nombreux pseudopodes 
longs et ténus (fig. 1-2); selon les individus, ce protoplasma 
est tantôt à peu près complètement hyalin, tantôt chargé de 
globules graisseux comme chez les Acinétiens. Au centre du 
corps se trouve le noyau (fig. 1), il n'est visible qu'à l'aide de 
réactifs', ce noyau est nucléole; il est parfois facile de voir de 
petites vacuoles dans le protoplasma. 

Souvent, le Ciliophrys n'a aucune nourriture ingérée', 
d'autres fois, on distingue un granule de chlorophylle dans 
une vacuole (fig. 3). 

La division se produit fréquemment pendant la vie active 
par simple étircment (fig. 6); souvent aussi, à ce moment, une 
vacuole grandit démesurément et paraît servir à la rupture 
définitive de la mince travée qui réunit les deux parties 
(fig. 4-5). 

La multiplication à ce stade « rhizopode » s'opère encore 
d'une manière différente : le Ciliophrys s'arrête, rentre ses 
pseudopodes, se sécrète une mince membrane et reste ainsi 
quelque temps à l'état de icpos; puis, en deux points opposés, 
deux individus, encore réunis à l'intérieur de l'enveloppe, se 
montrent à l'extérieur avec leurs pseudopodes (fig. 7), ils se 
dégagent bientôt tout à fait (fig. 6), et alors, ou ils se dis- 
persent isolément ou ils se réunissent momentanément en un 
seul individu (fig. 9) : la séparation définitive a lieu plus tard; 
cela rappelle beaucoup ce qui a lieu dans les sporanges des 
Vampy relies. 

L'enveloppe abandonnée est mince, incolore, sans structure; 
on ne distingue aucun résidu d'aliments, le rejet de ces der- 
niers ayant lieu avant la formation du sporange. 

Souvent, plusieurs individus se touchent par leurs pseudo- 
podes (fig. 10), se rapprochent au contact, se fusionnent : ce 
sont toutefois des réunions passagères dans lesquelles les 
noyaux restent distincts et qui n'ont aucun caractère de sexua- 
lité ; on observe de semblables associations chez beaucoup de 
Rhizopodes. Il faut remarquer, qu'à cet état, le Ciliophrys ou 
plutôt la colonie ainsi formée peut retirer ses pseudopodes et 
s'entourer d'une membrane pour former un sporange : on y 
distingue encore une sorte de limite entre les individus 
(fig. 21). 

Rien n'est plus curieux que d'assister à la transformation en 
« Flagellé » de ce « Rhizopode »', elle se produit si brusque- 
ment que l'observateur reste tout étonné d'une pareille méta- 
morphose s'accomplissant sous ses yeux. En un point qui sera 
la partie antérieure du « Flagellé » pousse rapidement un long 
flagcllum (fig. 11); les pseudopodes se raccourcissent en s'épais- 
sissant (fig. 12, 13, 18), et, en même temps que le contour du 
corps se nivelle, souvent même avant, le Flagellé part d'un 



LE NATURALISTE 



99 




Ciliophrys marina, sp. nov. Grossissement 



1-2. Deux aspects différents. — 3. Un individu avec sa vacuole digeslive e. — 4-5. Di- 
vision à l'aide d'une vacuole v. — 6. Division par simple étirement. — 7-8. Deux 
individus sortant d'une sporange. — 9. Fusion des deux individus à l'extérieur du 
sporange. — 10. Union de trois individus. — 11-14. Passages de la forme « rhizo- 
pode » à la forme « flagellé », — 15. La forme normale du flagellé. — 16. Vacuole 
digstive e. — 17. Deux flagellés réunis et progressant de concert. — 18. Un flagellé 
avec son noyau et son contour lobé. — 19. Début d'une division. — 20. Individu 
au repos. — 21. Plusieurs individus réunis au stade de repos. 



mouvement assez vif et le flagellum dirigé en avant (fig. 12, 14) : 
la forme normale du Ciliophrys, à ce stade, est ovalaire 
(fig. 13, 16). 

Sous cette forme, cette espèce est susceptible de se nourrir, 
de se diviser, de s'associer tout comme au stade rhizopode ; 
ainsi on trouve des individus avec une vacuole renfermant des 
aliments (fig. 16); d'autres sont réunis par deux (fig. 17) et 
voyagent ainsi accouplés; quelques-uns sont en division longi- 
tudinale (fig. 19); enfin, il est possible de les voir s'arrêter, 
s'arrondir et s'entourer d'une membrane (fig. 20). 

La structure d'ailleurs n'a pas varié; le protoplasma est hay- 
lin ou granuleux; 
les vacuoles ne 
semblent pas avoir 
une position fixe 
(fig. 13, 14) ; enfin, 
vers le centre, se 
trouve le noyau 
nucléole (fig. 18). 

Le Ciliophrys 
doit-il être placé 
dans le groupe des 

Rhizopodes ou 
dans celui dos Fla- 
gelles ? On peut 
avec autant de 
raison le classer 
dans l'un ou dans 
l'autre; pournous, 
sa place est entre 
les deux : c'est un 
trait d'union si 
parfait même que 
l'on ne saurait en 
supposer un meil- 
leur. 

On voit par là 
combien il est im- 
portant d'étudier 
un être dans tout 
son développe- 
ment pour le connaître. 

Il est également nécessaire souvent d'étudier un organe 
dans tout son développement pour en trouver la véritable si- 
gnification; examinons à ce point de vue les [flagellums des 
Cercomonas. 

« Les Cercomonas, dit Dujardin, ne diffèrent absolument des 
Monades que par un prolongement postérieur, formé par la 
substance même du corps qui s'agglutine au porte-objet et 
s'étire plus ou moins de manière à n'être tantôt qu'un tuber- 
cule aminci, tantôt une queue allongée transparente, tantôt 
enfin un filament presque aussi fin que le filament antérieur et 
susceptible d'un mouvement ondulatoire, mais bien souvent 
j'ai cru voir les Monades passer par degrés à l'état de Cerco- 
monas. » 

Nous rapportons l'espèce dont nous allons décrire les modi- 
fications au Cercomonas crassicauda sans essayer de décider si 
c'est bien là l'espèce décrite par Dujardin : c'est du moins, il 
semble, celle dont Stcin a, sous ce nom, décrit plusieurs 
aspects. 

Au moment où nous avons commencé l'observation, le Cer- 
comonas avait sa forme normale (fig. 1), le corps était ovale; le 
protoplasma hyalin, le noyau nucléole central ou un peu anté- 
rieur; au-dessous du noyau, existaient quelques granulations 
réfringentes', à l'avant, se trouvait un flagellum de la longueur 
du corps, légèrement aminci vers son extrémité ; à l'arrière, 
était traîné un second flagellum excessivement long : son dia- 
mètre était aussi faible que celui du flagellum antérieur sans 
aucune différence appréciable de grosseur dans toute sa 
longueur. 

A cet état, le Cercomonas progresse assez rapidement en 
tournant sur lui-même à la manière d'un Anisonema, par 
exemple. Sous quelle influence éprouve-t-il les modifications 
qui vont suivre '? Peut-être y a-t-il réaction du protoplasma 
contre un milieu anormal comme dans certaines expériences de 
Zacharias, ou bien est-ce là simplement-une propriété particu- 
lière du protoplasma de cet être. C'est à la suite d'une expul- 
sion des résidus de la digestion que ces modifications se 
produisirent : le Cercomonas s'arrêta un instant et rejeta 
brusquement, par une rupture de sa surface, quelques-unes 



des granulations réfringentes qui se trouvaient à la partie 
postérieure du corps. 

A partir de ce moment, les changements de forme se succé- 
dèrent rapidement : un troisième flagellum se forma à côté du 
flagellum postérieur avec tous les caractères de finesse et de 
fixité ordinaires (fig. 2) ; ensuite, il se raccourcit légèrement en 
augmentant son diamètre, se rapprocha de l'autre et se fusionna 
avec lui à partir de la base (fig. 3). On pouvait suivre 
facilement cette fusion : la fusion opérée, ce flagellum 
diminua de diamètre en affectant l'aspect d'un pseudopode 
hyalin groset court ; un second, de même nature, poussa 

rapidement à côté 
et tous deux se 
fondirent encore 
ensemble pour s'é- 
tirer ensuite en fla- 
gellum ordinaire, 
un gros renflement 
noduleux se ren- 
dit de la base à 
l'extrémité. 

La série des mo- 
difications se ter- 
mina de la manière 
suivante : le flagel- 
lum revint à l'état 
de pseudopode et 
se déplaça perpen- 
diculairement au 
corps de la base 
vers sa partie 
antérieure pour 
revenir ensuite de 
la même façon à 
sa place ordinaire 
(fig. 4-5). Il se fu- 
sionna une troi- 
sième fois avec 
un second pseudo- 
pode de même 
nature et très ra- 
pidement s'effila en flagellum ordinaire (lig. 6). 

Le Cercomonas crassicauda avait repris sa forme normale : 
il la conserva pendant une demi-heure encore que dura l'obser- 
vation. 

On peut donc dire que les flagellums ne sont que du proto- 




Cercomonas crassicauda Dujardin. 
1. Aspect normal du flagellé avec ses deux flagellums. — 
2. Un troisième flagellum se montre à l'arriére. — 3. Il 
se fusionne avec l'autre flagellum postérieur. — 4-5. Di- 
verses transformations en pseudopodes. — 6. Retour à la 
forme normale. 

plasma condensé, étiré, ce qui rend bien peu probable l'exis- 
tence dans ces organes d'une structure particulière autre que 
celle du protoplasma lui-même; on peut ajouter à cette pre- 
mière constatation que les flagellums peuvent dériverdirectement 
de la transformation de pseudopodes, tandis qu'inversement un 
flagellum peut repasser à l'état de pseudopode. 

Partout le progrès a une tendance à niveler : il s'affirme 
dans les sciences naturelles par la suppression progressive des 
lacunes qui séparent les êtres organisés et leurs groupements. 

P. -A. Dangeard. 



11)0 



IjB naturaliste 



LIVRE NOUVEAU 



Eléments d'anatomie comparée par RÉMY Perrier. l re partie 
(pages 1 à S 4 i j (1). 
Allons-nous cesser enfin d'être tributaire de l'étranger pour 
les ouvrages classiques d'anatomie comparée? Si l'on met à 
part l'œuvre magistrale de Milnc-Ewards sur l'anatomic et 
la physiologie comparées, nous manquons absolument de tra- 
vaux synthétiques récents sur cette branche pourtant si fran- 
çaise des sciences naturelles, et nos étudiants sont obligés 
d'avoir recours aux ouvrages, souvent mal traduits et dans tous 
les cas peu adaptés à notre tournure d'esprit, des savants 
étrangers. N'avons-nous pas tous pâli sur le Traité de Gegcn- 
baur et n'étions-nous pa« obligés, pour comprendre ce texte 
parfois fort obscur, de consacrer de longues études aux mono- 
graphies ou aux mémoires originaux? 

La jeunesse des Ecoles saura gré à M. Rémy Perrier d'avoir 
habilement coordonné et réuni, dans un ouvrage bien français 
d'allure, les travaux classiques sur l'organisation des animaux. 
Elle possède maintenant le vade-mecum qui nous manquait, et 
l'expérience m'a prouvé déjà qu'il lui rendrait les plus grands 
services. On est un peu dépaysé quand on passe de la lecture 
de Gegenbaur à celle du livre de M. Perrier. Les sciences natu- 
relles ont fait d'immenses progrès depuis dix ans et nous 
sommes agréablement surpris de voir la tournure nouvelle et 
fort originale qu'elles présentent. Comparez, je vous prie, 
le chapitre des Echinodermes dans les traités classiques et 
dans celui que je vous présente; c'est une transformation 
complète et l'on s'étonne à bon droit du chemin parcouru : il a 
fallu à l'auteur une grande habileté et une étude fort conscien- 
cieuse des travaux récents, pour mettre au point et rendre 
claire l'organisation si compliquée de ces animaux, dont l'orga- 
nisation était autrefois considérée comme rudimentaire. Lisez 
aussi le chapitre consacré aux Brachiopodes, aux téguments et 
aux appendices des Articulés, et vous verrez avec quel art l'au- 
teur a su enchaîner les faits, avec quelle précision il a su les 
présenter. 

Et j'en dirai autant de toutes les autres parties de l'ouvrage. 
Les généralités du début nousprésentent, sousune forme concise 
et claire, l'exposé des théories philosophiques sur la descendance 
et celles, souvent admirables, des illustres naturalistes qui ont 
précédé la génération actuelle. L'auteur a su choisir ce qu'il y 
a de fondé dans chacune d'elles, et il à donné pour cadre à son 
ouvrage une des plus célèbres d'entre elles, la théorie de l'unité 
de plan de composition, en la restreignant dans les limites où 
elle ne cesse pas d'être sensiblement exacte. C'est ainsi qu'au 
lieu de suivre, à l'exemple de Gegenbaur, un même appareil 
dans toute la série animale, il limite cette étude aux groupes 
homogènes seulement, si bien qu'on passe successivement en 
revue, sous une forme synthétique et comparative, tous les 
appareils et tous les organes d'un môme groupe. Cette méthode, 
la seule logique au point de vue scientifique, est incontesta- 
blement d'une commodité extrême en ce sens qu'elle rattache 
intimement l'étude de l'anatomie à celle de la zoologie. 

Le volume qui vient de paraître comprend tous les inver- 
tébrés à l'exception des Plathelmintcs, des Mollusques, des 
Tuniciers et des Vertébrés. Il est orné de 3 H figures dont 
beaucoup sont originales ou relevées dans les mémoires les 
plus récents ; c'est la première fois, à ma connaissance, qu'on 
feuillette en France un ouvrage sans rencontrer constamment 
dès figures vues et revues déjà cent fois. Certaines de ces 
figures ont été modifiées par l'auteur et réduites en schémas fort 
clairs, d'autres sont tirées à part et forment trois planches en 
couleur dans le corps même de l'ouvrage. 

Les étudiants pour la licence et pour l'agrégation, et tous 
ceux qui s'intéressent de nos jours aux progrès de l'anatomic 
comparée , étudieront ou consulteront avec fruit le traité de 
M. R. Perrier. Sorti des mains d'un travailleur qui a pu cons- 
tater, il n'y a pas longtemps, les lacunes et les défauts des 
ouvrages aujourd'hui en cours.il sera bien accueilli parles tra- 
vailleurs et à coup sûr occupera bientôt une des premières 
places dans leur bibliothèque. 

E.-L. Bouvier. 

(1) l re partie, page 1 à 544, avec 311 figures dans le texte et 
trois planches en couleurs, prix 10 francs, franco, 10 fr. SO. 
(L'ouvrage complet formera un volume d'environ 900 pages; le 
prix de l'ouvrage complet sera de 20 francs.) Chez J.-B. Bail- 
lièrc, éditeur, et aux bureaux du Journal. 



ACADEMIE DES SCIENCES 



Séance du 2t mars. — Note de M. Arm. Gautier sur 
l'origine des matières colorantes de la Vigne, sur les acides 
ampclochroïques et la coloration automnale des végétaux. 
D'après M. Gautier, le pigment de l'enveloppe du grain de 
raisin vient de la feuille d'où il émigré pour venir se fixer et 
s'oxyder dans le fruit. L'auteur conclut de ses observations 
que la coloration automnale des végétaux n est pas duc aux 
altérations successives de la chlorophylle, mais à des pigments 
qui se mêlent au pigmentchlorophyllien, lequel, à cette époque, 
jaunit et tend à disparaître. — Note de M. Rarwier sur les ré- 
flexes vasculaires produits expérimentalement sur les oreilles 
du lapin par compression de l'artère auriculaire ou par exci- 
tation du nerf de l'oreille du côté opposé. —M. Bouchard pré- 
sente une note de MM. F. Jolyet et C. Sif/alas sur l'azote du 
sang. Les globules du sang fixent l'azote, et il résulte des ex- 
périences que les globules ne se combinent pas avec ce gaz, 
mais agissent comme corps solides, en en retenant mécanique- 
ment une certaine quantité. — M. Bouchard présente une note 
de M. Lannegrace, sur l'anatomie de l'appareil nerveux hypo- 
gastrique des Mammifères. Les organes intrapelviens sont 
desservis par les deux plexus bypogastriques, lesquels îcçoi- 
vent chacun deux nerfs afférents : le nerf hypogastrique mé- 
dullaire et le nerf hypogastrique lombaire. — M. Milne- 
Edwards présente une note de M. Depe'ret sur la faune d'Oi- 
seaux pliocénes du Roussillon. L'auteur en distingue plusieurs 
groupes, le groupe européen, le groupe indo-malais, auxquels 
se rattachent diverses formes. Les espèces se rapportant au 
premier groupe présentent des affinités avec les oiseaux indi- 
gènes actuels d'Europe, tandis que les autres se rapprochent 
d'une façon curieuse de la faune des régions indo-malaises. 

Séance du 28 mars. — M. A. Laboulbene donne lecture 
de son mémoire sur un Essai d'une théorie de la production 
des diverses galles végétales. Certaines galles sont dues à des 
Insectes (Cynips, Curculio, différents Diptères, Pucerons) ou 
à des Acariens, d'autres au contraire sont occasionnées par 
des végétaux ou des Bactéries. L'examen comparatif des galles 
produites par ces animaux et ces végétaux amène M. Laboul- 
bene à conclure qu'elles sont uniquement occasionnées par 
les substances liquides sortant du corps des animaux ou des 
végétaux galligènes et provenant des glandes génitales, des 
glandes de succion, ou transsudation des parois du corps des 
larves. Les piqûres, les incisions, ne peuvent pas en produire, 
ainsi qu'il a pu le constater expérimentalement. — M. de. Lacaze- 
Duthiers présente une note de M. G. Carlet sur le mode 
d'union des anneaux de l'abdomen chez les Hyménoptères. 
— M. Milne-Edwards présente une note de M. E.-L. Bouvier sut 
le développement embryonnaire des Galathéidcs du genre 
Diptychus. Comme chez les types abyssaux les œufs sont très 
gros et peu nombreux, à l'inverse de ce qui se passe chez les 
formes côtières où ils sont petits en ombreux. — M. de Lacaze- 
Duthiers présente une note de M. G. Saint-Rémy sur l'histo- 
logie de la glande pituitairc. L'auteur conclut de ses obser- 
vations que les deux sortes de cellules admises par les auteurs, 
cellules principales à protoplasma réfringent, doivent être 
considérée* comme correspondant à des stades différents 
d'évolution d'éléments identiques. —M. de Lacaze-Duthiers pré- 
sente une note de M. F. Heitn sur la matière colorante bleue du 
sang des Crustacés. — M. de Lacaze-Duthiers présente une note 
deM.JÎ. Topsent sur un nouveau Rhizopode marin, le Ponto- 
myxa flava, substance sarcodique jaune qu'on trouve sur les 
Microcosmus Sabalieri à Banyuls. Il est dépourvu d'enveloppe 
et formé d'un protoplasma hyalin enfermant des granules 
jaunes et une grande quantité de noyaux sphériques, incolores, 
limités par une membrane. De plus il y a absence complète de 
vacuoles. Ces caractères autorisent la création d'un genre et 
d'une espèce du sous-ordre Amabcea, et par ses pseudopodes, 
il prend rang parmi les Rehculosa. — M. P. Pelseneer envoie 
une note sur le système nerveux streptoneure des Hétéropodes. 

A.-E. Malard. 



Le Gérant: Emile DEYROLLE. 



PARIS. — IMPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17. 



14 e ANNÉE 



2° Série — X° 1»4 



1 er MAI 1892 



LES ANCÊTRES DE NOS CHIENS 



Il est peut-être intéressant de rapprocher des notions 
qui sont fournies de nos jours par les ouvrages qui 
traitent de l'histoire naturelle des chiens,' celles qui res- 
sortentde l'étude d'écrits moins modernes. Il est permis 
de revenir aux œuvres des naturalistes du xvn e siècle et 
d'examiner si, parmi les faits qu'ils ont avancés, quelques- 
uns, oubliés par la critique, sont réellement dépourvus 
de tout caractère instructif. 

Joannes Johnston, qui vivait à Francfort vers le milieu 
du xvii siècle, connaissait l'anatomie du chien qu'il 
avait apprise ailleurs dans une Zootomie de Marc-Aurel- 
Severinus. Johnston effleure la question de la distribu- 
tion géographique des chiens, il affirme qu'il n'en exis- 
tait pas au Brésil avant l'expédition de Vilagagnon et 



C 



Les chiens de vénerie se trouvent presque partout. Les 
premiers sont ceux d'Hircanie, nés du chien et du tigre; 
on les trouve en Épire, dans le royaume des Molosses et 
en Chaonie. Chez les Perses, au dire de Mégasthène, 
étaient les plus audacieux et les plus rapides. Dans la 
région du Thibet sont les plus grands ; dans la province 
du Gange, ils sont si audacieux qu'ils ne craignent pas 
d'attaquer la lion. 

Le chien de lièvre est excellent quand il a la tète longue 
et plate, les oreilles petites, pointues et dirigées en ar- 
rière. Ces chiens ne doivent aboyer que rarement ou pas 
du tout. Les uns sont conduits à la chasse, les autres 
sortent seuls et reviennent à la maison avec le lièvre 
qu'ils ont attrapé ; on appelle ces derniers les Vertages 
ou Vautres. 

Les chiens sagaces sont représentés par autant de va- 
riétés que les chiens de grande chasse. En Scorie, il y a 



anif 



Ind 



k*-1 



ants 



\ncli 




Fac-similé des figures de Johnston (1GUU) 



qu'ils ne peuvent vivre dans certaines îles voisines de 
l'Arabie. Si nous arrivons à la distinction des espèces, 
le fantastique côtoie encore le réel. Autrefois, dit John- 
ston, on a trouvé, paraît-il, dans l'Hellespont, des chiens 
cornus. En certaines îles espagnoles, les chiens n'aboient 
pas. En Guinée, ils essaient d'aboyer, mais ils ne peuvent 
y parvenir. Si, au point de vue de l'habitat, on peut les 
distinguer en Épirotes, Scoticiens, Anglais, Cyréniens, 
Arcades, Indiens, on peut, au point de vue pratique, les 
classer en : chiens enragés, chiens d'agrément, chiens de 
vénerie, chiens de lièvre, chiens sagaces, chiens de ferme, 
chiens de combat et chiens inutiles. 

Les chiens deviennent enragés pendant les chaleurs, 
s'ils se nourrissent d'aliments et de viandes putréfiés 
et attaqués par les vers. 

Les chiens d'agrément ou Maltais prennent leur nom 
de l'île de Malte qui immerge près du promontoire de 
Pachynus en Sicile. Ils sont soit à poil long, soit à poil 
court et à crinière. Ils sont de la taille des belettes des 
forêts. En Gaule, on les vend dix pièces d'or. Ils sont 
très recherchés des dames. 

LE NATURALISTE, rue du Bac, 46, Paris. 




trois espèces de chiens, dont les unes sont célèbres par 
leur audace et leur vitesse, les autres, doués d'un odorat 
excellent, savent trouver les poissons cachés sous les 
rochers. Ils poursuivent avec tant d'habileté les voleurs 
et les objets volés qu'ils ne sont même pas arrêtés par 
les fleuves. 

Le chien de ferme et de berger sont ceux à qui l'on 
confie la garde des maisons et des troupeaux. Ils doivent 
être blancs pour qu'on puisse les distinguer des loups. 

Les chiens de combat viennent d'Angleterre, où l'on 
élève des chiens sanguinaires. Les Espagnols se ser- 
virent de tels chiens dans les combats contre les Indiens. 
On les habituait, en les nourrissant de chair humaine, à 
donner la chasse aux hommes. Ils servent quelquefois 
de bourreaux. Nieremberg donne quelques renseigne- 
ments sur les chiens des Indiens. 

Les chiens comestibles des Indiens constituaient non 
seulement un aliment, mais un régal. Ils étaient nourris 
d'une façon spéciale; comme d'ailleurs en Espagne, ils 
étaient traités comme les chapons et ils engraissaient 
t^goup. Les Indiens distinguent encore un autre genre 



102 



LE NATURALISTE 



de chien, dont la société les réjouit énormément; ils en 
sont aussi appelés chiens muets qui n'aboient jamais et 



Telles sont les connaissances que les naturalistes 
avaient des chiens au temps de Johnston. On peut recon- 



dont la tète ressemble à celle du renard. L'île de Cozu- I naître dans ces courtes descriptions et dans les quelques 

L,epomri 




Fac-similé de la ligure de Johnston (160n) 



melle les nourrit; Pline parle aussi de ces chiens, et un 
auteur anonyme, dont les manuscrits furent recueillis 
par Johnston, rappelle aussi qu'en Espagne existèrent 
de petits chiens qui n'aboyaient jamais et grognaient 
seulement. 



LA NOUVELLE FLORE DES MOUSSES FT DES HÉPATIQUES 

PAR I. DOUIN 

Ouvrage formant la 19 e partie de l'Histoire Naturelle 
de la France. 



La nouvelle Flore des Mousses et des Hépatiques de France, 
et des espèces communes d'Europe, vient de paraître ; c'est 
M. I. Douin, professeur au lycée de Chartres, qui en est l'au- 
teur. Cet ouvrage, fait sur le même plan que la nouvelle flore 
de MM. Gaston Bonnier et de Layens, comporte 1288 ligures 
inédites; il compose la 19 e partie de l'histoire naturelle, de la 
France. 

Nous ne saurions mieux faire qu'en reproduisant la préface 
que M. le professeur Gaston Bonnier a bien voulu écrire pour 
présenter cet ouvrage. 

« Parmi les divers groupes du Régne végétal, celui des 
Mousses est l'un des plus intéressants à étudier. Les Mousses 
et les Hépatiques sont d'élégantes petites plantes qui forment le 
tapis de nos forêts, revêtent les rochers ou les troncs d'arbres, 
les toitures, les tranchées des chemins ombreux, les fossés 
humides et croissent en masse dans les tourbières et dans les 
cascades. 

« Ce qui fait l'attrait de l'élude des Mousses, c'est qu'on peut 
composer avec ces plantes aux formes variées de très jolies 
collections, tenant peu de place, et qu'il n'est pas nécessaire 
d'empoisonner. Ces végétaux conservent très bien leur aspect, 
leur couleur et l'on peut examiner à loisir leurs organes déli- 
cats lorsqu'ils sont desséchés; enfin, on les rencontre en toute 
saison, ce qui permet d'herboriser, même au cœur de l'hiver. 

(1) Nouvelle Flore des Mousses et des Hépatiques pour la 
déterminal ion facile des espèces, avec 1288 ligures inédites 
(ouvrage formant la 19' partie de l'histoire naturelle de la 
France), par I. Douin. 1 vol. broché, Ji fr.; franco îi l'r. 45 
(Emile Deyrolle, 46, rue du Bac, Paris). 



figures ci-contre, reproduites d'après Johnston, des races 
qui, encore aujourd'hui, sont parfaitement caractérisées. 

Rkmy Saint-Loup. 



« Celui qui a récolté presque toutes les plantes à fleurs de la 
région qu'il habite trouvera, en se mettant à étudier les 
Mousses et les Hépatiques, un charme aussi grand que lorsqu'il 
a commencé l'étude de la botanique ; c'est un monde nouveau 
et peu connu dans lequel il sera étonné de faire à chaque ins- 
tant des découvertes. 

« Ce qui arrêtait jusqu'à présent dans cette étude, c'était l'ab- 
sence d'un livre clair, pratique, peu coûteux, conduisant à la 
détermination de ces plantes d'une manière facile. 

« M. Douin. dans la Nouvelle Flore des Mousses et des Hé- 
patiques, a très heureusement résolu la question. Tous les 
caractères des espèces sont figurés et disposés en tableaux qui 
permettent d'apprécier leurs différences au premier coup 
d'œil. 

« Nul doute qu'avec ce petit volume illustré, l'étude dos 
Mousses ne devienne bientôt très répandue et appréciée par 
tous à sa juste valeur. » 

Gaston Bonnier, 
Professeur de botanique à la Sorbonne. 

Nous terminerons en donnant un aperçu de la composition 
de l'ouvrage. Les premiers chapitres donnent des conseils aux 
débutants, puis des notions générales sur les Mousses et sur 
les Hépatiques; nous trouvons ensuite des indications pra- 
tiques sur les herborisations, la conservation et la détermina- 
tion, etc.; puis enfin les tableaux permettant de trouver le 
nom des Mousses et des Hépatiques. 



LE FER MÉTÉORIQUE DE PUQUIOS (CHILI) 

ET QUELQUES PARTICULARITÉS DE SON HISTOIRE 



On peut voir maintenant dans la magnifique collection 
de météorites du Muséum d'histoire naturelle un petit 






LE NATURALISTE 



103 



échantillon de fer tombé du ciel et dont la figure, jointe 
à cet article, donne le portrait au double de la grandeur 
naturelle. Il présente un intérêt exceptionnel. 

Il résulte d'une note fort intéressante deM. E. Howell (1), 
que ce fer fut acheté par le professeur Ward, de la femme 
de Enrique Ravenna de Copiapo, Chili, le 26 avril 1889. 
Suivant Mme Ravenna il avait été trouvé par son mari 
quatre ou cinq ans auparavant, probablement en 1884, 
près de Puquios, et avait été conservé jusqu'à ce qu'il 
passât dans la collection Ward et Howell. 

Ce fer nous est parvenu dans une condition tout à fait 




Fer météorique de Puquios, Chili. Surface polie et soumise 
à l'action d'un acide montrant outre la figure de Widmanns- 
tsetten une faille renfermant une brèche de froissement, échan- 
tillon du Muséum. — Double de grandeur naturelle. 

satisfaisante. 11 avait dû séjourner très longtemps à 
moitié engagé dans le sol pendant que sa surface supé- 
rieur était exposée aux intempéries et aux sables char- 
riés qui avaient combiné leur action pour faire dispa- 
raître la structure du fer sans l'oxyder réalisant ainsi un 
objet du plus haut intérêt. 

La forme générale de la météorite complète était telle 
qu'on doit la considérer comme résultant de l'usure d'un 
prisme rhombique, une extrémité étant usée plus que 
l'autre. La surface est exceptionnellement lisse, mon- 
trant seulement quelques rares dépressions. Les deux 
plus grands diamètres mesurent 25,5 et 14 centimètres, 
elle poids est à peine supérieur à 6 kil. 500. 

Bien que la surface de ce fer soit exceptionnellement 
intéressante, l'intérieur l'est bien plus encore. Les sur- 
faces attaquées aux acides montrent que la masse a été 
soumise à des fractures et à des dislocations ayant pro- 
duit un « faillage » distinct et incontestable qui a disloqué 
les figures de Widmannstœlter, qui sans elles seraient des 
plus régulières. Beaucoup de ces failles sont si petites et si 
faibles qu'on ne peut songer à les reproduire sur un des- 
sin, mais on les voit nettement avec une loupe. La fi- 
gure ci-jointe reproduit au double de la dimension na- 
turelle une surface attaquée présentant une de ces lignes 
de faille qui constituent le trait spécialement intéressant 
de la météorite. A ma connaissance c'est la première 
fois que des failles sont notées dans un fer météorique. 

Lanouveauté decephènomèneet l'extrême malléabilité 
du fer météorique de Puquios, rendant presque impos- 
sible à première vue la production des failles, exigent 
une démonstration complète de la réalité du fait avant 
qu'on puisse l'accepter : heureusement c'est ce que 



(1) American Journal, 3« série, t. XI, p. 124, septembre 1890. 



nous pouvons faire par l'étude de l'échantillon con- 
servé à Paris. La faille s'étend à travers toute la masse 
météorique. Sa largeur maxima est d'environ 3 milli- 
mètres. Un examen attentif fait découvrir des croise- 
ments et des ramifications le long de cette ligne et 
d'autres parties de cette section ainsi que d'autres sec- 
tions font voir de petites fractures avec de légers re- 
jets. 

Ces failles n'ont évidemment pas été produites par la 
pénétration de la masse au moment de sa chute siir la 
terre, mais constituent un chapitre de son histoire géo- 
logique. A cet égard M. Howell expose une opinion qu'il 
convientde reproduire mais qu'il sera très aisé, je pense, 
de réfuter complètement. 

« Éclairé, dit-il, par des expériences faites il y a deux 
ans sur le fer de Toluca, je regarde comme probable que 
les failles se sont produites alors que le fer était très 
chaud, peut-être au moment de son passage près du so- 
leil. J'ai constaté qu'un fragment de fer de Toluca, 
quoique très malléable à froid, se pulvérise sous le choc 
du marteau à la température du rouge blanc. D'ailleurs 
si nous admettons que le faillage de cette météorite s'est 
fait dans de pareilles conditions de chaleur, il paraît né- 
cessaire aussi d'admettre un choc avec quelque autre 
corps. » 

La cause première d'une pareille interprétation est 
suivant moi la confusion à laquelle se complaisent en- 
core certaines personnes entre les météorites et les 
étoiles filantes. Or je me suis attaché depuis longtemps 
déjà à démontrer que c'est là une assimilation aussi gra- 
tuite que celle en vertu de laquelle, à l'époque de la 
chute de Lucé ^1772), on identifiait le phénomène météo- 
ritique à l'explosion de la foudre. Les savants du siècle 
dernier se fondaient sur une grossière apparence de 
deux manifestations naturelles, lumière et bruit à tra- 
vers les airs; aujourd'hui on est séduit par la circonstance 
commune aux deux ordres de faits, du passage dans l'at- 
mosphère de globes lumineux. 

Mais, à côté de cette analogie unique, les traits de dis- 
semblance abondent, car il ne faut pas insister sur les 
résultats de l'analyse spectrale montrant dans les gaz 
qu'on dégage des météorites la même composition géné- 
rale que dans la substance des comètes, puisque cette 
conformité est commune à tous les corps faisant partie 
de notre monde astronomique. 

Les étoiles filantes, même les plus grosses, sont silen- 
cieuses; les bolides à météorite sont extrêmement 
bruyants et il n'y a aucune transition entre les deux types; 
ce qui doit tenir à une différence au moins dans leur état 
physique. En second lieu, les étoiles filantes sont pério- 
diques et les météorites ne le sont pas. 

Si les unes et les autres étaient deux formes d'un même 
phénomène, c'est pendant les pluies d'étoiles filantes qu'il 
devrait y avoir le plus de chance d'observer la chute de 
pierre ou de fer. Or, il est remarquable que cela n'a pas 
lieu : jusqu'en 1885 on n'avait jamais vu de météorites 
coïncider avec une averse d'étoiles. Le 27 sep- 
tembre 1885 il tomba cependant à Mazapil, au Mexique, 
pendant une pluie estimée à 75,000 étoiles à l'heure, une 
masse de fer de 8 livres anglaises, ayant d'ailleurs tous 
les caractères ordinaires des météorites. 

Cette rareté est d'autant plus étrange, même dans l'o- 
pinion de l'indépendance absolue des deux phénomènes, 
qu'il tombe de temps en temps de vraies averses de mé- 
téorites, donnant jusqu'à 100,000 météorites comme on 



104 



LE NATURALISTE 



l'a assuré pour lo phénomène de Pultusk en 1869. Or, de 
toutes ces chutes si abondantes, non seulement aucune 
n'a eu lieu durant une pluie d'étoiles filantes, mais en- 
core aucune ne s'est produite en août ou en novembre 
qui sont les époques les plus riches en débris comé- 
taires : Knyahinya est du 9 juin; l'Aigle du 26 avril ; Pul- 
tusk du 30 janvier ; Mocs du 3 février ; etc. On ne voit pas 
pourquoi d'une manière fortuite il n'y aurait pas de coïn- 
cidence des deux ordres de phénomènes; tellement que 
si, après l'indépendance tant de fois constatée, il arri- 
vait qu'un jour une averse de météorites coïncidât avec 
une grande pluie d'étoiles filantes, on n'aurait aucun droit 
d'en conclure l'identité de nature et d'origine. 

Il est vrai qu'on pourrait essayer d'expliquer la non- 
concomitance des étoiles filantes et des météorites, en 
insinuant que les unes et les autres dérivant d'un même 
tout, un triage s'est réalisé entre elles à cause de leurs 
dimensions fort différentes. Mais alors, les éléments ainsi 
triés devraient manifester de leur côté une périodicité qui, 
pour être différente, de devrait pas être moins nette que 
celle des étoiles filantes. 

En tous cas, si la communauté d'origine des deux 
ordres de météores, même supposée réelle, ne se tra- 
duit par aucune circonstance constatable, il ne reste au- 
cun motif de l'admettre. La plupart des astronomes qui 
discutent ces questions n'ont pas étudié en détail la struc- 
ture des divers types de roches cosmiques. Les condi- 
tions extraordinairement complexes que suppose, par 
exemple, la constitution intime du célèbre fer de Pallas, 
sont absolument incompatibles avec la supposition d'une 
origine cométaire et cet argument dispenserait d'en 
chercher d'autres. 

Eh bien, c'est àla même conclusion que ramène l'examen 
que j'ai repris avec détail du fer météorique de Puquios. 
On reconnaît en effet que la fracture de la masse si cohé- 
rente et si malléable du fer n'a pu avoir lieu que sous 
l'action de pressions comparables par leur intensité à 
celles qui se développent dans les profondeurs terrestres 
et qui déterminent la production des failles proprement 
dites. Le recollement des parties détachées et des frag- 
ments qui constituent une vraie brèche entre les deux 
lèvres de la fracture suppose également une pression des 
plus intenses et qu'ont pu seules mettre en action des 
masses de très grand volume. 

Des chocs pourraient à la rigueur produire des sépa- 
rations, mais jamais de cimentations subséquentes et 
d'un autre côté la constitution démontre, contraire- 
ment aux suppositions de M. Howell, qu'il n'a jamais 
subi la haute température nécessaire suivant lui à 
l'acquisition de la fragilité qu'il suppose. 

Il résulte en effet de très nombreuses expériences qu'au 
rouge le fer météorique perd beaucoup de ses caractères 
de telle sorte que les acides n'y produisent plus les fi- 
gures si régulières dont le dessin joint à cet article est 
une représentation: en même temps la composition chi- 
mique se modifie, des gaz se dégagent et certains corps 
fusibles se liquéfient comme la pyrrhotine qui s'écoule 
plus ou moins en laissant des vides caractéristiques. 
• L'analyse duferdePuquiospar M. L. G.Eakinsadonné : 

Fer 88.67 

Nickel 9.83 

Cobalt 0.71 

Cuivre '. 0.04 

.1 reporter 99. 2o 



Report 99.25 

Phosphore 0.17 

Soufre 0.09 

Silicium traces douteuses 

Carbone 0.04 

99.bo 
La densité prise à 2o°2 est égale à 7.93. 

Stanislas Meunier. 



Tableaux dichotomiques 

pour déterminer les Lépidoptères d'Europe 

DU GENRE COLIAS 

(suite et fin). 



ABREVIATIONS 

inf. == Ailes inférieures. 
sup. == Ailes supérieures. 
Ich. = Tache dise. = discoïdale. 

19. — Tch. dise, des infr. bipupillée de blanc en dessous; en 

dessus d'un jaune orangé clair, ovale, non anguleuse. 
Dessous des sup. avec deux taches crochues bien mar- 
quées devant l'extrémité d'un brun rougeâtre. Fond du 
dessus d'un blanc verdàtre. La large bordure des sup. 
d'un noir brunâtre et contient 6, 7 taches de la couleur 
du fond. La bordure des inf. est étroite, contient des 
taches claires et atteint à peu près le bord abdominal. 
Base des sup. et les inf. plus ou moins saupoudrées de 
noirâtre. Dessous des sup. blanchâtre; leur sommet et 
les inf. d'un jaune verdàtre, saupoudrés de noirâtre. 
Tch. dise, des sup. ordinairement pupillée de "blanc. Sur 
toutes les ailes une rangée marginale de taches obscures, 
ordinairement effacées sur les inf. (Desc. du o* sous n° 8.) 
Env. 60-6.-J mm. 

Olga Roman $ (forma alba) 

Tch. dise, des inf. pupillée simplement; en dessus elle est 
d'un jaune orange, quadrangulaire et plus petite comme 
dans l'espèce précédente. Les deux taches crochues au- 
dessous des sup. effacées ou plus petites. Bord terminal 
des sup. ordinairement précédé de trois taches noires 
bien marquées. Fond du dessus blanc. Inf. jusqu'au 
delà du milieu fortement saupoudrées de noir avec la 
bordure noire divisée par quelques taches claires et 
descendant à peu près au delà du milieu du bord. Le 
reste comme l'espèce précédente. Env. 55-60 mm. (Descr. 
du o* sous n° 7.) 

Anirorina H. S. 9 (forma alba). 

Ressemble à l'espèce précédente et se distingue principalement 
par le sommet plus obtus des sup. Tch. dise, au-dessus 
des inf. est plus petite, plus arrondie, limité d'un jaune 
plus clair et pas bien tranchée, de la couleur du fond. 
Dessous des ailes plus clair comme chez l'Aurorina. 
Dessus souvent d'un teint plus verdàtre. Env. 60-70 mm. 
(Descr. du c* sous n ° 13 ) 

Chlorocoma Chr. 9- 

20. — Dessous des inf. d'un vert bleuâtre, plus foncé au bord 

antérieur et d'un teint jaunâtre vers le bord terminal, 
qui est précédé de taches allongées jaunes. Dessus des 
sup. d'un jaune orange vif, avec les nervures noires et 
la bordure noire assez étroite divisée par des taches 
jaunes. Tch. discoïd. grande et noire. Côte dans la 
moitié basale jaunâtre. Inf. jaune, fortement saupoudrés 
de vert, avec la tch. desc. grande, jaune et la bordure 
noire divisée par des taches jaunes. Toutes les ailes 
souvent glacées de violet. Env. 45-5J mm. Descr. du c* 
sous n° 9). 

Hecla Lef. 9- 
Dessous des inf. d'un jaune verdàtre ou d'un vert grisâtre sans 
taches marginales jaunes. 

Dessus des inf. d'un rouge orange, fortement saupou- 
drées de noir avec des taches marginales claires effacées 
et la tch. dise, d'un jaune orange bien marquée. Sup. d'un 
rouge orange vif avec la bordure noire large, divisée par 
des tachesjaunesctla côte jaunâtre. Dessous comme chez 



21 






LE NATURALISTE 



105 



leo* (n° 11). Les taches marginales des inf. manquent où 
elles sont peu -visibles. Env. 45-35 mm. 

Thisoa, Mon. 9 
Dessus des inf. non saupoudré de noir ou elles ne le sont que 
faiblement. Leurs taches marginales claires plus mar- 
quées. 2- 

22 Env. 45-50 mm. Bordure noire des sup avec des taches 
claires pas bien tranchées. 23 
Env. 55-60 mm. Bordure noire des sup. avec des taches 
claires bien tranchées. Dessous des ailes ordinairement 
glacé de violet. 27 

23 Dessusdesinf. saupoudré de vert. Sup. avecla côte verteou 
jaune. Fond d'un jaune orange clair ou d'un rouge orange 
vif glacé de violet. 24 

Dessus des inf. non saupoudré de vert. La côte des sup. n'est 

pas verte ou jaune. 25 

21 Dessus d'un jaune orange clair avec les marges jaunes 

ou d'un jaune verdàtre, qui peu à peu remplacent le noir 

sur les inf. Le reste comme chez le o" ( n ° 41)- 

Chrysotheme Esp. 9 
Dessus d'un rouge orange vif fortement glacé de violet. Côte des 
sup. base et bord abdominal des inf. saupoudrés de 
vert. Dessous des sup. d'un jaune orange avec la côte et 
le bord terminal verdâtres. Inf. d'un vert grisâtre. Le 
reste comme chez la $ du type (n° 27). 

Auroriiiu H. S. var Heldreichi Strg. 9 

25 Tch. dise, des sup. pupillée de blanc en dessous. La bor- 

dure noire fondue à la côte avec la teinte générale (jaune 

orange) et n'atteignant pas dans toute sa largeur l'angle 

interne. Le reste comme chez l'Erate Esp. 9 ( n ° 18). 

Erate Esp. hybr. Chrysodona Kind. 9 

Tch. dise, des sup. en dessous noire ou seulement un peu plus 

claire. La bordure noire non fondue à la côte avec la 

teinte générale et atteignant dans toute sa largeur l'angle 

interne. Taches jaunes dans la bordure plus petites et 

plus marquées. 26 

26 Taches marginales obscures au-dessous des sup. bien 
marquées. Fond du dessus d'un jaune orange, avec une 
large bordure noire divisée par des taches jaunes, elle 
n'atteint pas sur les inf. l'angle anal ou l'atteint à peine. 
Taches claires des inf. pas bien tranchées, assez petites 
et arrondies. Tch, dise, des sup. noire arrondie non pu- 
pillée, celle des inf. d'un jaune orange, en dessous bipu- 
pillée de blanc. Dessous comme chez c* ( n ° !)• 

Edusa F. 9 
Taches marginales obscures au dessous des sup. effacées. En 
dessus semblable à l'espèce précédente et se distingue 
par le jaune orange plus vif et par la bordure noire plus 
étroite, taches claires marginales sur les sup. plus mar- 
quées et plus petites ; celles des inf plus grandes, 
presque quadrangulaires, atteignant à peu près l'angle 
anal. Tch. dise, en dessous souvent plus claire au 
milieu. Dessous comme chez le o*(n° 8). 

Myrmidone Esp. 9 

27 Tch. dise, des inf. bipupillée en dessous, arrondie en 
dessus, non anguleuse. Fond du dessus d'unrouge orange 
clair avec la côte plus claire. Base des sup. et des inf. 
saupoudrée de noirâtre ; les dernières avec les bords an- 
térieurs et abdominal d'un jaune verdàtre. Taches mar- 
ginales de la bordure noire, jaunes ; sur les inf. elles sont 
grandes et quadrangulaires, remplaçant peu à peu le 
noir. Tch. dise, des sup. d'un jaune orange en dessous. 
Le reste comme chez la forme blanche de cette espèce 
(n<> 19). 

Olga Roman. 9 (forma aurantiaca). 
Tch. dise, des inf. simplement pupillée de blanc en dessous, en 
dessus quadrangulaire et plus petite comme chez Olga. 
Dessus d'un rouge orange avec une bordure noire di- 
visée par des taches jaunes. Le reste comme chez la 
forme blanche de cette espèce (n° 19). Var Heldreichi 
Stgr. 9est décrite sous n° 23. 

Aurorina H. S. G. (forma aurantiaca). 
K. Bramson. 

ERRATA 

Dans les deux derniers numéros du journal, une erreur 
typographique, consistant dans l'oubli de certains nombres 
reportant à des numéros semblables, rendent un peu difficile 
l'usage de ces tableaux dichotomiques. 

Dans les indications ci-après, les lignes sont comptées à 



du mot Colias F., ce dernier ne comptant pas comme 



partir 


du 


m< 


>t Louas 


ligne. 








P. 83, 


col. 


2 


ligne 3 

— 5 
6 

— 8 
■ 11 


P. 84, 


col. 


1, 


— 


— 




— 13 

— 14 

— 15 


~~ 


= 




— 17 

— 19 

— 8 




col. 


2, 


ligne 8 


P. 93, 


col. 


2, 


ligne 32 


- 94, 


col. 


1, 


ligne 27 


— 94, 


— 




— 28 





— 




— 29 


— 


— 




— 33 

— 33 

— 37 









après poussière noire.., 
après poussière noire. . . 
après nervures jaunes. . . 
après couleur du fond.. . 
après près de la base... 
après antérieur des inf. 
après bord antérieur.... 

après inf. sans tache 

après avant l'angle anal. 
après vers l'angle anal., 
(en remont.) après jaune 

orange 

après presque concave 
(en remontant) après ou 

non pupillée 

après jusqu'à l'angle anal 
après blanchâtre ou jaune 
après d'un rouge orangé.. 
après presque continue. . . 

après bien tranchées 

après bien marquées 



ajouter 



3 
2 
4 

13 
5 

12 
6 
9 
7 



10 
11 

13 
15 
16 
20 
17 
19 
18 



CHEVAU X POLYD ACTYLES 

M. Marsh a étudié récemment (1) quelques cas très 
curieux de polydactylie chez les chevaux de l'Amérique 
du Nord, et il a pu comparer ces formes aberrantes aux 
espèces fossiles, aujourd'hui assez bien connues, qui ont 
servi d'ancêtres au cheval actuel. On sait que ce dernier 
animal n'a qu'un doigt apparent (le 3 e ) et terminé par 




— Cheval de New-Jersey présentant un cas remar- 
quable de polydactylie. 

un sabot, mais qu'il possède sous la peau deux stylets 
qui représentent le métacarpien ou le métatarsien rudi- 
mentaire du deuxième et du quatrième doigt. M. Marsh 
consacre une minutieuse étude anatomique à Clique, un 
cheval de New-Jersey, dont les extrémités sont mainte- 
nant conservées au Yole Muséum. Clique avait deux 
doigts apparents aux pattes antérieures, et un seul aux 
pattes postérieures, mais il offrait des caractères anato- 
miques très complexes. Les pattes antérieures avaient, 
en réalité, quatre doigts; le premier était réduit à un 

(1) Récent polydactyle Horses. American Journal of Science, 
vol. XL1II, p. 339, avril 1892. 



106 



LE NATURALISTE 



—IV 



stylet (métacarpien) caché sous la peau, mais se trou- 
vant en relation avec un os du carpe, le trapèze, qui fait. 

défaut chez le 
cheval ; le se- 
cond était très 
saillant au de- 
hors, mais ne 
reposait pas sur 
le sol; bien qu'il 
possédât la pha- 
lange, l'os sé- 
samoïde et son 
sabot, son mé- 
tacarpien était 
concurrent avec 
celui du troisiè- 
me doigt; ce der- 
nier ressemblait 
absolument à 
celui du cheval 
ordinaire, et il 
en était de même 
du quatrième 
aux pattes pos- 
térieures ;lepre- 
mierdoigtn'était 
représenté que 
par le premier cunéiforme, qui fait défaut chez le che- 
val 




Fg. 2. — Pattes antérieure et posté- 
rieure du cheval polydactyle du Texas. 
I à V, l", 2«, 3 e et 4° doigts: tr., 
trapèze; X os cunéiformes. 



le second avait un long et fort métatarsien concur- 
rent avec celui du doigt principal; il était en relation 
avec deux os cunéiformes (au lieu d'un seul), et se ter- 
minait par une simple phalange ; le troisième et le 
quatrième doigt ne présentaient rien de particulier. 

L'auteur n'a pas observé de chevaux à cinq doigts, 
mais il donne la figure d'un cheval du Texas dont les 
pattes antérieures ressemblaient à celles du précédent, 
tandis que les postérieures rappelaient celles de VHip- 
panori par la présence de trois doigts saillants. Il fait 
remarquer que les cas de polydactylie chez les chevaux 
sont surtout fréquents en Amérique, dans le sud-ouest, 
et considère comme probables les affinités de ces ani- 
maux avec les Mustangs, ou chevaux à demi sauvages de 
ces régions. Enfin, contrairement à certains anatomistes, 
il considère tous ces faits comme dus à un phénomène 
d'atavisme. 

E. B. 



L'EXPOSITION DE PRINTEMPS 

A LA SOCIÉTÉ D'HORTICULTURE DE FRANCE 



La Société nationale d'horticulture de France, pour 
répondre au désir exprimé par un grand nombre de ses 
membres, avait organisé pendant les journées des 26, 27 
et 28 mars une exposition de printemps destinée tout 
particulièrement aux plantes à oignons. Bien peu d'hor- 
ticulteurs avaient répondu à l'appel qui leur avait été 
fait, même et surtout parmi ceux qui avaient le plus 
insisté pour que cette exhibition florale fût organisée. 
Si notre blâme peut être utile à quelque chose, nous 
l'enregistrons ici bien volontiers. 

La quantité manquait, il faut donc bien l'avouer, mais 
la qualité ne laissait rien à désirer, et tout le monde 
en sera convaincu quand nous aurons dit que la maison 



Vilmorin s'était faite la pourvoyeuse de l'exposition. Ses 
lots remplissaient, à eux seuls, presque toute la salle des 
séances. En entrant, l'œil se reposait avec bonheur surun 
véritable parterre de Narcisses, de Jacinthes, de Crocus, 
admirablement disposé et composé de variétés de choix. 
Des Jacinthes nous ne dirons rien; elles étaient idéales 
de vigueur et d'éclat, et leurs hampes parfumées en déce- 
laient la présence bien au delà de l'enceinte où elles 
étaient réunies. 

Quelques mots des Narcisses ne seront, croyons-nous, 
pas superflus. Peu recherchés des amateurs français, 
nos voisins d'outre-Manche en raffolent, et certaines 
variétés sont cotées chez eux à un prix qui, chez nous, 
semblerait extravagant. Le vieux Narcisse des poètes 
à la couronne safranée, le Narcisse faux Narcisse, 
ont fait leur temps, et ce n'est plus depuis longtemps 
qu'aux halles et dans les voitures des quatre saisons, 
qu'on peut encore les trouver. Mais ces deux types de 
jadis en s'unissant — plus ou moins légitimement - 
ont donné naissance aune espèce ou plutôt à une série 
de races aussi variées que possible, confondues sous le 
nom collectif de Narcissus incomparabilis (Narcisse incom- 
parable). Les jolies plantes abondent dans cet inextri- 
cable fouillis— au point de vue scientifique seulement — 
— et toutes les teintes peuvent être suivies et observées 
entre les formes à fleurs jaunes et celles à fleurs blan- 
ches. Dans le Narcisse sir Watkin, par exemple, le tube 
est long et d'un jaune doré, les divisions du périanthe 
sont, au contraire, d'un jaune soufre ou même d'un blanc 
à peine teinté de jaunâtre ; dans le Narcisse Orange phénix 
la fleur très pleine est blanche, marquée d'orangé à labase 
de chacune de ses divisions. On pourrait citer d'autres 
formes où les variations sont aussi nettes que dans les 
deux variétés précédentes. 

Dans les Narcisses à bouquets, le Gi'and primo est cer- 
tainement un de ceux qui tiennent la palme, grâce à 
ses pièces florales d'un blanc virginal couronnées d'un 
appendice jaune de petites dimensions. Le Roi des jaunes 
à fleur dorée est aussi une très belle plante. Quel dom- 
mage que ces jolies Amaryllidées ne soient pas à la mode 
dans les cultures françaises et que la routine n'ait pas 
encore battu en retraite devant les efforts que M. de Vil- 
morin fait depuis plusieurs années pour nous faire aimer 
le beau genre Narcisse! 

Les délicates corolles des Crocus ornent à ravir les 
bordures des massifs, depuis lescoloris jaunes, les teintes 
violacées jusqu'aux formes blanches et à la charmante 
variété Groolvorst à la fleur virginale striée intérieurement 
à la base de lignes violacées. 

Il faudrait encore signaler par le menu les Tulipes, 
les Scilles de Sibérie, les Fritillaires impériales repré- 
sentées par le type et les variétés jaune et à feuilles 
panachées beaucoup plus rares; le délicieux et mignon 
Chionodoxa Luciliae une transfuge des montagnes de l'Asie 
mineure, le Freisia Leitchlini, une curieuse Iridée voisine 
des glaïeuls, à l'inflorescence presque recourbée à angle 
droit, au parfum pénétrant. Cette dernière plante, à peu 
près inconnue il y a quelques années encore, nous est 
maintenant abondamment fournie, pendant l'hiver, par 
les cultures de notre littoral méditerranéen. Mais nous 
n'en avons pas encore fini : et les Renoncules et les 
Anémones, tout particulièrement la fulgurante Anémone 
étincelante (Anémone fulgens) qui, pour être simple, n'en 
est pas moins une plante de grand mérite et d'une haute 
valeur ornementale. Nous aimerions voir, au premier 



LE NATURALISTE 



107 



printemps, certaines basses montagnes des Pyréne'es 
qu'elle émaille de ses innombrables fleurs. Aussi en 
sommes-nous encore à nous demander comment on a pu 
adopter une plante qui ne vient pas de Chine, ou du Japon 
ou de quelque autre région aussi lointaine. Pour une fois 
messieurs les jardiniers ont fait preuvede sens et de bon 
goût. 

Les Primevères de Chine au feuillage découpé, à 
feuilles de fougères, luxuriantes de vigueur, tenaient 
bonne compagnie aux jolies nuances des Primevères de 
Siebold (Primula cortusoides amœna) et tout particulière- 
ment à la race caractérisée par ses pétales déchiquetés, 
rappelant ceux des Clarikia. Quel dommage qu'on n'y 
ait pas joint quelques belles potées du Primula obconica, 
presque encore une nouvelle venue, mais qui a su 
obtenir rapidement ses lettres de grande naturalisation! 
Quelle distance parcourue depuis l'époque où nos jar- 
dins ne renfermaient encore que les innombrables 
variétés hybrides des Primevères indigènes, jusquà nos 
jours où nous avons vu apparaîlre la Primevère de 
Chine, celle du Japon, le Primula obconica? Et qui sait 
ce que nous réserve encore l'exploration attentive de 
l'extrême Orient qui a déjà fourni aux botanistes de 
véritables trésors en ce beau genre?... 

Parler de la maison Vilmorin et ne pas citer ses admi- 
rables Cinéraires, ce serait faire preuve du mauvais goût 
et de l'ignorance les plus notoires. En parler longue- 
ment serait superflu et ce serait de plus faire gratuite- 
ment injure à nos lecteurs qui savent depuis longtemps 
quelles merveilles la culture des Cinéraires a fournies 
depuis quelques années à la première de nos maisons. 

N'oublions pas non plus les Hellébores de M. Dugourd 
de Fontainebleau, un infatigable semeur qui cherche à 
populariser ces jolies renonculacées dont nous ne con- 
naissons guère qu'une ou deux espèces depuis longtemps 
cultivées dans nos jardins. Le succès répondra-t-il à ses 
espérances ? Nous le souhaitons bien sincèrement. Nous 
avons vu, à diverses reprises, les cultures de M. Dugourd, 
et nous sommes persuadés qu'en ce beau genre, il y a 
réellement quelque chose à faire. 

Quand nous aurons signalé les Rosiers Thé et les 
Camellia, de M. Lévêque, les Lis des Bermudes (Lilium 
Harrisi) de M. Dupanloup, les Primevères de M. Torcy- 
Vannier, la belle collection de Violettes de M. Millet, et 
les Muguets de M. Fortin nous en aurons fini avec l'ex- 
position et les exposants. 

P. Hariot. 



DESCRIPTION DE LÉPIDOPTÈRES I0DVEAE 



Azelina Terrenaria, n. sp., 32 à 33 millimètres. Dessus 
des supérieures brun cendré, traversé par les deux lignes ordi- 
naires, d'un gris obscur ; l'extérieure, presque droite, ne s'in- 
fléchit intérieurement qu'au moment d'atteindre le bord interne ; 
l'cxtra-basilaire, très irrégulière au contraire, forme un angle 
très prononcé au départ de la côte. Entre les deux lignes la 
teinte du fond prend un reflet bronzé : enfin l'aile porto un 
petit point noir cellulaire et une rangée de petits points égale- 
ment noirs, peu visibles et qui même disparaissent presque 
entièrement à l'un de mes exemplaires. Dessus des inférieures 
gris brun avec un léger reflet bronzé le long du bord abdo- 
minal, traversé au delà du milieu par une fine ligne plus som- 
bre, sans point cellulaire, mais bordé de six petits points noirs 
subterminaux et plus ou moins visibles. Franges concolores 
aux quatres ailes. 

Dessous gris-brun, finement strié de noir plus spécialement 
aux inférieures, traversé par la ligne extérieure et bordé de 



petits points subterminaux, noirs et blancs, et plus nets que 
sur le dessus des ailes. Inférieures marquées d'un point cel- 
lulaire noir. 

Palpes, antennes, corps et pattes gris-brun uniforme. 

Trois exemplaires bien pareils des environs de Loja, l'un 
pris le 25 juin 1890. 

Cette espèce a le port et se place à côté de Zalissaria Wlk. 

Polythrena Cruceitincta, n. sp., 42 millimètres. Dessus 
des supérieures d'un beau jaune safran à la base et avec la 
moitié extérieure noire. Une large bande blanche partant de 
la côte, mais n'atteignant pas le bord externe, coupe la partie 
noire en deux. Une pointe blanche prolonge la partie inté- 
rieure jaune vers l'angle interne sans l'atteindre et le bord 
interne reste noir dans sa moitié extérieure. Dessus des infé- 
rieures également jaune safran, largement bordé de noir de 
l'apex à l'angle anal. Cette bordure noire est irrégulière, coupée 
en partie de jaune, en partie par une grosse tache blanchâtre 
à peu prés centrale et vers l'apex, grandit et s'allonge dans le 
centre de l'aile jusqu'au delà du milieu. 

Dessous des supérieures comme le dessus, sauf que la partie 
noire costale et extérieure à la bande blanche prend une teinte 
ferrugineuse. Dessous des inférieures jaune, marbré de larges 
stries ferrugineuses dans le centre de l'aile et le long des 
bords extérieur et interne. 

Trompe, front, collier, thorax, corps et pattes jaune safran; 
palpes et antennes (filiformes) brunâtres. 

Une Ç des environs de Loja, 1887. 

Cette espèce a une certaine analogie avec Heterusia Anicata 
Feld et Rog, que j'ai également reçue de Loja. 

P. DOGNIN. 



LES CONGRÈS DE MOSCOU 



C'est Moscou qui doit avoir cette année l'honneur de 
recevoir les savants de tous les pays qui ont décidé de 
se réunir dans cette ville pour y tenir les Congrès inter- 
nationaux d'Anthropologie, d'Archéologie préhistorique 
et de Zoologie ; c'est au mois d'août qu'aura lieu la réu- 
nion. 

D'après les documents qui ont été publiés par le co- 
mité cette session promet d'être tout particulièrement in- 
téressante, les travaux qui sont déjà annoncés seront 
un puissant attrait pour le monde savant; et, d'après l'or- 
ganisation accomplie à cette heure, on constate que les 
initiateurs de cette entreprise toute scientifique ne né- 
gligent aucun détail pour faciliter aux étrangers le 
voyage et le séjour dans leur ville. 

Ces questions matérielles, trop souvent négligées, ont 
parfois la plus fâcheuse influence sur la réussite de ces 
réunions et il faut féliciter les savants qui sont à la tête 
de cette œuvre d'avoir songé à tout. 

Le prix de la cotisation des personnes désireuses d'as- 
sister au congrès est reçu dans tous les consulats de 
Russie, et pour la France trois délégués du Comité ont 
bien voulu se charger également d'être les intermé- 
diaires pour recevoir les cotisations, ce sont M. le ba- 
ron de Baye, avenue de la Grande-Armée, 58 ; M. Gabriel 
de Mortillet, école d'Anthropologie, 15, rue de l'École-de- 
Médecine; et M. Deniker, bibliothécaire du Muséum, 2, 
rue de Buffon, tous trois à Paris. 

Une exposition sera annexée au Congrès et d'après les 
objets déjà réunis, elle promet d'être tout particulière- 
ment remarquable. 

Le \ 1 janvier dernier elle a été visitée par Son Altesse 
le grand duc Serge Alexandrovitch qui a inauguré les 
sessions officielles du Comité des Congrès. 



108 



LE NATURALISTE 



SUR 

un curieux type de transition découvert par Frenzel 

DANS L'AMÉRIQUE DU SUD 

Johannes Frenzel, connu depuis longtemps par ses belles 
recherches d'histologie, notamment sur la structure des glandes 
digestives des Crustacés et des Mollusques, vient de découvrir 
dans la République Argentine un petit animal extrêmement in- 
téressant (1), en ce qu'il parait être un nouveau trait d'union 
entre les Protozoaires et les animaux pluricellulaires. On sait 
que le Règne animal présente deux divisions bien nettes : d'un 
côté les organismes formés d'une seule cellule, c'est-à-dire 
d'une masse protoplasmique unique, renfermant un ou plu- 
sieurs centres trophiques, les noyaux, mais ne présentant ja- 
mais d'organes différenciés : ce sont les Protozoaires ; de 
l'autre, les organismes formés d'un nombre plus ou moins 
grand de cellules, qui dans l'état le plus simple, se disposent en 
deux couches concentriques, Ventoderme et l'ectoderme : la 
première, limitant une cavité centrale (intestin, cavité gastro- 
vasculaire), est spécialement dévolue à la digestion et à l'ab- 
sorption des aliments : c'est la couche digestive ; la seconde, à 
la protection de l'animal et à ses relations avec le monde exté- 
rieur : c'est lacouche protectrice et sensitive. Presque toujours, 
entre Pentoderme et l'ectoderme apparaît une troisième couche 
formée aux dépens des précédentes, le mésoderme, qui donne 
naissance aux globules du sang, aux éléments musculaires, 
conjonctifs, etc. Tous ces êtres pluricellulaires, à deux ou trois 
feuillets, sont les Métazoaires. L'origine des Métazoaires, à 
deux feuillets pour prendre le cas le plus simple, ne laisse pas 
que d'être assez obscure ; on admet à peu près généralement 
qu'ils dérivent de Protozoaires réunis en colonie, colonie dont 
les divers individus se sont peu à peu spécialisés de façon à ne 
plus pouvoir se passer les uns des autres, les uns ayant pris 
pour eux la fonction digestive, les autres la protection, la sen- 
sibilité, le mouvement, etc. 

Si cette hypothèse est vraie, entre les Protozoaires typiques 
et les Métazoaires les plus simples, comme la Protohydra, on 
doit trouver, à moins qu'ils n'aient tous disparu de la nature 
actuelle, toute une série d'êtres pluricellulaires, des colonies de 
Protozoaires si l'on veut, présentant des différenciations gra- 
duelles des cellules ou individus composants. A vrai dire, jus- 
qu'ici on ne connaît que peu ou point de ces formes authenti- 
ques de transition; il y a bien des colonies d'Amibes (Myxo- 
dictium, Monobia), de Foraminifères {Microgromia), de Radio- 
laires (Collozoum, Spherozoum), de Flagellés, de Ciliés [Magos- 
phœra'l), mais les individus ont conservé nettement le caractère 
protozoaire ; ils sont capables à certains moments de se séparer 
et de mener la vie libre, et se nourrissent séparément, chacun 
pour soi; d'ailleurs les colonies ne constituent que des associa- 
tions plus ou moins temporaires et non pas des individualités 
de forme et de taille fixes. D'autre part, les Dicyémides para- 
sites dans les cavités rénales des Céphalopodes et les Ortho- 
nectides, parasites des Ophiures, des Turbellariés et des Né- 
mertes, ont été souvent considérés, notamment par van Bene- 
den, comme des représentants de ce groupe intermédiaire des 
Mésozoaires ; leur ectoderme cilié est bien net, l'endoderme est 
formé d'une ou plusieurs cellules, non différenciées et non or- 
ganisées en un feuillet digestif; mais maintenant, on croit plus 
volontiers que ces types ne sont pas en réalité de vrais Méso- 
zoaires, et qu'ils doivent leur organisation rudimentaire à une 
régression causée par leur mode de vie : ce seraient des Mé- 
tazoaires dégradés, alliés très probablement aux Trématodes : 
en effet, les Orthoncctidcs notamment présentent une ressem- 
blance très grande avec les larves ciliées des Trématodes; de 
plus ces animaux présentent des différenciations sexuelles in- 
contestables, ce qui leur assigne un rang relativement élevé 
dans l'échelle. 

Le Tric/toplax adhœrens découvert à Graz par Franz Eilhard 
Schul/.e, dans un aquarium d'eau de mer, est encore plus dou- 
teux comme Mésozoaire que les animaux précédents ; c'est un 
petit organisme aplati, à contour irrégulier et changeant 
comme celui d'un Amibe, limité sur ses faces inférieure et su- 
périeure par un épilhélium cilié, de nature différente sur cha- 
cune des faces; l'espace intermédiaire est combh: par un feu- 



(1) Untersucliunyen ilber die mi/croskopische Fauna Argenli- 
niens, Archiv fur Naturgeschichte, 1892, bd. 1, page 66 (toutes 
les figures sont empruntées au mémoire de Frenzel.) 



trage de cellules ramifiées et anastomosées. On ne sait rien de 
plus sur l'organisation et le développement de cet être singu- 
lier, qui pourrait bien se rattacher aux Turbellariés Acœles ; 
de l'avis même de Schulze, il ne constitue pas un Mésozoaire, 
mais doit être placé tout à fait au bas de la série des Méta- 
zoaires. 

L'être nouveau découvert par Frenzel, la Salinella salve, pa- 
raît devoir être plus heureux que ses devanciers; c'est vérita- 





1 3 

Fig. 1. — Salinella salve adulte, vue de côté en coupe optique, 
la cavité intérieure est remplie de corpuscules ingérés; gros- 
sissement = 400 fois. — Fig. 2. — Jeune individu vu de la face 
dorsale ; même grossissement. — Fig. 3. — Cellule du corps 
isolée, colorée au carmin, montrant les différenciations du 
protoplasma cellulaire, le noyau cen tral, et les cils internes 
et externes; gr. = 1,000 fois. 

blement un Mésozoaire, c'est-à-dire une colonie de Protozoaires 
formant une véritable individualité, de taille et de formes dé- 
finies, et dont les individus, incapables de se séparer les uns 
des autres, présentent des différenciations peu accentuées, il 
est vrai, mais suffisantes pour leur donner des rôles variés, 
concordant toits au bien-être commun, caractère important qui 
ne se rencontre pas dans les colonies connues de Protozoaires. 

Frenzel a trouvé ses Salineiles dans un petit aquarium ren- 
fermant quelques litres d'eau salée à i ou 2 %, avec une cer- 
taine quantité d'iode et mélangée d'un peu de terre, provenant 
de salines du sud de la province de Cordoba (République Ar- 
gentine), au voisinage duRioCuarto; dans cette eau se trou- 
vaient divers Flagellâtes, des Infusoires Ciliés, des Bactéries, 
des plantes (Lemna et Spirogyra) ; ce n'est qu'après quelque 
temps de séjour dans l'aquarium que Frenzel y a découvert en 
grand nombre les Salineiles, rampant sur le fond terreux aussi 
bien que sur les glaces de l'aquarium. 

C'est un petit organisme allongé, mesurant de 180 à 220 mil- 
lièmes de millimètre, présentant une face ventrale aplatie sur 
laquelle il se déplace et une face dorsale arrondie ; la sole ven- 
trale est couverte de cils délicats et serrés, organes de locomo- 
tion de l'animal, qui peut aussi se contracter en entier et se 
contourner à la façon d'un ver; les côtés et la face dorsale, au 
contraire, ne sont pas ciliés, mais portent des soies courtes, 
assez éloignées les unes des autres. A l'une des extrémités, prés 
de la face ventrale, se trouve une ouverture buccale', posté- 
rieurement, juste à l'extrémité terminale, un anus de petite di- 
mension. Autour de la bouche il y a de longs et forts cirres vi- 
bratiles, qui par leurs actifs mouvements introduisent dans la 
bouche les particules en suspension dans l'eau ambiante*, au 
pourtour de l'anus il y a des soies raides, plus longues que 
celles qui recouvrent le corps. 



LE NATURALISTE 



100 



La paroi de cet organisme tubulairc est formé par une simple 
couche de cellules cuboïdes à peu près do mémo dimension, 
laissant au centre une cavité cylindrique, véritable cavité in- 
testinale, qui renferme divers substances, telles que partiscule 
de sable, bactéries, diatomées, débris végétaux, etc. Toutes 
les cellules composantes sont à peu prés semblables, celles de 
la surface ventrale étant ciliées sur leur surface externe, les 





Fig. 4. — Grand individu de Salinella, en voie de division 
transversale; gr. =400 fois. — Fig. 5. — Organisme unicel- 
tulaire représentant probablement la forme jeune de Sali- 
nella, gr. = 1,000 fois. 

autres portant des soies. Dans toutes les cellules, la surface qui 
est tournée vers l'intestin est recouverte de cils délicats, qui 
impriment un actif mouvement au contenu intestinal ; elles 
renferment un gros noyau arrondi, muni de plusieurs petits 
nucléoles; le protoplasme est rempli de petits granules et se 
différencie en une couche alvéolaire en dessous la surface ex- 
terne des cellules. Surtout dans les petits échantillons, les cel- 
lules sont souvent en voie de division, le noyau présentant la 
forme en biscuit caractéristique", c'est de cotte manière que 
croit l'animal. 

La multiplication paraît s'opérer de deux manières diffé- 
rentes : les grands individus peuvent se diviser transversale- 
ment, comme il arrive chez les Microstomides parmi les Tur- 
bcllariés. Les cellules de la région moyenne se divisent les pre- 
mières, puis une constriction transversale de l'animal indique 
le début de la séparation ; une nouvelle bouche se forme sur la 
moitié inférieure par écartement de quelques cellules de la 
surface ventrale, qui se munissent de très forts cils. Puis la 
constriction s'accentue, et les deux animaux se séparent et de- 
viennent libres. L'anus de la moitié supérieure est tout natu- 
rellement formé lors de la rupture. 

Plusieurs fois Frenzel a vu deux individus conjugués, appli- 
ques l'un à l'autre par leur surface ventrale, dont les cils ces- 
sent de se mouvoir; ils prennent alors une forme arrondie en 
se moulant l'un sur l'autre pendant qu'une membrane kys- 
tique se différencie autour d'eux; puis les cavités intestinales 
disparaissent, et le kyste est complètement rempli de cellules 
toutes semblables entre elles. Frenzel n'a pas pu suivre l'évo- 
lution de ces kystes formés après conjugaison, mais il pense 
qu'après rupture de la membrane les cellules se séparent et 
peuvent former autant de nouvelles Salinelles. En effet, dans le 
même aquarium, il a trouvé plusieurs fois de petits organismes 
unicellulaircs.un peu plus grands qu'une cellule normale de Sa- 
linelle, qui ne peuvent être autre chose que les larves de ces 
animaux. Ces cellules ont la forme ellipsoïde et mesurent 12 y. 
de long sur 23 de large ; la surface ventrale est ciliée, la dor- 
sale porte des soies raides, espacées, exactement comme chez 
les grandes Salinelles ; à l'une des extrémités de la cellule se 



trouvent des cirres vibratilcs et peut-être même une ouver- 
ture buccale ; à l'autre des filaments roides comme ceux qui 
entourent l'anus chez les grandes Salinelles. Au centre de la 
cellule il y a un gros noyau à structure radiée. Si ce petit être 
est bien une jeune Salinelle, il doit arriver à l'état adulte par 
des segmentations répétées, de même qu'un œuf se transforme 
en une Blastula creuse, pluricellulaire. 




Fig. 6. — Enkystement de deux individus après conjugaison ; 
la cavité intestinale est visible, remplie d'un liquide ; gr. =z 
400 fois. — Fig. 7.. — Kyste rempli de cellules arrondies et 
toutes semblables; gr. =z 400 fois. 

Après la découverte de la Salinelle, il est curieux de cons- 
tater que tous les stades de développement de l'œuf des Méta- 
zoaires sont représentés dans la nature actuelle par des êtres vi- 
vant librement, et représentant d'une façon plus ou moins exacte 
le stade auquel ils correspondent. L'œuf lui-même, unicellulairc, 
est représenté par les Protozoaires et notamment par les Gré- 
garines Monocystidées, qui sont de véritables œufs vivant en 
parasites chez divers animaux ; la Monda, masse pleine de cel- 
lules résultant delà segmentation de l'œuf, est représentée par 
diverses colonies de Protozoaires, qui se forment comme elles, 
notamment par les Radiolaires coloniaux, les Catallactes; la 
Blastula, vésicule creuse limitée par une paroi unique de cel- 
lules, trouve un représentant dans la Salinella salue, qui à part 
ses orifices anal et buccal, ressemble tout à fait à une Planula 
de Cœlentéré avant l'apparition de Pentoderme ; la Gastrula à 
deux couches de cellules, ectodermo et entoderme, est repré- 
sentée soitparlesDicyémides et les Orthonectides, si l'on admet 
que ces êtres ne sont pas des Métazoaires dégradés, ou même 
encorepar YeTrichoplax deSchulze, sil'on démontre que lamasse 
de cellules ramifiées peut être considérée comme un endoderme. 

On voit tout l'intérêt que présente l'animal microscopique de 
Frenzel; bien mieux que les Catallactes, le Trichoplax, les 
Dicyémidcs et les Orthonectides, il parait réaliser d'une ma- 
nière parfaite l'union entre les Protozoaires et les Métazoaires 
les plus simples ; il est pluricellulaire comme ces derniers, mais 
ne présente aucune différenciation en feuillets et par suite 
aucun indice de sexualité ; il a conservé les procédés de mul- 
tiplication si fréquents chez les Protozoaires, la division trans- 
versale, et la segmentation après conjugaison et enkystement. 
Tandis que dans les colonies d'Infusoires, chaque individu com- 
posant se nourrit pour son compte, chacun pour soi. dans la 
Salinelle comme chez les Métazoaires, il semble bien que la nu- 
trition de chaque cellule profite à l'organisme entier, suivant 
la devise : Un pour tous, tous pour un. En résumé, la Sali- 
nella salve, d'après les résultats actuels de Frenzel, réalise bien 
le Mésozoaire idéat, resté si longtemps à l'état théorique. 

L. Cuénot. 



NOUVEAUTÉS BOTANIQUES 



LE POLLEN DES GYMNOSPERMES 

(Analyse des travaux de M. Belajeff.) 

1° Avant sa maturité le grain de pollen des Phanérogames An- 
giospermes divise son contenu en deux cellules de grosseur 
inégale : une grosse cellule possédant un noyau de forme arron- 
die et une petite cellule avec un noyau généralement recourbé 
en croissant. Ces deux cellules ne sont séparées que par une 
membrane albinninoide qui se résorbe même un peu plus tard 



HO 



LE NATURALISTE 



si bien que la présence des deux noyaux dans le grain de pollen 
indique seule la bipartition de la cellule primitive. 

Cette bipartition est cependant extrêmement importante, car 
non seulement les deux noyaux des deux cellules filles diffèrent 
par leur forme, leur structure et leurs réactions, mais encore 
par leur rôle dans la fécondation, le noyau de la petite cellule 
est, comme on le sait, le seul actif. 

Le grain de pollen qui germe pousse un tube pollinique dans 
lequel vont s'engager les deux noyaux, mais c'est seulement le 
petit noyau situé en avant dans ce tube qui va féconder l'oos- 
phère, aussi a-t-on donné le nom de cellule génératrice à la 
petite cellule, tandis qu'on a réservé celui de cellule végétative 
à la grande cellule. Le noyau de la cellule végétative est le 
noyau végétatif et le noyau de la cellule génératrice le noyau 
générateur. (Ce noyau générateur peut subir dans certains 
cas une division à l'intérieur du tube pollinique et c'est alors 
un des noyaux dérivés du noyau de la petite cellule qui féconde 
l'oosphère.) 

2° Chez les Gymnospermes les choses se passent d'une façon 
toute différente ; dans le cas le plus simple, que nous allons 
seul étudier pour le moment, la membrane qui sépare les deux 
cellules du grain de pollen au lieu de rester albuminoïde de- 
vient cellulosique. Au moment de la fécondation tous les auteurs 
classiques nous enseignent, d'après les travaux de Strasburger et 
Goroschaukin, que la grande cellule prend seule part au phéno- 
mène. Cette grande cellule germe et donne le tube pollinique 
dans lequel son noyau s'engage ; puis ce noyau produit par une 
ou plusieurs bipartitions des noyaux qui, s'entourant du proto- 
plasme ambiant, forment les cellules primordiales; par la suite 
le protoplasme des cellules primordiales se fond dans le proto- 
plasme du tube pollinique et les noyaux redevenus libres fécon- 
dent les oosphères. 

Par conséquent, à l'inverse de ce qui se passe chez les An- 
giospermes, c'est la grosse cellule qui chez les Gymnospermes 
est la cellule génératrice, tandis que la petite cellule est la cel- 
lule végétative et reste inactive. 

M. Belajeff qui a étudié dernièrement cette question est arrivé 
à des résultats qui contredisent absolument l'opinion clas- 
sique (1) ; nous allons voir comment d'après cet auteur le 
phénomène de la fécondation s'opère chez l'If (Taxus Bac- 
cata) . 

Le grain de pollen de l'If se divise en deux cellules, une 
grosse et une petite, séparées par une cloison cellulosique et la 
grosse cellule donne un tube pollinique dans lequel son noyau 
s'engage ; la petite cellule se divise alors en deux par une cloi- 
son perpendiculaire au grand axe du tube pollinique et l'anté- 
rieure de ces deux cellules s'isolant devient une cellule migra- 
trice laquelle s'engage à son tour dans le tuba pollinique. 

La petite cellule postérieure restée d'abord en arrière perd 
sa membrane, son protoplasme se confond avec le protoplasme 
ambiant et son noyau devenu libre s'engage aussi dans le tube 
pollinique il dépasse même la cellule migratrice. 

L'extrémité du tube pollinique est alors gonflée par imbibi- 
tion et renferme deux noyaux libres, le noyau de la grosse cel- 
lule et le noyau provenant de la division de la petite ; plus une 
cellule, la cellule migratrice, qui provient elle aussi de la petite 
cellule. Or c'est cette cellule migratrice qui va devenir, comme 
nous allons le voir, la cellule génératrice, par conséquent le 
noyau générateur va dériver comme chez les Angiospermes du 
noyau de la petite cellule. 

La cellule migratrice s'avance près du sommet du tube pol- 
linique, grossit, s'arrondit et son noyau se divise en deux : il 
donne un gros noyau sphérique qui reste au centre de la cel- 
lule et un noyau aplati qui se place le long de la membrane. 

Nous avons donc à ce moment dans le tube pollinique quatre 
noyaux, chacun d'eux possède un nucléole qui se colore for- 
tement par les couleurs d'aniline, deux de ces noyaux se trou- 
vent situés à l'intérieur de la cellule migratrice. 

C'est le noyau central de cette cellule migratrice qui féconde 
l'oosphère ; à cet effet le noyau central pénètre à l'intérieur 
de l'oosphère accompagné du protoplasme qui l'entoure immé- 
diatement ; la membrane, le noyau aplati et la couche périphé- 
rique de protoplasme de la cellule migratrice restent dans le 
tube pollinique. 

Comme l'oosphère contient un noyau volumineux avec plu- 
sieurs nucléoles on voit que la fécondation a lieu par la. con- 
jugaison d'un petit noyau mâle contenant un nucléole avec un 

(1) W. C. Belajeff. Lur Lchrc von dem Pollenschlauche der 
Gymnospermes (sur le tube pollinique des Gymnospermes) 
Iierichte des deulsch botan. Gesell., 26 nov. 1891. 



gros noyau femelle possédant plusieurs nucléoles. Au moment 
de cette fécondation M. Belajeff n'a d'ailleurs pas pu retrouver 
les deux noyaux libres dans le tube pollinique, il pense qu'ils 
se dissocient dans le protoplasme ambiant. 

M. Belajeff a constaté des phénomènes semblables chez le 
Gricorier (Juniperus communis), aussi conclut-il en disant 
que les choses doivent se passer de même chez tous les Gym- 
nospermes. 

Si cela se trouve vérifié la grosse cellule des Gymnospermes 
est non génératrice mais végétative et si le grain de pollen pos- 
sède une seule petite cellule c'est une cellule issue de celle-ci 
qui est génératrice. En somme, d'après ce travail du professeur 
Belajeff, le grain de pollen des végétaux gymnospermes est 
complètement l'homologue du grain de pollen des angios- 
permes; cette notion nouvelle, d'une importance énorme au 
point de vue de la comparaison des deux groupes, présente un 
intérêt plus grand encore si, se plaçant au point de vue évolu- 
tionniste, on regarde avec la plupart des auteurs les Angio- 
spermes comme des végétaux dérivés des Gymnospermes. 

On ne pouvait en effet avant les travaux de M. Belajeff 
expliquer comment dans l'évolution progressive des végétaux 
les noyaux du grain de pollen pouvaient changer de fonctions 
en passant des Gymnospermes aux Angiospermes. Ce savant a 
donc fait un travail d'une portée considérable puisqu'il nous 
permet de surmonter une des grosses difficultés de la phylo- 
génie du règne végétal, mais ce travail demande à être com- 
plété. 

En effet, le grain de pollen des Gymnospermes n'est pas tou- 
jours aussi simple que celui de l'If, et la fécondation ne s'effec- 
tue pas toujours aussi normalement, car, dans l'espèce étudiée 
plusieurs tubes polliniqucs pénètrent dans l'ovule et fécondent 
autant d'archégoncs. 

Chez certains Gymnospermes le grain de pollen se divise une 
première fois pour donner comme d'ordinaire deux cellules, 
une grande et une petite, séparées par une cloison de cellulose, 
mais la grande cellule se divise de nouveau pour donner une 
seconde petite cellule, si bienqu'on a trois cellules dans le grain 
de pollen, deux petites et une grande, quelquefois même, chez 
le Mélèze par exemple (Larix europea), la grosse cellule conti- 
nuant à se diviser peut donner successivement trois ou quatre 
petites cellules. 

Quant à la fécondation il arrive dans certains cas qu'il 
n'existe qu'un seul tube pollinique pour plusieurs corpuscules. 
Comment donc la fécondation s'effectue-t-elle réellement quand 
il y a complication soit dans la constitution du grain de pollen 
soit dans le phénomène de la fécondation lui-même ? C'est ce 
qu'il serait intéressant de savoir , et il est probable que des 
travaux ultérieurs nous l'apprendront. 

René Serveaux, 
Licencié es sciences physiques et naturelles. 



LIVRE NOUVEAU 



Afrique et Africains, par L. Sevin-Dcsplaces. 

Sous ce titre, M. L. Sevin-Desplaces vient de publier un 
ouvrage fort intéressant sur l'Afrique, ce vieux continent clas- 
sique, comme dit l'auteur quelque part, qui motive aujourd'hui 
des curiosités que n'a jamais soulevées le nouveau monde. Ce 
nouveau volume est bien conçu, on reconnaît partout l'homme 
qui possède à fond son sujet, qui expose tout d'une façon claire 
et précise, et, de plus, avec une grande impartialité. L'auteur 
parle tout d'abord du partage africain, rappelant et commen- 
tant la conférence de Berlin en 1884, la convention de 1890 
entre l'Angleterre et l'Allemagne, etc., Stanley et Emin-Pacha 
et leurs explorations. Il étudie ensuite la situation respective 
de chaque puissance africaine avant et après la convention de 
Zanzibar de 1890, etc. Parmi les chapitres plus particulière- 
ment remarquables dans la suite, nous citerons ceux relatifs au 
Soudan français, sur la politique suivie, sur celle à suivre, sur 
ce qu'il doit être ; nous mentionnerons encore ceux consacrés 
aux Touaregs, à l'islamisme, au Soudan occidental, aux Com- 
pagnies coloniales, etc. L'ouvrage se termine en un appen- 
dice donnant le texte de l'Acte de Berlin (1885), les conventions 
françaises, allemandes anglaises (1890), les traités de Naugo, 
(1880), du Kénédougou (1888), du Dahomey (1890), etc. 

(1) 1 vol. de 350 p., prix 3 fr. 50 aux bureaux du journal, 
franco 3 fr. 90. 



LE NATURALISTE 



111 



Ce volume, de toute actualité, ne peut avoir que le succès 
qu'il mérite, c'est-à-dire un grand succès. 

P. G. 



ACADÉMIE DES SCIENCES 



Séance du 4 avril. — Note de M. A.-B. Griffiths sur la 
composition de la pinnaglobinc, nouvelle globuline qui pos- 
sède les mêmes propriétés d'oxygénation et do désoxygénation 
que l'hémoglobine, et qui existe dans le sang de la Pinna squa- 
mosa. — M. de Lacaze-Duthiers présente une note de M. Har- 
vath sur l'existence des séries parallèles dans le cycle biolo- 
gique des Pamphigiens, et particulièrement chez le Tetraneura 
gallarum idmi. Chez ce Puceron, la forme bourgeonnante 
radicicole donne naissance à deux séries différentes de descen- 
dants, l'une également radicicole et bourgeonnante aptère, 
l'autre sexupure, ailée, qui, en automne, retourne sur les 
Ormes. — M. Duchartre présente une note de M. J. Vesque sur 
l'histoire des Garcinia du sous-genre Iiheediopsis. — M. Du- 
chartre présente une note de M. G. Cartel sur les variations 
de la transpiration de la fleur pendant son développement. 
Elle est intense dans le bouton très jeune, diminue peu à peu, 
redevient active au moment où le bouton est près de s'épanouir 
el reste très intense jusqu'à la mort de la fleur. ^- M. Du- 
chartre présente une note de M. J. Costantin sur quelques 
maladies du blanc de Champignon. L'une d'elles est causée 
par le vert-de-gris, champignon filamenteux d'un genre nou- 
veau, le Myceliophthora lutea. Une autre maladie, le plâtre, est 
ionnée par une moisissure blanche de la famille des 
Mucédinées à laquelle l'auteur donne le nom de Verticilliopsis 
infestons. Une troisième maladie, le Chanci, est également due 
à une moisissure de mémo aspect que le blanc de champignon, 
mais reconnaissablc à son odeur. Enfin il est un Insecte, le 
Scia>-a ingenua, sorte de Diptère dont les larves font de grands 
dégâts dans les carrières. On pourrait la combattre par l'acide 
sulfureux. — M. Fouqué présente une note de M. Munier- 
Chalmas sur le rôle, la distribution et la direction des cou- 
rants marins en France pendant le crétacé supérieur. — 
M. Vemeuil présente une note de MM. Héricourt et Ch. Richet 
sur la vaccination tuberculeuse sur le chien ; une inoculation 
préalable de tuberculose aviairc vaccine les chiens contre la 
tuberculose humaine. — M. Daubvée présente une note du 
prince Roland Bonaparte sur la mesure des variations de lon- 
gueur des glaciers du massif du Pclvoux. 

Séance du 11 avril. — M. Cotteau présente une note 
sur un genre nouveau d'Echinide crétacé, Dipneustes atùricus, 
découvert près Tercis (Landes). — M. Gautier présente une 
note de MM. Bertin-Sans et J. Moilessier sur la formation de 
l'oxyhémoglobine au moyen de l'hématine et d'une matière 
albuminoïde. Cette synthèse de la matière colorante du sano- 
n'avait jamais été réalisée jusqu'à ce jour. — M. A. Milne- 
Edwards présente une note de M. A. Julien sur la Loi d'ap- 
parition du premier point epiphysaire des os longs. Cette loi 
peut se formuler ainsi. Le premier point epiphysaire d'un os 
long apparaît toujours sur son extrémité la plus importante au 
point de vue fonctionnel. — M. A. Milne-Edwards présente une 
note de M. G. Philippon, donnant la description d'un appareil 
permettant de répéter les expériences de Paul Bert sur l'air 
et l'oxygène comprimés. — M. Chauveau présente une note de 
MM. Cornevin et Lesbre sur les caractères différenciels des 
espèces ovine et caprine. Ces caractères sont tirés des diffé- 
rences qui existent dans les muscles, l'appareil stomacal, la 
plaoentation, la conformation du cerveau, l'ossature de la tète 
et des vertèbres. Il résulte de ces observations que les Chabins 
du Chili, le Mouflon de Corse et l'Argali sont franchement 
ovins, tandis que le Mouflon à manchettes et le Mouflon du 
Caucase confinent au type caprin . 

A.-E. Mal.uid. 



BIBLIOGRAPHIE 



GÉOLOGIE, MINÉRALOGIE, PALÉONTOLOGIE 

191. Zeiller, R. La Géologie et la Paléontologie du bassin 
houiller du Gard, de M. Grand'Eury. 

Bull. Soc. Se. Nat. Yonne. 45, 1891, pp. 31-38. 



192. Zeiller, R. Sur la valeur du genre Trizygia. 

Bull. Soc. Zool. de France. 1891, pp. 673-678. 

193. Zujoviteh, J.-M. Notice sur la météorite de Zelica 
(Serbie). 

Mém. Acad. Dijon, II. 1890-91, pp. 319-334. 



194 
195 

196 
19T 



198 



199 



200 



201 



202. 



203. 
204. 
205. 

206. 

297. 

208. 
209. 

219. 

211. 

212. 

213. 

214. 

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G. Malloizel. 



Le Gérant: Emile DEYROLLE. 



PARIS. — IMPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17. 



fc**Y 189* 



14 e ANNÉE 



2 e Série — i¥» 1»£5 



15 MAI 1892 



SUR QUELQUES FOSSILES AFRICAINS 



Pendant longtemps les ge'ologues n'ont posse'de' que 
très peu de renseignements sur la constitution stratigra- 
phique d'Angola. Ce qu'on en savait de plus pre'cis est 
contenu dans deux importants mémoires, l'un de M. le 
D r Ladislas Szajnocha, de l'Université de Cracovie, inti- 
tulé : lur Kenntniss der mUtelcretasischen Cephalopoden- 



Milne-Edwards une série d'échantillons de calcaire fos- 
silifère recueillis par M. Cavelier de Guverville, capi- 
taine de vaisseau, commandant de la division navale de 
l'Atlantique et devenu depuis amiral. 

Ces échantillons, d'ailleurs peu nomhreux, proviennent 
de la falaise nord de la baie de Lobito, à petite distance 
de Saint-Philippe-de-Benguéla, par 10°115'30" de longi- 
tude E:de Paris et 12°20' de latitude sud, à 180 lieues 
marines des îles Elobi ou mieux Elobey. 




■ ■ .' ■ .-.-. y 



Fi f;, trIf l ?J! b , aC 'f l ', inflal Z , So 7 , (s P ec -) dc la baie de L,lbit °- Ech. du Muséum. Grandeur naturelle - Fi- 2 Fragment 

M séum Grandeur nau^np "pï H G ^ndeur naturelle. -Fi g. 4. Hamiles virgulatus Brongnt, de Lobito. Ech. dû 

^|,eum g~S c7\v f&lnK? n amiteS tr °P' cahs Sta "' Me . un - de Lobi ^ Sch. du Muséum.' Grandeur naturelle. 
StaXeun*^^ Grossxssement de SO diamètres. - Fig. l. W atica Gàbonensis 



fauna der lnsel Elobi an der WestkûsteAfrikas(l); l'autre, 
de M. Paul Choffat : Sur des fossiles recueillis par M. Ma- 
theiro dam la province d'Angola (2). 
Le Muséum a reçu a vec un très vif intérêt de M. Alph. 

(1) Denkschriften der Malhematisch-natur-wissenschaffli- 
chen Masse der Katserhchen Akademie der Wissenschahen, 
t. AUX, p. 231. Vienne, 1884. 

t 2v B p"lM mi" S ° Ciété géolo ^ ue de France, 3* série, 

LE NATURALISTE, rue du Bac, 46, Paris. 

/m 




Ils présentent surtout des Ammonitides, et en pre- 
mière ligne des individus de diverses tailles, des Schlœn- 
bachia inflata Sow. (spec.) Les uns, petits et très réguliers 
(fig. 1), rappellent exactement les spécimens du Havre 
et de maintes autres localités d'Europe; d'autres incom- 
plets, beaucoup plus grands (fig. 2). 

J'ai distingué une autre Ammonitide tout à fait diffé- 
rente, très voisine de celle que Stolizcki, dans son grand 



114 



LE NATURALISTE 



ouvrage (1), a représentée pi. lxxv, fig. 1, et qu'il a ap- 
pele'e Desmoceras involutus. Comme on le voil par la 
figure 3 ci-jointe, le Desmoceras de Lobito présente des 
caractères spéciaux : sa dimension, l'écartement et la 
forme de ses cloisons le distinguent de la coquille déjà 
décrite. Je propose de l'inscrire dans le catalogue sous 
le nom de Desmoceras Citvervillei. 

Un autre céphalopode abonde dans le calcaire de Lo- 
bito : c'est Hamites virgulatus Brongnt (fig. 4), parfaite- 
ment identique aux échantillons européens. 

Hamites tropicalis, Nobis (fig. 5), connu seulement par 
un tronçon de 6 centimètres de longueur et de 21 milli- 
mètres de diamètre, n'est pas sans analogie avec H. rau- 
linianus, d'Orb, qui est sensiblement du même âge. Il 
présente comme lui une quadruple rangée de tubéro- 
sités qui devaient se terminer en épines, et de grosses 
côtes dans l'intervalle desquelles s'en montrent de 
petites. Sur la région ventrale, elles persistent sans mo- 
difications, tandis que les grosses côtes se continuent 
par des groupes de trois petites costules identiques aux 
précédentes. 

Enfin, on doit mentionner la présence de gastro- 
podes, d'ailleurs difficiles à déterminer spécifiquement, 
et dont le plus abondant est une Rostelleria fort analogue 
à celle qu'on recueille dans le gault des Ardennes et 
d'autres localités. On aperçoit aussi des traces d'un pé- 
lécypodes de très petite taille. 

Comme on le voit, la réunion de ces différentes 
formes fossiles ne laisse aucun doute sur l'âge albien 
du terrain de Lobito. 

Il me reste à ajouter que le calcaire de Lobito renferme 
toute une faune microscopique dont la figure 6, qui 
reproduit une lame mince vue au microscope, peut 
donner une première idée. Comme on voit, les forami- 
nifères y abondent, et spécialement des Orbulina et des 
Rotalia; il y aura lieu de les soumettre à une étude ul- 
térieure. 

Je saisirai l'occasion pour décrire une très belle Na- 
tice que je dois à l'obligeance de M. Heurlel, lieutenant 
de vaisseau, qui la recueillit lui-même au Gabon. Cette 
coquille (fig. 7), que je désignerai sous le nom de Natica 
Gabonensis, peut être ainsi diagnosée : 

N. testa maxima, ponderosa, ovato-ventricosa; spira 
elongato-acuminata; anfr'actibus lente crescentibus ; supra 
plan/*, angulo-marginatis, regulariter contabulatus, ultimo 
maximo, globoso, spiram sequante, untiee conncxo ; apertura 
if/nnla. 

L'échantillon décrit a 147 millimètres de longueur et 
123 de diamètre maximum; il est remarquable par son 
volume, qui le rend comparable à la N. athleta de d'Or- 
bigny. Nous ne connaissons la nouvelle espèce que par 
son moule interne. Cette coquille est ovale et ventrue. 
Sa spire, qui doit être fort aiguë, est mutilée à son ex- 
trémité. Les tours qui la composent croissent lentement 
et sont très nettement séparés les uns des autres par 
une sorte de rampe à surface plane, limitée au dehors 
par un angle fort accusé, bien qu'il ne fasse pas saillie. 
Le dernier tour est grand, globuleux et égal en hauteur 
à la spire tout entière; il est connexe en avant. L'état 
de l'échantillon ne permet pas d'étudier l'ouverture. 

Stanislas Meunier. 



(l Scientific results of the second Yorkand Auscias. 



Sur le pleur (1) de sang chez le Batrachosoma, Asio.Cope 

SAURiEN DU MEXIQUE 



Plusieurs observateurs ont expérimenté sur le Phrynosoma 
orbiculare, Iguanien très abondant dans vallée de Mexico, et 
ont réussi à démontrer que, sous certaines conditions, il sort de 
ses yeux un jet de sang : cette notable particularité, déjà con- 
nue d'Hernandez (xv e siècle), a fait donner au Phrynosoma par 
les habitants du pays le nom significatif de llora-sangre (pleure- 
sang). 

M. le D p Alfred Dugès a provoqué le phénomène en coupant 
la moelle au niveau du cou; M. Wallacc, en mouvant un cou- 
teau brillant au-devant des yeux, et moi-même par des excita- 
tions mécaniques ou par l'emploi d'excitants chimiques du pou- 
voir réflexe, tels que la strychnine. 

Voici ce qu'on observe d'abord : le reptile est placé sur une 
table, dans sa position habituelle, et immobile. Alors, avec la 
pointe de mon doigt je gratte rapidement d'avant en arrière, 
depuis le cou jusqu'à la queue ; le corps se courbe notablement 
et arrive à se soutenir sur le ventre, les membres restant rele- 
vés en haut ; la respiration est activée et il y a des mouvements 
fréquents de déglutition : alors je donne de légers coups sur 
un œil, et aussitôt il sort un jet de sang ou bien de grosses 
gouttes qui coulent tant qu'on| continue l'excitation. J'ai vu se 
reproduire cet étrange fait à deux différentes reprises, quand 
un chien et un chat eurent mordu un Phrynosoma ; leur persé- 
cuteur se retira dégoûté. 

Ce phénomène est consécutif à un réflexe médullaire, une 
forte congestion suivie par l'exophllialmic et la rupture d'une 
veine (d'après le D r A. Dugès, le sang provient du cul-de-sac 
inférieur de la conjonctive) : il est plus facile à produire quand 
l'excitation occasionne, par son degré d'intensité seulement, 
l'augmentation dans l'énergie et dans le nombre des batte- 
ments cardiaques, mais non la syncope, ce qui est plus com- 
mun. A l'époque du rut, quand les multiples conditions de 
l'âge, de la nutrition et toutes les autres qui peuvent influer 
sur le pouvoir réflexe sont remplies, l'écoulement sanguin s'ob- 
tient avec une étonnante facilité, et quand au contraire ces 
mêmes conditions sont défavorables, l'expérimentateur n'arrive 
à obtenir aucun résultat. 

Je crois cependant que l'exophthalmie peut être produite vo- 
lontairement par l'animal. 

Dans le Batrachosoma Asio, sur un exemplaire que j'ai reçu 
dernièrement de Iguala (Etat de Guerrero), j'ai pu observer les 
mêmes particularités, et il me semble intéressant de signaler 
cette conformité physiologique entre deux reptiles ayant cer- 
tainement de grandes affinités taxinomiques, mais appartenant 
à deux genres différents, et propres l'un aux plaines des lieux 
froids ou tempérés, et l'autre à la tierra calientc ou xone 
chaude. 

Fondé sur les deux seules observations déjà mentionnées, je 
crois que copieur de sang est un moyen de défense d'un usage 
très limité parce qu'il est peu commun, et entre tous les moyens 
connus, un des plus curieux. Pour expliquer son origine, il 
faudrait remonter d'abord à l'explication de l'origine de la 
grande excitabilité réflexe des Phrynosoma et des Batracho- 
soma, excitabilité peu en accord avec leur qualité de reptiles, 
et qui probablement pourrait, avoir d'importantes applications 
pour la physiologie expérimentale. 
Mexico, 25 janvier 1892. 

A. L. Hekreka. 



L'ARGONAUTE DE LA MÉDITERRANÉE 



M. de Lacaze-Duthiers a eu récemment l'occasion d'ob- 
server vivant, dans les bacs du laboratoire de Banyulffl 
un Argonaute recueilli par les pêcheurs de la localité. 
L'animal, qui avait abandonné sa coquille, y rentra dès 
qu'il fut logé dans le bac et se tint constamment au voi- 
sinage, mais au-dessous de la surface, le crochet en 
haut et un peu saillant (grâce probablement à quelques 
bulles d'air), le péristome vertical. Tous les bras étaient 

(1) l'ieur : c'est le mot de l'auteur (N. D. L. R.). 



LE NATURALISTE 



115 



^SSK 




% 



X- 




?r, 



tion n'a pu faire chan- 
ger cette apparence de 
tranquillité. » La proprié- 
té du Caméléon est peu 
développée. 

L'animal se nourrissait 
de petits poissons dont la 
présence lui paraissait 
être exclusivement indi- 
quée par le tact. « Lors- 
qu'une ventouse avait sai- 
si le poisson, toutes celles 
du voisinage s'inclinaient 
vers la proie, qui bientôt 
était attirée dans une sorte 
de canal que produisaient 
l'abaissement des ven- 
touses ayant saisi et l'é- 
lévation des bords laté- 
raux du bras. » Tous ces 
mouvements étaient très 
rapides et en un clin d'œil 
l'animal était 
dans la bouche 



englouti 



L'argonaute de la Méditerranée observée vivante par M. de Lacazc-Duthiers au laboratoire 

de Banyuls. La flèche indique le sens de déplacement. 
Argonaute à la surface du liquide : la flèche indique la direction de la progression. — B. Bouche. — 
«. Bras antérieur. — Br. p. Bras postérieur. — C. Bord du Péristome non couvert par le voile. — 



E. B. 



En. Entonnoir saillant entre les deux bras antérieurs. — Tr 
taisant saillie entre les deux bras postérieurs. — V. Voile. 



Tortillon recouvert par la coquille et 



réfléchis en arrière; les six inférieurs rentraient dans la 
coquille et s'y fixaient vraisemblablement par leurs 
ventouses, les deux supérieurs restaient en dehors et 
venaient s'appliquer sur le toit. Ce sont ces deux bras 
qui portent la membrane véligère bien connue de l'ani- 
mal; leur rôle probable est de sécréter la coquille, mais 
jamais on ne voit « le bras véligère s'étendre au loin et 
manœuvrer avec la voile étalée dans l'eau pas plus que 
dans l'air. On a même de la peine à comprendre com- 
ment une membrane aussi mince et un bras aussi grêle 
vers l'extrémité pourraient vaincre la résistance de l'eau 
et agir contre elle à la façon d'une rame solide. » 

Le bec de perroquet fait saillie entre la base des bras, et 
au-dessous s'avance l'entonnoir qui présente l'apparence 
d'une trompe contractile très allongée. 

a La physionomie générale de l'Argonaute flottant 
ressemble peu à celle de nos Seiches et de nos Poulpes, 
tels qu'on les voit dans les aquariums ou tels qu'ils sont 
représentés dans les ouvrages. L'œil de ceux-ci a 
quelque chose de félin. La teinte, la forme de la pupille, 
les changements subits et répétés de couleur dus à la 
propriété du caméléon poussée aux plus extrêmes li- 
mites, tout cela leur donne une expression profondé- 
ment intelligente et canaille. Quoique en repos, ils sem- 
blent toujours au guet, agités, nerveux, surveillant ce 
qui se passe autour d'eux et manifestant leur impres- 
sion par de subits changements de couleur. Ici rien de 
semblable. L'animal paraît tranquille et nulle impres- 
sion ne semble l'agiter. Il respire seulement avec beau- 
coup d'activité, comme du reste ses pareils, ce qui lui 
donne nne apparence de profond essoufflement. Son œil 
est rond, bordé de noir; sa pupille, très noire aussi, est 
absolument circulaire, centrale, régulière et immobile. 
C'est comme l'œil d'un poisson, mais sans cette mobilité 
donnant une expression particulière. Ici, c'est l'impassi- 
bilité absolue, aucun mouvement de menace ou d'excita- 



SUR LA GRAINE DE L'OVALA 

Pentaclethra macrophylla Bentham. 



Il existe au Gabon- Congo français et sur plusieurs points de 
la côte occidentale d'Afrique (Rivières du Sud), sous des noms 
très divers variant avec les dialectes, un grand arbre de la fa- 
mille des Légumineux dont la graine présente un réel intérêt au 
point de vue industriel et sur laquelle j'estime qu'il y a lieu 
d'appeler l'attention comme source de matières grasses et 
azotées. Déjà le commerce français, à mon instigation, en a 
introduit une certaine quantité sur la place de Marseille, et tout 
fait présager qu'animés de quelque souci de l'avenir, les comp- 
toirs de nos possessions tropicales pousseront activement les 
indigènes à la culture ou tout au moins à la propagation de 
cette précieuse légumineuse qui pourrait avantageusement en 
se joignant à l'arachide, déjà si communément cultivée dans 
nos provinces d'Afrique tropicale, compléter le cycle des ma- 
tières grasses et des tourteaux fécondants que l'industrie et 
l'agriculture françaises doivent aux richesses, si mal exploitées 
jusqu'ici, du vieux continent africain. 

Sous le nom d'Owala les M'Pongués du Gabon (1) emploient 
comme matière alimentaire la graine d'une Légumineuse en 
arbre assez abondante dans le pays et connue des botanistes 
sous le nom de Pentaclethra macrophylla Benth. (in Hook. 
Journ., II, 127). Ce végétal n'est pas localisé dans notre colonie 
du Gabon-Congo : bien qu'abondant aux environs de Libre- 
ville et probablement dans tout le Gabon-Congo français oh 
le retrouve encore sur les bords du Rio Nunez, et probable- 
ment dans toute la région aujourd'hui française connue 
sous le nom de Rivières du Sud; à Fernando-Po '(Vogel — Ni- 
ger Flora 329) ; dans la colonie allemande de Caméroon,surles 
bords de la rivière de ce nom, à l'île Saint-Thomas {herbier de 
Mann), enfin à l'île des Princes (D r Wehvitsch). Déjà, en 1863, 
M. le professeur Bâillon, dans ses études sur l'herbier du 
Gabon (Adansonia, Recueil d'observations ■ botaniques — 
août 1865), avait indiqué les emplois indigènes de cette graine 
après avoir donné une description de la plante, et signalé une 
seconde espèce de Pentaclethra sous le nom spécifique de Griffo- 
niana (1). Ayant reçu de notre très zélé correspondant M Pierre, 



(1) Le professeur Olives {Flora tropical Africa, II p. 323) dé- 
clare avoir reçu ces gousses sous le nom de Opochala, mais il 
no dit pas dans quel dialecte africain. 



*16 



LE NATURALISTE 



directeur du jardin d'Essai de Libreville, une certaine quantité 
de ces graines remarquables, enfermées dans leurs gousses 
ligneuses, nous avons été conduits après un premier essai éta- 
blissant la richesse de ces semences en huile et. leur forte teneur 
en azote (les eotylédones flambent à la lampe en répandant une 
forte odeur caractéristique de corne brûlée) à rechercher leur 
constitution chimique exacte, la nature physique et chimique 
de l'huile, leur rendement à la pression, enfin la richesse du 
tourteau employé comme engrais ou comme aliment pour les 
bestiaux. Cette étude devrait avoir pour corollaire l'examen du 
meilleur mode de propagation de ce végétal dans nos colonies 
françaises tropicales. Voici la description de la plante d'après 
Bâillon : 

« Le Pentaclethra macrophylla est un grand arbre de 20 mè- 
tres environ (au Rio Nunez) atteignant seulement 5 ou 6 
mètres de haut au Gabon, d'après Grillon du Bellay (herbier 
n° 28). Il est très rameux et très feuillu. Les rameaux ouverts, 
étalés, sont chargés de grandes feuilles bipinnées à folioles 
très nombreuses, insymétriques, trapézoïdales, opposées les 
unes aux autres comme les divisions du rachis de la feuille — 




Fig, 1 et 2. — Gousse mûre et ouverte de Pentaclethra ma- 
crophylla Boutli. pourvue de ses graines. 

Celle-ci est accompagnée à. sa base de deux stipules lancéolées, 
de petite taille, et la base des divisions porte en outre des sti- 
pelles sétacées. Ses feuilles sont ou glabres ou recouvertes d'un 
fin duvet ferrugineux. La forme de leurs folioles est un peu 
variable; elles sont plus ou moins insymétriques et plus ou 
moins arrondies ou aiguës à leurs extrémités. 

« Quand le feuillage commence à paraître, il constitue au 
le. ut des rameaux des espèces de touffes chargées d'un duvet 
velouté de couleur marron. Plus bas, les branches sont cou- 
vertes d'une écorce rugueuse et portent de nombreuses cica- 
trices saillantes des anciennes feuilles. La section des faisceaux 



libro-vasculaires qu'on voit sur ces cicatrices figure grossière- 
ment un masque humain d'après l'observation de Grift'on du Bel- 
lay. Le nombre de paires de folioles est très variable, Grillon 
du Bellay n'en a compté qu'une douzaine au plus; il y en a 
souvent davantage sur les échantillons d'Heudelot. Les fleurs 
très nombreuses, qui apparaissent dans la saison sèche, sont 
groupées en épis ramifiés, sur les axes desquels elles sont 
sessiles et articulées ;. elles sont polygames. Leur calice (?) a 
la forme d'une petite clochette gamophyllc à cinq dents 
arrondies, reliées et imbriquées dans la préfloraison. Au-dessus 
de lui le réceptacle forme une cupule profonde dont le fond 
est occupé par un gynécée souvent stérile et dont la surface 
intérieure est tapissée d'un disque glanduleux, tandis que la 
corolle et l'androcée sont insérées sur les bords. Les pétales 
sont épais et valvaires. Les étamines fertiles, au nombre 
de cinq, alternent avec les pièces de la corolle. Leurs filets sont 
infléchis dans le bouton, plus tard redressés et exserts ; leurs 
anthères sont introrses, biloculaires, déhiscentes longitudinale- 
ment. La glande caduque, elliptique, allongée, que porte en 
haut le connectif, est d'abord appliquée le long de la. face in- 
terne de l'androcée. A chaque pétale répond un petit faisceau 
de 2 ou 3 filaments stériles, grêles, repliés sur eux-mêmes dans 
le bouton, et qu'on considère comme des staminodes alternant 
avec les étamines fertiles. En dedans de l'androcée, le bord 
saillant du disque se découpe en dix petites dents glanduleuses 
et obtuses. 

« L'ovaire, ordinairement mal développé, supporté par un 
pied très court, contient souvent de nombreux ovules disposés 




Pig. 3. — A à F, graines de Pentaclethra macrophylla vues 
sous divers aspects (1/2 grand, nat.) avec leur épisperme 
marron luisant. 

sur deux rangées verticales. Le fruit attire souvent l'attention 
par l'épaisseur de ses parois ligneuses et ses grandes dimen- 
sions. L'un d'eux, envoyé par Griffon du Bellay et Touchard. 
mesure 5. r i centimètres de longueur, sur 9 de largeur et 3 1/2 
d'épaisseur. C'est une sorte de latte aplatie, atténuée oblique- 
ment vers la base et dont le bord arrondi et mousse présente 
dans toute sa longueur un sillon de déhiscence qui le partage 
en deux lèvres. La surface de toute la gousse est d'un brun 
marron, velouté avant l'entière maturité puis, le duvet tom- 



LE NATURALISTE 



117 



bant, glabre et parcouru, comme un morceau de bois, par des 
stries et des fissures longitudinales. » (Voir fig. 1 et 2.) 

Cette gousse s'ouvre avec élasticité, et ses deux valves ten- 
dent avec une grande force à s'écarter l'une de l'autre et à s'en- 
rouler ensuite en dehors. Telle est la puissance de ce mouve- 
ment de déhisœnce que M. Poisson, aide-naturaliste au Muséum, 
ayant fixé en plusieurs points, avec des boulons, les deux 
valves d'une gousse qu'il voulait conserver intacte, l'une de 
ces deux valves se brisa et commença à s'arquer au dehors, 
quand le fruit a été placé dans un endroit suffisamment sec (1). 
— Le mémo fait s'est produit au laboratoire de botanique de la 
Faculté des sciences de Marseille, où des gousses de Om. SSO 
de long sur Om. 10a de large ayant été contenues avec de gros 
fil de fer (voir les figures 1 et 2 faites d'après les photographies 
<le ces gousses dont l'une (fig. 1) est entière et l'autre ouverte) 
elles se brisèrent vers le milieu et les tronçons se recourbèrent 
en dehors des liens contenteurs. 

Il est certain que dans leur pays d'origine, ces graines, au 
moment de la déhiscence, sont lancées avec force à une dis- 
tance d'autant plus grande qu'à ce moment elles sont faible- 
ment attachées dans leur loge. Ces graines, au nombre de 6 à 7 
dans chaque loge, y sont placées obliquement par rapport aux 
deux bords parallèles de la gousse. Elles sont très grosses, 
(7 centimètres de long sur 7 de large), elliptiques, aplaties, 
minées sur leurs bords, obliquement atténuées vers leur point 
d'attache, glabres, lisses, talceuses au toucher, à épisperme 
luisant, brun foncé, parcouru suivant sa longueur par de 
nombreuses rides obliques, peu profondes. L'épisperme très 
épais, coriace et formé de deux enveloppes de couleur brunâtre, 
enveloppe des cotylédons très résistants, volumineux, de couleur 
verdàtre, de saveur sucrée d'abord, puis un peu amère, et gor- 
gés de matière grasse, comme on va le voir par l'analyse chi- 
mique. Ces cotylédons de couleur verdàtre foncée se prolongent 
au-dessous de leur insertion en une sorte d'auricule décurrente 
de chaque coté de la radicule qui en est complètement entourée 
comme d'un étui. 

Examinés au microscope sur une coupe tangentielle par 
rapport au grand axe de la graine, ces cotylédons présentent 
la structure suivante : En allant de l'intérieur vers l'extérieur, 
on trouve un épiderme à petites cellules grasses, puis une suc- 
cession de strates cellulaires d'abord petites, puis allant en 
accroissant graduellement leurs dimensions jusqu'au centre du 
cotylédon charnu, ces cellules vont ensuite en décroissant 
jusqu'à l'épiderme de la face plane interne du même coty- 
lédon. Toutes ces cellules sont gorgées d'un corps gras pris 
en masse et composé néanmoins de petits globules sphé- 
riques. 

La graine, dépouillée de son épisperme marron et d'un blanc 
grisâtre, est d'un aspect corné. Toute la surface externe des 
cotylédons qui la composent est recouverte de sillons qui 
constituent une véritable treillisation externe. Rien de sem- 
blables sur la face cotylédonnaire interne. 

Les Gabonais mangent cette graine, et on peut hardiment 
dire que si son goût n'a rien qui puisse satisfaire les exigences 
de nos palais raffinés, du moins la composition chimique nous 
permettra de la ranger parmi les aliments les plus riches qu'il 
soit possible à l'homme de se procurer dans le règne végétal. 
A suivre.) 

Edouard Heckel. 



Mœurs et métamorphoses de 
CHRYSOCHUS PRETIOSUS Fabricius 

Coléoptère du groupe des Eumolpides, de la famille des 
Chrysomëlides. 



Œuf. Pondu aussitôt après le rapprochement des deux 
sexes, au-dessous de l'aisselle des feuilles qui sont les plus 
voisines du collet de la racine de la plante nourricière, l'œuf 
est verdàtre, lisse, en ovale allongé, mesure en longueur un 
peu plus de un millimètre et un peu moins de un millimètre 
en largeur ; il éclôt quelques jours après, donnant le jour à un 
vermisseau qui dénote en naissant la forme que, devenu plus 

(1; Le professeur Olive a décrit en détail {Transaction oflhe 
Linnean Society, XXIV 415) la remarquable hygrométricité de 
valves de cette gousse mûre. 



grand, il conservera: en effet, la couleur, la conformation, la 
pubescence, caractérisent déjà cet être si chétif. 

Aussitôt éclose, la jeune larve s'enfonce enterre suivant la di- 
rection des racines du dompte-venin ; plus elle grandit, plus elle 
pénètre dans le sol, et lorsque approche la saison froide, alors 
qu'il y aurait pour elle et danger et impossibilité à se mouvoir 
dans un milieu durci par les gelées, elle se construit une loge 
où elle passera les mauvais jours; c'est à ce moment, qu'après 
des mues successives, elle est parvenue à son entier dévelop- 
pement. 

Larve: Long. 10 à 11 mill. ; larg. 5 mill. 

Corps légèrement courbé en arc, d'un blanc sale, jaunâtre à 
la région antérieure, transversalement ridé, avec longue pubes- 
cence rousse : convexe en dessus, subdéprimé en dessous, 
subatténué aux deux extrémités. 

Tête cornée, jaunâtre, luisante, ovalaire, longs poils roux 
épars sur la surface et quelques petites rides creuses; ligne 
longitudinale médiane entière partant du vertex, au milieu de 
laquelle conflue une double impression oblique dont les extré- 
mités se perdent un peu au-dessous de la base antennaire : 
épistomo large transverse, translucide, à angles antérieurs 
arrondis, glabre, avec une légère impression relevant la péri- 
phérie du bord en forme de léger bourrelet; labre en demi- 
ovale, pubescent de roux à son bord antérieur qui est noi- 
râtre, à base ferrugineuse ; mandibules courtes, se touchant 
sans se croiser, fortes et cornées, subtriangulaires, convexes 
en-dessus, ferrugineuses, à extrémité noire, englobant à la 
base une tache triangulaire testacée, légèrement échancrées à 
l'extrémité, creuses intérieurement ; palpes maxillaires à lobe- 
cylindrique, à bout ferrugineux, translucides, avec une rangée 
de spinules intérieures placées en forme de dents de peigne, 
l'extrémité du lobe ne dépassant pas le deuxième article des 
palpes maxillaires qui sont de quatre articles égaux, testacé 
pâle, avec anneau médian ferrugineux; les deux premiers courts, 
moniliformes, avec long poil à la base du premier, troisième 
court, cylindrique, quatrième grêle, en entier ferrugineux clair, 
obtus à la pointe qui est arquée en dedans ; menton convexe, 
charnu avec spinosules épars sur la masse, laquelle ceint d'un 
trait ferrugineux, en forme de fer à cheval, les palpes labiaux 
lesquels sont très courts, ténus, uni-articulés, cylindriques, 
bruns à extrémité obtuse et que dépasse un corps charnu 
pubescent, excavé au milieu tenant la place habituelle de la 
languette ; la direction des palpes labiaux est, contrairement 
à ce qui a lieu habituellement, perpendiculaire au plan de 
position; antennes de quatre articles rétractiles, la base du 
premier article est en partie entourée en dessus par le crochet 
d'un trait ferrugineux en forme de point d'interrogation; cet 
article est gros, testacé, tronconique, pouvant recevoir les sui- 
vants à l'instar d'un tube de lunette, deuxième et troisième 
courts, cylindriques, ferrugineux, quatrième très petit, à deux 
branches obtuses dont l'extrémité est terminée par une courte 
soie; pas de traces d'ocelles. 

Segments thoraciques convexes, premier segment jaunâtre, 
subcorné, pubescent de roux, bien plus large que la tète, sans 
autres rides ni boursouflures qu'un léger bourrelet, latéral; les 
deux segments suivants, blanc sale, pubescents, avec deux 
fortes rides semi-elliptiques, une antérieure très accentuée, 
l'autre postérieure ; entre elles est une troisième ride médiane 
grande et transverse; de leurs intervalles s'élèvent, par arceau, 
trois fortes boursouflures. 

Segments abdominaux de la couleur des deux segments 
précédents, chaque anneau est convexe, blanc mat sale, avec 
une forte ride médiane transverse, partageant chaque anneau 
en deux bourrelets transversaux dont le dessus est fortement 
spinosulé; le premier segment participe de la forme du dernier 
segment thoracique, les deuxième à septième sont de forme et 
de dimensions égales, le huitième un peu plus petit, à plus 
longue pubescence, avec un léger trait ferrugineux à l'extré- 
mité', neuvième plus court, moins volumineux, avec un léger 
trait ferrugineux à son extrémité qui se termine par un em- 
pâtement tri-mamelonné avec point noir à la basedes deux ma- 
melons extrêmes. 

Dessous de la tète jaune clair avec légère pubescence rousse ; 
des segments thoraciques, pâles, couleur moins accentuée aux 
segments abdominaux qui sont subdéprimés, le milieu de 
chaque arceau légèrement relevé en bourrelet fortement cilié 
de roux', l'extrémité du neuvième est triangulairement échancrée, 
à fond corné et jaunâtre, englobant les deux mamelons 
extrêmes entre lesquels est la fente anale. 

Une double rangée latérale de bourrelets, avec cils et spino- 
sules au centre en forme d'aréoles, marque le point de divi- 



118 



LE NATURALISTE 



sion des deux régions dorsale et ventrale. Chez les jeunes 
larves bien repues, ces doux régions sont de couleur terne. 

Pattes blanchâtres, transparentes, ciliées, de longueur 
moyenne", hanche courte à base bien développée, trochanter 
plus court, cuisse et jambe longues, cette dernière terminée 
par un onglet ferrugineux très acéré à base fortement ciliée. 

Stigmates ovalaires, à péritréme plus clair que le fond qui 
est brun ; lo premier, le plus grand, sur le bourrelet latéral qui 
sépare les deux premiers segments, et un peu plus bas placé 
que les huit autres, qui sont au-dessus du boujrrelet supérieur 
latéral et au tiers antérieur des huit premiers arceaux abdo- 
minaux. 

Cette larve rappelle par son faciès les larves de Lamellicornes 
du groupe des Phyllophages ; et a beaucoup de rapports avec 
celle du Bromius vitis, décrite en 1890 par M. Valéry Mayet 
dans son ouvrage sur les insectes de la vigne; condamnée 
comme elle aune existence souterraine, il lui fallait une struc- 
ture et des moyens en rapport avec son genre de vie intime; 
aussi est-ce sur le flanc qu'elle prend position dans le passage 
•intérieur où elle chemine, les tubercules qui terminent son 
dernier anneau lui servant de point d'appui pour se mouvoir 
et pour avancer dans sa sombre galerie. 

C'est des racines du dompte-venin, Vincetoxicum officinale, 
Mœnch, qu'elle tire sa subsistance ; éclose en août, son exis- 
tence dans le sol se prolonge jusqu'au milieu de juin, époque 
à laquelle a lieu la nymphose. Ce n'est pas à la base du che-velu 
de la racine du dompte-venin qu'elle parait se plaire, on croi- 
rait au contraire qu'elle évite de se rapprocher d'un milieu trop 
substantiel qui l'exposerait à bien des mécomptes; c'est plus 
profondément à vingt centimètres du sol et au-dessous qu'elle 
suit la direction des substances qui lui servent de nourriture. 

La larve que je viens de décrire a mis pendant quatre 
années ma patience à rude épreuve. 

La première année, j'avais remarqué sur les contreforts du 
Canigou, non loin de Bia, entre les vallées de Taurinya et de 
Fillols, une petite, croupe dont les touffes verdoyantes de Vin- 
cetoxicum officinale reluisaient d'azur, tellement était consi- 
dérable le nombre des Chrysocus pretiosus adultes, qui ornaient 
la plante ; désireux de connaître le cycle biologique de cette 
jolie petite bête, je passai une saison entière à scruter du 
regard les pieds du dompte-venin qui embellissaient lo coteau 
de son feuillage, et ils étaient nombreux ces pieds; pas une 
larve en vue. J'avais pensé qu'à l'instar de ses congénères les 
Chrysoméliens, la larve du Chrysocus devait vivre à découvert 
sur les feuilles de la plante où je i'avais vu adulte si abondant, où 
je l'avais vu par centaines de couples copules, sur lesquelles 
j'avais constaté sa ponte : espérance vaine. 
^ La saison suivante, rendu perspicace par mon peu de succès, 
j'examinai les feuilles et plus particulièrement l'intérieur des 
tiges tant mortes qu'en vie; je fis une guerre d'extermination à 
l'intéressante plante, mais mon insuccès fut aussi complet qu'à 
la première campagne, quoique la quantité d'adultes eût aug- 
menté : pas encore de larves sur les feuilles, encore moins dans 
l'intérieur des tiges; à côté beaucoup d'insectes accouplés, et 
toujours des pontes constatées au pied de la plante. Je m'étais 
donc trompé : ce n'était pas du dompte-venin que vivait la 
larve, mais alors où la trouver à défaut d'autres plantes sur 
les mêmes lieux? Je me consolai de mon mieux tout en me 
promettant de ne pas abandonner quand même la partie ; 
puisque ce n'est ni des feuilles, ni des tiges que vit l'objet de 
mes recherches, c'est sur la racine, me disais-je, que sera son 
habitat. 

A la troisième année, muni d'un petit piochon, je fais une 
nouvelle hécatombe de plantes ;. je découvre jusqu'aujcollet de la 
racine la majeure partie des pieds de Vincetoxicum qui gar- 
nissaient la croupe; je passe des journées à meurtrir un végétal 
que j'accusais d'ingratitude parce qu'il ne me livrait pas le 
secret recherché; malgré tout, le résultat ne fut pas meilleur; 
ma troisième année de recherches me coûta plus de labeur que 
les deux précédentes réunies, et cela, pour arriver à un in- 
succès complet. 

Persuadé enfin que la larve tant désirée ne vivait ni des 
feuilles, ni dans les tiges, ni au collet de la racine, j'attendis 
patiemment la fin'.dc la quatrième^saison, c'est-à-dire le moment 
propice pour la venue de son complet développement. 

Armé d'une forte pioche, je me dirige vers le lieu, thôAtrc 
de mes efforts : « Puisque le coteau, me disais-je en cheminant, 
ne nourrit qu'une plante que hante un nombre considérable 
d'individus d'une seule et même espèce, dont la ponte est 
déposée, de visu, au pied mémo du végétal, puisque la larve ne 
réside en aucune partie extérieure ni intérieure de la tige, ni 



même au pied, c'est dans le sol que gît ma créature. » Ma 
réflexion était bonne, mais j'ose avouer qu'il me fallut bien du 
temps pour arriver à mes dernières fins. 

Aux premiers coups de mon outil, les pieds déracinés volent 
en l'air; rien dans le sol sauf quelques vulgaires larves de 
Lamellicornes ou de Malacodcrmcs ; je modérai mon ardeur et, 
au lieu de répandre de-ci de-là les griffes des racines enlevées, 
je me demandai. s'il ne valait pas mieux les examiner de près : 
rien encore. Un heureux et profond coup de pioche met à jour 
une première larve dont l'aspect ne me laisse pas de doute. 
J'étais possesseur de l'objet si envié, j'examine attentivement 
le sol, je creuse un peu plus bas, je déterre une nouvelle larve, 
j'étais donc sur les traces, et c'est alors qu'il me fut donné de 
constater que mes recherches antérieures avaient porté trop 
superficiellement; c'est le sol qu'il fallait sonder, qu'il fallait 
remuer, c'est-à-dire commencer la première année par où 
j'avais terminé la quatrième ; mais aussi comment penser que 
la larve d'un insecte classé dans la famille des Chrysomélides 
pouvait exister souterrainement, alors que les larves de ses 
congénères vivent à découvert des feuilles des plantes nourri- 
cières ? J'aurais bien pu m'inspirer de la manière de vivre du 
Bromius vitis, mais il en avait été tant dit et écrit d'invrai- 
semblable, jusque dans ces derniers temps, sur cet insecte ! 

Parvenue au terme de son complet développement, la larve, 
à l'endroit où elle se trouve à ce moment, c'est-à-dire à vingt- 
cinq centimètres de profondeur, se façonne dans le sol une 
loge ovalaire dans laquelle s'accomplira sou cycle nymphal ; 
c'est dans la position horizontale que semble se tenir la nymphe, 
ce que je n'ai pu bien constater, étant donné la difficulté de 
faire cette observation; je puis cependant affirmer que j'en ai 
vu une la tête tournée vers la profondeur du sol. 

Nymphe. Long. 10 à 11 mill., larg. 6 mill. 

Corps mou, charnu, blanc clair, large à la région antérieure, 
un peu atténuée à la région opposée, couvert de cils irrégu- 
lièrement longs. 

Masque frontal convexe, bordé au-dessus des yeux d'une 
rangée diagonale de trois cils bruns à bout arqué en dedans, 
émergeant d'un léger tubercule rembruni ; masque thoracique 
triangulaire à bord antérieur tronqué et excavé, bordé d'une 
rangée de cils bruns, d'autres cils sont épars sur le disque, en 
particulier un petit groupe de quatre au centre et près du 
bord postérieur de l'anneau*, deuxième segment étroit cordi- 
forme, 3 e large et transverse, tous deux ciliés. 

Segments abdominaux jaunâtres avec léger trait médian 
brun, diminuant de largeur de la base à l'extrémité, avec bande 
transverse de longs cils bruns entre mêlés à de plus courts 
segment anal à cils plus longs de couleur plus foncée et plus 
nombreux, terminé par deux petits filets bruns à pointe noire 
à direction longitudinale ; un léger bourrelet latéral cilié sur 
lequel sont les stigmates flaves à péritréme de même couleur, 
sert de séparation aux régions dorsale et ventrale. 

Dessous glabre, n'offrant rien de particulier, ailes et pattes 
rassemblées comme à l'ordinaire, les antennes reposant sur 
les genoux des deux premières paires de pattes ; anus mame- 
lonné à excavation transversale, latéralement bordé par de 
longs cils à base membraneuse et saillante. 

La phase nymphale dure un mois environ, un peu plus un 
peu moins selon l'état de la température; dès que les téguments 
de l'adulte sont suffisamment durs pour lui permettre de se 
frayer un passage à travers la couche terreuse qui le sépare 
de l'extérieur, il chemine à travers lo sol, il fait son apparition, 
restant inféodé à la plante qui l'a vu naître et qu'il ne quittera 
pour aller à une autre que si les besoins du rapprochement l'y 
obligent. 

Adulte, Aux environ de Ria, c'est vers la mi-juillet qu'on 
voit apparaître l'insecte parfait dans toute sa splendeur; il est 
commun sur les coteaux d'une altitude de 6 à 800 mètres : de 
nuit, il se tient le long des tiges, sous les fleurs ou sous les 
feuilles de la plante nourricière, le jour il aime à plonger sa 
tête dans les fleurs du Vincetoxicum dont il ronge les feuilles; 
il passe d une tige à l'autre jusqu'à l'époque de l'accouplement 
qui a lieu de fin juillet à fin août, puis mâle et femelle dispa- 
raissent, cette dernière, après avoir assuré le sort de sa progé- 
niture. 

C'est un insecte en entier d'un beau bleu uniforme, dont on 
trouve la description dans tous les auteurs. 

Cap c Xamceu. 



LE NATURALISTE 



119 



Le Châtaignier 

Le Châtaignier commun (Fagns castanea L.) est un 
arbre indigène des parties méridionales et tempe'rées de 
l'Europe ; il produit un fruit comestible qui est connu 



Bretagne. On en emploie aussi une grande quantité pour 
la nourriture des animaux de basse-cour. 

Il faut distinguer dans ce genre les Châtaigniers cul- 
tive's pour leurs fruits et le Châtaignier sauvage. Dans les 
variétés cultivées, le tronc devient fort gros et peu 
élevé, et on a remarqué presque partout qu'il commence 




Châtaignier de la Nave (Sicile) ; 18 mètres de circonférence. 



sous le nom de châtaigne ou de marron. Ces fruits, cuits 
dans l'eau ou légèrement grillés et réduits en farine, 
jouent un rôle important dans l'alimentation du Limou- 
sin, de l'Auvergne, du Languedoc et d'une partie de la 



à se gâter dans le cœur vers l'âge de 50 à 60 ans, ce qui 
oblige à l'abattre de bonne heure, si on veut tirer parti 
de son bois. 
Comme arbre pittoresque, le Châtaignier cultivé est 



1-20 



LE NATURALISTE 



un des plus beaux. Arrivé à tout son développement, il 
ne de'passe guère 15 à 18 mètres de hauteur, niais sa 
ramification forme une tête large, arrondie, touffue et 
de la plus belle verdure. Sa culture, comme arbre frui- 
tier, remonte à la plus haute antiquité. Les Romains 
tirèrent, dit-on, leurs premières châtaignes de Caetane, 
village de la Pouille, ce qui leur fit donner le nom de 
Castanea nuces, noix de Castane. Le Châtaignier était 
déjà très répandu dans les Gaules. Théophraste nous 
apprend qu'on en trouvait beaucoup en Thessalie, parti- 
culièrement sur le mont Olympe. Un célèbre voyageur 
du xvi e siècle, Jacques Belon, a vu des Châtaigniers sur 
les montagnes de la Macédoine, et Ollivier en a ren- 
contré toute une forêt sur les bords de la mer Noire. 
Les auteurs anciens nous apprennent que les meilleures 
châtaignes portaient le nom de balanoï (glands), et que 
celles qu'on recueillait sur le mont Ida étaient surnom- 
mées leucenx. 

Pline leur donne le nom de popularex et de cocticse, 
parce que le peuple de Rome en faisait sa principale 
nourriture. 

Les Châtaigniers donnent de très bons produits dans 
le centre et le midi de la France. Les châtaignes les plus 
estimées, qu'on nomme « marrons » et qui se dis- 
tinguent des communes par leur grosseur, viennent des 
environs de Lyon et de Saint-Etienne, mais surtout des 
environs de Lue. Cependant, les châtaignes les plus 
agréables ne sont pas toujours les plus grosses. En 
Corse, on les réduit en farine pour en faire des galettes, 
connues sous le nom de polenta, elles forment un ali- 
ment sain, substantiel pour l'homme, comme pour les 
animaux. 

Le Châtaignier sauvage est un arbre qui atteint de 
35 à 40 mètres de hauteur; il donne une tige droite, 
filée, d'un bois dur, compact et non sujet à se détériorer, 
plus propre que celle d'aucun de nos arbres indigènes à 
fournir de très longues poutres. Ses fruits restent très 
petits et ne sont employés qu'à la reproduction de 
l'arbre. C'est cet arbre qui a fourni les charpentes si 
admirées de la cathédrale de Bourges, des grosses tours 
de Chàteaudun et, d'une multitude d'autres édifices civils 
ou religieux du moyen âge. Aujourd'hui, sans avoir en- 
tièrement disparu, il est devenu fort rare, de très com- 
mun qu'il était il y a quelques siècles. Le plus bel 
exemplaire connu qui en existe en France est un arbre 
isolé qui se trouve à Médoux, à 2 kilomètres et demi de 
Bagnères-de-Bigorre, sur la route de Campan, dans l'an- 
cien couvent des Capucins. Cet arbre mesure 40 mètres 
de hauteur. Son tronc est lisse et cylindrique et monte 
verticalement droit comme un mât de vaisseau. Les pre- 
mières branches sont à 30 mètres du sol, et une petite 
cime conique ayant au plus 10 mètres de haut, com- 
posée de branches courtes, horizontales, rigides, un peu 
contaminées, termine comme un panache aérien la ma- 
gnifique colonne qui la surmonte. A 1 mètre du sol, il 
mesure 4 m 30 de circonférence. Cet arbre a été planté par 
les Capucins. Ce couvent avait une haute antiquité, car 
sur des pierres provenant de l'église et conservées dans 
une grotte, on lit la date de 1545. J'ai vu en 1887, cet 
arbre, lors de mon voyage dans les Pyrénées. 

Le bois de Châtaignier est peu estimé pour le chauf- 
fage, mais il est très bon pour les ouvrages de charpente 
qui ne sont pas exposés à l'eau; il est élastique, pesant, 
d'une grande force et d'une longue durée. On s'en sert 
de préférence pour faire des tonneaux; les liqueurs ne 



s'y altèrent point. Elevé en taillis, il fournit des cercles 
de cuve, des lattes à treillage, des claies pour les parcs 
et jardins. Le Châtaignier aime les terres fertiles, les 
sols silieo-argileux et même les terres siliceuses suffi- 
samment fraîches. On le voit se développer cependant 
dans les terrains secs, légers, impropres aux céréales et 
sur les rochers ; il se plaît sur le penchant des coteaux et 
des montagnes, comme on le voit dans les Cévennes. 
Cultivé comme futaie, il peut être exploité à l'âge de 
110 ans, mais il peut se conserver intact pendant un 
temps plus long. Il repousse très bien de souche et forme 
d'excellents taillis qu'on peut exploiter à l'âge de 7 à 
15 ans. 

Le Châtaignier est commun dans les forêts de l'Europe 
occidentale ; il abonde dans le Jura, les Cévennes, le 
Vivarais, le Forez, le Lyonnais, le Limousin, le Péri- 
gord, les Pyrénées moyennes, les montagnes de la 
Corse, une partie de la Bretagne, ainsi que dans la 
Suisse italienne, dans Jes magnifiques vallées de Maggia, 
Verzasea et Onsernone, situées près de Locarno, que j'ai 
parcourues en 1890. 

Le Châtaignier parvient quelquefois à une grosseur 
prodigieuse. On cite, en France, plusieurs de ces arbres 
qui atteignent des dimensions gigantesques, mais le 
plus remarquable de ces végétaux se voit près de San- 
cerre, dans le département du Cher ; il a environ 
10 mètres de circonférence ; malgré son âge (on lui 
donne plus de 1.000 ans), il continue à porter des fruits. 
Comme géant végétal isolé, le Châtaignier de Neuve- 
Celle, aux bords du lac de Genève, lui dispute le prix 

On voit, dans l'île de Madère, un Châtaignier colossal 
qui se trouve dans la propriété de M. le comte de Car 
valhal, à un endroit qu'on appelle Achado, dans la pa- 
roisse de Campanario, qui est située à 23 kilomètres de 
Funchal. 

La hauteur de ce Châtaignier est d'environ 50 mètres 
et à 1 mètre du sol, son tronc mesure J l m 60 de circon- 
férence ; il y a dans le centre de ce tronc une chambre 
carrée de l m 70 de large. Au sud, on a ouvert une fenêtre 
de m 52 de large sur m 37 de haut. L'arbre est encore 
en pleine végétation ; mais comme pour tous les colosses 
de ce geiire, il serait bien difficile d'en indiquer l'âge. 

On peut encore citer, parmi les Châtaigniers gigan 
tesques le fameux Châtaignier du mont Etna, que l'on 
nomme en Sicile Castagno di Cento cavalli (Châtaignier 
des Cent chevaux) qui mesure 52 mètres de circonfé- 
rence. 

Il existe aussi, dans les environs de l'Etna, plusieurs 
autres Châtaigniers très beaux et très droits qui ont 
12 mètres de diamètre, et un de ces arbres a jusqu'à 
25 mètres de circonférence. 

Quel âge peut avoir le Châtaignier de l'Etna? C'est ce 
qu'il est bien difficile de savoir. Si l'on suppose que, 
chaque année, ses couches concentriques se soient ac 
crues d'une ligne en épaisseur, cet arbre vénérable 
aurait de 3,600 à 4,000 ans d'existence. 

Nous citerons encore le Châtaignier de la Nave (Si- 
cile), qui a 18 mètres de circonférence; c'est l'arbre dont 
la figure accompagne cet article. 

Au Japon, d'après un voyageur français, M. Dupont, 
qui a beaucoup étudié les arbres de ce pays, les feuilles 
des Châtaigniers servent à nourrir les vers du Bombyx 
Yama-maï, dont la soie est si estimée, et qui a été intro- 
duite en France il y a plusieurs années. 

Henri Joret. 






LE NATURALISTE 



121 



LE PÉLICAN 



Pourquoi le Pélican a-t-il cette belle réputation de 
présenter l'exemple le plus attendrissant de l'amour pa- 
ternel ou maternel ? Pourquoi son nom est-il inséparable 
de l'ide'e d'un dévouement 
calme et digne dont les 
boniments des montreurs 
d'ours et de Pélicans ont 
perpétué le souvenir? La 
fable attribuait à un oi- 
seaude grande (aille, moi- 
tié vautour, moitié oison, 
l,-i singulière manie de se 
percer le flanc pour nour- 
rir ses enfants de son 
sang ; cet oiseau merveil- 
leux fut appelé par les 
uns le Phénix, par d'autres 
Vautour, et par d'autres 
enfin Pélican. Quelles er- 
reurs d'observation onde 
langage furent les causes 
de ces attributions fabu 
leuses? Il est d'aulantplus 
difficile de le démêler que 
rien n'indique que le mot 
Phénix désignât primiti- 
vement un oiseau et que 
Ton a traduit par Phénix 
un mot, hébreu qui veut 
dire« sable». 

Le Pélican est cepen- 
dant, pour qui le connaît 
un oiseau bien sympathi- 
que ; il n'est alors pas 
surprenant qu'on lui ait 
attribué une générosité de 
caractère aussi remarqua- 
ble. 

J'ai vu au Jardin des 
plantes deux Pélicans qui 
avaient pour un mouton, 
enfermé avec eux dans un 
parc, des attentions extrê- 
mement délicates et qui 
semblaient parfaitement 
désintéressées. Voici en 
quelle circonstance ils té- 
moignaient de leur solli- 
citude : Le mouton s'ap- 
prochait d'un des Pélicans, 
le flairait, puis restait im- 
mobile; l'oiseau battait 
des ailes, faisait de la tête 

quelques gestes assez difficiles à interpréter, puis se 
mettait en devoir de fouiller délicatement de la pointe 
de son bec la toison du mouton. L'autre pélican 
arrivait aussitôt et, tandis que son collègue s'occupait 
d'un des flancs du quadruqède, il se mettait en de- 
voir de promener son bec sur le côté opposé. Le mouton 
immobile semblait plus heureux qu'un raffiné d'élégance 
livré aux soins de deux artistes perruquiers. Je laisse à 
d'autres le soin de démontrer que tous les acteurs de 



cette comédie trouvaient leur bénéfice à la jouer; mais il 
me plaît de songer que le mouton était seul égoïste et se 
laissait gratter pour le plaisir d'être soulagé de quelque 
démangeaison, tandis que les deux pélicans méritaient 
leur réputation d'oiseaux très dévoués. 
Aristote parle du Pélican, Pline décrit l'Onocrotale et 




Fis- 1. 



Le Pélican. 



Belon pense que Pélican et Onocrotale sont le même oi- 
seau. Tous deux se nourrissent de poissons et de coquil- 
lages et sont pourvus, à la partie inférieure du bec, d'une 
poche ou sac qui ne pouvait manquer d'être remarqué. 

Cet organe fut décrit en effet par des auteurs, dont parle 
Ruysch, et qui attribuent au Pélican une si grande poche, 
qu'un d'entre eux asssure en avoir vu un dans le gosier 
duquel un homme d'une très grande taille enfonçait sa 
jambe bottée jusqu'au genou sans faire la moindre vio- 



122 



LE NATURALISTE 



lence à L'oiseau. Un autre auteur dit qu'on avait trouvé 
dans le jabot d'un de ces oiseaux un jeune enfant nègre 
tout entier. 

Sans atl oindre des dimensions aussi exagérées la poche 
du Pélican est assez extensible pour enfermer des poissons 
de belle taille, quand l'oiseau est vivant, et d'un tissu 
assez résistant pour servir de blague à tabac quand elle 
est tannée. Les Américains faisaient autrefois aux Pélicans 
une chasse assez active pour se procurer ces blagues dont 
se servaient les fumeurs. On étend ces poches dès qu'on 
les a enlevées du bec de l'oiseau, on les saupoudre de sel 
et de cendres ou mieux d'alun, puis on les frotte dans les 
mains avec un peu d'huile pour les rendre maniables. 
Les femmes espagnoles les brodent d'or d'une manière 
très fine et très délicate. 

Les grands-gosiers ou Pélicans d'Amérique sont sus- 
ceptibles de s'apprivoiser. Un père dominicain, mission- 
naire raconte qu'il en a vu un chez des sauvages qui 
était fort privé et instruit. Le matin on lui faisait sa toi- 
lette en le peignant au rocou et, ainsi paré de rouge, il 
s'en allait à la pêche d'où il revenait le soir la besace 
bien garnie. Les maîtres lui faisaient rendre ce qu'il 
avait de trop et s'en servaieut pour leur nourriture. 

Cuvier appelait les oiseaux de cette espèce des toti- 
palmes, palmipèdes caractérisés par la membrane qui 
unit les doigts du pied y compris le pouce. 

Les petits n'abandonnent pas le nid en naissant 
comme les canetons par exemple, mais restent assez 
longtemps soignés par leurs parents qui leur apportent 
la nourriture. 

Les Pélicans se nourrissent principalement de poisson, 
leur industrie les retient généralement sur les côtes ou 
au bord des lacs, et ils s'avancent si rarement dans la 
haute mer que leur présence est presque toujours pour 
le navigateur l'indice du voisinage de la terre. 

La manière dont ils pèchent est assez curieuse. Ils se 
réunissent en troupes et opèrent avec un ensemble ingé- 
nieux qui semble procéder d'une admirable entente. Le 
lieu de pêche choisi, ils descendent dans l'eau peu pro- 
fonde et calme et se placent les uns à côté des autres de 
manière à former une portion de cercle dont le rivage 
forme la corde. Puis ils s'avancent doucement en battant 
l'eau de leurs ailes de manière à chasser devant eux les 
poissons cernés. Le cercle se rétrécit peu à peu, les 
Pélicans s'avancent toujours le bec dans l'eau pour 
arrêter au passage les poissons qui tenteraient de fuir ; 
enfin quand l'espace laissé aux évolutions de leurs vic- 
times est devenu restreint, ils se donnent en commun au 
plaisir du repas. Certaines peuplades arabes riveraines 
des bords du lac Tchad procèdent pour la pèche d'une 
manière analogue. Les pêcheurs entrent dans l'eau, en- 
ferment le poisson dans un espace qu'ils restreignent de 
plus en plus et le saisissent presqu'à sec. 

L'instinct de société des Pélicans ne se manifeste pas 
seulement dans ces occasions. S'ils changent de climat, 
s'ils émigrent, c'est après s'être réunis en grand nombre ; 
sur un signal donné, ils s'élèvent à une grande hauteur, 
puis se dirigent en troupe compacte vers la nouvelle 
contrée. Quand ils volent, au lieu d'allonger le cou 
comme la plupart des oiseaux, ils le replient un peu en 
arrière et laissent reposer leur tète sur le dos. Leur vol 
est puissant et rapide. 

On distingue deux espèces principales de Pélicans : les 
uns sont d'un blanc rosé (Pelecanus onocrotalus, Pele- 
canus roseus), les autres d'un blanc argenté. Les deux 



espèces se distinguent d'ailleurs par des caractères se- 
condaires. 

On trouve l'Onocrotale dans la partie orientale de 
l'Europe et au nord de l'Afrique. Assez commun en 
Hongrie, en Crimée, il vient accidentellement jusqu'en 
France. En 1835 un chasseur en tua un dans le départe- 
ment de la Moselle; en 1849, plusieurs Pélicans furent 
tués dans le département de la Gironde. 

S'il se hasarde vers le nord dans la belle saison, il re- 
cherche plus volontiers le sud pendant l'hiver. Il émigré 
alors en grandes troupes pour s'établir sur les côtes de 
l'Asie Mineure à l'embouchure des grands fleuves ou au 
bord de la mer. 

Dans les mêmes contrées ou l'on trouve le Pélican 
rose, on rencontre aussi le Pélican argenté (Pelicanus 
crispus), Sur les bords de la mer Noire, sur le littoral de 
la mer d'Azow à l'embouchure du Danube il construit son 
nid dans les roseaux, et la femelle pond des œufs qui sont, 
généralement au nombre de trois ou quatre. La femelle 
ressemble au mâle, mais la taille est un peu plus faible. 

Les Pélicans présentent quelques particularités anato- 
miques remarquables. Leur langue est loin d'être pro- 
portionnée à leur taille ; on pourrait.s'attendre à trouver 
dans un aussi grand bec une langue charnue et longue 
tandis qu'il n'existe en réalité, figurant cet organe, 
qu'une toute petite saillie cartilagineuse recourbée en 
crochet, ne mesurant pas huit millimètres de long et 




Fig. 2. — Langue et larynx de Pélican (face sup.) ; l, langue 
portée par le corps de l'hyoïde; /(, cornes hyoïdiennes; 
u, urohyal; e, cartilage épiglottique ; a, aryténoïde ; /, thy- 
roïde; c, cricoïde; m, revêtement musculaire. 

située au fond de la poche à un ou deux centimètres er 
avant du larynx. 

L'appareil des cellules aériennes en communicatioi 
comme chez tous les 'oiseaux avec l'appareil pulmonaire 
est ici extrêmement développé. Les cellules aériennes 
s'étendent sous la peau de presque toute la face ventrale 
de l'animal, d'autres pénètrent dans les nombreuses ca- 
vités de la charpente squelettique ; elles contribuent | 
diminuer la densité de l'oiseau et ainsi à diminuer l'ef- 
fort dans le vol. 

Les zoologistes considèrent les Pélicans comme proches 
parents des Cormorans, des Fous de Bassan, des Frégates; 
il semble qu'ils établissent une transition entre les pal- 
mipèdes marins et ceux qui habitent les lacs et les ri- 
vières. 



LE NATURALISTE 



L23 



Leur silhouette a cependant quelque chose de spécial 
et d'unique, des lignes qui font penser aux oiseaux 
étranges qui servaient de modèles pour les gargouilles 
gothiques. Ils semblent avoir survécu parmi les êtres de 
formes lourdes qui composaient les faunes des temps 
préhistoriques, seulement ils ont changé de patrie, car 
leurs ancêtres ont été enterrés à Montmartre, dans les 
couches du gypse. 

Rejiy Saint- Loup. 



DESCRIPTION DE LÉPIDOPTÈRES NOUVEAUX 



Seepsis Aigrieollmii n. sp. — 34 millimètres. Dessus et 
us des supérieures, brun noir uniforme; inférieures éga- 
lement brun noir, mais avccla moitié anale de la base blanche; 
cette partie blanche plus large et mieux délimitée en dessous 
que sur le dessus. 

Palpes, tête, antennes, collier, thorax, dessous du corps et 
pattes du môme brun noir uniforme, dessus de l'abdomen noir 
bleuté. 

Un o* de la vallée de Loya, 1890. 

Marsypophora dissimilipcunis n. sp. — 24 millimètres. 
Dessus des supérieures jaune ocre bordé de noir plus large- 
ment à l'apex et le long du bord interne. Ailes inférieures 
toutes petites, comme atrophiées, avec la moitié antérieure 
diaphane, portant au centre un paquet, de poils jaunes et la 
moitié anale noire et garnie de longs poils. Dessous des supé- 
rieures comme le dessus, dessous des inférieures jaune ocre 



avec la partie correspondant au paquet de poils du dessus et 
la bordure externe, noire. 

Palpes, antennes, front, thorax, corps et pattes noires. 

Cette espèce, voisine de Marsypophora Erycinoides. Peld de 
Bogota, s'en distingue aisément parla coupe des ailes; en effet, 
dans le dissimilipennis, les supérieures sont beaucoup plus al- 
longées et les inférieures presque moitié plus petites que dans 
Erycinoides. La coloration des inférieures est d'ailleurs toute 
différente. 

Un c* provenant de la vallé de Loja, 1890. 

Crocallis ? Edaxaria, n. sp., 38 millimètres. Dessus des 
supérieures gris cendré (blanc laiteux dans l'un de mes spé- 
cimens), traversé clans la première moitié par deux lignes très 
sinuées, l'espace compris entre ces deux lignes brun ferrugi- 
neux, un point cellulaire noir, une bande subtcrminalc également 
brune, interrompue dans son milieu, enfin une série de petits 
points triangulaires noirs terminaux entre chaque nervure. 
Dessus des inférieures blanc pur avec une double ligne sub- 
terminale plus ou moins complète suivant les individus et un 
fin liséré noir terminal. Cette double ligne subterminalc se 
compose d'une ligne plus centrale, très fine et ordinairement 
incomplète et d'une bande subterminale élargie dont le milieu 
seul semble généralement bien marqué. 

Dessous des quatre ailes blanc, partiellement teinte de roux, 
saupoudré de quelques écailles noires, bordé par une bande 
commune subterminale très irrégulièrement indiquée, un fin 
liséré noir terminal, et un point cellulaire à chaque aile. Les 
supérieures ont, en outre, des traces de bandes transversales 
noires. Franges blanches, plus ou moins roussies. 

Front et collier roux, ptérigodes grisés ou noires, pattes 
brunes coupées de blanc, corps gris cendré, plus sombre à 
son extrémité. 

Trois çf des environs de Loja dont l'un pris le 26 juin 1890 
et un second éclos le 24 mai de la même année. 

Paul Doc.nin. 



AI MOLLUSQUE NOUVEAU LU JAPON 



Nous trouvons dans le dernier Bulletin de l'Académie 
des Sciences naturelles de Philadelphie une note intéres- 
sante sur une espèce nouvelle de Mollusque du Japon 
du groupe des Vermels. 
L'espèce, dont ci-contre la 
figure, a été récoltée au 
Japon par M. Frederick 
Stearns, de Détroit (Mi- 
chigan). Les eaux japo- 
naises sont très riches 
au point de vue zoologi- 
que, particulièrement en 
t'ait de Mollusques. 

Voici la description de 
cette espèce nouvelle, le 
Thylacodes Mkdus.e : 

C'est une grande espèce 
qui vit toujours en amas 
généralement attachés aux 
coquilles d'autres Mol- 
lusques. Les jeunes ont 
la forme d'une spirale ir- 
régulière dont les spires 
se dirigent vers la base 
d'attache ; quand le tube 
B'accroit en diamètre, il se 
carène sur la partie basse 
extérieure. Quand les Mol- 
I lusques ne sont pas trop 
serrés en tas, ils présentent assez l'aspect des formes 
planorboïdes, comme T. manier, Dh., T. atra Rouss, etc. 

La période de croissance subséquente n'est plus que 
légèrement spiraliforme, le tube se contractant généra- 



lement en diamètre et devenant quelque peu cylin- 
drique. L'ouverture est circulaire chez les coquillages 
adultes ; la surface externe est d'une teinte brun pâle. 




Un nouveau Mollusque du Japon, le Thylacodes Medusse. 

Dans les nombreux spécimens brisés, il n'a pas été 
trouvé de septa, et, bien qu'apparemment les coquilles 
étaient vivantes au moment de leur récolte, aucun oper- 
cule n'était conservé; l'absence de cet organe est une 



124 



LE NATURALISTE 



particularité des Thylacodes. Le diamètre des tubes à 
l'ouverture est en moyenne de 13 millimètres. La forme 
embryonnaire, au moment où le Mollusque s'attache, a 
l'aspect d'une boule, unie et pelucheuse. La première 
spire formée à cet état est parfaitement planorboïde. La 
localité exacte d'où proviennent les spécimens est Sa- 
ruya, sur la cote du Japon. 

Les espèces diffèrent du Vcrmetua imbricatus Dkr. 
(nommé Thylacodes Adamsii par Mœrch) parce qu'elles 
n'ont pas les stries imbriquées de ce dernier; même ob- 
servation pour le V. masier Dh., l'àtra Rouss. T. Medusx 
est apparemment voisin du V. Polyphragmus Sassi, 
V.Dentiferus Lam. et V. Novx Hollandise Rouss.; mais il en 
diffère parce que son dessin est développé sur la circon- 
férence entière du tube, et non confiné à sa surface supé- 
rieure ou à la partie correspondante à la base de la 
coquille des Gastéropodes ordinaires. L'histoire natu- 
relle des Vermetidx est dans un état confus, malgré les 

travaux de Mœrch. 

Mac George. 



MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ ZOOLOGIQUE DE FRANCE 



M. Ch. Alluaud donne une impression d'ensemble sur le 
voyage qu'il a effectue en 1890 aux iles Canaries. Ces îles vol- 
caniques sont entourées par des eaux très profondes, et ont 
émergé à une époque où le Sahara était encore plongé sous 
les océans. Leur peuplement a donc dû se faire par la Barbarie 
qui était très probablement rattachée : 1° aux péninsules ibé- 
rique et italique pendant la période pliocène; 2° en un ou plu- 
sieurs points au massif du grand Atlas qui devait former à 
cette même époque une grande presqu'île s'avançant vers le 
S.-O. dans la direction des Canaries. Comme toutes les îles 
issues de soulèvements volcaniques, les Canaries ne renfer- 
ment pas de mammifères sauvages, à l'exception de quelques 
Chauves-souris ; les Reptiles ophidiens y font défaut, on y 
trouve quelques lézards et un seul poisson d'eau douce, 
l'Anguille, qui tend à disparaître. L'eau douce est d'ailleurs 
très rare aux Canaries, et on doit recueillir l'eau de pluie, 
pour les besoins de l'agriculture, dans de grands bassins 
à ciel ouvert. Une belle carte des Canaries est annexée au 
travail de M. Alluaud. — M. R. Blanchard : 1° Quelques va- 
riétés françaises du lézard de muraille, recueillies dans di- 
verses iles des côtes françaises de l'Océan; 2° Sur la faune 
entomologique du Gran C/iaco, 33 espèces sont signalées dont 
une nouvelle, le Naupactus Ortizi; 3° Notices helminlholo- 
(jigues (fin avec table) avec une description de l'appareil géni- 
tal du Distoma farionis 0. F. Miillcr. — J. Pkrez : Diagnose 
d'un Hyménoptère du Gran Chaco, VAmmophila auromaculata. 
— E. Candeze : Diagnose de, deux Elntérides du Gran Chaco : 
Eoristonolius farinoscus Pyrophorus Ortizi. — R. Blanchard 
et J. Richard; Faune des lacs salés d'Algérie, Cladocères 
(8 espèces) et Copépodes (11 espèces dont 3 nouvelles, Dac- 
tylopus Jugurtha, Laophonle Mohammed, Mesoehra lybica). 
Plusieurs de ces copépodes n'avaient été trouvés que dans la 
mer et représentent peut-être, dans les lacs salés, les restes 
d'une ancienne faune marine. — M. F. Vedjovsky donne la 
description morphologique et anatomique d'un Tubifex nou- 
veau ('/'. Blanchardi) qui abonde en Algérie clans les flaques 
d'eau laissées par le Roumel. — P. Dautzenberg : Contribution 
à la faune malacologique du golfe de Gascogne, d'après les dra- 
gages du yacht V Hirondelle; les espèces sont au nombre de 
1G8, parmi lesquelles s'en trouvent deux nouvelles [l'ieurotoma 
Hirondellei et Bêla guernei) et onze autres qui n'avaient pas 
encore été signalées dans la région. — G. Cottiîau : Echinides 
nouveaux ou peu connus; huit espèces dont quatre nouvelles : 
Salenia Vilanovœ de Paptien d'Alicante, Echinolampas Ar- 
naudi du danien des Landes, E. gracilis loc. inc, et Scalel- 
lina MorganildeVèocène d'Australie. — C. Schlumberoer : Re- 
vision des Biloculines des grands fonds. L'auteur décrit et 
figure de nombreuses espèces, pour la plupart nouvelles, en 
insistant sur le dimorphisme de chacune d'elles. « Le dimor- 
phisme des Foraminifères, dit-il, est un caractère spécial à 



l'espèce. Il consiste en ceci : dans chaque espèce, on constate 
l'existence de deux formes, la forme A et la forme B. Dans la 
forme B, la loge initiale (microsphère) est extrêmement petite 
et est entourée ou suivie de nombreuses petites loges que l'on 
ne retrouvo plus dans la forme A qui, elle, procède par une 
grosse loge initiale (mégasphère). La cause première du dimor- 
phisme reste encore inconnue. — Du même auteur, Note sur 
le Ramulina Grirnaldii foraminifère nouveau dragué par V Hi- 
rondelle entre Pico et Fayal, aux Açores. — M. Certes décrit 
deux Infusoires nouveaux des environs de Paris et observe que 
la « faune infusoriellc » des eaux douces est restée chez nous 
très riche en formes diverses, malgré les froids rigoureux de 
l'autre hiver. 

TOME V. 6 e PARTIE 

M. le baron d'Hamonville donne un intéressant compte 
rendu àxxCongrès ornithologique international tenu à Budapest 
en mai 1891. 11 décrit l'exposition ornithologique hongroise, 
étudie les travaux du Congrès, puis raconte l'excursion qu'ont 
faite au lac Velenczé et au petit Balaton un certain nombre 
d'ornithologistes. Les oiseaux sont extraordinairement abon- 
dants sur la rive do ces lacs, et les Mouettes à elles seules 
sur le lac Velcnczé forment une colonie qui ne comprend 
pas moins de 12,000 à 15,000 individus. L'auteur a pu faire 
une constatation très curieuse sur l'association de deux es- 
pèces fort dilïérentcs par leur taille, le Canard nyroca et le 
Canard milouin qui n'auraient souvent qu'un nid commun. 
« Il serait très curieux de savoir, dit-il, quelle est celle des 
deux femelles qui couve, ou si elles gardent le nid alternative- 
ment, puis à qui incombe la conduite et la direction des pous- 
sins. C'est évidemment à cette association d'élevage entre des 
espèces différentes que l'on doit les croisements et les hy- 
brides si communs parmi les canards. » — M. E. Topsent 
décrit les éponges de la mer Rouge recueillies par M. le 
D r Jousseaume. Cette collection comprend 23 espèces dont 
trois étaient inconnues dans la région et dont quatre sont nou- 
velles (Echino dictai m Jousseaumi, Sclerochalina fistularis, 
Sel. sinuosa, Ceraochelina implexa). — MM. René Martin et 
Raymond Rollinat : Catalogue des Reptiles, Batraciens et 
Poissons du département de [l'Indre. Les auteurs signalent no- 
tamment la Cistudo europœa qui est très commune dans la 
plupart des grands étangs de la Krcnne. — M. Ernest André : 
Catalogue des Fourmis recueillies par M. Chaper à Bornéo, et 
description des espèces nouvelles. La collection comprend 
39 espèces dont quatre seulement sont nouvelles : Gesomyrmex 
Chaperi très voisine de la G. Horneri de l'ambre do la 
Baltique, Dimorphomyrmex Janeti (nov. gen. et sp.), Tapi- 
noma flavidum et Crematogaster biformis. — M. Raphaël 
Blanchard : Description de la Glossiphonia tessellaca, Hiru- 
dinée rare qui fut découverte par O. F. Millier aux environs 
de Copenhague et que l'auteur signalo en France (Marne, 
Erdre) où celle-ci n'était pas encore connue. Elle a été signalée 
depuis la Hongrie jusqu'en Finlande et est disséminée vrai- 
semblablement par les Palmipèdes migrateurs. — M. Ad. Tar- 
gioni Tozzetti : Aonidia Blanchardi, nouvelle espèce de Co- 
chenille du Dattier du Sahara. La larve se trouve déjà 
formée dans l'enveloppe des œufs renfermés encore dans 
le corps de la mère: la sécrétion blanche, amorphe et soluble 
dans l'alcool, qui caractérise l'espèce, commence déjà à l'état 
larvaire et se continue dans les divers états successifs, au 
moins jusqu'après la troisième mue, chez le mâle comme chez 
la femelle. — MM. Ed. Chevreux et E.-L. Bouvier : Voyage 
de la goélette Melita aux Canaries et au Sénégal, Paguviens. 
Les Paguricns do la Melita comprennent 18 espèces réparties 
dans 10 genres différents', parmi ces espèces, 7 sont nouvelles 
et appartiennent toutes aux mers sénégambiennes, d'autres 
étaient peu connues ou n'avaient été signalées que dans des 
régions différentes. On trouve dans la région six espèces nié- 
ditéranéennes : Diogenes pugilator, Calcinus ornatus, Eupa- 
gurus sculptimanus, E. cuanensei, Paguristes maculatus et 
Pagurus strialus. Les espèces nouvelles sont les suivantes : 
Anapagurus curvidaetylus, Eupagurus triangularis, E. mini- 
mus, E. cinermis, Diogenes denticulatus , Clibanarius senega- 
lensis et Cl. melitais. Dans la collection se trouvent plusieurs 
beaux spécimens de Glaucolhœ carninala. 

E. L. Bouvier. 



Le Gérant: Emile DEYROLLE. 



PARIS. — IMPR. F. LKVÉ, RUE CASSETTE, 17. 



14 e ANNÉE 



2 e Série — IV 1 »C5 



1 er JUIN 1892 



LA FLORE ORNEfflENTALE DE LA TERRE DE FEU 



L'extrême sud de l'Amérique, séparé du continent par le 
détroit de Magellan, est connu sous le nom de Terre de Feu. 
Nous y avons passé quelques mois et ce n'est pas sans un véri- 
table étonnement que nous y avons observé une végétation 
ornementale qui ne laisse pas que de présenter de l'intérêt. 

En entrant dans le détroit de Magellan, on aperçoit des rives 
dénuées de toute végétation arborescente : des végétaux 
herbacés, des graminées principalement, recouvrent le sol sur 
tous les points. C'est seulement à Punta-Arcnas, sur le conti- 
nent américain, qu'on peut commencer à se faire une petite 
idée de la flore magellanique que nous retrouverons développée 
dans le Sud avec tous ses caractères. La forêt recouvre le pen- 
chant des collines jusqu'à une faible élévation, présentant 
un aspect qu'on ne retrouve nulle part ailleurs. Les arbres 



Primevère farineuse des Alpes, des Calcéolaircs, des Violettes à 
fleurs jaunes, des Renoncules, des Gentianes, et dans les 
buissons quelques arbrisseaux d'une réelle valeur ornementale. 
Le dessin que nous donnons de la plage de Loupataia dans 
le canal du Bcaglc montre au premier plan les hautes ti"es 
d'un très beau Séneçon à fleurs blanches qui ne serait pas 
déplacé dans nos cultures européennes, le Senecio Smithii; 
sur les côtés s'élèvent les frondes d'une grande fougère le Lo- 
mariaBovyana;\e. fond est formé de grands arbres, de hêtres 
à feuilles persistantes, plus connus sous le nom erroné de Bou- 
leaux. C'est à peu près la composition de toutes les plages. 
Il faut y ajouter les épines vinettes, et surtout le Berberis ilici- 
f'olia aux feuilles épaisses et piquantes comme celles du Houx 
aux larges fleurs d'un superbe jaune d'or qui ont une tendance 
marquée à devenir remontantes : le Fuchsia magellanica dont 
les longues branches flexueuscs, recouvertes de fleurs de corail 
constituent un des plus beaux ornements de ces régions déso- 
lées ; l'Escallonia serrata, tout constellé de fleurettes étoilées 




Fi g. 1, — Paysage à Loupataia dans le canal du Beagle. Au premier rang une grande fougère 
(LomariaBoryana) et le Senecio Smithii. Le fond est formé de hêtres à feuilles persistantes (Fa- 
gus beliiloides). 



tombés sous l'action de la tempête ou par le fait de la vieil- 
lesse s'enchevêtrent en tous sens, constituant des échafaudages 
qu'il n'est pas facile de franchir, et leurs troncs se décompo- 
sous l'influence de l'humidité pourrissent surplace; ils se 
recouvrent de tapis de mousse ou de charmantes petites fougères 
[H t/menophyllum) qui jettent une sorte de note gaie sur cette 
végétation désolée. Au-dessus des forêts le sol est nu, spon- 
gieux, formé de tourbières, sillonné en tous sens par de petits 
filets d'eau. La marche y est laborieuse et l'herborisation n'est 
pas sans causer quelque fatigue. De place en place apparais- 
sent de petits buissons de hêtres, hauts de quelques pouces, 
dont les branches intriquées et rigides arrêtent fréquemment 
l'observateur. On est obligé, pour traverser ces obstacles, de 
marcher littéralement sur la cime des arbrisseaux. Cette région 
d'apparence si nue est cependant riche et le botaniste peut y 
faire une abondante moisson. Un peu au-dessus, la flore dispa- 
rait presque complètement, représentée seulement par des 
mousses et des lichens qui s'attachent en désespérés aux parois 
des rochers où ils bravent les fureurs des tempêtes du cap 
Horn. A 1,100 pieds au sommet du Kater peak dans l'île Lher- 
mite, on ne trouve plus que quatre plantes à fleurs. 

Les plages sont émaillécs pendant l'été austral d'une foule 
de jolies plantes : VArmeria magellanica, voisin de notre gazon 
d'Olympe, la Primevère de Magellan qui rappelle absolument la 

LE NATURALISTE, rue du Bac, 46, Paris. 



d'un blanc argenté ; le groseiller de Magellan aux grappes 
noires qui ne sont pas sans analogie avec le Cassis ; le Pernel- 
lya mucronata dont les baies rouges de la grosseur d'une merise 
tranchent agréablement sur le vert clair des feuilles persis- 
tantes, cette dernière plante est depuis longtemps introduite 
dans les cultures d'Europe', le Baccharis patagonica, etc. 

Si quelques rochers se dressent de place en place, il n'est pas 
rare de les trouver entourés de grosses touffes d'une Véro- 
nique, le Veronica elliptica qui, retrouvant des conditions cli- 
matériques analogues, s'est complètement naturalisé sur quel- 
ques points du littoral de la Basse-Bretagne. 

La végétation forestière, représentée par un nombre consi- 
dérable d'individus, ne l'est en fait que par une petite quantité 
d'espèces. C'est tout d'abord le Hêtre antarctique aux feuilles 
arrondies et plissées qui tombent aux approches de l'hiver et 
qui, dans le Sud, n'est pas aussi fréquent que l'espèce suivante. 
Le Hètrebouleau {Fagus betuloides) assez rare dans le détroit est 
par contre extrêmement abondant dans l'archipel do la Terre 
de Feu. C'est véritablement un bel arbre, formant fréquemment 
le parasol, au feuillage sombre et persistant, produisant un 
curieux et singulier effet sur la terre recouverte de neige. Il 
arrive à acquérir, en certains points bien exposés, des dimen- 
sions considérables. C'est le Coigué des Chiliens qui à PuntaAre- 
nas ont tenté de l'exploiter pour alimenter les scieries. Le bois 




12(i 



LE NATURALISTE 



en est beau ctdc bonne qualilé ; malheureusement, il se fend avec 
une extrême facilité; aussi a-t-on du arrêter toute exploitation 
dés Le début. Les deux espèces de Hêtres sont le siège d'une 
curieuse végétation parasite : leurs branches sont envahies par 
de petits buissons jaunâtres formés par des espèces du genre 
Myzodendron qui représentent dans cette région le Guide nos 





Fig. 2. — Primula Magcllanica Lehra. 

bois d'Europe. Les Cyttaria, curieux champignons globuleux, 
rappelant par leur forme les noix de galles de nos chênes, se 
rencontrent en abondance sur ces Hêtres, doublement intéres- 
sants et par leur singulière structure et par les ressources 
qu'en retirent les malheureux Fuégiens aux périodes trop 
fréquentes de famine. C'est une triste nourriture, comme nous 
avons pu le vérifier par nous-même, qui présente quelque 
rapport, au point de vue de la consistance, avec le caout- 
chouc. Le Hêtre à feuilles persistantes a été introduit en 
Europe depuis longtemps déjà, et quoiqu'on ne le rencontre que 
rarement, il paraît bien réussir en Angleterre et dans l'ouest de 
la France à condition qu'on ne l'éloigné pas trop du bord de 
la mer. 

Les Conifères, si abondamment représentées dans l'Amérique 
du Nord, ne le sont ici que par une seule espèce, le Libocedrus 
tetragona, le Cipves des Chiliens, arbre d'une belle venue, aux 
rameaux élégamment disposés. On le rencontre sur un grand 
nombre de points, mais jamais il ne constitue de véritables fo- 
rêts. En s'avançant vers le Pacifique, dans le sud du Chili, la 
végétation présente les plus grands rapports avec celle qui 
nous occupe, le nombre des arbres résineux augmente sensi- 
blement. Au Libocèdre il faudrait joindre l'Alerze (Fit/ Roy a 
patagonica; qui a fourni ses buis pour la construction des pre- 
mières habitations de la colonie de Magellan; le Saxegothea 
conspicuu et le Podocarpus nubigena. 

Mais de tous les arbres le plus intéressant, le plus remar- 
quable, le plus célèbre, pourrait-on dire, c'est le Canello,\a 
Drimys Winteri, le seul représentant à la pointe américaine 
de la famille des Magnoliacécs. Ses belles feuilles luisantes et 
coriaces, sis fleurs blanches, qui ne sont pas sans analogie avec 
celle de l'oranger, en font l'ornement principal des forêts fué- 
giennes. C'est le plus anciennement connu des représentants 
de la flore forestière antarctique. Dés la fin du VI e siècle en 



Fig. 3. — Senecio Smithii D. C. 

effet, son écorce aromatique à la chaleur brûlante, était em- 
ployée par l'équipage de Drake et, de Winter qu'elle contribuait 
puissamment à guérir du scorbut qui le décimait : d'où son 
nom d'écorec de Winter. La médecine chilienne ne l'a pas dé- 




Fig. 4. — Berberis ilicifolia Forster. 

laissée, le joli Drimys est, maintenant encore, d'un usage fré- 
quent. L'industrie est sur le point de s'en emparer et le tan- 
nin dont l'écorce est gorgée va prochainement entrer en lutte 
avec celui qu'on retire des chênes et des autres matières tan- 
nantes dont le nombre a considérablement augmenté depuis 
quelques années. On le voit donc, le Winter est l'arbre par 
excellence delà Terre de Feu, celui qui sans lui être spécial (on 
le retrouve sous diverses formes le long de la côte américaine) 
en est la meilleure caractéristique ornementale et forestière. 



LE NATURALISTE 



127 



Si la Terre de Feu n'est pas dénuéejde végétation arbores- 
cente, il n'en est pas de même d'un autre pays qui lui res- 
semble entièrement sous tous les autres rapports, les îles Ma- 
louines ou Falklands, où les arbres font absolument défaut. 
Les arbres qui y ont été plantés n'y ont pas crû. Quelle en est 
la cause ? Rien n'a encore pu nous la faire connaître, et le cas 




Fig. "6. — Escallonia serrata Smith. 

est d'autant plus remarquable que, dans une région également 
dépourvue de végétation arborescente, la Banda oriental, les 
pêchers, les peupliers, les oliviers, les orangers et en général 
tons les arbres qu'on y plante réussissent admirablement. La 





Fig. 6, 7. — Pernettya mucronata Gaud. 

sécheresse ne saurait être invoquée, car l'Australie, naturelle- 
ment très sèche, est couverte d'immenses forêts 

Le climat magellanique pouvait paraître inhabitable, et pour- 
tant par plus de 35° L. S. on trouve des perruches et des arbres 
toujours verts. La côte de Patagonie par contre est absolument 
dénudée ; il en est de même sur la côte du Pacifique ou du 
32 au 4» sud règne un vaste désert, alors que sur la côte orien- 
tale correspondante la végétation est merveilleuse. Les in- 
fluences qui paraissent agir le plus efficacement dans ces diffé- 
rences de végétation, sont celles des montagnes et de la direc- 
tion des vents. Partout où les vents ont été privés de leur 
humidité parleur passage sur de hautes montagnes (sur les 
Andes) la végétation arborescente cesse complètement. 

Si l'humidité agit puissamment dans ce pays en favorisant la 
croissance des grands végétaux ligneux, elle présente aussi ses 
inconvénients. Ainsi, dans le détroit de Magellan, les céréales 
viennent bien en paille; les épis sont beaux en apparence, mais 
a peu près vides de grains. Les arbres fruitiers ne peuvent y 
nouer leurs fruits, et on m'a cité comme un fait remarquable 
un cerisier dont les fruits avaient commencé à rougir. En Pa- 
tagonie, sur les bords du Rio Negro, on cultive avec succès 



la patate, la vigne, le figuier, l'oranger, mais le sol n'est recou- 
vert que d'une végétation herbacée. 

Les végétaux propres à l'ornemention ne manquent donc pas 
à la Terre de Feu ; quelques-uns sont venus déjà contribuer à 
embellir nos jardins d'Europe, etbienfausseestl'idée qu'on s'est 
longtemps faite de cette région qui passait pour être le point 




Fig. 8. — Baccharis patagonica Hook. 
Fig. 9. — Veronica elliptica Forster. 

le plus désolé, le plus rebelle à toute végétation, du monde 
entier. La nature sauvage a su se racheter jusqu'à un certain 
point en prodiguant autour d'elle tous les embellissements 
dont elle pouvait disposer. Je ne demanderai pas âmes lecteurs 




Fig. 10. — Fagus antarctina Forst. 

d'aller vérifier par eux-mêmes ce que je viens de leur dire ; 
| le voyage serait un peu long quoique peu difficile, maintenant 
surtout que la Terre de Feu s'ouvre à la civilisation. — Je les 
prierai seulement de vouloir bien me croire sur parole. Le 
temps viendra certainement, et peu éloigné peut-être, où les 
grands massifs forestiers s'éclairciront, ou la région ne présen- 



128 



LE NATURALISTE 



tera plus cet aspect sauvage et grandiose qu'elle avait à l'époque 
où nous l'avons visitée : la cause en est à la civilisation. Les 
Argentins et les Chiliens se sont partagé la Terre de Feu; ils 




Fig. 11. — Drimys Winteri Forster. 

y ont établi des préfectures : les colons ont suivi le mouve- 
ment; les bois vont être exploités, les mines d'or sont en pleine 
activité et les indigènes subiront la loi fatale, ils disparaîtront 
à leur tour. 

P. Hariot. 



LA FAUNE DU CAIÏIBRIEN INFÉRIEUR D'AMÉRIQUE 

Lafaune duCambrien inférieur d'Amérique(zone à Olenl- 
lus) vient de 6'enrichir d'un très grand nombre de curieu- 
ses espèces dont l'étude a e'té confiée à M. C. D.Walcott. 
L'intérêt principal de cette faune consiste surtout dans 
l'apparition, à un niveau très inférieur, de Mollusques 
qu'on avait cru jusqu'ici placés plus haut dans les couches 
géologiques. Les Gastéropodes diotocardes sont repré- 
sentés par de nombreuses formes patelloïdes et par de 
vrais Pleurotomaires; les Ptéropodes apparaissent avec 
les Hyolithes, enfin les Lamellibranches, qu'on ne con- 
naissait pas au-dessous du silurien inférieur, existent 
déjà, mais en fort petit nombre et appartiennent au 
genre Modioloides. L'apparition simultanée des Lamel- 
libranches et des Gastéropodes, dans les couches fossi- 
lifères les plus anciennes, est un fait zoologique de la 
plus haute importance et modifiera peut-être les hypo- 
thèses qu'on avait établies sur les affinités de ces deux 
groupes. 

E. B. 



VENTE DES COLLEGTMS ET DES LITRES D'HISTOIRE 
NATURELLE DE FED E. LEMORO 



Le 8 avril dernier mourait à Passy, à l'âge de 51 ans, 
Eugène Lemoro, un naturaliste consciencieux, laissant 
de remarquables collections entomologiques, conchylio- 
Logiques botaniques et une belle bibliothèque de livres 
d'histoire naturelle. E. Lemoro avait consacré toute sa 
vie à l'étude des sciences naturelles et à la formation de 



ces collections importantes d'insectes, de coquilles et de 
plantes. A Paris, les lundi 27 et mardi 28 juin 1892 ces 
collections et ces livres vont être vendus par lots aux en- 
chères publiques. Les collections de Coléoptères sont 
fort belles notamment en fait de Pectinicornes et Lamelli-. 
cornes exotiques, Buprestides, etc. Les collections de Co- 
quilles ne le cèdent en rien comme beauté aux Coléop- 
tères, les séries de coquilles terrestres et lluviatiles sont 
particulièrement remarquables. On peut aussi signaler 
divers herbiers. 

La bibliothèque, des livres d'histoire naturelle est éga- 
lement fort belle ; elle comprend bon nombre de livres 
rares, d'éditions recherchées, et beaucoup sont richement 
reliés. Le catalogue de cette vente publique, qui comporte 
trois vacations, sera adressé franco sur demande faite à 
l'expert chargé de la vente, M. Emile Deyrolle,46, rue du 
Bac, Paris. Voici quel sera l'ordre des vacations. 

1° A l'Hôtel des commissaires priseurs, rue Drouot, 
salle n° 3. 

Lundi 27 juin à 2 heures, Coléoptères et in- 
sectes de divers ordres. 
Mardi 28 juin à 2 heures, Coquilles, matériel 
et meubles. 

2° Maison Sylvestre, 28. rue des Bons-Enfants, salle n° 3. 
Mardi 28 juin à 8 heures du soir, Livres d'his- 
toire naturelle. 

M. Emile Deyrolle, naturaliste, 46, rue du Bac, Paris, 
expert de la vente, se chargera de toutes commissions 
des personnes qui ne peuvent assister à la vente, moyen- 
nant une commission de 5 0/0 sur le prix d'achat. 



LES APPENDICES DES ARACHNIDES 



L'étude des appendices des Arachnides a été entreprise des 
longtemps par d'habiles naturalistes qui en ont décrit les parti- 
cularités morphologiques les plus saillantes. Néanmoins 
M. Gaubert n'a pas hésité à aborder ce sujet rebattu et sur- 
tout aride en apparence (1); les résultats qu'il a obtenus l'ont 
dédommagé de ses peines, et montrent qu'il y a toujours quel- 
que chose à recueillir pour un observateur patient et conscien- 
cieux. Diverses circonstances rendaient la tâche plus difficile 
au point de vue matériel : les animaux exotiques plongés dans 
l'alcool par les voyageurs au moment où ils les recueillent sont 
suffisamment bien conservés pour l'étude microscopique, mais 
beaucoup de tissus n'ont pas été fixés assez rapidement ni 
assez sûrement par le liquide conservateur pour qu'on puisse 
les soumettre aux manipulations histologiques sans s'exposer 
à décrire comme points nouveaux et intéressants de simples 
accidents de préparation ; ajoutons que l'enveloppe chitincusc 
des Arachnides est une circonstance tout à fait défavorable à 
la pratique des coupes minces. 

En certains points des appendices, les cellules de la couche 
qui sécrète l'enveloppe chitineuse du corps prennent des con- 
tours nets, s'allongent; M. Gaubert a prouvé que ces cellules 
sont glandulaires ; les plages où on les rencontre sont donc des 
glandes, mais des glandes aussi simples que possible, et qu'on 
retrouve telles lorsqu'elles n'ont pas une grande importance 
fonctionnelle ; sinon elles se compliquent, par exemple, sur les 
mâchoires,' et même arrivent à un haut degré de différenciation; 
telles sont les glandes venimeuses, logées dans les chélicôres, 
ou encore les glandes des filières ; mais, point important, ce 
sont toujours des dépendances des appendices. 

Les organes des sens se présentent sous diverses formes : 
chez les Aranéides, ce sont les organes lyriformes, ainsi nom- 
més de l'apparence que prend la région de la cuticule qui re- 

(1) Paul Gaubert. Recherches sur les organes des sens et sur 
les systèmes tégumentaire, glandulaire et musculaire des 
appendices des Arachnides. Thèse présentée à. la Faculté des 
sciences pour le doctorat es sciences naturelles. Paris 1892. 



LE NATURALISTE 



129 



couvre les terminaisons nerveuses correspondantes ; ces appa- 
reils sensoriels sont tout à fait spéciaux aux Arachnides ; on ne 
les connaissait que dans quelques espèces et encore ne savait- 
on rien sur leur répartition; M.. Gaubert nous donne de nom- 
breux renseignements sur ces points encore peu connus; il mon- 
tre que si l'on s'adresse à des types de plus en plus primitifs, 
mi voit les organes se simplifier en même temps que leur nom- 
bre se réduit; ils manquent chez les Scorpions ; mais ceux-ci 
possèdent en revanche deux organes d'une musculature 
extrêmement compliquée, abondamment pourvus de termi- 
ls nerveuses, qu'on nomme les peignes en raison de leur 
aspect extérieur; ce sont des organes tactiles qui ont en outre 
un rôle à jouer pendant l'accouplement, ainsi que notre auteur 
a pu le démontrer. 

Les Galéodes de leur côté possèdent sur la quatrième paire 
de pattes des organes sensoriels nommés raquettes coxales qui 
liaient déjà connus, mais que M. Gaubert étudie en détail, en 
même temps qu'il nous fait connaître un nouvel organe sen- 
soriel découvert par lui à l'extrémité des palpes et de la pre- 
mière paire de pattes chez ces mêmes animaux. 

La dernière partie du travail, et non la moins pénible, est 
l'étude du système musculaire des pièces buccales et des au- 
nes appendices des Arachnides ; il en résulte que « la disposi- 
tion des muscles a une grande importance ; car elle permet 
d'établir l'homologie des articles des pattes ambulatoires avec 
«eux des palpes, et l'homologie qui existe entre ceux des pattes 
des Arachnides appartenant à des ordres différents ». En se 
basant sur le mode d'articulation du dernier article des pattes, 
on peut arriver à distinguer les familles. 

Enfin un détail curieux est que « indépendamment de l'ac- 
tion des muscles, les articles peuvent être mis en mouvement 
par la turgescence des appendices ; cette action a pour*résultat 
de les mettre en extension ». Cette turgescence, qui se produit à 
chaque systole cardiaque, peut aussi faire redresser certains 
poils articulés ou épines, mécanisme qui n'avait pas encore 
été signalé. 

Un dernier détail qui a bien son importance lorsqu'il s'agit 
de recherches de ce genre : des figures très claires, très exactes, 
en même temps qu'agréables à voir, permettent de suivre sans 
fatigue toutes les descriptions. 

En résumé, M. Gaubert a fait un travail très intéressant; il 
nous a fait connaître un assez grand nombre de laits nouveaux- 
sur les divers groupes d'Arachnides; nous lui devons aussi 
l'étude approfondie de bien des particularités que ses prédé- 
cesseurs s'étaient bornés à signaler, ou sur la nature desquel- 
les ils avaient émis des vues inexactes. 

A. Goux. 



Suites à la Flore de France 

DE GRENIER ET GODRON 

(Suite.) 

Micromeria piperella Hab. — Alpes- 
Maritimes : assez fréquent dans la région monta- 
gneuse française, depuis Tende et la Briga [Italie) 
jusqu'au Brès et à l'Agel, au-dessus de Menton, 
et à Saint-Sauveur (Reuter, Ardoino, Stire, Bur- 
nat, etc.) (I). 

Aire géographique. — Italie : Piémont méri- 
dional, Ligurie. 

Obs. — Cette espère est absolument différente 
des autres Micromeria français; son style bipartit et 
ses nucules mucronés ont même autorisé la création 
du genre Tendana Reichb.. accepté comme très dis- 
tinct par M. Garucl {Flora Italiana, p. 70), mais 
cet auteur, à l'exemple de Bentham, lui rapporte 
comme variété poilue (var. Croatica Benth.,) le 
Thymus Croaticus Pers., qui est le Micromeria 
Croatica Schott, et le Thymus Piperella Waldst. 

!i Herb. R., Burnat, Reverchon. 



et Kit. non L. nec Ail. — Ce rapprochement est trop 
largement compris, selon nous, carie Micromeria 
Croatica est bien distinct spécifiquement, non seu- 
lement par la villosité de toute la plante, mais sur- 
tout par ses calices plus courts, cylindriques campa- 
nules, à dents subégales atteignant presque la 
longueur du tube, et le tube de la corolle plus g?'OS, 
évasé, à gorge dilatée et dépassant moins longuement 
les dents du calice. 

Le Micromeria Croatica Schott croît en Croatie, 
Dalmatie, Plerzégovine, Bosnie et Monténégro. 

Sideritïs Ouïllonii Timbal-Lagrave..E'*W<3 
sur quelques Sideritis de la flore française, p. 13 ; 
Lamotte Prodr. pi. centr., p. 612. — Exsicc. : 
Billot, Exsicc. cont., n° 2344 bis; Puel et Maille, 
Herb. des Flores locales, n° 7; Soc. Dauph., 
n os 923 et 923 bis; Ch. Magnier, Flora selecta. — 
Plante de 4-8 décim., d'un vert glaucescent, gla- 
brescente ou à poils courts, à tiges simples ou ra- 
meuses. Feuilles étroitement lancéolées, les infé- 
rieures un peu plus larges, toutes entières, ou 
quelques-unes munies vers le sommet de 1-2 den- 
ticules, ascendantes ou arquées en dehors, les supé- 
rieures linéaires, entières, longues. Fleurs disposées 
en grappes d'abord elliptiques ou cylindriques, à 
la fin très allongées, étroites (8-10 millim. de lar- 
geur), à verticilles distincts, mais très rapprochés 
ou presque contigus, les inférieurs seulement un 
peu écartés après l'anthèse. Feuillesjlorales (fausses 
bractées) petites, ovales-aiguës, munies sur chacun 
des côtés de 2-5 subules courtes, non épineuses, la 
terminale plus grande. Calice très poilu, non velu, 
peu atténué à la base, strié, à dents égales, courtes 
(égalant seulement la moitié du tube), dressées, acu- 
minées, mais non épineuses. Corolle d'un jaune- 
soufre, campanulée, à lèvre supérieure étroite, 
oblongue-linéaire , entière ou à peine échancrée, l'in- 
férieure trifide, le lobe médian plus grand, concave. 

Var. Peyrei [S. Peyrei Timb. loc. cit., p. 14). — 
Diffère du S. Guillonii, dont il a la taille et l'aspect 
par ses tiges plus ligneuses inférieurement, les ra- 
meaux plus allongés, les feuilles inférieures spa- 
tulées, ± dentées, les moyennes et les supérieures 
de même entières, mais très courtes, oblongues-lan- 
céolées, poilues, épis florifères un peu moins allongés 
et un peu plus gros (9-11 millim. de large), h verti- 
cilles plus rapprochés, presque contigus. 

Hab. — Charente : coteaux calcaires des envi- 
rons d'Angoulême (herb. R., Guillon). — Charente- 
Inférieure : Meschers (de l'Isle) ; Chaniers près 
Saintes (herb. R., Foucaud) , Chérac (Boucher). — 
Lot : rochers du calcaire jurassique de la rive 
gauche de C Alzon, à Rocamadour (herb. R., Malin - 
vaud) . 

Var. Peyrei. — Aude : garrigues et bords des 
champs dMontolieu,Alzonne(herb.K.,Bonmergue) 
et dans les* Corbières (Timbal-Lagrave). 

Obs. I. — Nous considérons les S. Guillonii et 



i30 



LE NATURALISTE 



Peyrei comme constituant une sixième espèce fran- 
çaise du genre Sidcritis, les autres étant les S. mon- 
tana L. (I), S. Romana L., S. hyssopifolia L., 
S. scordioides L., et S. MrsutaL. — Aclasseren're 
les S. hyssopifolia et -S', scordioides, ils diffèrent à 
première vue de cette dernière espèce parles feuilles 
Morales ovales-aiguës (et non semi-orbiculaires), à 
spinules faibles (et non dentées-épineuses), les calices 
à dents égales, dressées, plus courtes, non épi- 
neuses, les feuilles entières, ia taille bien plus éle- 
vée, etc. Ils se séparent du S. hyssopifolia L., par 
les fleurs en grappes de moitié plus étroites, allon- 
gées et longuement spiciforme=, ± interrompues, 
les feuilles florales à dents non épineuses, dressées, 
la corolle à lèvre supérieure étroite, entière ou 
émarginée, oblongue-linéaire (et non large, ovale- 
oblongue, bilobée), les feuilles plus étroites (et plus 
courtes dans le S. Peyrei), le port plus élancé, etc. 
— Le faciès particulier des S. Guillonii et Peyrei, à 
tiges allongées, très feuillées, à épis grêles, longs et 
à feuilles entières, rend ces deux plantes très recon- 
naissables. 

Obs. II. — Plusieurs autres Sideritis, que l'on 
peut rattacher aux trois espèces vivaces que nous 
avons citées plus haut, existent en France, et nous 
croyons utile d'en dire quelques mots, ainsi que des 
formes espagnoles des Sideritis français. 
(A suivre.) 

G. Rouy. 



IA PSOROSPERMOSE DIT LAPIN 



Il n'est pas de me'nagère qui, au cours de ses opérations 
culinaires, n'ait eu l'occasion de rencontrer des lapins 
dont le foie présentait, tranchant en clair sur sa teinte 









La Psorospermose du lapin, l. Coupe d'un canalicule biliaire dont le plupart des cel. 
Iules de revêtement contiennent une coccidie. 2. Une de ces cellules isolées avec son 
parasite. 3 et 4. Coccidics telles qu'on les trouve dans le liquide purulent du foie in- 
festé. . r i à 7. Segmentation des Coccidics. 8 Spores. 9. Corps falciforme. 



(1) Cf. Rouy, Suites à la Flore de France, fascicule I er , p. 159. 



rouge-brun habituelle, des taches jaunes ou blanches plus 
ou moins confluentes, plus ou moins larges. La surprise 
a pu même être parfois désagréable et causer assez de 
répugnance pour nécessiter, hélas ! la mise au rebut du sa- 
voureux animal et le renvoi de la gibelotte à une séance 
ultérieure. Le plus souvent cependant la chose paraît de 
mince importance ou échappe à l'attention de la cuisi- 
nière. 

Ces taches jaunes sont dues ù la présence dans le foie 
d'un parasite de l'ordre des Sporozoaires, parasite mi- 
croscopique, mais dont l'énorme prolifération entraîne la 
formation d'abcès considérables, souvent mortels. La 
viande d'un lapin ainsi infesté n'est pas nuisible à l'ali- 
mentation après une cuisson convenable ; mais ce qu'il 
importe de savoir surtout, c'est que la tuberculose donne 
au foie du lapin la même apparence et qu'il est extrême- 
ment important de distinguer les deux affections pour 
éviter le danger toujours redoutable d'un ingestion de 
viande tuberculeuse. 

Piquons avec la pointe d'un bistouri un des abcès su- 
perficiels qui parsèment le foie incriminé. Nous verrons 
sourdre de l'ouverture ainsi produite une quantité variable 
d'un pus jaune, épais, bien lié, et nous en porterons une 
gouttelette sur une lame de verre soigneusement net- 
toyée. A un grossissement de 250 fois environ, nous aper- 
cevrons dans le liquide en nombre immense de petits 
corps ovoïdes granuleux, entourés d'une coque très épaisse 
et très nettement visible. Ce sont les Psorospermies ou 
Coccidies oviformes du lapin. Ces coccidies mesurent de 
mm ,036 à mra ,042 de long, et si l'on en poursuit l'étude 
de plus près enles fixant par un réactif approprié, puis en 
les colorant, on voit qu'elles possèdent un protoplasma 
granuleux au centre duquel est un noyau qui tranche par 
une teinte plus foncée sur le reste de la cellule. Les 
figures 3 et 4 représentent ces parasites tels qu'on les 
trouve dans le liquide purulent du foie infesté. La cons- 
tatation de leur présence suffit pour établir indubitable- 
ment le diagnostic, mais le lecteur pourra avoir quelque 
désir de savoir ce qu'est la coccidie qu'il vient d'examiner 
et quels sont les principaux traits 
de son organisation. Essayons 
donede lesrésumerbrièvementici. 
L'on peut diviser en trois pha- 
ses distinctes la vie de la coccidie 
du lapin. Dans la première le pa- 
rasite est nu, il vit au sein descel- 
lules épithéliales qui tapissent les 
canalicules biliaires de son hôte. 
Dans la seconde il est devenu libre, 
s'est enkysté, est tombé dans la 
lumière de canalicules, les a dila- 
tés et y a occasionné la formation 
de poches purulentes. La troisième 
phase enfin se passe au dehors 
de l'hôte : dans l'eau ou Tair 
humide; les coccidies parvenues 
des canaux biliaires dans l'in- 
testin sont rendues avec les ex- 
créments et subissent la sporula- 
tion. 

Sous le premier état la coccidie 
a la forme d'une petite masse gra- 
nuleuse, dépourvue de membrane 
d'enveloppe mais possédant un 
noyau. Elle se trouve, comme 





LE NATURALISTE 



131 



nous l'avons dit, dans une cellule épithéliale et s'accroît 
peu à peu en détruisant cette dernière. L'on suppose sans 
en être bien certain encore que ces formes jeunes provien- 
nent de spores avalées par l'animal et qu'elles se multi- 
plient un certain temps par division avant de revêtir la 
forme libre et enkystée. La figure 1 montre une coupe 
d'un canalicule biliaire dont la plupart des cellules de re- 
vêtement contiennent une coccidie. La figure 2 montre 
une de ces cellules isolée avec son parasite. 

Nous avons déjà décrit plus baut les formes de la 
deuxième phase représentées par les figures 3 et 4 : ce 
sont celles que l'on observe par un simple examen mi- 
croscopique du pus. 

Quand les coccidies enkystées tombent avec les excré- 
ments dans un milieu favorable sur un sol humide ou 
dans une flaque d'eau, elles subissent, au bout d'un 
temps variable selon la température et l'accès de l'oxygène 
atmosphérique, des phénomènes très intéressants. Leur 
contenu se segmente en deux, puis en quatre petits cor- 
puscules allongés ou spores (fig 5-7) ; chacune de ces 
spores t^fig. 8) donne à son tour naissance à deux corps 
falciformes (fig. 9) à côté desquels on observe toujours 
une petite masse plasmique, le noyau de reliquat. Les 
corps falciformes mis en liberté par la rupture de la 
membrane du kyste vont probablement propager la ma- 
ladie et sont avalés avec l'herbe par les jeunes lapins; 
mais, nous le répétons, il n'y a encore rien de positif à cet 
égard et c'est une lacune qui reste à combler. 

Quoi qu'il en soit, la présence des coccidies en petit 
nombre dans le foie du lapinne constitue pas un danger, 
ces corps périssant à une température bien moins élevée 
que celle qui est nécessaire pour détruire les microbes. 
De plus ils ne se généralisent pas comme ceux-ci dans 
tous les organes; le tube digestif et ses annexes sem- 
blent être leur siège de prédilection, et il suffirait le cas 
échéant de sacrifier ces parties sans renoncer pour cela 
à l'utilisation du reste. S'il s'agissait au contraire de 
viande tuberculeuse, cette dernière précaution serait 
absolument indispensable. Au lecteur d'appliquer une 
fois de plus son microscope aux besoins de la vie 
usuelle. 

Fabre-Oomergue. 



DESCRIPTION DE LEPIDOPTERES lOUmUX 



Hydrias Victorin n. sp. — 50 millimètres. Dessus des su- 
périeures d'un cendré clair brillant, la base brune, sauf le bord 
interne qui reste cendré d'un bout à l'autre, une petite tache 
également brune sur la côte peu avant l'apex, enfin deux lignes 
transversales très peu marquées, sinueuses, la première traver- 
sant l'aile dans son milieu, la seconde entre celle-ci et le bord 
externe. Frange brune coupée de cendré. 

Dessus des inférieures cendré brillant, très garni de longs 
poils, brun clair le long du bord anal et avec une ligne brune 
dans la partie supérieure au-dessus de la cellule. 

Dessous des quatre ailes, palpes, tète, corps et pattes, brun 
uniforme. 

Une 9 éclose à Loja en août 1890. 

Hydrias Pompilns n. sp. — 33 millimètres. Dessus des 
supérieures brun marron, plus clair à la base et avec une large 
éclaircie jaune paille en demi-lune allant de l'apex à l'angle 
interne. Ces ailes sont traversés par plusieurs lignes brunes : 
1° dans le premier tiers de l'aile par deux lignes confuses et se 
mêlant ensemble; 2° au delà du milieu par une troisième ligne 
sinueuse, assez nette; 3° enfin par une dernière ligne subter- 
minalc, chevronnée, coupant la demi-lune jaune. Extrême 
bord des ailes teinté de marron, franges jaune et marron. 

Dessus des inférieures jaune-roux. 



Dessous des quatre ailes jaune ochracé, roussâtre à la côte 
des supérieures et avec quelques indications des dessins du 
dessus à ces ailes. 

Palpes, antennes, pattes brun-roux, corps couvert de longs 
poils de même nuance, front et thorax de teinte un peu plus 
foncée. 

Un individu pris à Palandra le 27 juillet 1886. 

P. Doonin. 



LES RACES DE L'INDE 



LES JUANCS 

L'Inde est, avons-nous déjà dit, un pays intéressant au 
point de vue de l'ethnographie, peut-être même un pays 
unique au monde pour le nombre et la diversité des 
races qu'il renferme. Et il est probable que de tout temps 
l'Inde a renfermé des races curieuses dont l'histoire, si 
jamais elle venait à sortir des ténèbres qui planent sur 
elle, jetterait un jour nouveau sur l'histoire primitive de 
l'humanité. Une tradition ancienne qui se retrouve à 
Shettiapatty près d'Omalur, district de Salem et prési- 
dence de Madras, veut que ce pays ait été autrefois habité 
par des nains. Aujourd'hui sur ce coin de terre indienne, 
où le sol est riche en mica et en cristaux de quartz, le 
souvenir seul des races disparues persiste encore et le 
jour n'est pas loin où d'autres races suivront dans la 
tombe ces races aujourd'hui éteintes qui les ont pré- 
cédées sur ce sol toujours mystérieux. 

Quoi qu'il en soit du passé, parmi les races actuelle- 
ment existantes, il n'en est peut-être pas de plus curieuses 
que celle qui va faire l'objet de ces lignes. 

Les Juangs forment une petite peuplade d'environ dix 
mille âmes. Ils habitent les montagnes des états tribu- 
taires de la côte d'Orissa. Ils sont aussi nommés Patuas, 
porteurs de feuilles. Ce dernier nom est emprunté à leur 
léger costume. C'est une race pauvre. Jadis les femmes 
Juangs ne portaient pas de vêtements. Un simple cordon 
de petites graines autour de la taille et une poignée de 
feuilles reliées entre elles en avant et en arrière, c'était 
tout leur costume. 

Ce n'est qu'en 1871 que les Juangs comprirent la né- 
cessité de se vêtir. Le gouvernement anglais fit une dis- 
tribution générale de toiles et réussit à faire habiller les 
femmes ; encore plusieurs d'entre elles sont-elles reve- 
nues à leur ancien costume. Telle est la force de l'usage 
aux Indes. 

Chose remarquable entre toutes : jusqu'à ces dernières 
années, les Juangs ne connaissaient point les métaux. 
Bien plus, ils n'avaient dans leur langue aucun mot qui 
se rapportât au fer ou à quelque autre métal. Voilà donc 
un peuple absolument primitif. Le pays qu'ils habitent 
abonde en armes de silex, de sorte que les Juangs sont 
les reliques d'un passé disparu. Chez eux l'âge de la 
pierre a duré jusqu'à nos jours. Il a donc pu se faire qu'il 
y ait eu à toutes les époques des peuples primitifs exis- 
tant simultanément avec des peuples dont la civilisation 
était à l'apogée. L'âge de la pierre n'a donc jamais 
existé absolument pour l'humanité tout entière. 

Les huttes qui servent d'abri aux Juangs sont les plus 
petites qu'on puisse construire. Elles ont 1 m. 80 sur 
2 m. 40. Le chef de la famille et toutes les femmes logent 
dans cette véritable coquille qui n'est guère plus grande 
qu'une niche à chien. 

Quant aux garçons et aux jeunes gens du village, ils ha- 
bitent dans une maison commune située isolément et 



132 



LE NATURALISTE 



qu'ils bâtissent cux-mènics. C'est une coutume très cu- 
rieuse et assez répandue chez les tribus aborigènes. Sur 
les points les plus divers de l'Inde il n'est pas très rare 
de voir toute la jeunesse mâle d'un village loger ainsi 
sous un même toit. 

Hector Léveillé. 



NOTE SUR Ul PETIT OPHIDIH 

Appartenant au genre Tropidoclonium. 



Carnet, génér. — Tète peu distincte du cou. Corps arrondi. 
Queue relativement courte. Neuf plaques suscéphaliques. Ros- 
trale à sept pans. Internasales beaucoup plus petites que les 
préf on taies. Frontale large, yeux latéraux, à pupille arrondie. 
Nasale divisée, une frênaie et une préoculaire. Inter-sous-ma- 
xillaires de médiocre longueur. Anale entière, écailles carénées. 

Tropidoclouiaiu nnnnlatum . N. sp- 

Carac. spéc. — Museau arrondi, narine ouverte au milieu de 
deux petites scutclles. Frontale large, pentagonalc et aussi 
longue que la suture interparictale. Préoculaire petite et sépa- 
rée de la troisième suslabialc par l'angle postérieur de la frê- 
naie. Cette dernière, plus longue que haute, est en rapport avec 
l'oeil. Six suslabiales ; la troisième et la quatrième forment le 
contour inférieur de l'œil. Pariétales larges et arrondies en ar- 
rière. Inter-sous-maxillaires courtes. Ecailles à carène peu 
saillantes, disposées sur le tronc en dix-sept séries longitudi- 
nales. Tète noire", tronc et queue ornés de bandes transver- 
sales de même couleur se détachant sur un fond gris-lilas. 

Longueur totale 0.272 mill. 

Longueur, du bout du museau à l'anus 0.225 
Lougueur de la queue 0.047 

J'ai trouvé cette jolie petite espèce dans l'herbage mouillé 
par la rosée, à Godincs, hameau situé au nord-est du volcan 
d'Attitlan, à une altitude de 2.151 mètres (Guatemala). 

F. Bocourt. 



LES CHENILLES DE L'ARTICHAUT 



Je ne crois pas que, dans les environs de Paris, ce 
légume subisse les atteintes d'une chenille particulière: 
du moins, je ne l'ai jamais constaté par moi-même. 

C'est dans les contrées plus méridionales qu'il faut 
aller pour trouver des espèces de chenilles qui lui 
soient nuisibles ou tout au moins qui s'en nourrissent. 

Cependant, elles ne sont pas nombreuses, je n'en 
connais que trois. 

I. — Cortyna Xanthenes. Germ. — Dès le mois de fé- 
vrier, nous recevons à Paris des artichauts d'assez belle 
apparence, mais de qualité fort médiocre, que notre 
grande colonie africaine, l'Algérie, nous envoie. 

Beaucoup d'entre eux sont attaqués par une chenille, 
cela se voit très aisément. Leur queue est creuse, l'inté- 
rieur ayant été dévoré. Mais il est bien rare, à cette 
époque, de trouver la chenille qui l'a rongé. La longueur 
du voyage, les cahots, les déplacements ont sans doule 
effrayé la bestiole qui aura abandonné son nourricier el 
péri en route. 

Il faut attendre le mois d'avril : alors, la chenille, 
plus grosse et ayant gagné le cœur de l'artichaut, s'y 
trouve plus en sûreté, l'abandonne moins facilement et 
arrive sans encombre sur les marchés de Paris. 

En voici la description. Corps cylindrique, un peu 
épaissi aux 2 e et 3 e segments d'un brun rougeàtre s'éclair- 
cissant à mesure que la chenille grossit; les trois pre- 
miers segments beaucoup plus clairs surtout près des 
incisions; dorsale fine et blanche; sous-dorsale large, 



formée de grosses taches blanches arrondies bien mar- 
quées, surtout des segments o à 11. Ces lignes s'obli- 
tèrent et se fondent dans la couleur du fond quand la 
chenille est adulte ; elles sont de couleur beaucoup plus 
vive et plus nette quand la chenille est jeune. Points 
verruqueux noirâtres et luisants : les plus gros sont les 
trapézoïdaux antérieurs des 4 e et 5 e segments et les qua- 
tre du onzième. Poils blonds. Tête assez forte, 'de couleur, 
marron un peu plus clair, écusson de même couleur 
mais taché de brun aux extrémités latérales; chez les 
jeunes chenilles il est d'un brun noirâtre ainsi que le 
clapet. Clapet brun, pattes écailleuses de même; la pre- 
mière paire, d'une teinte plus claire. m 4o à m 50. 

Cette chenille de Gortyna Xanthenes ressemble éton- 
namment à celle de notre G.flavago S. V. Ochracea H. C. 
qui vit dans les tiges de Sambucuus ebùlus, des rurnex des 
cirsium et de plusieurs autres plantes. Cependant les 
jeunes chenilles surtout offrent quelques différences. 
C'est ainsi que G. flavago a les premiers segments pres- 
que blanchâtres, par conséquent d'une teinte beaucoup 
plus claire que ceux de G. Xanthenes. En outre, les lignes 
blanches sont beaucoup moins marquées chez G. flavago 
que chez G. Xanthenes. 

L'éducation de Xanthenes est beaucoup plus longue, 
plus délicate. Sous les morsures de cette chenille, les 
artichauts coupés qu'on lui donne à manger se corrom- 
pent vite et dégagent une odeur fort désagréable. 

Le papillon éclôt en octobre, alors que celui de notre 
flavago paraît en août. 

II. — Sciaphila cinakeana. n. sp. En mai, nous rece- 
vons d'autres artichauts provenant principalement du 
midi de la France. 

Depuis plusieurs années déjà, j'avais remarqué que 
ceux qui nous arrivaient de Carcassonne portaient des 
traces non équivoques d'hôtes qu'ils avaient hébergés. 

Plusieurs fois je fus assez heureux pour me procurer 
un certain nombre de ces artichauts retenant encore 
dans leurs feuilles la chenille qui les grignotait; mais je 
ne réussissais pas à en obtenir le papillon. Enfin, l'an 
dernier, je fus sans doute plus habile dans ma tentative, 
car je vis éclore deux papillons de cette intéressante 
espèce de chenille. 

Si je n'avais eu sous les yeux que ces papillons, il 
m'eût été impossible de ne pas les ranger dans ce groupe 
indébrouillable des Sciaphila Wahlbomiana L., car ils se 
rapprochent beaucoup de la variété Virgaureana. 

Envergure m , 19. Ailes supérieures d'un gris cendré 
clair, plus foncé à la base et près du bord externe. Avec 
deuxbandesbrunes irrégulières, la première n'atteignant 
pas le bord interne, la seconde un peu oblique, bien 
moins que chez Wahlbomiana et ses variétés, en ligne 
droite jusqu'à la dent du milieu de l'aile qui est très peu 
accusée ; côte distinctement maculée de brun, franges 
entrecoupées; ailes inférieures grises. 

Cinareana se distingue donc des autres par sa bande 
médiane moins oblique et moins dentée intérieurement. 

Mais sa chenille est bien différente de notre Sciaphila, 
si variable, et je n'hésite pas à faire de mes papillons une 
espèce distincte et nouvelle. 

Est-il rien de plus agaçant pour l'entomologiste qui 
s'occupe de microlépidoptères, et surtout de l'étude de 
leurs premiers états et de leurs mœurs, que cette vul- 
gaire chenille de Se. Wahlbomiana? Il n'est peut-être pas 
un végétal qu'elle n'attaque. Mineuse dans son tout pre- 



LE NATURALISTE 



133 



mier âge, elle vit ensuite dans un pli de feuille ou dans 
les pousses liées par des soies. Jusqu'où ne va-t-elle pas 
se nicher? Je l'ai trouvée même dans les tiges d'anémone 
pulsatile. Que d'émotions trompeuses, que de fausses 
joies ne donne-t-elle pas quand on la trouve sur un 
végétal non encore signalé comme lui convenant et que 
l'on croit avoir affaire à une espèce intéressante ! 

Que de déceptions elle fait éprouver! On ne saurait 
trop médire d'elle. 

Quoi qu'il en soit, revenons à ma Cinareana. Cette che- 
nille a tout à fait la même forme que celle de la Wahl- 
bomiana — ce qui n'a rien d'étonnant ; sa taille égale 
celle des Wahlbomiana qu'on trouve sur les feuilles du 
Tussilago farfaro: ce sont des plus fortes. 

Elle est d'un hrun verdâtre foncé au milieu des seg- 
ments et d'un vert jaunâtre aux incisions, cette dernière 
teinte beaucoup plusjaune aux trois premiers segments ; 
côtés et dessous plus clairs que le fond, à l'exception des 
4 e et 5 e segments. Verruqueux petits et noirs, entourés 
d'une éclaircie jaunâtre. Tête, écusson, clapet et pattes 
écailleuses d'un noir luisant. 

Les chenilles de Sciaphila Wahlbomiana et var. ont la 
tête jaune de miel. 

La chenille de Se. Cinareana vit entre les feuilles des 
artichauts, — je m'exprime mal, — entre les bractées 
inférieures des anthodes dont elles se nourrissent, abri- 
tées par une très légère «toile. 

Elles ne sont pas d'humeur voyageuse; elles ne quit- 
tent pas la place qu'elles ont choisie, sans doute parce 
qu'elle est bonne : leur nourriture est d'une abondance 
telle que la crainte de manquer de vivres ne peut leur 
venir. 

Même pour se transformer, elles ne s'éloignent pas de 
leur « tête» d'artichaut; elles gagnent une bractée su- 
périeure à peine ouverte, s'y confectionnent une très 
légère toile blanche et ne tardent pas à s'y changer en 
une chrysalide dont le thorax et les ptérothèques sont 
noirâtres et l'abdomen brun jaunâtre. 

Le papillon éclôt au bout de trois semaines. 

III. — Ma troisième chenille de l'artichaut est encore 
une espèce algérienne. Je lui trouve tous les caractères 
d'une Depressaria. Elle mesure m , 10 de long sur 2 de 
large à peine : elle est d'un gris verdâtre avec une dor- 
sale un peu plus formée, des verruqueux très petits et 
noirs entourés de clair; tête et écusson d'un noir bril- 
lant, pattes écailleuses et clapet de la couleur du fond. 
Je n'ai pu en obtenir le papillon. 

Je signale cette chenille à l'attention de nos zélés lépi- 
doptéristes algériens, qui certainement nous feront con- 
naître un jour ou l'autre son papillon et ajouteront ainsi 
un paragraphe à l'histoire de leur faune entomologique 
qui leur réserve encore tant de découvertes à faire. 

P. Chrétien. 



LES LOCALISATIONS CÉRÉBRALES DES (MTRES 



DU LANGAGE 



La structure interne du cerveau humain est tellement com- 
plexe que de longtemps encore elle offrira de superbes sujets 
d; étude aux chercheurs laborieux, sagaces et patients. Que de 
découvertes pourtant ont été déjà faites durant ces dernières 
années; mais d'un autre côté que de problèmes restent encore 
a résoudre! Aussi c'est sans étonnement qu'on voit s'accroître 
tous les jours le nombre des cliniciens, des anatomistes et des 
physiologistes qui entreprennent des recherches sur les centres 



nerveux et leurs fonctions, soit à l'état normal, soit à l'état pa- 
thologique. 

Parmi toutes les questions qui ont été éclairées d'un jour 
nouveau, une des plus étonnantes peut-être a été celle des lo- 
calisations des centres du langage. D'après Gratiolet et divers 
autres observateurs l'hémisphère cérébral gauche se développe 
d'une façon plus précoce et plus rapide que l'hémisphère droit. 
Ce fait est sans doute une acquisition héréditaire d'origine re- 
lativement récente, car la fonction crée et développe l'organe 
et cette prédominance d'un hémisphère sur l'autre n'a pu ap- 
paraître et se transmettre que le jour où l'homme a trouvé plus 
d'avantage à se servir, pour l'exécution des travaux difficiles, 
plutôt de son bras droit que de son bras gauche. Quoi qu'il en 
soit, comme conséquence naturelle de cette prédominance hé- 
réditaire, maintenant à peu près constante et fixée du cerveau 
gauche sur le cerveau droit, il s'ensuit que les mouvements de 
l'enfant qui devront exiger une plus grande facilité dans le mé- 
canisme des réflexes, qui nécessiteront une plus grande éduca- 
tion parce qu'ils seront plus compliqués, seront très générale- 
ment exécutés par le côté droit du corps. La répétition de ces 
mouvements réagira et perfectionnera forcément à son tour les 
centres nerveux correspondants, c'est-à-dire l'hémisphère 
gauche. 

Aussi cet hémisphère se trouve pour ainsi dire tout préparé 
à exécuter les fonctions peut-être les plus compliquées de 
toutes : celles dont l'ensemble constitue le langage pensé, écrit 
et parlé. C'est en elïet ce que l'on a constaté, et depuis les dé- 
couvertes bien françaises de Dax et de Broca, tous les clini- 
ciens et tous les anatomistes ont été unanimes à reconnaître 
que, dans les conditions normales et dans la majorité des cas, 
toutes les manifestations fonctionnelles du langage se trou- 
vaient sous la dépendance de l'hémisphère cérébral gauche. 

La première localisation qui se développe est celle de la mé- 
moire de la parole. L'enfant entend des mots et son esprit qui 
s'éveille no tarde pas à les appliquer aux objets correspondants. 
Ce premier centre de la mémoire des mots, ou centre cortical 
auditif A, se trouve localisé dans la première circonvolution 
temporale (Wernicke, Kohler, Pick, Nothnagel, Giraudeau, 
Seppili) et en occupe presque toute l'étendue. L'altération de 
ce centre produira la surdité verbale, tandis que son dévelop- 
pement plus ou moins considérable donnera naissance à des au- 
ditifs plus ou moins caractérisés. 

La surdité verbale consiste dans l'impossibilité de comprendre 
le sens des paroles articulées; l'intelligence et l'ouïe se trou- 
vant cependant conservées. L'auditif est l'homme quipense avec 
le souvenir des mots parlés; il entend'une parole intérieure. 

Lorsque l'enfant a acquis le souvenir des mots, il s'habitue 
peu à peu à les prononcer à son tour et de tous les centres cor- 
ticaux, ceux qui président à cette nouvelle fonction sont les 
plus connus de tous. Sans contestation possible, le siège de la 
mémoire des mouvements phasiquesP, qu'on nomme aussipar- 
fois siège des représentations motrices d'articulation ou simple- 
ment centre du langage articulé, occupe le tiers postérieur de la 
troisième circonvolution frontale. La lésion de ce centre pro- 
duit les aphasiques vrais, c'est-à-dire ceux qui ne peuvent arti- 
culer tous les mots, quoique intelligents et non paralysés de la 
langue et des autres organes phonateurs. Le développement ou 
l'excitation de ce centre produira le type du parleur exubé- 
rant. Dans quelques cas l'autopsie de droitiers pourtant apha- 
siques avait montré que le centre cortical était intact : c'était 
une réfutation des idées de Broca; mais Charcot a prouvé qu'il 
existait toujours dans ces cas une lésion sous-corticale des fais- 
ceaux qui relient la circonvolution du langage aux noyaux gris ; 
le résultat physiologique est donc bien le même, c'est toujours 
l'inactivité fonctionnelle du pied de la troisième circonvolution 
frontale gauche qui produit l'aphasie motrice. 

L'enfant entend et il parle, un progrès de plus et il répond 
aux questions qu'on lui pose. Les centres de réception ou 
centres auditifs sont entrés en rapport avec les centres d'é- 
mission ou centres moteurs (fibres commissurales VI). Les 
fibres qui réunissent la première temporale au pied de la troi- 
sième frontale sont situées dansl'insula du Reil. Les lésions de 
cette partie du cerveau produisent l'impossibilité de répondre 
par la parole à une question verbale ; on pourra toutefois y 
répondre par un autre moyen si on sait écrire ou lire. C'est ce 
qu'a démontré M. Déjerine et ce qu'indique le schéma général 
que je propose. La vivacité dans les répliques semble, en 
grande partie et à intelligence sensiblement égale, dépendre 
du plus grand développement et du développement de ces fibres 
temporo-frontales. 
De très nombreuses personnes, même en France et sans rc- 



134 



LE NATURALISTE 



monter plusieurs siècles, n'ont jamais dépassé ces trois pre- 
mières fonctions élémentaires du langage articulé; comprendre 
la parole, parler à leur tour, répéter ou répondre. Dans le 
schéma le trajet de ces réflexes est indique par la ligno poin- 
tillée OAPB. Chez le petit nombre des privilégiés d'alors et 
maintenant chez tous les enfants dès qu'ils grandissent on dé- 
veloppe un second centre cortical de réception, on leur en- 
seigne la lecture et on fixe le souvenir des caractères gra- 
phiques, dans le centre des représentations verbales visuelles V. 
Ce centre de la mémoire visuelle graphique est très probable- 
ment situe dans le lobule pariétal inférieur avec ou sans par- 
ticipation du lobule du pli courbe (Broadbent, Magnan, Roscn- 
thal, Charcot etc.). Les lésions de ce centre produisent la 
cécité verbale, qui mettra le malade dans l'impossibilité ab- 
solue de lire l'écriture. Le développement de ce lobule pariétal 
produira les visuels, c'est-à-dire tous ceux qui en pensant ou 
en parlant voient les mots comme s'ils se trouvaient écrits. 
Ceux qui exécutent, comme Inaudi par exemple, des calculs 
mentaux difficiles sont presque toujours des visuels. 




Schéma général des troubles du langage, Aphasies corticales el 
commissurales, 0,B.Y,M,C. Oreille, bouche, œil, main, 
conscience. F,F 2 F 3 circonvolutions frontales. FA, PA cir- 
convolutions Rolandiques. P]Po circonvolutions pariétales 
supérieure et inférieure. O t 2 3 circonvolutions occipitales, 
T,T._,T 3 circonvolutions temporales. A, centre de la mé- 
moire auditive verbale; V, centre de la mémoire visuelle 
graphique; E, centre de la mémoire des mouvements gra- 
phiques ;P, centre delà mémoire des mouvements phasiques. 
I, VI, 2, voie des réflexes chez les personnes qui entendent, 
parlent, répondent. 3, V, 4, voie des réflexes chez les per- 
sonnes plus instruites qui lisent, écrivent et copient. I, II, 
III, IV, vision des mots, audition des mots, parole et écri- 
ture conscientes. VII et VIII, commissures permettant l'écri- 
ture sous la dictée ou la lecture à haute voix ; IX, com- 
missure des centres moteurs; X, commissure des centres 
sensitifs (audition colorée). 

Une fois que l'enfant sait, bien lire on lui apprend à écrire et 
à copier et c'est ainsi que se développe le quatrième et dernier 
centre cortical du langage : le centre graphique E. Celui-ci est 
moins scientifiquement établi que le centre phasiquo, car on 
n'a pas encore observé une agraphie pure accompagnée de lé- 
sions nettement circonscrites. D'après Exncr et Tamburini ce 
centre est toujours situé au-dessus du centre du langage et 
occupe par conséquent le pied de la deuxième circonvolution 



frontale gauche. La lésion des libres pariéto-frontales qui com- 
plètent la voie des réflexes visuels graphiques YVEM place 
l'individu dans l'impossibilité de copier l'écriture. Lorsqu'il la 
reproduit quand même il ne le fait alors qu'en tant que repro- 
duction de figures. Le développement du centre graphique pro- 
duit l'exubérance graphique qu'on observe chez quelques écri- 
vains; et de même que le parleur exubérant ou le phasique 
trouve dans ce qu'il vient de dire une excitation pour parler 
encore; de même chez l'écrivain exubérant ou le graphique, 
l'écriture excite la pensée. C'est ainsi que tel orateur ne peut 
préparer ses discours qu'en parlant, tel autre en écrivant. 
L'action de parler ou d'écrire produit chez eux une suractivité 
intellectuelle. Si nous résumons à présent, sous forme de ta- 
bleau, ce qui précède, nous voyons que les localisations corti- 
cales sont au nombre de quatre, auxquelles correspondent 
quatre formes simples d'atrophies ou d'hypertrophies fonc- 
tionnelles. 

FONCTIONS CENTRIPÈTES OU DE RÉCEPTION 

LOCALISATION (ENTRE LÉSION ÉTAT NORMAL DÉVELOP. 

1" tempor. C. auditif. Surdité verb. Aud, des mots. Auditif. 
2* pariétale C. visuel.. Cécité verb.. Lecture Visuel. 

FONCTIONS CENTRIFUGES OU D'ÉMISSION 

LOCALISATION CENTRE LÉSION ÉTAT NORMAL DÉVELOP. 

3" frontale. C. phasique.. Aphasie ppd. Parole Phasique. 

2 e frontale. C. graphique Agraphie Écriture Graphique 

Comme ces quatre fonctions peuvent s'accomplir à l'état d'in- 
conscience, j'ai tenu à faire ressortir ce fait dans le schéma que 
je propose à l'aide des lignes I, II, III et IV. 

A coté de ces troubles d'origine corticale, il en est toute une 
seconde catégorie qui offre un intérêt tout aussi grand: je veux 
parler des aphasies commissurales, c'est-à-dire des troubles liés 
à des lésions et à des développements anormaux, non plus des 
centres de l'écorce grise du cerveau mais des libres commissu- 
rales. Nous avons déjà étudié le rôle des fibres temporo 
frontales VI (réponse et répétition des mots) et pariéto-fron- 
tales V (copiage). Ces fibres réunissent directement les deux 
centres sensitifs A et V à leurs deux centres moteurs corres- 
pondants P et E ; mais elles n'existent pas seules et les quatre 
centres corticaux se trouvent en rapport les uns avec les au- 
tres de toutes les façons possibles. Il est à remarquer, et c'est 
là un fait important à noter, que dans ces nouveaux faisceaux 
des fibres le sens des réflexes peut être quelconque, c'est ainsi 
que l'excitation peut se diriger de E vers A ou de A vers E in- 
différemment. Ce sont les aphasies liées aux lésions de ces 
fibres que les Allemands désignent sous le nom d'aphasies de 
conductibilité (Leitungs aphasies). Je crois qu'il vaudrait mieux 
les appeler simplement aphasies commissurales par opposition 
aux aphasies corticales. Les quatre trajets principaux qu'il 
reste à signaler sont d'abord les fibres pariéto-frontales (VIII) 
qui permettent la lecture à haute voix', puis les fibres tem- 
poro-frontalcs (VII) qui seules rendent possible l'écriture sous 
la dictée. Les fibres interfrontales (IX) qui unissent les deux 
centres antérieurs, qui sont tous deux moteurs comme tous les 
centres antérieurs de la moelle, et qui, entre autres propriétés, 
permettent la concomitance régulière des mouvements phona- 
teurs et graphiques. 

Enfin les fibres temporo-pariêtalcs X qui font que l'audition 
de certains mots rappelle involontairement l'idée d'images vi- 
suelles graphiques absentes. Les phénomènes si bizarres de 
l'audition colorée qui consiste en ce que des personnes, même 
bien portantes et sans tares organiques héréditaires, associent 
constamment certaines couleurs à certains sons, reçoivent 
également de la sorte une explication très naturelle. 

En résumé le schéma général des aphasies corticales et com- 
missurales que je propose peut servir de guide dans l'examen 
méthodique des personnes atteintes de troubles du langage. 
11 montra combien peuvent se multiplier et varier dans leur 
physionomie clinique les formes prouvées ou possibles de l'a- 
phasie - Il permet en même temps d'interpréter les compli- 
cations si nombreuses qui peuvent survenir et obscurcir un 
premier diagnostic; il se prête enfin à une analyse philoso- 
phique fort complète des phénomènes qui président à l'origine 
sensible des idées et à leurs manifestations extérieures. 



LE NATURALISTE 



135 



SOCIÉTÉ ZOOLOGIQUE DE FRANCE 



Séance dn 26 janvier. — Aux notes déjà signalées dans 
le dernier compte rendu, ajouter un travail de M. Bocourt sur 
la variabilité dans le nombre des plaques céphaliques chez 
certains Ophidiens, l'Eut.rnia inf emails et le Conopsis lineatus. 

Séance du 23 février. — M. J. Bolivar; Orthoptères 
provenant des voyages de S. A. le prince de Monaco dans les 
archipels de Madère et des Açores. Bien qu'elles ne soient pas 
nombreuses (15), les espèces signalées se trouvent presque 
toutes signalées pour la première fois dans la région. Il y en 
a une, notamment, le Platycleis laticauda, qui a été décrite 
pour la première fois en 1882 comme provenant de Messine et 
qui doit se trouver dans toute la région méditerranéenne occi- 
dentale. — MM. Ed. Chevreux et E.-L. Bouvier décrivent la 
l'en ierella crassipes, espèce et genre nouveaux d'Amphipodes 
des côtes de France. Cette espèce a été draguée par 20 mètres 
de profondeur à Saint- Vaast -la Hougue, on la trouve également 
à Luc-sur-Mer, à Brest, aux îles Glénans, à Saint-Tropez et 
dans la baie de Villefranche. 

E.-L. Bouvier. 



LIYEES NOUVEAUX 



Il vient de paraître à Berlin chez A. Hirschwald un ouvrage 
en l'honneur du soixante-dixième anniversaire de l'illustre sa- 
vant Rudolf Virchow. 

I'ifernationale Beitrage zur wi.ssenschaft lichen Medicin. 

Festschrift Rudolf Virchow. Gewidmet zur Vollendnug 
seines 70. Lebensjahres. 3 vol. grand in-8° avec 44 pi. à nom- 
breuses figures dans le texte. 

Ci-joint la liste des 53 mémoires qui y sont insérés. A la fin 
de chaque travail se trouve reproduite la signature de l'auteur. 

Achermann, Th. Zur normalcn und pathologischen Ana- 

tomie der menschlichen Placenta. I, pp. 583-616, pi. XX-XXI. 

' Baumgarten, Paul. Ueber die Einwirkung des Koch'schen 

Mittels (" Tuberculin ") auf die Impftuberculose der Kanin- 

chen. III, pp. 81-104. 

Uizzozero, G. Ueber die Blutplattchen. I. pp. 457-477. 

Bollinqer, 0. Ueber traumatische Spat-Apoplexie. Ein Bei- 
trag zur Lelire von der Hirncrschuttcrung. II, pp. 451-470. 

Boslroem, E. Ueber die Ochronosc der Knorpel. II, pp. 177- 
198. pi. VI. 

Bouchard, Ch. Sur les prétendues vaccinations par le sang. 
III, pp. 1-27. 

Braune, Wilh . Die Horizontalebene des menschlichen Schà- 
dels.I.pp. 57-92. Il fig. 

Celli, A. und Marchiafava, E. Ueber die Parasiten des 
rothen Blutkorperchens. III, pp. 187-233, pi. I-IH. 

Chiari, H. Ueber Magcnsyphilis. 11, pp. 297-321, pi. XIII- 
XIV. 

Eberlh, C. J. Hern und Zelltheilung wahrend der Entziin- 
dung und Regeneration.il, pp. 75-100, pi. I-II. 

Eppinqer, llans. Beitrage zur pathologischen Anatomie der 
Bernienin der Leistengegend. II, pp. 357-422, pi. XVI-XVII. 

Flemming, Walther. Zur Ent-\vicklimgsgesehichte der Bindc- 
gewebsfibnllen. I, pp. 213-222, pi. IX. 

Foà, Pio. Neue Untersuchungen iiber die Bildung der Ele- 
mentedes Blutes. I. pp. 479-333, pi. XV. 

Gerhardt, C. Ueber Lungenentziindung mit mehrfach unter- 
brochenem Fieberverlauf. III, pp. 307-316. 

Ilansen, G Armauer. Die Aetiologie der Lepra (Studien 
iiber Lepra in Norwegen). III, pp. 61-79. 

Heiberg, Hjahnar. Die primàre Urogenitaltubcrkulose des 
Mannes und Weibes. II, p. 257-293, pi. XII. 

Hertwiq, Oscar. Ueber pathologische Verànderung des Kern- 
theilungsprocesscs in Folge experimenteller Eingriffe. I, pp. 
195-212. 

Ilis, Wilhelm. Offene Fragcn der pathologischen Embryo- 
logie. I, pp. 177-293, pi. VIII. 

Horsley, Victor. Die Function der Schilddriise. Eine histo- 
risch-kritische Studie. I, pp. 367-409. 

Jacobi, A. Thoracopagus Omphalopagus. I, pp. 631-640. 
5 fig. 

Jolly, F. Ueber Polydactylie mit Missbildung des Armes. 
1, pp. 617-630. 



Iwanowski, N. Ueber die pathologischanatomischen Erschei- 
nungen bei ciner in Chankow endemischen Krankleit. III, pp. 
235-250. pi. IV. 

Leyden, E. Beitrage zur topischen Diagnostik der Gehirn- 
krankheiten (aus der I. medicinischen Klinik zu Berlin). III, 
pp. 283-306. 

Lister, Sir Joseph. On the principles of antiseptie surgery. 
III, pp. 259-270. 

Marchand, F. Beitrage zur Kenntniss der normalen und pa- 
thologischen Anatomie der Glandula carotica und der Neben- 
nieren. I, pp. 535-581, 3 fig. 

Metschnikoff, Elias. Beitrage zur verglcichenden Pathologie 
der Entzundung. II, pp. 1-20. 

Miura, Moriharu. Das primarc Riesenzellcnsarcom der Aorto 
thoracica. II. pp. 247-255, pi. XI. 

Mosler, C Fr. Ueber 'die sogenannte Acromegalie (Pachya- 
crie). II, p. 101-151, pi. III. 

Muni;, Hermann. Sehsphare und Raumvorstellungen. I, pp 
355-366. 

Neumann, E. Darmdivertikel und persistirende Dotterge- 
fàsse als Ursache von Darmincarcerationen. II, pp. 323-355, 
pi. XV. 

Nothnayel, H. Ueber eine eigenthumliche pericinose Kno- 
chenerkrankung '"Lymphadenia ossium"). II, pp. 153-176.pl. 
IV-V. 

Paqet, Sir James. On scientific study in the practice of me- 
dicine and surgery. III, pp. 251-257. 

Pekelharing, C. A. Ueber die Bedeutung der Kalksalze fur 
dieGerinnung des Blutes. I, pp. 433-456. 

Popoff, Léo. Ueber die Verschiedenheit des Puises in den 
Radialartcrien (pulsus differens) als ein Sympton der Sténose 
des linken venosen Ostium. III, pp. 333-346, 6 fig. 

Retzius, Gustav. Das Gehirn eines Lapplanders. I, pp. 41- 
56, pi. III-V. 

Rindfteisch, Georg Eduard. Ein einfachstes Iltemochro- 
moskop. III, pp. 385-392. 

Rosenthal, J. Die Warmeproduction im Fieber. Ein Expe- 
rimentalbeitrag zur Ficberlehre. I. pp, 411-431. 

Sangalli, Jacob. Die Metaplasien der krankhaften Gewebe. 

II, pp.' 517-245, pi. IX-X. 

Schutz. Die Lungenseuche-Impfung undihre Antiseptik. III, 
pp. 105-152. 

Schwalbe, G. Beitrage zur Anthropologie des Ohres. I, pp. 
93-144. 1 pi. et 12 fig. 

Semon, Félix. Cie Entwickelung der Lehro von den motoris- 
chen Kehlkopflahmungen seit der Eiftftihrung des Laryngos- 
cop. III, pp. 393-448. 

Senator, H. Ueber Pneumaturie im Allgemeinen und bei Dia- 
bètes mellitus insbesondere. III, pp. 317-332. 

Stieda, Ludwig. Der Gaumenwulst (Torus palatinus) Ein 
Beitrag zur Anatomie des kncichernen Gaumens. I, pp. 145- 
176, pi. VI- VIL 

Stokvis, B. J. Ueber den gegenseitigen Antagonismus von 
Giften undHeilmitteln und die combinirte Wirkunggegenseitig 
antagonistischer Mittel. Nach Versuchen am isolirten Frossch 
herzen. III, pp. 349-377. 

Tizzoni, Guido. Ueber cxperimentellc Immunitat gegen den 
Tetanus. l\l, pp. 29-60. 

Uhthoff, IV. Zur Lehre von dem metastatischen Carcinomder 
Choroides, II, pp. 423-455, pi. XVIII-XIX. 

Virchow, Hans. Der Dottersack des Huhnes. I, pp. 223-333, 
pi. X-XIV et 21 fig. 

Waldeyer, W. Das Gibbon-Hirn. I, pp. 1-40, pi. I-II. 

Wolff, Max. Ueber Vererbung von Infectionskrankheitcn. 

III, pp. 153-186. 

Wood, Iloratio, C. Strychnine as a respiratory stimulant. III, 
pp 379-384. 

Zahn, F. W. Ueber die Rippcnbildung an der freien Oberflii- 
cheder Thromben. II, pp. 199-215, pi. VII-VIII. 

Ziegler, E. Ueber die Ursachen der pathologischen Gewebs- 
neubildungen. II, pp. 21-74. • 

V Ziemssen. Ueber seltnere Formen der Pleuritis. III, pp. 
271-282. 

G. Malloizel. 



L'Albumdes Centres nerveux (1) de MM. Debierre etDouMER, 
se compose de 48 figures schématiques, avec légendes expli- 
catives ; il rendra les plus grands services aux étudiants en 

(1) Félix Alcan, éditeur. 1 vol. in-12 broché, 1 fr. 50, et aux 
bureaux du journal. 



i:«i 



LE NATURALISTE 



médecine pour étudier ou repasser rapidement les difi'érentes 
vues d'ensemble et les coupes classiques du cerveau. Le prix 
très modique de cet album permettra de le prendre comme 
complément de tous les cours d'anatomie et particulièrement de 
l' Album stéréoscopique des Centres nerveux des mêmes auteurs, 
chacune de ses figures correspondant à une des préparations 
représentées dans les photographies stéréoscopiques. 

M. Emile Fehrière publie chez l'éditeur Félix Alcan, sous le 
titre: Plantes médicinales de la Bourgogne, emplois et doses (2), 
un petit opuscule qui sera consulté avec fruit par tous les ha- 
bitants des campagnes du centre de la France. L'auteur, après 
avoir donné l'énumération des plantes formant certaines classes 
médicinales, indique les états morbides et les plantes convenant 
au traitement de certaines affections qui ne peuvent être com- 
battues par les sucs d'herbes, et un autre aux empoisonnements 
et aux contre-poisons. Enfin, M. Emile Ferrière clôt cette bro- 
chure par des conseils hygiéniques sur les soins à prendre 
pour se préserver de certaines maladies infectieuses, et par une 
mise en garde contre les remèdes mystérieux de certains sor- 
ciers villageois, encore trop nombreux. 



ACADÉMIE DES SCIENCES 



Séance du 19 avril. — M. G. Capus signale à l'Académie 
les observations qu'il a pu faire sur le Lœss du Turkestan. 

Séance du 25 avril. — M. Alexis de Tillo adresse à l'Aca- 
démie un tableau de la répartition des terrains occupés par les 
groupes géologiques, d'après les latitudes et les longitudes ter- 
restres. 

Séance du 2 mai. — M. Girard et J. Bonnier ont étudié le 
Cerataspis Petili, crustacé décrit sommairement par Guérin; de 
cette étude résulte qu'on peut rapprocher cette espèce de Pé- 
néides typiques et qu'il appartient évidemment au groupe des 
décapodes. — M. Paul Hallez signale une loi Embryologique 
qui suivant lui domine toute la morphologie des Rhabdocœlidcs 
et des Triclades. — M. Marcel Causard a constaté que chez les 
jeunes araignées le système vasculaire trèspeu ramifié se com- 
plique seulement plus tard ; le sang veineux eircule dans un 
ensemble très étendu de lacunes ; tout le sang veineux du cé- 
phalo-thorax s'hématose avant d'arriver au cœur, une partie 
de celui de l'abdomen revient directement au péricarde et de 
là au cœur sans passer par les poumons. — MM. Bleicher et 
Fliche signalent la présence des Bactryllium dans le trias de 
Meurthe-et-Moselle. 

Séance du 9 mai. —M. G. Pouchet fait connaître à l'Aca- 
démie un échouement de cétacé sur la côte septentrionale du 
golfe Persique dont il a trouvé le récit dans l'auteur grec Arien 
(113 olympiade) ; de la description laissée par Arien. M. G. 
Pouchet conclut qu'il s'agit à coup sûr d'un Môgaptère 
(M. Boops). — M. JJucharlre communique à l'Académie le ré- 
sultat d'études que M. A. Prunel a entreprises sur la constitu- 
tion physiologique des tubercules de pomme déterre dans ses 
rapports avec le développement des bourgeons. En résumé, 
suivant M. A. Prunet, dans les tubercules de la pomme de terre, 
il y a toujours une relation étroite entre la répartition des prin- 
cipes immédiats et des substances minérales et l'aptitude rela- 
tive des bourgeons au développement. — M. A. Noguès signale 
a présence d'anciens glaciers (antérieurs à l'éruption du vol- 
can de Ghillan) dans la Cordillère andine de Chillan (Chili). — 
.1/. /'. Fliche signale à l'Académie la présence d'une feuille de 
Dicotylédone trouvée dans la Gaize, Roche qui forme le faciès 
local de l'albien supérieur dans le nord-est de la France ; cette 
feuille parait appartenir à une espèce du Genre Laurus. 

A. Lug. Mai.akd. 



BIBLIOGRAPHIE 



ZOOLOGIE 

265. Minchin, E. A. Note on a Sieve-Like Membrane 
across the Oscula of a Spccics of Leucosolenia, with 

(1) Une brochure in-18 de 100 pages, 1 IV. 25, et aux bureaux 
du journal. 



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sur le système nerveux des Capépodes libres, d'eau 
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The Zoologist. 1892, pp. 400-105. 

279. Shipley, A. E. On Onchnesoma Steenstrupii. PL IX. 

Quart. Journ. Microsc. Sci. 1892, pp. 233-250. 

280. Steere J.-B. The Island of Mindero, fig. et PL XXVI. 

Bos Mindorensis. 

Americ. Naturalisa Dec. 1891, pp. 1041-1054. 

281. Targioni Tozzetti, Ad. Aonidia Blanchardi, nouvelle 

espèce de Cochenille du dattier du Sahara. 
Mém. Soc. Zool. de France. 1892, pp. 69-82. 

282. Topsent, E. Eponges de la Mer rouge. PL I. 

Mém. Soc. Zool. de France. 1892, pp. 21-29. 

283. Villard L. Description d'un Cérambycide nouveau, du 

Japon. 

Clytus Villioni. 

Bull. Soc. Entomolog . de France. 1892, pp. 51. 

284. Valenti Gr. Contribution à l'histogenèse de la cellule 

nerveuse et de la névroglie du cerveau de certains 
poissons chondrostéiques. 
Arch. Ital. de Biol. 1891, pp. 247-252. 

285. Vitalis Millier. Ueber die Entwicklungsgeschichte 

und feinere Anatomie der Bartholini'schen und Cow- 
pcr'schen Drus 211 des Menschen. 

Arch. Mikrosk. Anat. 1892, pp. 33-54. 

286. Weldon, W. F. R. The Formation of the Germlayers 

in Cramgon vulgaris. PI. XX-XXII. 
Quart. Journ. of Microsc. Sci. 1892, pp. 343-364. 

287. Ziegler, E. et Ziegler, R. Beitrage zur Entwickelung 

sgeschichte von Torpédo. PL III-IV. 
Arch. Mikrosk. Anat. 1892, pp. 56-102. 

G. Malloizel. 

Le Gérant: Emile DEYROLLE. 

PARIS. — IMPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17. 



14 e ANNÉE 



2 e SÉRIE — W l^y 



lu JUIN 1892 



LE COYPOU (Myopotamus coypus, Geofl.) 

RONGEUR DE L'AMÉRIQUE MÉRIDIONALE 



On voit actuellement au Jardin Zoologique d'Acclima- 
tation, près de la Pisciculture, huit exemplaires d'un 
curieux animal. Les visiteurs pourraient prendre ce 
Mammifère pour un Castor ordinaire ou pour un énorme 
Rat; quelques points communs les y autoriseraient. 

Le Myopotame coypou (M. coypus Geoff. ou M. bonarien- 
sisCuv.) (1), dont on voit ci-dessous le dessin, est appelé 
vulgairement Castor des marais, bien qu'il ne soit nulle- 
ment un véritable Castor. Cependant sa forme, son genre 
de vie aquatique et les terriers qu'il se creuse, l'en 



En liberté, c'est un habitant des rives des fleuves, des 
bords des marais ou des lacs ; il y creuse des souterrains 
profonds de près d'un mètre où il se reproduit. On le 
rencontre le plus souvent par paires. 

Brehm nous dit que le Myopotame nage très bien mais 
qu'il est un faible plongeur. La petite société, qui prend 
journellement ses ébats dans les bassins du Jardin d'Ac- 
climatation, m'a prouvé qu'elle nage et qu'elle plonge 
aussi à merveille. Dans les deux parcs qui leur sont ré- 
servés, ces animaux se tiennent volontiers à terre mais 
vont à l'eau à chaque instant. Il a fallu asphalter le sol 
pour empêcher leur évasion souterraine. 

Le meilleur moment pour les observer c'est l'heure du 
repas. Des carottes forment leur nourriture journalière 
en captivité. Les Coypous prennent ces racines avec leurs 




LE MYOPOTAME COYPOU 



rapprochent. Mais son organisation intérieure l'en éloi- 
gne. Extérieurement le Myopotame ressemble au Rat 
surtout par sa queue annelée et écailleuse. Il diffère 
pourtant du Rat par son squelette. Classé parmi les 
Rongeurs dans les Octodontidx, le Myopotame coypou 
(c'est probablement l'unique espèce aujourd'hui vivante) 
a, en moyenne, 50 centimètres de taille et 30 à 35 centi- 
mètres de hauteur. On assure que l'on voit parfois des 
mâles très vieux qui atteignent un mètre de longueur. 
Le dessus du corps, de couleur variable, est d'un brunâtre 
assez sombre chez les spécimens du Jardin du bois de 
Boulogne ; on rencontre quelquefois, paraît-il, des pelages 
jaunes, grisâtres, marqués de couleur plus pâle ou encore 
entièrement roux. L'extrémité du museau et les lèvres 
sont toujours blanchâtres. Tels sont en résumé les carac- 
tères généraux du Coypou. Grâce à ses membres posté- 
rieurs beaucoup plus développés et plus vigoureux que 
ceux de devant, il est suffisamment adapté à la vie aqua- 
tique. Mais il vit généralement hors de l'eau. 

(1) Règne animal I. p. 214. 

LE NATURALISTE, rue du Bac, 46, Paris. 




pattes de devant pour les croquer. Au moyen de leurs 
fortes incisives, ils tranchent les plus gros morceaux. 
Surtout lorsqu'ils mangent, on les voit se tenir assis, 
comme la Marmotte ou le Rat, leur queue servant de 
point d'appui. Parfois, un Coypou dispute une carotte 
à son voisin, l'emporte pour la manger presque sous 
l'eau. Il nage en ramant surtout des pattes de derrière; 
si celles de devant font le même mouvement, elles ser- 
vent encore à le guider. Souvent, le dessus du corps et 
la nuque émergent à la surface. Mais quand l'animal 
plonge, on peut le suivre au fond de l'eau, il avance vite. 
Cependant son agilité est inférieure à celle de la Lou- 
tre. 

Dans certaines régions de sa patrie, on a confondu le 
Myopotame avec une Loutre américaine (Luira paranemis 
Reng.). Azara, en relevant le fait, nous rappelle que le 
nom de Coypu est plutôt chilien. Dans l'Argentine, on 
ne le désigne jamais ainsi. Les indigènes l'appellent 
comme la Loutre Nulria. Cette confusion a fait qu'un 
observateur assura avoir vu déjeunes Myopotames dres- 
sés pour la pêche. Or ces Rongeurs n'ont aucun goût 



138 



LE NATURALISTE 



pour les Poissons et ne seraient d'ailleurs nullement 
organisés et assez prompts pour les capturer. Arrivons 
maintenant à la distribution géographique du Coypou. 
H. Burmeister nous rapporte dans ses Voyages (1) qu'il 
rencontra le Myopotame en compagnie du Lobo {Luira 
paranensis), tous deux en nombre, dans le bassin méri- 
dional et occidental du Rio de la Plata. Ce naturaliste 
observa à maintes reprises notre Rongeur sur les bords 
du Paranâ et vers les lacs et les immenses lagunes des 
Pampas de cette contrée. Mais, d'une manière générale, 
son habitat s'étend dans la zone tempérée de l'Amérique 
du Sud, soit dans l'Argentine et dans le centre du Chili, 
de l'Atlantique au Pacifique, suivant Brehm qui nous 
fixe sa dispersion entre le 24° et le 43° de latitude aus- 
trale, en ajoutant que l'espèce n'a pas été signalée au 
Pérou ni dans la Terre de Feu. Nous ignorons si elle a 
été réellement vue dans le Sud de la Palagonie. 

On chassait principalement le Myopotame pour sa 
peau dont le duvet, serré et fin, sert à fabriquer des cha- 
peaux. Sa chair est bonne. 

D'après les indications officielles (Brehm) en 1827, la 
seule province d'Entre-Rios dans l'Argentine exporta 
300,000 peaux en Europe. En 1830 on en a fourni à l'An- 
gleterre 50,000; tous ces animaux étaient tués aux envi- 
rons de Buenos-Ayres et de Montevideo. Aujourd'hui le 
Myopotame a tellement diminué que ce commerce ne 
doit plus exister. Dans la République Argentine on le 
protège maintenant, decrainte qu'il ne disparaisse comme 
le Castor devenu si rare en Europe. 

La Nutria que mentionne A. E. Brehm, d'après les 
renseignements des pêcheurs aux îles Chiloë, se rapporte- 
t-elle à ce genre? Serait-ce une espèce distincte particu- 
lière à ces îles? Il n'est guère possible de trancher cette 
question, mais tout porte à croire qu'il s'agit très proba- 
blement d'une Loutre. 

Dans le tertiaire supérieur de l'Argentine, formation 
patagonienne de d'Orbigny, on n'a pas rencontré jus- 
qu'ici le Coypou à l'état fossile. Il est probable qu'on l'y 
découvrira un jour ou l'autre. Mais le D r Lund a décrit 
une espèce très voisine (Myopotamus antiquus) (2) qui 
vivait au Brésil, à Clamàndola. 

F. DE SCHAECK. 



Suites à la Flore de France 

DE GRENIER ET GODRON 

(Suite.) 



Le Sideritês hyssojnfolia L., très bien caractérisé 
dans la Flore de France de Grenier et Godron, 
comporte les variétés suivantes : 

Var. longicaulis (S. longicaulis Fourr). — Plante 
élevée, forte, à épis larges, courts, ovales-coniques 
ou subcylindriques, à verticilles imbriqués ; feuilles 
glabrescentes, relative nent larges, oblongues- lan- 
céolées ou oblongues-linéaires, + déniées dans la 
moitié supérieure. — Habite le haut Jura, les Alpes, 
les Pyrénées; descend dans la région basse à Lyon, 
Francheville, Saint-Vallier, etc. 

(1) lieisedurch die La Mata-Slaaten, 1857-1860. I, p. 60; II, 
p. 416. 

(2) Annales del Mmeo pûblico de Buenos-Aires, I, p. 146. 



Var. Pyrenaïca (S. Pyrenaïca Poir., S. crenata 
Lapeyr. pro parte, S. alpina Pourr., Vilî. pro 
parte) — Plante verte à rameaux ascendants ou 
couchés et à grappes courtes, ovoïdes, compactes, 
ne s'allongeant pas après l'anthèse ; feuilles poilues, 
les inférieures ovales-oblongues, obtuses, les supé- 
rieures plus étroites, dentées ou presque entières. 
— Pyrénées, du val d'Eynes et du Gapsir aux 
Basses-Pyrénées. 

Var. genuina{S. hyssopifolia L. !, S.hyssopi- 
folia L. var angustifolia Willk; S. lucidah Gay; 
S. stricta Fourr.). — Diffère de la variété précé- 
dente, avec laquelle elle croît dans les Pyrénées 
centrales, par ses épis un peu plus longs, subcylin- 
driques, moins compactes, a verticilles parfois non 
contigus ; feuilles sensiblement plus étroiles, toutes 
ou la plupart entières. — Alpes et Pyrénées cen- 
trales. — Espagne : Catalogne et Vieille-Castille. 

Var. glacialis (S. glacialis Boiss. ; S. scordioides 
var. Boissieri Webb; S. scordioides var. vestita 
Boiss.). — Plante d'un vert blanchâtre à villosité 
abondante; rameaux ascendants; épis courts, 
ovoïdes ou subglobuleux, compactes ; feuilles poi- 
lues, blanchâtres, linéaires-oblongues ou linéaires, 
toutes entières; spinules des feuilles florales et 
acumen des dents du calice faibles, à peine épineux ; 
corolle unicolore. — Espagne : hautes montagnes 
de l'Andalousie. 

Var. zirescens (S. glacialis var. virens Willk., 
S. scordioides var. alpina Boiss.). — Diffère de la 
variété glacialis par ses feuilles parfois un peu den- 
tées, la villosité bien moins fournie, la coloration 
glaucescente de la plante, les épis un peu plus al- 
longés (ovoïdes ouoblongs), à verticilles moins con- 
tigus, la corolle livide à la gorge. — Espagne : hautes 
montagnes de l'Andalousie. 

Le S. scordioides L. comprend quatre variétés : 
\&v.elongata Benth. , (S. fœtida Hoir.). — Plante 
de taille élevée (4-6 décim.), d'un vert gai, glabres- 
cente, à épis très longs (8-20 centim. !); verticilles 
tous écarlés, multiflores, verts, glabrescents ou 
pubescents, mais non poilus ou velus; feuilles vertes, 
elliptiques ou lancéolées-oblongues, obtuses, lon- 
guement atténuées à la base, profondément dentées 
depuis la base du limbe, à dents fortes, obtuses- 
arrondies.non mucronées ; feuilles florales très larges, 
semi-orbiculaires, à dents épineuses n'atteignant 
pas le sommet des calices. — Port général d'un 
S. hyssopifolia de grande taille, dont il se dislingue 
par la forme des feuilles, les épis très allongés et à 
verticilles tous écartés. La forme des feuilles, les 
florales et les calices épineux, la corolle à lèvre supé- 
rieure large, bilobée, le différencient encore mieux 
du S. Guillonii. — Hab. Espagne : Navarre (Du- 
four); monts de Tolède, à Emperador (Bouy). 

Var. suffruticosa Rouy (S. sitffruticosa Pourr.). — 
Plante basse (1-2 décim.), trapue, d'un vert foncé, 

tiges épaisses, simples ou peu rameuses, couvertes 

i 



LE NATURALISTE 



139 



de poils blancs crépus; épis courls (2-5 centim.) à 
verlicillcs rapprochés mais distincts, 6-flores, poilus 
ainsi que les feuilles florales largement ovales-aiguës 
atteignan ou dépassant le sommet des calices; 
feuilles lancéolées ou linéaires-oblongues, dentées 
ou deniiculées, à dents ou denticules aigus dans les 
feuilles inférieures et acumines ou subcuspidés dans 
les supérieures, quelques-unes rarement entières, 
toutes glabres ou glabrescentes en dessus et pubes- 
centes en dessous, seulement sur les nervures. — 
Hab. Espagne [sec. Pourr et Willk.); province 
d'Alicante, au cap de laNao(Rouy). 

Var genuina. Willk. (S. scordioides L.). — Plante 
de 1-3 décim., ti^es ± tomenteuses, blanchâtres, 
simples ; épis (de 5-8 centim.) à verticilles dis incts, 
écartés, à entrenœuds égalant les feuilles florales ou 
un peu plus longs, 6-flores ; feuilles planés, lâche- 
ment dentées, à dents obtuses ou aeutiuscules, non 
mucronées ni acuminées, pubescentes ou velues, les 
tlorales atteignant presque le somraei des calices à 
dents ia pi part inégales. — Hab. De Montpellier 
à Perpignan. — Ne paraît pas avoir été encore ren- 
contré en Espagne. 

Var. Cavanillesii Willk. (S. scordioides Cav. ; 
S. Cavanillesii Lag. ; S. hirsuta \&v. Cavanillesii 
Benlh.). — Plante de 1-2 décim. ; tiges ascendantes 
ou dressées, simples ou très ram uses; feuilles pro- 
fondément dentées, souvent ondulées, à dents ai- 
guës toutes, ou au moins la terminale, acuminees- 
épineuses ou mucronées; les florales, orbiculaires- 
cordées, n'atteignant pas le somme des calices à 
dents presque égales : épis lâches à verlicilles 
6-florcs, écartés, plus courts que les entrenœuds. 
Les feuilles de celte variété sont tantôt larges, rela- 
tivement grandes, à villosité cendrée, apprimée 
(S. chamœdrgoides Duf.), tantôt plus petites, for- 
tement ondulées (S. crispata Willd). — Hab. 
Espagne : Catalogne, Aragon, < astilles. Valence, 
Gibraltar. — France: Aude: Ile Saint-Martin près 
Gruissan (herb. R., leg. Gaston Gautier) et Pechde 
VAgnel près Narbonne [herb. R., leg. Rouy). — Le 
S. Cavanillesii avait déjà été indiqué par J Gay 
(Coron. Endressii) aux environs de Narbonne, et 
c'est à ort que Timbal-L*grave h rapporté la plante 
vue par Gay au S. tomentosa Pourr. ; le S. Cavanil- 
lesii Lag., appartient bien à la flore française, et, 
mieux connu, sera certainement trouvé dans les 
Corbières et les Albères orientales (1). 
Le S. hirsuta présente six variétés : 
^ Var. angustijolia Willk.- Plame verte, couverte 
d'un tormentum court apprime; feuilles incisées- 
dentées. étroitement lancé lées-oblongues; dents 
des feuilles florales et du calice un peu plus spines- 
centes que dans les autres variétés (forme m ppro- 
chan le S. hirsuta de la var. Cavanillesii du 



(1) La variété pusilla Lge du S. scordioides n'appartient pas 
a cette espèce ; elle rentre dans la variété oblongifolia Rouy 
{Excursions bot. en Espagne en 1881 et 1882, p. 82), du S. leu. 
cantha Cav. 



S. scordioides) . — Hab. Espagne : Navarre, Ara- 
gon, Nouvelle-Castille, Andalousie. 

Var. Australis Rouy. — Fiante verte de taille 
élevée (4-5 décim.) à tiges fortes, ± tomenteuses, 
simples ou rameuses; feuilles un peu plus larges 
que dans la variété précédente; verticilles florifères 
très écartés; calices petits (6-7 mjllim.}, à dents 
courtes, non épineuses, dépassant peu ou point les 
feuilles florales très larges, dentées-acuminées, spi— 
nuleuses, non ciliées-subulées. — Hab. Espagne: 
prov. de Cadix. 

Var. genidna (S. tomentosa Pourr., S. hirsuta 
Cav.. S. scordioides var. lanata Benth. Catal. 
Pyrén.). — Tiges et rameaux tomenteux-blan- 
châtres, feuilles±tomenteuses, toujours longue- 
ment poilues, plus larges que dans la variété pré- 
cédente et ré iculées-bulleuses, ovales-elliptiques, 
atténuées en pétiole, à dénis obtuses ou acutius- 
cules; les florales petites, ovales spinuleuses à dents 
molles, non épineuses, la terminale plus large, 
arrondie-mucronée ; dents du calice courtes : co> olle 
à lèvre supérieure rosée. Hab, assez abondant dans 
le centre et l'est de YEspagjie, du nord au sud. 
— France: Gard, Hérault, Aude à d'a>sez nom- 
breuses localités. 

Var. Provincialis {S. Provincialis Jord. et 
Fourr.). — Plante de 1-4 décimètres, d'un vert 
blanchâtre, poilue mais non tomenteuse ; tiges as- 
cendantes ou couchées, épaisses, simples ou ra- 
meuses; feuilles ovales-oblongues ou ohovales, 
veinées, réticulées, à dents inégales, aiguës; les 
florales un peu plus larges et plus longues que dans 
la variété genuina, à dents spinescentes ainsi que 
celles du calice ; verticilles plus rapprochés mais 
distincts, en grappe allongée, interrompue, rare- 
ment presque contigus et en épis courts. — Hab. 
France : Vaucluse, Bouches-du- Rhône, Var, Basses- 
Alpes (Alpes-Maritimes?). 

Var. Ruscinonensis(S. Endressi Wil'k.,£. Rus- 
cinonensis Timb., S. hirsuta var. bracteosa Willk.). 
— Plante de 2-4 décimètres, d'un vert pâle, ± cou- 
verte de poils longs et crépus ; tiges ligneuses, ascen- 
dantes ou dressées, nombreuses et formant un 
buisson; feuilles vertes, relativement larges ovales- 
oblongues, obtuses et a dents obtuses, les florales 
très larges, embrassantes, cordiformes, subépineuses; 
verticilles gros, multiflores, les inférieurs écartés, 
disposés en épi allongé, interrompu à la base et ter- 
miné au sommet par des bractées ayant des fleurs 
avortées à leur aisselle; calices grands à divisions un 
peu inégales, terminées par une spinule for e. — 
Hab. France: Aude (îles de Leucate et de Fitou, 
(S. littoralis Timb. et Gaut.), Corbières, etc.); — 
Pyrénées-Orientales : Roussillonet Albères orien- 
tales. — Espagne : Catalogne, Valence (Léon?). 

Var. chamœdrifolia (S. chamœdrifolia Cav.). — 
Plante de 1-3 décimètres, d'un vert gai, glabres- 
cente, à l'exception des tiges ± couvertes de poils 
crépus; feuilles petites, oblongues-spatulees, Ion- 



140 



LE NATURALISTE 



guement atténuées, peu profondément dentées, à 
dents obtuses; les florales courtes ou très courtes 
(toujours sensiblement plus courtes que les calices), 
à dents courtes acuminées, non cuspidées; verti- 
cilles petits, ± rapprochés ; calices petits (4-6 mil- 
lim.), à dents molles, non spinuleuses. — Hab. 
Espagne : prov. de Valence. 

(A suivre.) G. Rouy. 



L'ÉVOLUTION SEXUELLE DANS L'ESPÈCE MAINE 



(i) 



La question que M. Sicard s'est proposé de traiter intéressera 
vivement les personnes qui ne veulent pas rester absolument 
étrangères aux choses de la science, d'autant plus que l'his- 
toire de l'évolution sexuelle se rattache à des circonstances qui 
jouent un rôle important dans la vie de chacun. S'il est un fait 
banal et bien connu de tout le monde, c'est qu'entre l'homme 
et la femme il existe des différences physiques et morales con- 
sidérables, différences que chacun apprécie, suivant ses idées 
et son éducation, dans l'autre sexe. Ces différences portent sur 
la plupart des organes du corps dont elles modifient en même 
temps l'allure, la taille, etc. ; elles sont tout aussi nombreuses 
et importantes dans le domaine de la vie psychique, et font 
que la femme ne pense pas, ne raisonne pas, ne sent pas comme 
l'homme. Enfin, à côté de ces différences innées, en quelque 
sorte forcées, il en est d'autres que la civilisation et l'éduca- 
tion ont créées et que chacun modifie comme il l'entend dans 
le but quelquefois très lointain, parfois très caché, mais toujours 
réel de plaire à l'autre sexe ; à cet ordre de faits se rattachent 
le goût de la parure, la recherche des ornements plus ou moins 
variés, l'assujettissement à la mode, etc. Ces différences, in- 
nées ou voulues, constituent dans chaque sexe un ensemble 
de caractères qu'on appelle les caractères sexuels secondaires. 
M. Sicard s'est proposé d'en rechercher l'évolution dans l'es- 
pèce humaine et d'en trouver l'origine et l'explication en les 
étudiant, d'abord chez les animaux, puis dans les races hu- 
maines les plus inférieures, pour s'élever enfin jusqu'à l'homme 
civilisé, chez lequel les caractères sexuels secondaires sont si 
hautement développés et ont, en somme, une importance con- 
sidérable dans la vie ordinaire. 

Avant d'aborder cette étude, M. Sicard met d'abord en 
quelques chapitres le lecteur au courant de l'état actuel de 
nos connaissances sur l'origine des êtres vivants et sur la dif- 
férence entre la reproduction asexuelle et la reproduction 
sexuelle. Il s'occupe ensuite du développement général de 
l'embryon aux dépens de l'œuf fécondé ; puis abordant l'étude 
des organes génitaux, il montre comment s'est effectuée la sé- 
paration des sexes, et comment elle a remplacé l'hcrmaphro- 
ditisme primitif des êtres inférieurs. 

Les chapitres suivants se rapportent plus spécialement à 
l'évolution sexuelle. Chez les animaux inférieurs, les mâles et 
les femelles se ressemblent complètement, et il n'existe aucun 
caractère extérieur qui permette de les distinguer. Mais chez 
les animaux plus élevés en organisation, les différences sexuelles 
sont accompagnées de particularités qui portent sur d'autres 
parties de l'organisme et qui souvent n'ont aucune relation 
apparente avec les fonctions de la génération. Ces particula- 
rités, qui constituent les caractères sexuels secondaires, ne 
s'observent pas dans le jeune âge et ne se développent que 
plus tard. En général, ces caractères sont plus accusés chez les 
mâles, et c'est chez eux surtout que l'on observe les élytres 
brillantes, les riches plumages, les pelages variés, et tous ces 
appareils élégants que, chez les Insectes, les Oiseaux et les 
Mammifères, les mâles déploient devant les femelles pour les 
charmer. Le lecteur trouvera dans l'ouvrage do M. Sicard des 
renseignements intéressants sur la lutte entre les mâles pour 
la possession des femelles et sur les armes dont ils disposent, 
sur les moyens employés par eux pour appeler le choix des 
femelles : parure, couleur, musique, odeurs, etc., mis en jeu 
par ce que l'on peut nommer l'instinct sexuel. 

(I) Un volume avec 91 figures dans le texte. Prix : 3 fr. 50. 
Chez J.-B. Baillière, éditeur, et aux bureaux du journal. 



Mais quel est le pourquoi de ces phénomènes? Darwin a 
montré que les caractères sexuels s'expliquent par la mise en 
jeu d'une forme particulière de sélection qu'il appelle la sélec- 
tion sexuelle, et dont le résultat est que les animaux les plus 
beaux et les plus forts sont seuls admis à se reproduire, tandis 
que les autres sont mis hors de combat par leurs concurrents, 
ou écartés par les femelles. 

Il n'en a pas été autrement chez l'homme pendant les premiers 
âges de l'humanité, et actuellement encore on trouve dans cer- 
taines de ses habitudes des ressemblances curieuses avec ce qui 
s'observe chez les animaux, qui indiquent que leur essence est 
la même. Ainsi, chez les peuplades sauvages, la recherche de 
la femme s'accompagne souvent d'actes qui rappellent ceux 
dont certains animaux nous rendent témoins (combats, tournois, 
capture de la femme, enlèvement symbolique). De même chez 
les races inférieures, les différences sexuelles externes entre 
l'homme et la femme ont une importance restreinte et les pro- 
cédés employés par un sexe, pour charmer l'autre (tatouage, 
peinture du corps, combats, déformations de certains organes) 
sont encore rudimentaires et rappellent parfois ce qui se passe 
chez les animaux. 

Mais à mesure que la race se perfectionne, les caractères 
sexuels secondaires atteignent un haut degré de différenciation 
et affectent l'organisme tout entier, non seulement dans sa 
forme et sa constitution, mais dans les manifestations de sa 
vie psychique. Ces différences qui tiennent à la sexualité ont 
pour effet, en s'accentuant, de rendre l'homme et la femme de 
moins en moins semblables, et de réaliser, pour chacun d'eux, 
un type spécial, type viril pour l'un, type féminin pour l'autre. 

M. Sicard étudie très complètement les différents caractères 
sexuels secondaires en les rapportant d'après leur siège ou leur 
nature aux chefs suivants : forme et apparences extérieures, 
squelette, système musculaire, cerveau, organes des sens, cons- 
titution mentale. 

Les caractères sexuels secondaires propres à chaque sexe se 
développent vers l'époque de la puberté : aussi l'on remarque 
que les deux sexes, après s'être ressemblés dans le jeune âge, 
s'écartent de plus en plus l'un de l'autre par le développement 
de leurs attributs spéciaux, et conservent leur physionomie 
tant que dure l'activité génitale, puis qu'ils se rapprochent dans 
la vieillesse par une ressemblance due à la perte de leurs attri- 
buts les plus caractéristiques. Mais lorsque ces conditions na- 
turelles du développement de la sexualité sont troublées ou 
arrêtées, les différences sexuelles s'effacent; dans un chapitre 
fort intéressant sur les modifications et anomalies de la sexua- 
lité, M. Sicard indique les effets produits par ces troubles et ces 
arrêts (hermaphroditisme, féminisme, etc.). 

La conclusion qui se dégage de cette étude est que « l'évo- 
lution sexuelle de l'homme, envisagée soit dans l'espèce, soit 
dans l'individu, montre que la différenciation des sexes est 
en rapport avec le degré de supériorité auquel il est parvenu; 
il y a progrès quand il y a entre les sexes plus de dissem- 
blances. Il est conforme à la loi naturelle que l'homme et la 
femme, n'ayant pas la même organisation, aient chacun, dans 
la vie sociale comme dans l'association formée en vue de la re- 
production, un rôle différent. Tout ce qui peut avoir pour 
effet de diminuer leurs caractères distinctifs et de les assi- 
miler entre eux est en opposition avec les données de la 
science biologique. » 

Kœhler. 



LES CRIQUETS EN ALGÉRIE 



M. Charles Brongniart nous communique la note suivante : 

« On vient de découvrir un Diptère, YIdia fasciata Meig de la 
tribu des Muscidcs, dont les larves détruisent en grand nombre 
les œufs des criquets pèlerins en Algérie. Mon collègue, 
M. Kunckel d'Herculais, qui est spécialement charge de re- 
chercher les moyens les plus propres à la destruction de ces 
orthoptères, avait déjà signalé la Sarcophaga clathrata comme 
détruisant sous la forme larvaire les œufs des criquets pèle- 
rins. 

« Uldia fasciala est un diptère très voisin du précédent. 

D'après la Dépêche algérienne du A juin, ces larves qui, l'an 
dernier, ont coopéré pour une large part à la destruction des 
œufs, notamment en Kabylie et même au Jardin d'essai, jouent 
cette année un rôle plus actif encore, et, de toutes parts, on si- 
gnale leur bienfaisante intervention. 



LE NATURALISTE 



141 



« M. Kiinckel s'est rendu à Chéragas pour étudier la question 
sur place; en compagnie de M. le docteur Bordo, maire de 
Chéragas, il a pu suivre les évolutions des mouches qui vol- 
tigent autour des criquets accouplés, ou se posent près d'eux 
en attendant la fin de la ponte ; cette ponte faite, ils insinuent 
leur long oviducte jusqu'à l'épi formé pour les œufs des cri- 
quets, au centre duquel elles déposent quelques très petits 
œufs d'un blanc éclatant, dont la couleur tranche sur le gris 
des œufs des criquets pèlerins. Ces vers ne tardent pas à 
éclore et à dévorer les œufs qui les entourent; si la provision 
ne suffît pas à leur développement, ils sortent la nuit et 
fouillent lo sol pour chercher aux alentours les pontes qu'ils 
peuvent dévorer. 

« La proportion des larves dans les gisements varie de 50 à 
75 0/0. 

« Les champignons parasites que nous avions signalés l'année 
dernière sont, cette année, plus nombreux aussi et empêchent la 
ponte dans bien des cas, ou bien les femelles manquant de 
force pondent sur le sol et leurs œufs sont desséchés par le so- 
leil. 

« De tous ces faits il résulte que les criquets qui envahissent 
en ce moment le nord de l'Algérie ont de nombreux ennemis 
naturels qui aideront nos vaillants colons à détruire ces dé- 
vastateurs de leurs récoltes. 

« Mais nous insistons sur le fait, que nous avons indiqué il y a 
quelques mais, à savoir que l'on devrait propager artificielle- 
ment les champignons parasites et les Diptères parasites dans 
le sud de l'Algérie, afin d'empêcher les criquets d'arriver dans 
les régions cultivées de notre belle colonie. » 



REMARQUES SUR L'APPLICATION OE LA LOI DE PRIORITÉ DANS 
LA NOMENCLATURE ZOOLOGIQUE 



§ 1. — L'application stricte de la loi de priorité rencontre 
parfois des cas si difficiles, que l'arbitraire seul peutles résoudre. 
Nous en avons un exemple à l'égard des noms de genres 
donnés par Rafinesque aux Poissons de l'Ohio et de ses 
affluents. Les uns sont basés sur des types réels, que l'auteur 
de Ylchlhyologia ohiensis a eu sous les yeux ; d'autres ne 
reposent que sur des informations fantaisistes, provenant de 
personnes étrangères à la science « pour rire un brin » aux 
dépens du « savant ». Des naturalistes contemporains de 
Rafinesque ont pu se convaincre, à l'aide de documents authen- 
tiques, que ce dernier avait été le jouet de nombreuses mysti- 
fications, jeu d'esprit auquel se livraient les premiers colons, 
qui regardaient la culture de l'histoire naturelle comme un 
passe-temps sans applications pratiques. Ceux-ci racontaient 
ou écrivaient à Rafinesque que dans la région qu'ils habitaient, 
le fleuve nourrissait tels ou tels poissons, portant tels ou tels 
caractères. Or, l'auteur de VIchthyologia ohiensis ne retrouvant 
pas ces soi-disant caractères sur les Poissons à sa con- 
naissance, créait sur ces données des genres nouveaux. Et 
c'est de cette façon que prirent naissance nombre de genres, 
dont les types ont été vainement recherchés. Les populations 
actuelles, disons-le à leur louange, appréciant à leurjuste valeur 
les bienfaits de la science, n'abusent plus de ce travers d'esprit, 
et lorsque de nos jours elles se livrent à quelques plaisan- 
teries analogues, ces dernières n'entraînent pas à des consé- 
quences aussi fâcheuses. ^ 

Des ichthyologistes consciencieux, venus après Rafinesque, 
ont fait de louables efforts pour déterminer les espèces et les 
genres consignés dans VIchthyologia ohiensis. Kirtland, entre 
autres, qui habitait sur les bords du fleuve, a fait tout ce qui 
était scientifiquement possible à cet égard. Un bon nombre de 
types ont été déterminés et caractérisés à nouveau par Kirtland ; 
mais pour une certaine partie d'entre eux, cet auteur a déclaré 
y renoncer comme à une impossibilité. 

L. Agassiz s'était préoccupé de cette question avant de 
quitter l'Europe. Il écrivait au prince de Canino, avec lequel 
devait s'effectuer le voyage en Amérique : « Votre idée d'une 

« ichthyologie américaine illustrée est excellente Je crois 

« aussi qu'il y a une justice, à rendre à Rafinesque. Quelque 
« pitoyables que soient souvent ses descriptions, il n'en a pas 
« moins été le premier à reconnaître la nécessité de multiplier 
« les genres en ichthyologie, et cela à une époque où la chose 
« était beaucoup plus difficile que de nos jours. Plusieurs de 
« ses genres ont même la priorité sur ceux qui sont acceptés 



« actuellement, et je crois qu'aux États-Unis il serait plus 
« facile qu'ailleurs de retrouver une partie des matériaux sur 
« lesquels il a travaillé. » 

Effectivement, c'était dans le bassin de l'Ohio qu'il fallait 
se rendre pour mener à bien pareilles recherches. Agassiz ne 
se doutait pas qu'elles se poursuivaient, à cette même époque, 
par le D r Kirtland dont nous venons de parler. 

Dès son arrivée aux Etats-Unis et après avoir pris connais- 
sance des travaux de Kirtland, Agassiz n'entrevit plus la pos- 
sibilité de restaurer tous les genres de Rafinesque. L'examen 
d'une collection de poissons, du bassin de l'Ohio, que lui 
soumit le professeur Baird, le digne émule de Kirtland, ne fit 
qu'augmenter ses scrupules à cet égard. Néanmoins, dans 
deux mémoires subséquents, Agassiz rétablissait quelques-uns 
des genres en question. 

Appelé vers la même époque à faire un rapport sur les col- 
lections de poissons recueillis par les ingénieurs chargés d'ex- 
plorer la contrée qui s'étend du bassin du Mississipi à l'océan 
Pacifique, en vue de l'établissement de voies ferrées transcon- 
tinentales, nous nous trouvâmes en présence de la même ques- 
tion. Voici ce que nous en disons dans l'avant-propos : « Ces 
deux mémoires (ceux d'Agassiz), tout en anticipant sur quel- 
ques-uns des résultats auxquels nous sommes arrivés, ont été 
néanmoins les bienvenus, et nous ne pouvons que regretter 
que la deuxième partie du « Synopsis » n'ait pas encore paru 
au moment où nous écrivons. Dans chacun de ces mémoires 
l'auteur s'est efforcé de restaurer des genres longtemps oubliés, 
abandonnés qu'ils furent du fait de leur incertitude, et s'ils 
n'étaient pas entrés jusqu'ici dans la nomenclature courante, 
cela tenait à leur imperfection même, plutôt qu'à la partialité 
des naturalistes. Car il n'est pas difficile de se représenter 
l'embarras dans lequel on se trouve, en présence d'un texte 
tout aussi obscur dans l'esprit de son auteur que pour ses 
commentateurs. 

« Et cependant, nous avons toujours considéré comme dési- 
rable la restauration des genres de Rafinesque, du moment que 
leurs noms avaient été introduits dans la science. Mais pour 
le faire en connaissance de cause, il était nécessaire de se 
transporter dans les localités explorées par Rafinesque lui- 
même, son ouvrage à la main, pendant toutes les saisons, et 
même durant plusieurs années consécutives pour arriver à dis- 
tinguer le réel de la part qui revenait à l'imagination. 

« Le fait que VIchthyologia ohiensis a été, et demeure encore 
une pierre d'achoppement, a été mis en pleine évidence par la 
circonstance que le D r Kirtland, l'ichthyologiste de l'Ohio, 
malgré un zèle et une persévérance infatigables, a échoué en 
maints essais dans la détermination des genres et des espèces 
rafinesquiens. 

« Les genres et les espèces ainsi restaurés par Agassiz 
pourraient ne pas recevoir l'assentiment de tous les ichthyo- 
logistes, comme solution définitive de cette question épineuse. 
Quoi qu'il en soit, que leur identification soit exacte ou erronée, 
quant aux types primitifs, nous désirons sincèrement qu'ils 
soient adoptés, une fois pour toutes, tels qu'ils sont maintenant 
caractérisés par les commentateurs. 

« Les circonstances ayant voulu que notre travail parût 
avant l'achèvement du a Synopsis » d'Agassiz, nous avons cru 
devoir rétablir le restant des genres de Rafinesque. » 

On le voit, la bonne foi et la sincérité ne suffisent pas tou- 
jours dans l'application de la loi de priorité et parfois l'ar- 
bitraire est appelé à intervenir. 

§ 2. — Il est d'autres cas, plus fréquents qu'on ne le pense, 
où, pour des motifs personnels, il n'est tenu aucun compte de 
la justice et de la tradition. 

Ainsi, Artédi, précurseur de Linné, en instituant le genre 
Cottas (1738), répartissait les espèces dans deux groupes de 
la manière suivante : 

Capite diacantho. 

1. Cottus gobio fluviatilis capitatus auctorum. 

Capite polyacantho. 

2. COTTUS SCABER. 

3. COTTUS MARINUS VEL SCORPIUS. 

4. etc.. etc. 

De sorte que, dès l'origine, une distinction était établie, par 
l'auteur du genre Cottus, entre les espèces d'eau douce et les 
espèces marines. Mais Linné n'en tint pas compte, et dans la 
10 e édition de son Systema naturse (1758), où il fit usage pour la 
première fois en zoologie de la nomenclature binaire du maître, 
cette distinction est passée sous silence et les espèces marines 
énumérées en première ligne, tandis que l'espèce fluviatile, le 



142 



LE NATURALISTE 



vrai type du genre artédien, est reléguée a la dernière place. 
C'était amoindrir l'œuvre de son prédécesseur au profit de la 
sienne. 

Les choses restent en l'état dans les 11 e et 12 e éditions, qui 
parurent du vivant de Linné. Il en est do même dans la 
13° édition (1789), revue par Gmclin, après le décès de son 
auteur. 

Cuvier, dans son Règne animal, comme dans l'histoire natu- 
relle des Poissons, au lieu de suivre Linné, adopte la manière 
de voir d'Arlédi, en plaçant en première ligne les espèces 
d'eau douce (les chabots) et en deuxième ligne les espèces 
marines (les chaboisscaux). C'est le rétablissement sans phrases 
des deux groupes tels que Artédi les avaient constitués anté- 
rieurement à Linné. Et c'était justice. 

Lorsque nous jugeâmes à propos de subdiviser le genre 
Cottus, nous mintînmes dans le genre primitif les espèces 
d'eau douce ou chabots, dont le nombre s'était accru, et pro- 
posâmes pour les espèces marines le genre Acanthocoltus, 
d'accord, en cela, avec la tradition, formellement consacrée 
par le Congrès international de Zoologie, par l'adoption des 
règles suivantes : 

27. Quand un genre est subdivisé, le nom ancien doit être 
maintenu à l'une de ses subdivisions et à celle qui renferme 
le type originaire du genre. 

28. Quand le type originaire n'est pas clairement indiqué, 
l'auteur, qui le premier subdivise le genre, peut appliquer le 
nom ancien à telle subdivision qu'il juge convenable, et cette 
attribution ne pourra être modifiée ultérieurement . 

Le genre Acanthocoltus fut bien accueilli par les ichthyolo- 
gistes des deux continents. Seul, le D r Alb. Gùnther fit excep- 
tion. Elargissant les limites du genre, Cottus, dans lequel 
figurent, en première ligne, les chabots, ou espèces d'eau 
douce, suivies des Chaboisseaux, ou espèces marines (nos 
Acanthocoltus), Giinther y ajoute les espèces de plusieurs 
autres genres marins qu'il répudie, introduisant ainsi dans 
l'histoire de ces poissons une regrettable confusion. 

Mais ce qui a lieu d'étonner, c'est de voir une génération 
nouvelle de naturalistes américains, amateurs avant tout, sem- 
ble-t-il, de nouveauté, faire un pas en arriére, renier la saine 
tradition, adopter les errements de Gtinther, perpétuer l'injus- 
tice dont Linné s'était rendu coupable envers son maître Ar- 
tédi (qu'ils reconnaissent cependant pour Pichthyologiste le 
plus méritant antérieurement à Cuvier), et jeter de la pertur- 
bation dans la nomenclature de ces poissons. 

Voici d'abord Gill qui crée un genre Potamocolus pour 
plusieurs espèces de chabots qu'il ne croit pas devoir assimiler 
au genre Cottus tel que nous l'avions délimité. 

Une autre espèce de ce même groupe des Chabots a été 
érigée en genre nouveau, par Jordan et Rico, sous le nom de 
Tauridea. 

Puis viennent, tour à tour, Cope, Hoy, Putnam, Lockington 
et Bcan, qui décrivent, sous le nom générique de Uranidea, 
d'autres chabots, sans souci aucun de la distinction reconnue 
depuis Artédi, entre les chabots et les chaboisseaux. 

En récapitulant ces divers travaux dans leur « Synopsis des 
Poissons de l'Amérique du Nord », Jordan et Gilbert avaient 
là une bello occasion de rentrer dans la tradition et de rétablir 
la vérité historique ; ils ont préféré se faire les apôtres de l'er- 
reur et les promoteurs de l'injustice, en attribuant faussement à 
Linné le genre Cottus (avec Artédi placé en vedette et sensé 
couvrir de son autorité la spoliation dont il est la victime), et 
omettant sciemment les dates à des citations incomplètes, afin 
de se donner une apparence de raison. Le but réel, inavouable, 
c'était de fairo de Colins scorpius le type du genre et lui 
adjoindre toutes les espèces marines, ou chaboisscaux, àl'exem- 
ple de Linné, afin de réunir les espèces d'eau douce, ou cha- 
bots, dans le genre Uranidea, qu'il s'agissait pour eux d'ex- 
humer, en rendant par cette manœuvre le genre Acanthocoltus 
sans emploi, à l'imitation de Giinther. 

A ces fautes inqualifiables, Jordan et Gilbert en ajoutent 
une autre, dans la caractéristique du genre Cottus, qu'ils ter- 
minent par la parenthèse suivante : « (v.ottôç, nom ancien de 
/ ranidea gobio, de xott6;, tète). » 

Puis >' >ns la caractéristique du genre Uranidea ressuscité, 
nous lisons : •( Les rapports de ce genre avec Cottus sont 
très étroits (oûpavbî, ciel ; eiSo), regarder). » 

Ce serait à se pâmer de rire, si le sujet ne comportait une 
certaine gravité. 

Mais là ne s'arrêtent pas nos novateurs : le type de ce genre, 
disent-ils, est Uranidea quiescens, Dekay, identique avec 
Cottus gracilis, Hcck., ce dernier nom spécifique ayant la prio- 



rité. N'est-il pas surprenant de voir désigner pour type d'un 
genre, une espèce dont le nom est tombé en désuétude'? Nous 
avons là un exemple jusqu'où peut conduire l'erreur lors- 
qu'on est, une fois, entré dans cette voie. 

De plus l'espèce occupe la treizième place dans le genre, 
sous le nom de Uranidea gracilis. Au nombre des dix-sept 
espèces énumérées dans le genre Uranidea, se trouvent celles 
qui constituaient les genres Cottopsis, Potamocottus et Tau- 
ridea, tous trois sacrifiés à la pseudo-restauration du genre 
Uranidea. 

C'était vraiment faire un trop long siège pour expulser de 
la méthode un genre légitime afin de le remplacer par un autre 
qui ne l'est pas du tout, et auquel on reconstitue un « état 
civil » nouveau aux dépens de la justice, du bon sens et, de la 
tradition. 

Uranidea, devenu caduque à raison de son identité parfaite 
avec le genre Cottus proprement dit, doit être rejeté à tout 
jamais. On ne peut le faire revivre qu'en violant les règles 
fondamentales de la nomenclature adoptée par le Congrès in- 
ternational de zoologie. 

Faire litière de la bonne foi et de la sincérité dans l'appli- 
cation de la loi de priorité, c'est ouvrir la porte à des abus qui 
ne pourraient produire dans la nomenclature que trouble et 
confusion. 

D'' Ch. Girard 
(de Washington) 



LES RACES DE L'INDE 



LEPCHAS ET NEPALAIS 

Nous insisterons peu sur ces peuplades, qui habi- 
tent l'Himalaya. Les gravures ci-jointes suffiront à don- 
ner au lecteur une idée du type général des individus qui 
les composent. 

Avec les Népalais et les Lepchas nous sommes à l'ex- 
trême frontière de l'Inde, nous touchons au Thibet. On 
considère toutefois les Népalais comme Indiens. Les 
Lepchasau contraire sonteompris parmi les Bouddhistes et 
se rapprochent des Thibétains. 

Les Népalais ne comprennent pas moins de quarante- 
deux sous-tribus. Parmi les tribus aborigènes ou semi- 
aborigènes de l'Inde, ils occupent par le nombre le 
premier rang. Nous les avons vus lors de notre voyage 
aux Himalayas. Ils sont de taille moyenne et se rappro- 
chent des autres Indiens par les traits généraux de la 
physionomie et le costume. Un bon nombre concurrem- 
ment avec les Bhutaniens servent comme coolies dans les 
plantations ou pour le transport des bagages. 

Lors de mon ascension à Darjeeling, la ligne était 
rompue par suite d'une avalanche récente qui avait 
emporté deux ponts superposés. 

Nous dûmes donc, mes compagnons et moi, faire à pied 
environ un mille pour aller retrouver l'autre train cm 
devait nous conduire jusqu'à 2,700 mètres de hauteur. 

A notre arrivée au point où nous devions quitter 
premier train pour gravir directement la montagne nous 
trouvâmes massés et prêts à faire leurs offres de services 
Népalais et Bhutaniens. Ce fut une véritable lutte pour 
soustraire nos bagages à une foule de mains qui s'abat- 
taient sur eux. C'était à qui les porterait. Nous dûmes 
intervenir vigoureusement pour choisir nos porteurs. 

Cependant nous eûmes le loisir d'examiner assez 
longuement les divers types qui s'offraient à nous. 

Qu'on me permette d'ouvrir ici une parenthèse pour 
présenter au lecteur ce magnifique pays de l'Himalaya 
dont nous ne parlerons plus désormais. Quel ravissant 
panorama on a sous les yeux en gravissant la montagne! 
Vraiment, égoïste que j'étais, je bénissais au fond du 



LE NATURALISTE 



143 




Une courbe du chemin de fer de l'Himalaya (reproduction directe d'une photographie). 

cœur l'avalanche qui me permettait de contempler à loisir le paysage si pitto- 
resque et si varié de la région himalayenne. Et au sommet nous attendaient ces 
glaciers étincelants que le pied de l'homme n'a jamais foulés, ces ge'ants de la 
création, dont la vue est peut-être ce qu'il y a de plus sublime au monde. D'ailleurs 
le chemin de fer qui conduit sur ces monts fortunés mérite à lui seul le voyage. 
C'est un chef-d'œuvre que d'avoir conduit, à 2,800 mètres de hauteur ce petit che- 
min de fer ordinaire à voies étroites, qui tantôt se roule presque sur lui-même dans 
des courbes comme celle que nous figurons ici, tantôt recule pour monter plus 



haut, tantôt enfin surplombe sur des profondeurs de 
7 à 8,000 pieds au fond desquelles il se précipiterait si 
jamais il venait à dérailler. 

Mais revenons aux Népalais. La plupart habitent le 
Népal, pays encore indépendant, défendu par ses monta- 
gnes et ses marais. 

Le Népal comprend environ deux millions d'habitants 
de races diverses. Les deux principales tribus qui se divi- 




Newras agriculteurs du Népal (reproduction directe Lepcha des environs de Darjeeling (reproduction directe d'une 

d'une photographie). photographie). 



H4 



LE NATURALISTE 



sent le pays sont celles des Newars et des Ghurkas. Les 
Newars, qui sont les représentants de l'ancienne popula- 
tion du pays, ont des aptitudes agricoles, industrielles et 
artistiques remarquables. Nous représentons ici un groupe 
d'agriculteurs newars . Les Ghurkas représentent au con- 
traire la race conquérante. Ils ont conquis le pays au 
siècle dernier et, comme engagés volontaires, ils forment 
le meilleur noyau de l'année anglaise indigène. Les 
Newars sont bouddhistes et les Ghurkas brahmanistes. 

La plupart des Népalais parlent le « Parbattia >>. Les 
Newars parlent le Newari, idiome composé de sanscrit et 
de thibétain. 

Le radjah du Népal n'a avec le vice-roi des Indes que 
des relations diplomatiques. 

Les Lepchas sont peu nombreux: on en compte actuel- 
lement environ 3,000, et ils tendent à diminuer encore. 

On les regarde comme les premiers habitants du Sikkim. 
Ils appartiennent à la race mongolique. La gravure que 
nous donnons ici représente un Lepcha des environs de 
Darjeeling. La figure est, on peut le voir, douée d'une ex- 
pression de douceur et d'aménité. 

Le Lepcha est, en effet, d'un caractère paisible et doux. 
C'est un être joyeux, plein de confiance et d'abandon, et 
le voyageur est heureux, en parcourant les montagnes, 
d'être accompagné par un homme dans lequel il est sûr 
de rencontrer un' compagnon aussi aimable que dévoué. 

Les Lepchas suivent les prescriptions d'un bouddhisme 
mitigé. Comme les bhouddistes, ils se servent des moulins 
à prières, sortes de cylindres creux qui renferment des 
prières imprimées sur papier de Chine au moyen des ca- 
ractères immobiles. Ces cylindres sont emmanchés dans 
une tige en bois que termine une pointe en fer qui forme 
l'axe du cylindre. Au moyen d'une légère impulsion on 
fait tourner le cylindre. A chaque tour du moulin les 
prières sontrécitées. Comme les autres bouddhistes aussi, 
ils attachent aux arbres des étoffes ou des papiers cou- 
verts de prières imprimées et, à chaque fois que le vent 
fait remuer ces étoffes ou ces feuilles, la prière s'envole 
vers la divinité. 

H. LÉVEILLÉ. 



DESCRIPTIONS DE LÉPIDOPTÈRES NOUVEAUX 



Syllexis Extcndata n. sp. — 30 à 34 millimètres. Dessus 
d'un beau blanc brillant; supérieures avec quatre lignes d'un 
brun très pâle, les première, troisième et quatrième, droites, 
la seconde un peu coudée , équidistantes, traversant les ailes 
de part en part et se terminant chacune à la côte par un point 
brun bien indiqué; inférieures avec trois lignes semblables, 
les deux premières à peu près droites et obliques, la troisième 
arrondie. Bord extrême des ailes finement marqué de brun, 
franges blanches ombrées de brun en partie. 

Dessous des ailes, blanc avec l'indication des lignes du des- 
sus et les taches indiquées à la côte. 

Palpes et tétc brunes; antennes filiformes jaune brun; tho- 
rax corps et pattes blancs. 

Trois o* des environs de Loja, 1887 et 1889. 

Cette espèce doit se placer tout à côté de Sylloxis Spatiaria 
Gn, du Brésil. 

Syllexis Chartularia n. sp. — 29 millimètres. Dessus des 
ailes blanc laiteux brillant ; supérieures traversées par trois 
lignes rousses équidistantes, se terminant, à la côte par un 
point brun bien indiqué; inférieures bordées de deux lignes 
également rousses, l'intérieure â peu près droite, l'extérieure 
arrondie, et, dans un exemplaire, avec une légère teinte ferrugi- 
neuse le long du bord externe et à l'angle anal. Les quatre 
ailes finement bordées de brun extérieurement. Franges blanc 
laiteux légèrement teinté par partie. 



Dessous blanc uniforme, brillant, avec une large auréole, 
brune à l'apex des supérieures dans quelques individus. 

Tête brune; palpes et antennes rousses; front, thorax, corps 
et pattes blancs. 

Cette description est faite sur deux o* bien frais pris aux 
environs de Loja en 1889 et 1890', j'ai en outre reçu de la même 
localité quatre autres exemplaires (dont deux 9) mais en si 
mauvais état qu'ils ne peuvent servir à la description de l'es- 
pèce. 

Coricia bicineta n. sp. — 30 à 32 millimètres. Dessus des 
ailes blanc pur brillant, très finement pointillé d'atomes gris, le 
long du bord extérieur notamment, bordé d'une double ligne 
grise commune plus écartée aux supérieures et bien arrondie 
aux inférieures. Les supérieures sont en outre traversées au 
premier tiers par une troisième ligne grise presque droite, côtes 
jaunâtres. Bord extérieur des ailes, brun. Franges blanc pur. 

Dessous des ailes, blanc uniforme, brillant et avec l'indica- 
tion par transparence des lignes du dessus. 

Tête brune, palpes et antennes (filiformes) jaune brun; front, 
thorax et corps blancs; pattes blanches inférieurement, jau- 
nâtres en dessus. 

Trois o* bien frais des environs de Loja, 1890. 

Theagcs IMnbilosa n. sp. — 38 millimètres. Ailes allon- 
gées. Dessus des supérieures gris roux uniforme, avec un petit 
point cellulaire noir et les nervures ressortant sur le fond en 
teintes plus foncées. Franges concolores. 

Inférieures mi-transparentes, bordées de poils blonds le 
long du bord interne, marquées de gris roux à la côte et sur 
une partie du bord terminal et avec un point cellulaire noir. 
Frange blonde à l'angle anal, plus rousse vers l'apex. 

Dessous des quatre ailes comme le dessus sauf le centre des 
supérieures qui prend une teinte brunâtre uniforme. 

Palpes, antennes, tête, corselet, dessous du corps et pattes 
gris roux, dessus de l'abdomen gris brun. 

Un o* des environs de Loja, 1890. 

Theages Mamona n. sp. — o* 39 9 ^ millimètres. 9 Dessus 
des supérieures gris blond uniforme marqué d'une série do 
points dont les trois principaux se trouvent dans la cellule, l'un 
à la base et deux au sommet. Extérieurement et immédiatement 
après la cellule, quelques points se remarquent entre les ner- 
vures, puis enfin quelques petits traits subterminaux bordent 
l'aile et semblent mieux marqués vers l'apex. 

Dessus des inférieures blond pâle à la base, de teinte plus 
grise extérieurement. Franges concolores. 

Dessous des quatre ailes gris terne, avec une vague indica- 
tion des taches aux supérieures. 

Palpes, antennes, tète, corps et tète comme le fond. 

Le o* diffère de la Q en ce que la cellule ne contient qu'un 
seul point, celui de la base ; en ce que l'anus est bordé d'une 
touffe de poils jaunes, enfin en ce qu'il a les antennes sensi- 
blement plus pectinées que la Q. 

Un o* et une 9 des environs de Loja, 1890. 

Paul Dognin. 



LA CHENILLE DE L'ALLIH PORRUM 



Autre légume ! 

On dirait presque que j'ai eu honte de lui donner son 
nom vulgaire. 

J'aurais tort de m'excuser, car de même que quand on 
parle de champignons on s'oublie parfois à les appeler 
des cryptogames, de même il est bien pardonnable de 
désigner sous un nom aussi latin ce qu'on appelle tout 
bonnement en français le poireau. 

D'autant plus que ce nom me remet en mémoire les 
fameux aulx et oignons d'Egypte et me permet de citer 
cette boutade toujours spirituelle de Juvénal : 

O sanctas gentes, quibus hsec nascunlur in hortis 
Numina ! 

Certes, de nos jours, on ne va plus chercher ses divi- 
nités dans son jardin, mais on ne néglige pas pour cela 
ce qui y pousse : notre poireau en question en est une 
preuve éclatante. Est-ce pour ses propriétés diurétiques 
ou pour ses qualités sudorifiques ? Qui pourrait le dire? 



LE NATURALISTE 



145 



Toujours est-il que, parmi tous ses conge'nères et ses 
copains du potager, il a été' l'objet d'une distinction 
toute spe'ciale et qu'au contentement universel — signe 
caractéristique des temps — le poireau a été élevé à la 
hauteur d'une décoration. 

Vert et blanc, très décoratif en effet, ses feuilles lan- 
céolées, d'un beau vert un peu glauque, donnent même 
l'illusion d'un panache quand leur extrémité se re- 
courbe et retombe mollement, presque gracieusement. 
Son pied est blanc, et « plus on l'enfonce, plus il est 
blauc », ainsi le disent les livres des jardiniers en par- 
lant du repiquage auquel on doit soumettre ce légume. 

Mais si profondément enfoncé qu'il soit, il n'échappe 
pas aux atteintes d'un petit microlépidoptère qui, un 
beau jour, il y a bien longtemps de cela, jeta son dévolu 
sur ce végétal et lui confia le soin de nourrir sa progé- 
niture. 

La chenille de VAcrolepia assectella, tel est le nom de 
ce micro, éprouve parfois un singulier accident. Quand 
elle est encore attachée à son nourricier, il lui arrive 
d'accompagner le poireau dans le pot-au-feu, d'y cuire, 
d'y mijoter et finalement d'être absorbée par nous — à 
notre insu, bien entendu — avec tout ce qui constitue 
un bon potage. 

Eh quoi ! il ne faut pas se récrier. On mange plus sou- 
vent qu'on ne pense des chenilles de Y Assectella et on ne 
s'en porte pas plus mal. 

Il ne faut pas faire ainsi le dégoûté. Quand on avale 
un tas de mollusques, quand on boit de l'eau de la Seine, 
quand on croit avoir atteint les limites de la délicatesse 
gastronomique en prenant un potage aux nids d'hiron- 
delle, on ne doit pas faire tant de manières quand, par 
une distraction fort excusable des cuisinières, quelques 
chenilles ont servi à confectionner le bouillon. 

Eh! mon Dieu, il ne doit pas en être plus mauvais pour 
cela : personne ne s'en est plaint jusqu'ici. En somme, 
qu'est-ce qu'une chenille? sinon une partie de végétal 
transformée. Il y a des chenilles qui ne vivent que des 
fleurs des plantes. Y a-t-il, je vous le demande, nourri- 
ture plus exquise et plus suave? Nul doute que la chair 
de ces chenilles n'ait sa part d'une telle saveur. Si, par 
exemple, l'on dit de certains lapins qu'il sentaient encore 
le chou dont ils furent nourris, il est bien admissible 
que le goût des chenilles rappelle la plante qu'elles ont 
mangée. 

Est-il bien nécessaire de citer ici quelques espèces de 
chenilles dont on se montre très friands dans certains 
pays ? Ainsi, à Madagascar les habitants recueillent pré- 
cieusement les chenilles de VEuphaga florifera, les font 
frire à l'huile et s'en régalent. Le cocon de cette sorte 
de Limacodes est bien connu sous le nom de noisette de 
Madagascar. 

^ J'ai lu quelque part dans un recueil anglais qu'un mis- 
sionnaire, à Natal, élevait avec beaucoup de soin pour 
en avoir le papillon de belles chenilles longues de 5 à 6 
pouces qu'il trouvait sur le Mimosa et d'autres plantes 
de Caïrerie, mais il n'y parvenait pas et ne pouvait s'ex- 
pliquer comment de jour en jour elles diminuaient de 
nombre, jusqu'à ce qu'il surprit un beau matin ses do- 
mestiques « kafir » en train de les choparder pour les 
manger. Il paraît qu'ils s'en pourléchaient les babines, 
ces marauds-là! 

Donc, c'est entendu, il y a des chenilles comestibles ; 
la chenille de VAcrolepia assectella mange le poireau j 



nous mangeons aussi le poireau et parfois la chenille. Il 
n'y a rien là d'extraordinaire. 

Sans doute, avec un peu d'attention, on reconnaît fa- 
cilement qu'un poireau est attaqué par cette chenille ;il 
y a des indices révélateurs infaillibles : il y aies déchi- 
rures des feuilles, les fils de soie qui les relient, les excré- 
ments de la bestiole qui s'attachent à ses soies et qui 
donnent à la plante un aspect sale — je le crois bien — 
mais ceci se passe le plus souvent à l'intérieur du poi" 
reau, et plus d'une chenille s'y avance assez loin pour 
échapper aux investigations. 

Cette chenille, du reste, n'attire pas le regard par une 
vestiture voyante ou colorée. Minant les feuilles ou creu- 
sant une galerie dans les parties blanches du poireau, 
elle se confond avec leur couleur; elle est d'un vert jau- 
nâtre, très pâle ; sa tète et les pattes écailles sont plus 
colorées, d'un jaune de miel. Les points verruqueux sont 
petits et d'un brun pâle ; les plus gros sont ceux qui pré- 
cèdent les stigmates. Cette chenille, qui est un peu fusi- 
forme, atteint tout au plus 12 à 13 millimètres de lon- 
gueur. 

Quand elle est à taille, elle quitte généralement le 
poireau qui l'a nourrie et va se cacher quelque part, sous 
un abri quelconque, par terre, se confectionne un joli 
petit cocon jaunâtre, ajouré comme du tulle et de la 
dentelle, et s'y transforme en un chrysalide d'un brun 
jaunâtre dont l'extrémité anale, relativement large, est 
garnie de petits crochets recourbés et dont les" segments 
intermédiaires portent latéralement près des stigmates 
une pointe bien saillante mais émoussée. Le papillon 
éclôt au bout de 15 à 20 jours, cela dépend de la tempé- 
rature. 

Aux environs de Paris, cette espèce a au moins deux 
générations : la première en juin-juillet; la deuxième en 
septembre-octobre. Les papillons de cette dernière gé- 
nération hivernent engourdis et reparaissent et volent 
aux premiers beaux jours ensoleillés de mars et d'avril 
suivants. 

La chenille de VAcrolepia assectella vit aux dépens de 
toutes les parties de VAllium porrum : les feuilles, la tige 
et même les graines (1). 

Certaines années, elle est très pernicieuse et cause de 
notables dommages dans les jardins. C'est surtout au 
mois de septembre que les dégâts sont le plus impor- 
tants. Cependant, ils sont presque toujours localisés. 

Au surplus, il n'est pas à craindre que la chenille de 
VAcrolepia assectella menace sérieusement l'existence de 
ce précieux légume. 

Le poireau sera toujours cultivé en grand, n'y aurait- 
il à le planter que ceux qui, le dédaignant naguère, lui 
reconnaissent maintenant beaucoup de qualités et esti- 
ment à haut prix son mérite... agricole. 



P. Chrétien. 



(1) Je ne crois pas utile de parler avec détails de la chenille 
île l'Eudemis bicinctana artemisiana, que l'on signale comme 
vivant des semences de VAllium porrum; car je n'ai jamais trouvé 
cette chenille que dans les têtes de VAllium spserocephalum, 
dans les endroits secs et arides. 

Dans le Midi, VHypotia corticalis se trouve aussi sur les 
graines d'oignons. 



H() 



LE NATURALISTE 



LES STACBYS OU GROSSES DE CHINE 

DE JFRAÎVCE EX D'AMÉRIQUE 



Il y a une dizaine d'années environ, un amateur pas- 
sionne de plantes légumières nouvelles, M. Paillieux, 
de Crosnes, recevait de Chine, par l'intermédiaire de la 
Société d'acclimatation, des rhizomes d'une plante culti- 
vée dans certaines parties de ce vaste empire, dans un 
hut alimentaire. Le Stachys affinis — c'était le nom de la 
nouvelle arrivée — se présentait dans d'assez tristes 
conditions : quelques-uns des rhizomes seulement avaient 
survécu, les autres avaient succombe à la putréfaction. 












Qu'est-ce que le Stachys ? Un végétal de la famille des 
labiées à tige simple et rameuse, peu e'ievée, quadran- 
gulaire, hispide et rude sur les angles ; les feuilles sont 
opposées, petites, rugueuses par exagération des ner- 
vures, cordées à la hase, velues, crénelées, pointues au 
sommet ; les fleurs, qui sont rares dans les cultures eu- 
ropéennes, sont sessiles, disposées en faux verlicilles, 
purpurines, longues de 1 à 3 centimètres. Mais ce qui 
nous intéresse dans le Stachys ce sont ses organes souter- 
rains, ses rameaux renflés et tubérisés, analogues au 
point de vue du développement à ceux de la pomme de 
terre. 

Nous pouvons nous demander quelle est la matière 
qui donne au Stachys ses propriétés alimentaires. Les 
premières analyses faites ont annoncé 
dans ces tubercules la présence d'une as- 
sez forte quantité d'amidon (68.96 0/0). 
En y regardant déplus près, on trouve que 
des traces d'amidon peuvent en effet s'y 
trouver, mais seulement, à l'automne. Pen- 
dant l'hiver, époque à laquelle on consom- 
me le Stachys, il est impossible d'en trou- 
ver la moindre trace ; au contraire, le 
galactane y est' contenu en raison de 
76.71 .0/0 de tubercules secs et de 16.57 0/0 
de produits frais. Le galactane tient le mi- 
lieu entre l'amidon et le sucre ; on le re- 
trouve dans quelques autres végétaux, 
entre autres dans le Lupin. La présence de 
cette matière alimentaire non azotée 
présente une véritable importance, aussi 
a-t-on essayé de l'utiliser dans les affec- 
tions de l'estomac, dans le diabète, etc. 
Que n'a-t-on pas essayé déjà ? Que n'a-t- 
on pas indiqué comme souverain ? Le 
Stachys devait y passer à son tour, affaire 
de temps et d'engouement. 

Quoi qu'il en soit, le Stachys ou Crosne 
se cultive avec une très grande facilité; il 
a même une tendance à devenir envahis- 
seur. On doit le planter en février dans 
tous les sols possibles qui lui sont égale- 
ment favorables ; cependant, en raison de 

un terrain sa- 



i 



Fig. 1 . — Crosne, Stachys allinis, grandeur naturelle, port. 



Malgré tout, la multiplication en fut rapide et, peu de 
temps après, le légume chinois s'était reproduit avec 
une vivacité merveilleuse et menaçait de devenir bientôt 
un légume français. LeStachys tenait ce qu'il avait pro- 
mis dès les premiers temps de sa culture, et M. Paillieux, 
l'heureux introducteur, voulant franciser le nom, le dé- 
signait sous la dénomination de Crosnes qui a prévalu 
dans le commerce. Il est originaire de la Chine et du 
Japon. 



la facilité de l'arrachage, 
blonneux et une terre calcaire légère lui 
conviendraient particulièrement. Donc en 
février, on prépare des trous espacés de 
25 à 30 centimètres en tous sens et on y 
met deux tubercules. Jusqu'au mois d'oc- 
tobre on se contente de biner la plantation 
par mesure de propreté et, à cette époque 
seulement, on fera bien d'opérer un bu- 
tage qui facilitera le développement des 
tubercules. C'est seulement à la fin de 
novembre qu'il faut commencer à arracher 
les nouveaux rhizomes et on pourra con- 
tinuer sans interruption jusqu'en mars, suivant le degré 
plus ou moins avancé de végétation. 

Un point important est le suivant : il est bon de n'ar- 
racher qu'à mesure du besoin, sans quoi on ne trouve 
au bout d'un temps assez court que des tubercules ra- 
tatinés et flétris qui ne disent rien à l'œil. MM. Paillieux ' 
et Bois nous apprennent qu'il faut environ 600 tuber- 
cules pour faire un kilogramme. 
Le Stachys est-il un bon légume ? Il est bien difficile de 



LE NATURALISTE 



147 



répondre à. cette question. Il y a tant dégoûts dans la 
nature ! Nous avouerons franchement que, partisan des 
légumes à saveur relevée, nous goûtons peu le Stachys, 
dont la fadeur nous semble par trop caractérisée. Quant 
à dire que le Crosne constitue un beau légume, nous 
sommes pleinement de cet avis. Son apparition sur les 
tables est toujours accueillie avec faveur ; c'est un co- 
quet et un élégant dans le monde des légumes. 



tème souterrain était développé en rhizomes charnus plus 
ou moins épais, mais on ne songeait guère à les utili- 
ser. Un amateur français, qui en avait entendu parler, en 
a fait revenir et va en tenter la culture. Les spécimens 
que nous en avons vus rappellent à s'y méprendre le 
Stachys asiatique : forme, couleur, volume sont de tous 
points identiques. Il entrerait en végétation, dit-on, 
plus tard que le Stachys affinis; mais s'est-on demandé 




m 




Fig. 2. — Crosnes, Stachys affinis, racines et tubercules. Fig 3. — Stachys palustris. Fig. 4. — Stachys floridana. 



La salade japonaise dont la recette a été donnée dans 
Francillon, renferme des Stachys. Où nous préférons le 
Crosne, c'est dans le vinaigre : il s'y maintient ferme et 
croquant et remplace avec avantage l'ignoble cornichon, 
véritable éponge inventée pour donner des aigreurs aux 
estomacs les plus rebelles. 

Le Stachys japonais serait-il menacé et son existence 
dans notre pays compromise ? Écoutez plutôt. Dès le 
commencement du siècle on a recommandé les dra- 
geons souterrains d'une plante qui pousse abondam- 
ment dans tous les lieux humides, le Stachys palustris. 
Il n'y a pas longtemps, on l'a de nouveau remise en lu- 
mière et signalé les longs rhizomes tuberculeux qu'elle 
produit, rhizomes qu'il ne faudrait pas chercher en été 

— car la plante en est totalement dépourvue — mais 
seulement en hiver. Ces rejetons atteignent jusqu'à 20 
centimètres de longueur et sont minces. Goûtés crus, ils 
présentent une saveur nauséeuse qui est bien loin d'être 
agréable : il paraît que la cuisson ne les avantage pas, 
car tous ceux qui ont eu le courage d'en manger, ont 
été écœurés et ont juré leurs grands dieux, qu'ils ne 
recommenceraient pas de sitôt. 

Tout semble dit, pourrait- on croire, sur les Épiaires 

— c'est ainsi que ceux qui aiment donner aux plantes des 
noms plus ou moins vulgaires, appellent les Stachys — 
mais, au dernier moment, le Nouveau Monde cherche 
aussi à entrer dans la mêlée ! Les Aoristes signalaient 
bien, au voisinage du Stachys palustris, une espèce parti- 
culière à la Floride, le Stachys floridana Suthl., dont le sys- 



si un végétal d'une région aussi chaude que la Floride 
(même dans sa partie septentrionale) conviendra à 
notre climat? D'ailleurs, aux États-Unis eux-mêmes, la 
plante paraît peu connue, du moins au point de vue éco- 
nomique. Un botaniste américain des plus distingués, 
M. le professeur Farlow, d'Harward University, m'affir- 
mait, il y a quelques jours encore, n'en avoir jamais en- 
tendu parler, ce qui n'empêche pas un publiciste 
français de dire qu'aux États-Unis, cette plante est cul- 
tivée et « qu'elle y reçoit le nom vulgaire d'Artichaut de 
la Floride qui probablement rappelle le saveur de l'a- 
liment qu'elle fournit ». Où diable M. X... a-t-il puisé 

ses renseignements? 

P. Hariot. 



LIVRES NOUVEAUX 

Au-dessous des sociétés civilisées se place un nombre con- 
sidérable de représentants de notre espèce. En Afrique et en 
Australie, il existe des peuples où la vie est pour ainsi dire 
individuelle et l'on n'y voit pas qu'un individu y ajoute quelque 
chose à l'héritage transmis ; des causes encore ignorées pour la 
plupart, y ont condamné l'homme à ne pas sortir de l'état de 
barbarie ou même de sauvagerie. 

M. Souflrct, professeur à l'Athénée de Namur, dans un livre 
intitulé : De la disparité physique et mentale des races hu- 
maines et de ses principes (1), démontre qu'il existe entre les 
représentants des races humaines : Européenne, Africaine et 
Australienne, un abîme qu'aucune influence physique ni mo- 
rale ne saurait combler. Il étudie les causes de l'inégalité du 

(1) 1 vol. in-8°, 5 fr. Chez Félix Alcali, éditeur, et aux bu- 
reaux du journal. 



448 



LE NATURALISTE 



développement des facultés, et montre comment l'action com- 
binée de ces causes, en multipliant ou en accentuant les varia- 
tions, creuse cet abîme qui sépare les différentes races. 

— Darwin et ses précurseurs français (1), par A. de Quatre- 
FAOES.de l'Institut, professeur au Muséum d'histoire naturelle 
de Paris. 

Les idées évolutionnistes qui, depuis un tiers de siècle, ont 
renouvelé toutes les sciences et même la philosoqhie, ont reçu 
évidemment do Darwin leur impulsion décisive. Mais ce n'est 
pas à dire que le grand naturaliste anglais ait tout inventé 
d'emblée. M de Quatrefages, l'auteur de l'ouvrage si popu- 
laire sur l'Espèce humaine, montre dans ce livre, spécialement 
consacré à Darwin, que ce dernier a eu des précurseurs de pre- 
mier rang, en France même. Il analyse et critique les théories 
de Darwin à côté de celles de ses précurseurs, Lamarck, Et. 
Geoffroy Saint-Hilaire, Buflon et quelques autres comme Tel- 
liamed, Robinet, Bory de Saint-Vincent, et un de nos contem- 
porains M. Naudin, qui a joué un grand rôle dans le dévelop- 
pement des idées darwiniennes. 

— Manipulations de zoologie (2), guide pour les travaux de dis- 
section, par le docteur P. Girod, professeur à la Faculté des 
sciences de Clermont-Ferrand, lauréat de l'Institut. — Ani- 
maux vertébrés (2). 

La tendance actuelle porte de plus en plus l'enseignement 
des sciences naturelles vers l'étude des faits sanctionnés par 
les observations de l'anatomie et de la physiologie. Il faut 
donner aux travaux pratiques dans les laboratoires la large 
place qu'ils méritent. Les Manipulations peuvent seules fixer 
dans l'esprit la forme, les rapports et les connexions des or- 
ganes qui donnent, aux types étudiés, leurs caractères distinctifs. 

M. le professeur Girod a rendu un service signalé aux 
sciences naturelles en publiant ces deux volumes de Manipu- 
lations de zoologie, l'un pour les Vertébrés, l'autre pour les In- 
vertébrés, ce dernier paru antérieurement. Le plan de chaque 
volume est le même. 

Une première partie est consacrée à l'ensemble des connais- 
sances générales communes à toutes les manipulations du labo- 
ratoire : installation de la table do travail, choix et entretien des 
instruments, préparations des réactifs et des masses à injec- 
tion. 

La deuxième partie est réservée aux conseils pratiques géné- 
raux se rapportant à la façon de conduire une dissection, de 
pratiquer une injection, enfin de représenter par le dessin les 
objets obervés. 

La troisième partie comprend les manipulations des diffé- 
rents types choisis par l'auteur, et cela parmi les animaux fa- 
ciles à se procurer, soit sur les marchés, soit par l'intermé- 
diaire de nos différentes stations zoologiques. 

Les types décrits pour les Invertébrés, sont : Escargot. — 
Poulpe. — Anodonte. — Ëcrevisse. — Holothurie. — Sangsue. 

— Vérétille. — Pour les Vertébrés : Grenouille . — Perche. — 
Poule. — Lapin. — Chaque type fait l'objet d'un chapitre spé- 
cial accompagné d'un grand nombre de planches. 

— Les Fleurs à Paris (3), culture et commerce, par Ph.-L. 
de Vilmorin. 

Le développement prodigieux pris, depuis quelques années, 
par le goût et l'emploi des fleurs a amené une véritable révo- 
lution dans leur culture et leur commerce. D'où viennent toutes 
ces fleurs? qui les cultive, les expédie, les reçoit, les distribue? 
quelle est la meilleure manière de les utiliser? Et parmi ces 
mille variétés de fleurs diverses quelles sont celles qui se 
prêtent le mieux à tel ou tel usage? Ce sont toutes ces ques- 
tions d'actualité et d'utilité pratique que M. de Vilmorin étudie 
dans un des plus charmants volumes de la Bibliothèque scien- 
tifique contemporaine, Les Fleurs à Paris. 

L'auteur conduit d'abord le lecteur à travers les divers 
pays pour les comparer entre eux au point de vue de l'impor- 
tance et de l'installation du commerce des fleurs. 

S'attachant ensuite particulièrement à la Ville de Paris, il 
décrit successivement les procédés et l'organisation de la vente 
aux Halles, dans les marchés aux fleurs, chez les revendeurs 
et dans les boutiques de fleuristes. Puis il indique la prove- 
nance des principales fleurs vendues à Paris et passe en revue 
;i cette occasion les cultures sous verres et celles du Midi. 

(lj 1 vej. in-8", cartonné à l'anglaise, ti fr. Chez Félix Alcan, 
éditeur, et aux bureaux du journal. 

_ (2) 1 vol. in-8», avec 32 pi. noires et color., cart., 10 fr. 
Chez J.-B. Baillièrc, éditeur, et aux bureaux du journal.. 

(3) 1 volume in-16 de 324 pages, avec 203 figures. Prix : 3 fr. 50. 
Chez J.-B. Baillière, éditeur, et aux bureaux du journal. 



Quittant alors la description du commerce des fleurs, l'auteur 
énumère les principales plantes qui font l'objet des soins du 
producteur et, signalant les mérites des diverses espèces en 
même temps que leur culture, il traite successivement des 
plantes annuelles, bisannuelles, vivaces, bulbeuses de pleine 
terre Puis il parle des orchidés et des plantes de serre, des 
arbres et arbustes fleurissant, des rosiers en particulier, enfin 
des plantes spéciales aux cultures du Midi et des accessoires 
des bouquets, verdures diverses, mousses et fougères. 

L'ouvrage est illustré de plus de 200 figures. 



ACADEMIE DES SCIENCES 

Séance du 1 6 mai. — M. Moissa?i présente une note de 
M. A: Etard sur une méthode d'analyse immédiate des extraits 
chlorophylliens, ctsur lanature de lachlorophyllane. Ces extraits 
sont sulfocarboniques et alcooliques; quanta la chlorophy liane, 
elle est identique à l'hypochlorine, et ne peut être reconnue 
que par son spectre. — M. Duclaux présente une note de 
M. J. Baulin sur l'influence de la nature du terrain sur la vé- 
gétation. La question peut se résumer dans le problème sui- 
vant : trouver la composition physique que doit réaliser un 
terrain stérile pour donner, avec une quantité donnée d'engrais 
chimique, le maximum de récolte d'une espèce déterminée. — 
M. Chatin présente une note de M. J.-A. Battandier sur la pré- 
sence de la fumarinc dans une Papavéracée, le Glaucium cor- 
viculatum. Cette découverte est un argument de plus pour la 
réunion des Papavcracées et des Fumariacées. — M. Milne- 
Edwards présente une note de M. F. Delisle sur quelques ano- 
malies musculaires chez l'homme. Ces anomalies ont été obser- 
vées sur un des Caraïbes du Jardin d'acclimatation mort à j 
l'hôpital Beaujon à l'âge de 25 ans. — M. de Lacaze-Dulhiers 
présente une note de M. P. Hallez sur l'origine vraisemblable- 
ment tératologique de deux espèces de Triclades. L'une, Den- 
drocselum Naucicœ, dériverait ainsi du D. lacteum; l'autre, 
Phagacata gracilis,ne serait qu'une Planaria monstrueuse. — 
M. de Lacaze-Dulliiers présente une note de M. F. Houssay, 
sur la théorie des feuillets et le parablaste. Cette théorie n'ad- 
met que deux feuillets, l'ectoderme et l'endoderme, et rejette 
le mésoderme. — Note de M. A.Pinet sur les racines du nerf 
alaire chez les Coléoptères. Chez ceux qui volent bien il y al 
deux racines pour ce nerf Chez les coléoptères incapables do 
voler, mais possédant néanmoins des élytrcs (Carabus, Blaps.), 
la racine dorsale du nerf alaire disparait, il en résulterait donc 
que la racine ventrale serait essentiellement sensitive. — 
M. de iMcaze-Duthiers présente une note de M. L. Boutan sur 
le système nerveux de la Nerita poli ta. note qui a pour but de 
démontrer que les Nérites sont bien des Prosobranches Chias- 
toncures. — M. Milne-Edwards présente une note de M. J. Cha- 
tin sur l'origine et la formation du revêtement chitineux chez 
les larves de Libellules. Ce revêtement chitineux n'est pas un 
produit de sécrétion des cellules épidermiques, mais une 
transformation de leur protoplasma en strates chitinifiées. — 
M. Daubrée présente une note de M. Bleicher sur la structure 
miscroscopique des oolithes du bathonien et du bajocien de 
Lorraine, où l'auteur démontre que des organismes, encore in- 
déterminés, ont concouru à la formation des oolithes de grande 
taille. 

Scani'e du 23 mai — Note de M. A. Pomel sur un nouveau 
type de Rongeur fossile des phosphorites quaternaires de la 
Berbérie, le Bramas barbants présentant des affinités assez 
faibles avec les campagnols. — M. de Lacaze-Duthiers présente 
une note de M. G. Pruvot sur l'embryogénie d'une Proneomc- 
nia dont le développement s'éloigne de celui des Mollusques, 
et montre d'étroites ressemblances avec celui des Annélidcs in- 
férieurs. — M. Milne-Edwards présente une note de M. Kœhlef 
sur la cavité générale et l'appareil excréteur des Cirrhipèdcs, 
note qui est comme une introduction au mémoire que l'auteur 
doit faire paraître prochainement sur ce sujet. — M. Ducharlre 
présente une note de M. C. Houlbert sur l'anatomie du bois se- 
condaire des apétales à ovaire infère, et particulièrement les 
Santalacécs, les Juglandécs, et les Cupulifères. — Note de 
A. de Grossouvre sur les relations du Trias du sud-est du 
bassin de Paris. Ces dépôts triasiques n'appartiennent pas à 
ces bassins, mais se relient aux dépôts triasiques d'Autun et de 
Lyon. A. Eug. Malard. 

Le Gérant: Emile DEYROLLE. 



PARIS. — IMPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE.. 17. 



14" ANNÉE 



2 e Série — JV 1«» 



1 er JUILLET 1892 



LES COULEURS DES POISSONS 

Parmi les voies nouvelles ouvertes par le génie de 
Darwin et de Wallace, ce sont certainement les recherches 
relatives à la couleur des animaux qui ont donné les résul- 
tats les plus féconds. Autrefois, lorsque régnait officiel- 
lement la théorie stérile des causes finales, on considé- 
rait la couleur, lorsqu'elle était brillante, comme ayant 
été créée pour réjouir les yeux de l'homme, ou dans le 
cas contraire, comme obéissant à des lois inconnues, 
peut-être inconnaissables. On sait aujourd'hui que les 
teintes si singulièrement variées du monde animal ont 
une signification, biologique ou physiologique précise, 
que l'on a pu découvrir dans un grand nombre de cas; 
et si quelquefois on ne sait pourquoi tel animal est 
coloré de telle façon, il ne faut pas crier au caprice, mais 
penser que sans doute il reste encore beaucoup à 
découvrir. 

On a remarqué depuis longtemps que la couleur des 
animaux était fréquemment identique à celle de l'entou- 
rage habituel ; les exemples en sont nombreux et clas- 
siques : la fourrure blanche des animaux arctiques, la 
teinte fauve des habitants du désert, verte des Insectes, 
Oiseaux et Reptiles arboricoles, etc : ou a désigné ce 
phénomène général sous le nom Vhomochromie. 

Nous pouvons tout d'abord établir deux catégories dif- 
férentes d'homochromie : il est évident que si la grande 
Sauterelle (Locusta viridissima) est verte comme les prés 
ou le feuillage qu'elle habite exclusivement, c'est pour 
ne pas être aperçue par les nombreux animaux qui la 
pourchassent pour s'en nourrir; c'est un pur moyen de 
défense, de Vhomochromie défensive. Il est non moins 
évident que l'Ours polaire, blanc comme la neige, et le 
Lion, fauve comme le sable du désert, n'ont pas à re- 
douter le moindre ennemi dans leurs solitudes; leur 
homochromie a donc une signification toute différente; 
elle leur permettra de s'approcher de leurs proies sans 
êlre aperçus et de s'en emparer presque à coup sûr : 
c'est de Vhomochromie offensive. 

Les Poissons, dont je m'occuperai spécialement dans 
cet article, présentent de très remarquables exemples 
d'homochromie défensive; celle-ci présente même un 
singulier perfectionnement : comme les Poissons sont 
des animaux essentiellement mobiles, changeant cons- 
tamment d'entourage par suite de leurs déplacements, 
ils ont acquis la propriété de pouvoir modifier d'eux- 
mêmes leurs couleurs, de façon à ce qu'elles puissent 
toujours se confondre avec celles des différents milieux 
qu'ils traversent; suivant les espèces et les habitudes, la 
gamme des teintes possibles est plus ou moins étendue, 
de même que la rapidité du changement est plus ou 
moins grande, depuis quelques minutes jusqu'à plusieurs 




Fig. i. — Tanche (Tinca vulgaris). 
LE NATURALISTE, rue du Bac, 46, Paris. 



jours. Un peut désigner ce phénomène sous le nom 
.d'homochromie mobile, par opposition à Phomochromie 
fixe, présentée par exemple par la Sauterelle verte, dont 
la teinte homochromique est incapable de changer. 

Tous les pêcheurs ont remarqué que les Tanches qui 
habitent des rivières très herbeuses sont noirâtres ou 
d'un vert bronzé, ce qui leur permet de se dissimuler 
aisément au milieu des plantes ; au contraire, celles des 
rivières sableuses, à fond très éclairé, ont une teinte 
beaucoup plus claire et deviennent presque blanchâtres; 
on peut réaliser en quelques heures ce changement de 




Fig. -. — Labre ou vieille de mer (Labrus mixtus). 

teinte sur une même Tanche, et la faire passer du vert 
bronzé au rose clair, en la transportant d'un aquarium 
sombre, rempli d'herbes, dans un autre aquarium bien 
éclairé, renfermant de la craie en suspension (Regnard). 
Le phénomène est aussi net chez les Poissons de mer; 
on sait depuis longtemps, pour les espèces qui vivent à 
la fois près du rivage et dans les fonds, que les individus 
sont plus clairs dans le premier milieu que dans le 
second, ce qui tient, comme dans le cas de la Tanche, à 



^Cc 








Gobic (Gobius Iota). 



la différence de lumière qu'ils reçoivent. Les Labres, qui 
habitent en grand nombre sur nos côtes, sont d'un vert 
magnifique, défiant toute palette, lorsqu'ils se trouvent 
dans les prairies sous-marines de Zostères, d'un beau 
vert clair; les pêche-ton dans les fucus bruns, on ne 
trouvera plus que des individus noirâtres. On peut citer 





encore, comme présentant des changements de teinte 
liés nets suivant le milieu, les Gobius, Blennius, Tra- 
ehinus, Liparis vulgaris, Lepadogastcr, etc. Le Callionymus 
lyra peut même changer de livrée ; certaines parties de 
.sonjcorps devenant plus foncées et d'autres plus claires, 
jf^çon à simuler exactement le gravier sur lequel on le 



i;>o 



LE NATURALISTE 




Fig. 5. — Lepadogastre (Lepadogaster Candolii). 
trouve le plus souvent. Mais ce sont les Poissons plats ou 
Pleuronectes (Turl)ots, Soles, Plies, etc.) qui pre'sentent 
ces phénomènes au plus haut degré : on sait que chez 
ces animaux, par suite d'un déplacement des yeux qui 
s'opère dans le jeune âge, les côte's droit et gauche du 
corps deviennent très différents : l'un d'eux, qui devient 
la face inférieure, est tout à fait blanc; l'autre, face supé- 




Fig. 6. — Callyonyme (Callionymus lyra), 

rieure portant les deux yeux, est plus ou moins grisâtre 
et peut changer très rapidement de teinte, pour ainsi 
dire, à vue d'œil; lorsqu'un Pleuronecte se pose sur un 
fond quelconque, il s'harmonise immédiatement avec ce 
dernier, la face supérieure devenant noirâtre sur un fond 
sombre, presque blanche sur un fond de sable clair, etc. 




... ■*£■$* >'8ï*'v.S>' '■'■ '■;-'-' -,'--'W' ■?■'■(■- ;•!•:<■.■-■ ■■ . ■-;■■ • V^''' : '->i> v "^' 
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Fig. 7. — Carrelet (Platessa vulgaris). 
Les jeunes Plies sont tout d'abord transparentes comme 
du cristal; plus tard elles changent de couleur avec une 
merveilleuse rapidité. 

Ce qui est très curieux, c'est que cette faculté de 
changer de couleur est grandement iniluencée par l'ha- 
bitude ; ainsi, lorsqu'on change souvent la couleur du 
fond d'un Poisson déterminé, il arrive à changer lui- 







même de couleur plus rapidement, si bien qu'au bout 
de quelques expériences, l'homochromie avec le fond 
pourra se faire en quelques minutes, alors qu'au début 
elle exigeait plusieurs heures ; on constate le même 
effet de l'habitude (Pouchet) chez des Truites habitant 
des rivières dont le fond est par places clair (sable) et 
foncé (argile, herbes) ; la fonction homochromique 
s'exerce alors bien plus rapidement que chez les indi- 
vidus de même espèce habitant des fond» unicolores. 
La luminosité du ciel a aussi une grande influence ; les 
jours où il pleut, où le ciel est sombre, les Poissons 
prennent une teinte neutre, qui ne change pas par le 
séjour sur des fonds -clairs ou sombres. 

L'action de la lumière, indiscutable même chez les 
espèces qui ne présentent pas habituellement de chan- 
gements de coloration, nous permet de comprendre 
pourquoi les Poissons marins aux brillantes couleurs, 
une fois mis en aquarium, deviennent plus ou moins 
ternes ; ils s'homochromisent partiellement à leur nouvel 
habitat, toujours bien plus éclairé que leur milieu ori- 
ginal. Il est donc tout indiqué pour les marchands de 
Poissons rouges, de les tenir à l'obscurité pour qu'ils 
conservent leur vivacité de coloris ; il est très facile de 
constater que ceux qui sont exposés au grand jour 
depuis longtemps sont beaucoup plus pâles que ceux 
qui vivent dans une demi-obscurité. 



.. 



rly- 




Fiu r . S. — Sole (Soleil variegal.i) 



Fig. 9. — Turbot (Rhombus maximus). 

D'autres excitants que la lumière peuvent aussi agir 
sur les couleurs : un Turbot ou un Gobius que l'on tour- 
mente présente des changements rapides de coloration; 
l'électricité, comme l'a montré Pouchet, fait manifeste- 
ment pâlir les Poissons ; l'approche de la mort a presque 
toujours le même effet : tout le monde a pu remarquer 
que les Poissons apportés sur les marchés, quelque frais 
qu'ils soient, sont incomparablement plus ternes que les 
animaux vivants. 

Les Poissons, comme on vient de le voir, nous fournis- 
sent de bons exemples d'homochromie mobile ; on ren- 
contre quelques cas typiques d'homochromie fixe, sur- 
tout chez les jeunes, qui ne quittent pas la haute mer, 
en y menant la vie dite pélagique; souvent, ils sont trans- 
parents comme du cristal, de façon à être invisibles au 
milieu de l'eau, aussi bien pour les Oiseaux qui volent 
au-dessus d'eux que pour les Poissons carnassiers ; chez 
les jeunes Congres (Leptocépbales), qui présentent une 
transparence extraordinaire, les globules rouges du sang 
eux-mêmes ne sont plus rouges ; ils sont devenus inco- 
lores pour obéir à la loi impérieuse de l'homochromie. 



LE NATURALISTE 



151 



Il est évident que tous les cas d'homochromie mobile 
ou fixe que je viens de mentionneront un but défensif : 
le Poisson échappe plus facilement à ses nombreux 
ennemis en se dissimulant dans son entourage habituel, 




Pi L r. m. _ Antennarius marmoratus, poisson de la mer des Sargasses. 



Fig. 11. — Nerophis (Neropliis lumbriciformis\ 



leur forme même les objets 
qui les entourent : Y Anten- 
narius marmoratus, Poisson 
de la mer des Sargasses, 
non satisfait d'être brun com- 
me les algues et même ta- 
cheté de blanc pour rappe- 
ler les colonies de Bryo- 
zoaires qui se fixent sur 
celles-ci, porte en plus une 
quantité d'appendices char- 
nus et ramifiés qui lui don- 
nent une apparence fort 
singulière, en rappelant tout 
à fait les frondes de Sar- 
gasses ; il a pour ainsi dire 
conscience que son unique 
moyen de salut est son invi- 
sibilité au milieu des algues ; 
en effet, lorsqu'on l'en é- 
carte, il manifeste une in- 




Fig. 12. — Phylloptcryx, Hippocampe d'Australie. 



ou au sein même des Ilots, en se rapprochant de leur 
couleur autant que possible. Quelques espèces poussent 
l'homochromie encore plus loin, jusqu'à rappeler par 



quiétude extrême et nage rapidement vers la tquffe 
la plus voisine; le cas spécial et complexe d'homochro- 
mie présenté par Y Antennarius sera de l'homochro- 



152 



LE NATURALISTE 



mie mimétique (1). La famille des Lophobranches pres- 
que tout entière présente un phénomène analogue : 
les Hippocampes ou Chevaux marins, les Syngnathes, 
Nerophis, etc., mal armés et peu mobiles, séjournent 
constamment dans les prairies d'algues, et s'y dissimu- 
lent parfaitement, d'abord par leur teinte d'un gris 
verdatre ou brunâtre, et surtout par la raideur de leur 
corps, qui les fait prendre à un examen superficiel pour 
des fucus flottant au courant de l'eau; lorsqu'on les 
examine dans un aquarium, il peut sembler exagéré 
d'en faire un cas d'homochromie mimétique; mais lors- 
qu'on les a vus au bord dp la mer, dans leur vrai milieu, 
on est forcé d'avouer qu'ils sont admirablement 
déguisés par leur forme. C'est encore un Hippocampe 
d'Australie, le Phyllopteryx, qui présente un exemple 
classique d'homochromie mimétique ; le corps porte de 
longues lanières sans cesse agitées par les mouvements 
de l'animal, de sorte qu'il s'identifie aussi parfaitement 
que possible par sa forme et aussi sa couleur avec les 
algues déchiquetées qui l'entourent. 

Pour compléter, s'il en était besoin, la démonstration 
du rôle défensif de ces phénomènes d'homochromie, on 
peut remarquer que les Poissons munis de longs 
piquants qui se redressent à la moindre attaque et ren- 







Fig. 13. — Colle ou Chabot (Coitus scorpius). 

dent leur capture fort difficile, comme les Epinoches et 
les Perches de nos rivières, les Cottus, les Scor- 
pènes, etc., ou ceux qui sont entièrement cuirassés, 
comme les Trigles, les Plectognathes, sont presque tou- 
jours revêtus de couleurs vives et présentent peu ou 
point de phénomènes d'homochromie; si l'on trouve en 




Fig, l i. — Scorpène (Scorpœna scrofa). 

mer un Poisson bien visible, tranchant vivement par sa 
teinte sur le milieu environnant, il y a mille contre un à 
parier qu'il présente un moyen de défense particulier, 
glandes venimeuses, épines, organes électriques, ou une 

l Le mot mimétisme, àont on use souvent d'une manière un 
peu abusive, doit s'appliquer exclusivement aux cas d'imita- 
tion d'animaux par d'autres, moins bien armes dans la lutte 
pour, lYxistcDcc. L'imitation d'objets inanimés, végétaux ou 
autres, phénomène d'essence toute différente, n'est en somme 
qu'un cas particulier de rhomochromie. 



vigueur de natation exceptionnelle, qui le protège suf- 
fisamment pour qu'il puisse dédaigner le déguisement 
auquel ont recours ses frères moins fortunés. 

L. CuÉNOT. 

OUVRACES A CONSULTER 

Poi'chet. Des changements de coloration sous J'influence 
des nerfs, Journ. Anal, et Phys., 1876. 

Note sur le changement unilatéral de couleur, etc., Société 
de Biologie, 2 déc. 1876, 23 nov. 1878. 

Regnard. Recherches expérimentales s?<r les conditions 
physiques de la vie dans les eaux, Paris, Masson, 1891. 

Russel Wallace. Le Darwinisme, trad. H. de Varigny, 
Paris, Lecrosnier et Babé, 1891. 



G. CARLET 



Une courte maladie vient d'arracher (1) à la science et à 
sa famille un des plus distingués collaborateurs du journal, 
le D 1 ' J. Carlet, membre correspondant de l'Académie de 
médecine, lauréat de l'Institut, professeur à la Faculté des 
Sciences et à l'Ecole de médecine de Grenoble. Les lecteurs du 
Naturaliste nous sauront gré de leur retracer la carrière, faite 
de travail et de devoir, qui fut celle du savant que pleure en ce 
moment l'Université dauphinoise. 

Né en 1845 à Dijon, Gaston Carlet se tourna de bonne heure 
vers les études médicales ; il remplit successivement les fonc- 
tions de préparateur et de prosecteur à l'Ecole de médecine de 
Besançon et devint interne des hôpitaux de cette ville. Après 
avoir rempli son devoir pendant la guerre de 1870 (comme aide- 
major de l'armée), il vint à Paris où il ne tarda pas à se sentir 
attiré par les recherches de science pure. Durant un séjour de 
neuf années dans la capitale, il lui fut donné de suivre les le- 
çons de maîtres illustres tels que Marey, Milne-Edwards, de 
Lacaze-Duthiers, Paul Bcrt: il rédigea et soutint ses thèses 
pour le doctorat es sciences et pour le doctorat en médecine. 
Depuis 1873, époque où il fut appelé à professer à Grenoble, il 
se consacra entièrement à son enseignement et à des travaux 
personnels. 

A la fois physiologiste et zoologiste, Carlet contribuai ré- 
pandre dans notre pays, par son enseignement et par ses tra- 
vaux, le goût delà Physiologie comparée. On peut dire que la 
pensée directrice de toute son œuvre a été d'introduire dans les 
recherches do zoologie pure si fort à la mode depuis quelques 
années, la préoccupation du rôle physiologique des organes, 
sans laquelle toute description anatomique lui semblait con- 
damnée à la stérilité. Dans l'ordre des recherches personnelles, 
il se fit connaître par une remarquable thèse sur la locomotion 
humaine, travail dans lequel il appliqua avec succès à 1 étude 
de la marche de l'homme la méthode graphique alors toute 
nouvelle de Marey. 

Ce magistral mémoire fut bientôt suivi d'autres écrits sur le 
fonctionnement de divers appareils tels que ceux de la respi- 
ration chez les Mammifères, les Batraciens et les Poissons, de 
la déglutition, de la marche des insectes, le mode de fixation et 
le procédé opératoire de la Sangsue, etc. 

Consacrant son attention au groupe des Insectes, Carlet en 
avait fait, dans les dernières années de sa vie, le sujet favori de 
recherches fort délicates au cours desquelles il déploya un re- 
marquable talent d'anatomistc et d'observateur. « Un mémoire 
« classique sur l'appareil musical de la Cigale fut le fruit de 
« ses premières études. Il aborda ensuite l'anatomic spéciale 
« de l'Abeille au point de vue à la fois morphologique et 
" physiologique, examinant un à un chacun des zoonites ou 
« anneaux chitineux qui composent ces animaux et étudiant les 
« modifications qu'ils ont subies en se spécialisant pour des 
« fonctions différentes (sécrétion de la cire, appareil venimeux, 
a respiration, etc.). Un certain nombre de notes (dont la der- 
« nière remonte à quelques semaines seulement 20 mars 1892) 
« insérées dans les Comptes rendus des séances de l'Académie 
« des sciences, ont fait connaître déjà les principaux résultats 
•• de ce travail qu'il rêvait complet et qui était devenu son oc- 
« cupation préférée. » 

Son activité s'était étendue en outre à des sujets variés ; il 

(1) Le 18 mai 1892. 



LE NATURALISTE 



153 



s'était occupe de la tonicité musculaire, des écailles des pois- 
sons, d'un cas de tératologie de la Truite, de la faune des en- 
virons d'Uriage et du mouvement dans la fleur. Un mémoire 
sur l'Inflorescence lui a servi de deuxième thèse pour le doc- 
torat es sciences et représente un essai de morphologie botanique 
traitée au point do vue physiologique. 

Malgré la diversité de ces recherches, Carlet n'oublia jamais 
ses premières études; jusqu'à la fin, nous le voyons s'intéresser 
aux questions médicales, se complaire à compter parmi ses 
titres celui de Professeur à l'Ecole de médecine de Grenoble, 
et certainement aucune distinction ne pouvait lui être plus pré- 
cieuse que celle que lui conféra l'Académie de médecine en 
l'admettant parmi ses membres correspondants. Collaborateur 
assidu du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales 
de Dechambre, il y publia une série d'articles de physiologie 
et d'anatomie comparée dont on connaît tout le mérite. 

La préoccupation de donner à la physiologie l'importance 
qu'elle lui semblait mériter dans les études de zoologie et d'a- 
natomio comparée, se fait remarquer également dans les tra- 
vaux didactiques de l'éminent professeur. Son Précis de zoo- 
logie médicale, si répandu et si estimé, qui venait, lorsque la 
mort l'a frappé, d'atteindre sa troisième édition, est conçu 
dans ce même esprit. Ainsi que l'a fait remarquer déjà un de 
ses collègues, la pensée de l'auteur est clairement exprimée 
dans la préface de la deuxième édition, dédiée à un maître vé- 
néré, M. Marey : 

« Je me suis toujours efforcé de ne pas oublier que l'animal 
« a vécu avant de devenir un objet de collection ou de dissec- 
« tion. En cherchant ainsi à ne pas séparer la physiologie de 
« l'anatomie, je me suis essayé à une sorte de zoologie en ac- 
« tion. » Les recherches spéciales n'absorbaient pas entière- 
ment Carlet. Doué d'un remarquable talent d'exposition et sa- 
chant intéresser ses auditeurs aux choses qu'il professait, 
excellant à graver dans leur esprit, par un mot spirituel ou un 
détail pittoresque, les faits qu'il jugeait les plus importants, 
il se plaisait à enseigner, à illustrer de figures et d'ingénieux 
schémas projetés sur la toile blanche de son amphithéâtre, des 
leçons que suivait un public Adèle et nombreux. 

Enfin il trouva le temps de créer à la Faculté des sciences 
de précieuses collections zoologiques dont ses successeurs ap- 
précieront toute la valeur. 

S'il s'entendait à instruire, Carlet avait aussi le secret de 
charmer et tous ceux qui ont eu l'occasion de lire ses discours 
à l'Académio delphinate ontpu apprécier la finesse avec laquelle 
il savait faire l'éloge de ses confrères et la poignante émotion 
avec laquelle il savait, dans un style imagé et précis où l'on 
devinait le naturaliste, mais le naturaliste doublé d'un homme 
de cœur, évoquer l'image de ceux qui n'étaient plus. 

Artiste par le tempérament et sentant très vivement les choses, 
Carlet avait su échapper à cette indifférence du cœur et de 
l'imagination qui est un des traits caractéristiques de notre fin 
de siècle. Comme savant, il était de ceux qui mettent un peu 
d'eui-mémes dans leurs travaux, et c'était une véritable joie 
pour lui que de dessiner lui-même les figures destinées à ses 
mémoires ou à son enseignement. Comme homme, il était un 
époux et un père incomparable ; ne songeant à dissimuler 
ni ses sympathies, ni ses antipathies, il était aussi un ami sin- 
cère et fidèle. 

Ainsi que tant d'autres, Carlet a disparu en pleine maturité, 
alors que l'on pouvait attendre encore beaucoup de lui. La 
science française a perdu en lui un travailleur infatigable et 
un esprit distingué, l'Université un de ses meilleurs profes- 
seurs, sa famille et ses amis un grand et noble cœur. 

H. Kilian. 



A PROPOS DU MYOPOTAME 



Mon cher Directeur, 

Dans son très intéressant article sur le Coypou. M. De 
Schaeck dit que l'on n'a pas encore rencontré le Myopolamus 
coypus dans le tertiaire supérieur de la République Argentine, 
et il ajoute : « 11 est probable qu'on l'y découvrira un jour ou 
l'autre. » Cette découverte est faite depuis plusieurs années. 

Dans son grand ouvrage sur les Mammifères fossiles de la 
République Argentine, publié en 1889, M. Florentino Ame- 
ghino indique Myopolamus coypus fossilis dans les couches 
quaternaires de ce pays. Il décrit en outre quatre autres espèces 
fossiles du même genre : Myopotamus prisons, M. paranensis, 



M. diligens, M. obesus, du tertiaire supérieur ou du quater- 
naire. Quant au M. antiquus de Lund, il ne diffère pas spéci- 
fiquement du Coypou. 

L'ouvrage de M. Ameghino étant peu répandu en Europe, 
il est facile de s'expliquer que M. De Schaeck n'en ait pas con- 
naissance. 

Agréez, etc. D^ Troues s art 



SUR LA GRAINE DE L'OVALA 

(Pentaclethra macrophijla Benth.) 
(Suite et fin) 



Par contre, les indigènes de cette portion de la côte occidentale 
d'Afrique connue sous le nom de Rivières du Sud, n'en font 
aucun emploi (1). L'usage qu'en font les noirs du Gabon con- 
siste surtout à mélanger cette graine à celle de I'Oba (Irvingia 
Gabonensis Baill.) pour la fabrication du fameux pain de dika 
qui est une des matières alimentaires les plus chères aux indi- 
gènes du Gabon. 

J'ai dit que ce bel arbre existe très probablement dans toutes 
les rivières du Sud : les renseignements précis qui m'arrivent 
de Sierra Leone à la date du 5 mai et que je tiens de M. Mail- 
lât, directeur de la Compagnie française du Sénégal et de la 
côte occidentale d'Afrique, établissent qu'on l'y trouve certai- 
nement : 1° dans tout le pays Sousou sous le nom de Fritambo : 
2° dans le Kouia (pays d'origine de Samory) sous le nom de 
Babiley ; 3° chez les Timénés qui le nomment Mafall ; enfin chez 
les Foulahs qui l'appellent Bobo. Dans ces régions, il attoint 
10 à 15 mètres de haut et se trouve assez discrètement répandu 
dans les terrains humides qui avoisinent les cours d'eau. Ils n'y 
sont pas en quantité suffisante pour une fructueuse exploita- 
tion. Les noirs n'utilisent de cet arbre que le bois, dur et de 
couleur rougeâtre, dont ils font des pirogues (2). Ils ne man- 
gent pas la graine. 

En ce qui touche le Gabon, voici quelques renseignements 
complémentaires ou rectificatifs de ceux que nous avons em- 
pruntés, touchant l'attitude et lamanière d'être du feuillage de 
cet arbre, à M. Bâillon (Adansonia, août 1865). Ces renseigne- 
ments me sont transmis par M. Pierre, directeur du jardin 
d'essai de Libreville (Gabon-Congo à qui je les avais demandés. 
<( L'Owala de M'Pougnés est ici un arbre de moyenne dimen- 
« sion, 8 à 10 mètres de haut, et ayant une tendance à pousser 
« en arbuste, c'est-à-dire à se ramifier à une faible hauteur 
« au-dessus du sol. Les feuilles composées, pennées, sont à fo- 
« lioles très vastes et persistantes, jamais caduques. L'arbre 
« est assez commun à quelques heures de Libreville dans les 
« plaines, jamais il n'y forme de forêts. Les fleurs viennent 
(i vers juillet ou août au plus tard ; les fruits paraissent dès 
« décembre. » 

Voici l'analyse de l'embryon tel qu'il résulte des recherches 
chimiques qu'a bien voulu faire à ma demande, M. le profes- 
seur Schlagdcnhauffen, directeur de l'Ecole supérieure de phar- 
macie de Nancy : 

Corps gras, jaune pâle, fusible à 24°8 45.180 

Sucre et tanin 4.862 

Corps gras et giiadine 2.005 

Matières albuminoïdes 30.500 

Cellulose 15.043 

Sels 2.410 

100. ouo 

Cette analyse nous révèle la présence d'une quantité consi- 
dérable de matières azotées, dont on ne retrouve l'équivalent 
dans aucune des légumineuses alimentaires usuelles (Pois, Len- 
tilles, Haricots, Fèves) (3), sauf le Soja hispida et les Févcrolles. 

(i) On lit dans les Plantes utiles des colonies françaises de De 
Lanessan, p. 795 (Sénégal), à propos de notre plante: « L'em- 
bryon renferme une grande quantité de matière grasse (49 0/0J, 
qu'on pourrait exploiter mais qui rancit facilement. Les noirs 
le mangent. » 

(2) Le bois de Pentaclethra, outre sa solidité et sa résistance, 
a des propriétés spéciales qui permettront de l'employer dans 
l'ébénisterie et les grandes constructions. 

(3) Les fèves contiennent 29 0/0 do légumine, les haricots et 
les lentilles 25, les pois 23, et les féverollcs 30. Dans toutes ces 
graines il y a de l'amidon et peu de matières grasses. L'em- 
bryon de Pentaclethra macrophylla ne renferme aucune trace 
d'amidon. 



154 



LE NATURALISTE 



C'est assez dire que cette graine constituerait un aliment de 
premier ordre pour les animaux ou un engrais d'une richesse 
peu connue, après extraction du corps gras. Quant à ce dernier 
qui est semi-solide jusqu'à la température de 21°, il présente 
un réel intérêt à cause de la manière d'être de ses acides gras, 
solides, qui ne tondent qu'à 57°. On sait que l'industrie des 
bougies recherche activement de nouveaux arides gras (stéa- 
riques) d'origine végétale dontle point de fusion serait le plus 
élevé possible, et les corps gras qui donnent la plus grande 
quantité d'acides gras. Ces deux qualités se trouvent réunies 
dans l'huile d'Owala dont la valeur sera surtout évidente dans 
la fabrication des bougies stéariques. 

Il y atout intérêt à introduire en France cette précieuse graine 
de nos possessions d'Afrique tropicale, et rien n'empochera 
d'introduire aussi le végétal par ses graines dans nos colonies 
chaudes des Indes orientales et occidentales où il pourrait de- 
venir une source certaine de richesses dans quelques années. 
Je me propose de faire adresser des graines fraîches à tous les 
jardins botaniques et d'essai de ces colonies, afin d'y faire créer 
des pépinières en vue de la rapide propagation de ce végétal 
dans la grande culture coloniale. M. Pierre directeur du jar- 
din d'essai de Libreville se consacrera volontiers à celte 
œuvre utile. 

D* Hecicel. 



LES MAMMIFÈRES A PARACHUTES 



Les mammifères à parachutes sont plus connus dans 
le langage ordinaire sous le nom de Mammifères volants. 
Cette e'pithète fait supposer chez ces animaux la faculté 
de s'enlever du sol et de se mouvoir dans l'air à la ma- 
nière des oiseaux. C'est là une erreur contre laquelle le 
langage scientifique ne prémunit pas davantage : l'ap- 
pellation vulgaire d'Écureuil volant n'est que la traduc- 
tion lilte'rale du mot scientifique sciuroptère; Pteromys 
a la même signification; enfin le Gale'opithèque a e'té 
dénommé spécifiquement volans ; et certains Polatouches 
volans et volucella. Seuls les Chéiroptères ou chauves- 
souris méritent le nom de Mammifères volants et possè- 
dent de véritables ailes; les Galéopithèques, les Pola- 
touches et les Phalangers dits volants n'ont que des 
parachutes. Comme les ailes des chauves-souris, il est 
vrai, ces parachutes sont formés par un repli de la peau 
des côtés du corps tendu entre les membres antérieurs 
et postérieurs, et comme elles, ils sont parfois complé- 
tés par une membrane interfémorale, et par des replis 
allant des côtés du cou aux poignets. Mais là s'arrête la 
ressemblance. L'aile des chauves-souris, en effet, est un 
organe moteur actif, battant l'air comme la nageoire bal 
l'eau, et imprimant au corps une série d'impulsions. Les 
parachutes sont, au contraire, des organes essentielle- 
ment ptifisifs, susceptibles d'être tendus horizontalement, 
mais ne jouissant pas de la faculté de battre l'air. Cette 
différence capitale des fonctions entraîne des dissem- 
blances dans la conformation des membranes elles- 
mêmes, et nécessite chez les Chéiroptères des particu- 
larités dans le squelette et la musculature, qu'on ne 
rencontre pas chez les mammifères dits volants. Les 
parachutes sont souples, minces, assez légers pour ne 
pas surcharger ranimai et couverts de poils comme le 
reste du corps, sauf à leur face inférieure qui est 
quelque peu dénudée ; mais ce ne sont que des expan- 
sions cutanées lourdes et grossières comparées aux 
membranes aliformes des Chéiroptères. Celles-ci sont 
complètement nues sur leurs deux faces; à peine peut- 



on constater quelques poils rares au voisinage des lianes, 
leur minceur est extrême, leur élasticité et leur solidité 
incroyables. Grâce à l'allongement démesuré des quatre 
doigts externes des membres thoraciques qui les sous- 
tendent, ces ailes atteignent des dimensions dont n'ap- 
prochent pas les parachutes les mieux développés. Chez 
les Galéopithèques, les mieux pourvus sous ce rapport, 
l'envergure dépasse à peine la longueur du corps, tandis 
que les plus grandes Roussettes (Pteropus edulis) dont 
le corps compte Om, 40 de longueur, mesurent lm. 50 d'en- 
vergure. Pour soutenir cet immense voile sans l'alourdir, 
non-seulement les phalanges, mais tous les os des 
membres antérieurs s'allongent et s'amincissent propor- 
tionnellement, parfois même le cubitus s'atrophie jusqu'à 
disparaître. Enfin les muscles pectoraux qui la mettent en 
mouvement acquièrent un volume énorme, et le plus sou- 
vent le sternum présente une sorte de bréchet pour leur 
insertion. Qu'on examine au contraire le squelette d'un 
Polalouche, on trouvera, il est vrai, la ceinture scapulaire 
complète et la clavicule bien développée ; mais cette 
perfection existe à un degré aussi élevé chez les Écureuils 
ordinaires dépourvus de parachutes. De même, rien ne 
distingue le squelette des Phalangers à parachutes de 
celui des Phalangers ordinaires; et c'est à peine si chez 
les Anomalures on trouve une crête apophysaire de l'hu- 
mérus pour l'insertion du deltoïde. Chez tous les Mam- 
mifères à parachutes, les membres sont normaux, le 
sternum sans bréchet, et les muscles pectoraux assez peu 
développés. 

Les parachutes ne sont donc pas des organes de vol. 
Jamais aéronaute n'a songé à s'enlever dans sa nacelle 
à l'aide d'un parachute ; jamais non plus ni Polatouches 
ni Pétauristes ne se servent, pour s'élever dans les 
arbres, de leurs membranes qui, tant que dure le mou- 
vement ascensionnel, pendent inertes entre leurs 
membres, comme les parachutes aux lianes des ballons. 
Comme le nom l'indique, les parachutes sont de simples 
voiles à l'aide desquelles les animaux qui en sont pour- 
vus peuvent ralentir leur chute et descendre oblique- 
ment à terre lorsqu'ils s'élancent d'un point élevé ; et il 
faut avouer qu'ils savent profiter des avantages que leur 
procure cet organe d'un nouveau genre. Tous grimpent, 
aux arbres avec une agilité incroyable; viennent-ils à 
sauter d'un arbre à l'autre, leurs bonds soutenus et pro- 
longés par la membrane tiennent véritablement du pro- 
dige. Au dire des voyageurs, les Galéopithèques peuvent, 
ainsi, en s'élanrant d'un point suffisamment élevé, par- 
courir une cenlaine de mètres dans les airs. Qu'on juge 
tir IVtonnement de ceux qui virent pour la première 
lois ces singuliers animaux fendre l'espace, voyageant 
de cimes en cimes, franchissant ainsi comme en se 
jouant rivières et vallons et, planant à des hauteurs con- 
sidérables au-dessus des gorges et des torrents. On s'ex- 
plique alors jusqu'à un certain point cette dénomination 
d'animaux volants, car ils simulent sensiblement un 
oiseau qui, après avoir acquis une certaine vitesse par 
des battements d'ailes répétés, continue sa course avec 
rapidité en planant, les ailes étendues et complètement 
immobiles. On a constaté la présence de parachutes 
chez certains Sauriens, tels que les Dragons, les Sitanes 
et les Chlamydosaures ; mais ces parachutes sont cons- 
truits sur un modèle tout autre que chez les Mammifères 
qui doivent seuls nous occuper ici. Ces Mammifères sont 
les Polatouches, les Anomalures, les Galéopithèques et 
les Phalangers volants. 



LE NATURALISTE 



155 



1° PTEROMYS ET POL.VTOUCHES. 

Les Pteromys et les Polalouches, ou écureuils volants 
proprement dits, sont trop connus pour que je m'y ar- 
rête longuement; je me contenterai d'indiquer les ca- 
ractères qui permettent de les distinguer les uns des 
autres. 

Les Pteromys, par la forme de leur crâne, se rappro- 
chent plus des Marmottes que des Écureuils. Certains 
d'entre eux peuvent atteindre une taille considérable ; 
ainsi le Taguan mesure 1 m. 25 de longueur dont Om, 58 
pour la queue. Celle-ci est toujours longue et touffue. 
Le parachute bien de'veloppé est couvert de poils serrés 
à la face dorsale. Une bande étroite borde les épaules 
et s'étend à peu près jusqu'aux poignets ; la membrane 
interfémorale est réduile à une légère frange qui longe 
les cuisses jusqu'à la base de la queue. Une apophyse 
osseuse du carpe prolongée en pointe derrière le poi- 
gnet, limite et sous-tendle parachute. La couleur du pe- 
lage varie du brun foncé au roux éclatant. Autant les 
mouvements des Pteromys sont maladroits et embar- 
rassés sur le sol, où ils ne descendent que par nécessité, 
autant ils sont rapides et sûrs dans les arbres ; aussi 
évitent-ils facilement les carnassiers grimpeurs, et ne 
craignent-ils que les grands rapaces nocturnes qui par- 
fois les saisissent en plein vol. 

Les Pteromys sont propres aux contrées orientales 
et méridionales de l'Asie et à l'archipel Indien, et comp- 
tent un grand nombre d'espèces, parmi lesquelles nous 
citerons : 




Fig. 1. 



Plerornvs nitidus. 



Pteromys magnifique, Pt. magnifiais répandu depuis 
l'Himalaya jusqu'à Malacca. Certaines espèces sont com- 
munes au continent asiatique et à l'archipel Indien, 
comme le Pteromys à oreilles noires, Pt. melanotis, qu'on 
rencontre depuis le Népaul jusqu'à Sumatra et Bornéo. 
D'autres remontent dans le nord jusque dans leThibet et 
la Chine ; tel estleP£. alborufus dont on a pu voir un ma- 
gnifique exemplaire dans les collections rapportées de 
l'Asie centrale par M. M. Bonvalot et le prince H. d'Or- 
léans. Leur limite septentrionale paraît êtrele Japon qui 
en nourrit deux espèces, dont l'une est le Pteromys à 
joues blanches, Pt. leucogenys. 

Les Polatouches ou Sciuroptères, parla forme de leur 
crâne, sont de véritables Ecureuils, et par la forme de 
leurs dents, ils établissent la transition entre les Ta- 
mias et les Spermophiles. Le parachute n'est pas main- 
tenu au poignet par un osselet, et se termine par un 
lobe arrondi ; les poils de la queue ne sont pas implantés 
uniformément comme chez les Pteromys mais s'écartent 
de chaque côté de la ligne médiane inférieure à la façon 
des barbes d'une plume; autrement dit, la queue est 
distique. Jamais ils n'atteignent une grande taille; ainsi 
le corps du Polatouche de Sibérie ne mesure que 
m. 18 à m. 20 de longueur et la queue m. 16. Ils 
peuvent cependant, soutenus par leur membrane, fran- 
chir des espaces de 20 à 25 mètres. 

Leur aire de dispersion est des plus étendues. On 
trouve en effet des représentants de cette famille de 
rongeurs sous les latitudes élevées de tout l'hémisphère 
Nord, et quelques espèces se répandent vers les contrées 
tropicales de l'Asie, jusqu'aux îles de la Sonde dans les 
forêts que nous avons vues déjà peuplées parles Pteromys 
et les Galéopithèques. Une espèce de Polatouche habite 
l'Europe, c'est le Sciuropterus volans, qui était loin d'être 




Le Taguan. Pt. pclaurista, le plus anciennement 
connu, qu'on trouve à Ceylan et dans l'Inde; le Pteromys 
éclatant, Pt. nitidus, spécial aux îles de la Sonde; le 



Fig. 2. — Sciuropterus volucella. 

rare autrefois dans les forêts de la Pologne, de la Li- 
thuanie, de la Finlande et de la Laponie; mais il tend 
de plus en plus à disparaître, et recule vers l'Est dans 



136 



LE NATURALISTE 



les contrées moins peuplées de la Russie et de la Si- 
bérie. Une autre espèce leSciuropt. volucella, ou Assapan 
est le seul mammifère à parachute qu'on rencontre en 
Amérique, aux États-Unis, au Canada et dans la région 
des grands lacs. Il ressemble beaucoup au Polatouche 
européen, mais il est de plus petite taille. Sur les con- 
treforts de l'Himalaya et dans l'Inde, habite le Se. al- 
boniger , aux îles de la Sonde, le Polatouche flèche Se. sa- 
gitta. Enfin une espèces est propre aux îles Philippines 
et porte le nom de cet archipel. 

2° ANOMALURES 

Ces singuliers Rongeurs ne sont connus que depuis 
1842. A première vue on les prendrait pour des Pte- 
romys, mais ils s'en distinguent cependant par des ca- 
ractères bien tranchés. La queue nous présente en effet 
une particularité tout à fait inattendue. Moins longue et 
moins touffue que celle des Pferomys, elle est garnie à 
la face inférieure de son tiers basai d'une double série 
longitudinale d'écaillés triangulaires, de couleur cornée 
au nombre de 15 ou 16; celles d'un côté alternant avec 
celles de l'autre et ne laissant entre elles aucun inter- 
stice. Cette disposition assez bizarre justifie bien le nom 
d'Anomalure que Waterhouse a donné à ces animaux et 
suffirait à elle seule à les distinguer des Pteromys. Le 
parachute, par sa conformation, contribue également à 
les différencier. 11 s'étend du poignet à la cheville, et, 
comme chez les Pteromys, il est soutenu par un osselet 
cartilagineux bien développé ; mais chez les Anoma- 
lures cette apophyse prend son origine au coude et non 
au poignet. La membrane interfémorale est aussi plus 
développée. Les oreilles sont grandes, plus longues que 
larges, et nues, sauf à la base et sur le côté externe où 
elles sont couvertes d'un poil long semblable à celui du 
reste du corps. Les moustaches sont fines et démesuré- 
ment longues. Enfin, par la forme du crâne, ils s'éloi- 
gnent des Sciuriens et se rapprochent des Hystriciens 
avec lesquels ils présentent d'autres points de ressem- 
blance. Du reste, les auteurs sont loin de s'accorder sur 
les affinités des Anomalures, et sur la place qu'il faut 
leur assigner dans la classification. Waterhouse qui les 
décrivit le premierles rapporte à la famille desMyoxiens ; 
Rurmeister et Gervais les rangent parmi les Hystriciens, 
et en font des proches parents des Capromys. En 1859 
Gervais revint sur sa première opinion pour se ranger à 
celle de Waterhouse. Pour indiquer d'un mot leurs affi- 
nités, Brandt les nomma Pleromyoxosciuri, mais, plus 
tard, attachant une importance peut-être un peu exa- 
gérée, aux points de ressemblance des Anomalures avec 
les Galéopithèques (forme des griffes, conformation ana- 
logue du cœcum), il en fit une sous-famille des Sciuriens 
■-dus le nom de Lëmuri formes. Enfin pour Edw. Alston, 
ce sont des Ecureuils aberrants, sans affinité spéciale 
avec aucune autre famille. 

Les Anomalures ne le cèdent en rien aux Pteromys 
pour l'agilité, et nous avons vu plus haut que l'omoplate 
et l'humérus présentent des crêtes apophysaires pour 
l'insertion des muscles extenseurs du parachute. Leurs 
écailles caudales facilitent encore l'ascension en s'ap- 
puyant contre le tronc des arbres, et leur rôle peut être 
comparé à celui des plumes rigides de la queue des 
Pics. Tous les Anomalures sont originaires des légions 
tropicales de l'Afrique occidentale, et sont peu nom- 
breus en i -pièces. La plus ancienne est PAnomalurus 



Fraseri rapportée en 1842 de l'île Fernando-Po parle 
voyageur anglais Fraser et décrite par Waterhouse. 




Fig. 3. 



Anomalurus Pelii. 



Une autre espèce assez semblable à la précédente pour 
la taille et la couleur gris roussàtre du pelage est l'A. 
Beecrofti que l'on rencontre au Gabon et à la Côte-d'Or 
en compagnie de l'A. fulgens d'un roux brillant presque 
uniforme et de Y Anomalurus Pelii dont les parties supé- 
rieures sont d'un noir de suie, tandis que le bord du pa- 
rachute, le nez, la queue, les pieds et les parties infé- 
rieures sont blancs. 

E. DE POUSARGUES 

(A suivre.) 



SOCIÉTÉ EOTANIQUE DE FRANCE 



M. Ducharlre présente au nom de M. Chapcllicr des fleurs 
de Safran monstrueuses où la culture a pu développer de trois 
à douze styles stigmatifères. Si ce caractère pouvait se fixer, le 
résultat aurait une importance considérable pour les cultiva- 
teurs de Safran. — M.Franchet à propos du Myosotis bracteata 
(Rouy), montre par plusieurs exemples que l'on ne saurait 
attribuer une valeur spécifique à l'insertion apparente du pé- 
doncule floral, celle-ci pouvant varier beaucoup par suite d'en- 
traînement. L'espèce decrito par M. Rouy n'est donc qu'une 
variété du M. bracteata, mais il est intéressant de trouver à 
Argelôs une forme qu'on no connaissait que dans les montagnes 
d'Abyssinic. — M. Chatin dans une Contribution à l'histoire 
botanique, de la Truffe, montre que le tubercule connu à Damas 
sous le nom de Kamé constitue une espèce nouvelle qu'il ap- 
pelle Terfezia Claveryi. — L'abbé Boulay adresse quelques 
notes sur l'étude des Rubusen France, contenant l'historique 
des travaux faits sur les Ronces et d'après lesquelles un grand 
nombre d'espèces nouvelles de Rubus nommées et décrites par 
J.P. Muller lui auraient été communiquées par l'auteur lui-même 
et par V. Lefèvre. — M. J. Costantin dans une Note sur le genre 
Myxotrichum, décrit les M. chartarumetœ7'uginosum, etmonlre 
que ces deux plantes n'ont rien de commun avec les autres es- 
pèces du genre et se rapprochent des Gymnoascus, En consé- 
quence, il croit que le nom de Myxotrichum doit être rejeté 
malgré sa priorité. — M. C. Magnier signale dans une lettre 
à M. Malinvaud l'existence sur une même tige de Linaire com- 
mune de fleurs normales et de deux fleurs péloriées, l'une corn- 



LE NATURALISTE 



157 



plètement, l'autre incomplètement. A ce propos M. H. Hua 
décrit avec détails la constitution de la fleur dans un cas de 
Pélorie incomplète chez le Lïnaria vulgaris. — M. G. Camus 
fait connaître une foi-me nouvelle de i Antennaria dioica qu'il 
appelle var. boreali.i proposant le nom de var. gallica pour la 
forme anciennement connue. Il présente en outre la description 
d'une plante hybride Y Orchi-Gymnadenia Lebrunii (Gymna- 
denia conopea et Orchis-latifolia.) — M. Ed. Bornet dans une 
Note sur quelques Ectocarpus montre que la reproduction 
des Ectocarpus n'est ni aussi simple ni aussi uniforme qu'on 
la représente d'ordinaire. h'E. secundus sur les mêmes fila- 
ments possède à côté de sporanges pluriloculaires des anthé- 
ridies qui semblent les homologues des sporanges unilocu- 
laires qui manquent chez cette espèce ; VE. pusillus a sur les 
mêmes branches des sporanges pluriloculaires et des sporanges 
uniloculaires, mais ces derniers sont moins communs que les 
autres ; VE. globifer confondu avec VE. pusillus, est caractérisé 
par des gros sporanges pluriloculaires courtement ovales. h'E. 
crinitus pourrait bien d'après l'auteur n'être qu'une forme de 
VE. pusillus développée dans des conditions différentes de celles 
où la plante se développe d'ordinaire. Il signale en outre la 
première Tiloptèridée qui ait été trouvée dans la Méditerranée, 
VHaplospora Vidovichii caractérisée par le contenu de ses spo- 
ranges uniloculaires et souvent fascicules. Le Tilopteris Mer- 
tensii a sur les mêmes filaments des oosporanges et des anthé- 
ridies, ces derniers produisent des anthérozoïdes semblables à 
ceux des Fucus. — M. G. Rouy dans une Note sur le Myosotis 
bracleata fait ressortir les caractères qui d'après lui distinguent 
cette plante du M. hispida Schldt. Toutefois comme ce nom 
avait déjà été appliqué par Alex. Braun, à une variété de 
M. hispida, il propose de nommer le Myosotis d'A.rgelès 
M. 7 , uscinonensis, la regardant comme espèce bien établie ce 
que n'admettent pas MM. Franchet etMalinvaud. — M. Chabert 
dans une Troisième note sur la Flore d'Algérie signale un cer- 
tain nombre de plantes parmi lesquelles il en est quelquesl 
unes nouvelles et d'autres en plus grand nombre qui ne 
figurent pas dans le Compendium de Cosson ni dans la Flore 
de l'Algérie de MM. Battandicr et Trabut. — M. G. Camus 
fait connaître un hybride nouveau Ophrys pseudo fusca. Albert 
et G. Cam. (0. aranifera et fusca). — M. Ludovic Legré dans 
des Additions à la Flore de Provence mentionne un certain 
nombre de plantes qui n'avaient pas encore été trouvées en 
Provence. — Dans une note sur la germination du Bupleurum 
aureum. M. Ph. Van Tieghem montre que les pétioles cotylé- 
donaires de cette plante se soudent en un tube au fond duquel 
est la gemmule, mais ce qui est particulièrement remarquable, 
c'est que, pendant que la portion supérieure du tubo ainsi 
formé a un géotropisme négatif, sa portion inférieure au con- 
traire possède un géotropisme positif. Dans Structure et affinités 
des Abies et des genres les plus voisins, M. Van Tieghem fait 
voir que l'on doit grouper ensemble les genres Abies, Keteleeria, 
Cedrus, Pseudolarix, Hesperopeuce et Tsuga en un seul groupe. 
Ce groupe que l'on peut appeler Cédrées ou Myéloceles est 
caractérisé par la présence d'un canal sécréteur situé dans 
l'axe de la racine, caractère qui ne se retrouve dans aucune 
autre plante en dehors de ce groupe. Chacun des genres peut à 
son tour être distingué par des caractères tirés de la structure 
delà feuille et même on peut dans certains cas avec les carac- 
tères anatomiques distinguer les espèces entre elles. De même, 
en se servant de la position occupée par les canaux sécréteurs 
dans la structure primaire .de la racine, on peut diviser les 
groupes des Inversiovulées ou Rhizocèles en quatre sous-tribus 
Cédrées ou Myéloceles, Pinées ou Epixyloc'eles et Epiphlocèles 
se subdivisant en Araucariées et Podocarpées. — Dans une 
Contribution à la flore cryptogamique de la Terre de Feu M. P. 
Hariot signale un certain nombre d'algues dont huit sont nou- 
velles, et énumére une quarantaine d'espèces appartenant aux 
Champignons, aux Lichens, aux Hépatiques et aux Mousses. — 
M. G. Camus décrit une nouvelle hybride. Viola Desetangsii, 
G. Camus et Hariot (V. mirabilis et V. silvatica). — M. D. Clos 
traitant de questions de Phytographie : Synonymie des To- 
rius arvexsis Gren., Lotus tenuifomus Linn., Andryala 
variifolia Lagrèze-Foss, critique la multiplicité des noms em 
ployés successivement par les auteurs, et 2° la discordance 
entre les noms et les stations de quelques espèces. — M. Ch. 
Arnaud dans une lettre à M. Malinvaud émet l'opinion que 
1* Hermodactylus tuberosus Salisb. indiquée à tort à Débonayres 
près Saint-Maurice (Tarn-et-Garonne), a été introduite et natu 
ralisée. 

G. Chauveaud. 



MŒURS ET METAMORPHOSES 
DU MALACHIUS INORNATUS Kust. (Cyanescens Muls. 

Coléoptère du groupe des Malachiides. 



Larve : brune et velue à son jeune âge. elle passe successi- 
vement à la teinte de plus en plus rougeâtre, se dépouille 
d'une partie de ses poils, pour se présenter, au moment de sa 
plus grande expansion, avec la taille et la forme suivantes : 

Longueur : 6 millimètres; largeur \ à 1 millimètre 1/2. 

Corps allongé, linéaire, rougeâtre, marbré de taches noires, 
pubescent de gris, convexe en dessus, un peu moins en dessous, 
atténué à l'extrémité postérieure. 

Tête suborbiculaire, déprimée, déclive, gris terne luisant, 
avec longs poils roux épars, plus denses et très longs sur les 
côtés ; ligne médiane de couleur claire se bifurquant au vertex 
pour aller se perdre entre les ocelles et la base inférieure an- 
tennaire; quelques rides entre les deux branches; — lisière 
frontale brune, droite ; — èpistome brun, large, transverse, à 
angles arrondis ; — labre semi-elliptique, flavescent, à bord lé- 
gèrement cilié; — mandibules triangulaires, à base large, fia- 
vescente, à extrémité noire faiblement bidentée, se joignant 
sans se croiser; — mâchoires à base saillante, testacéc ; — 
lobe court, charnu, faiblement cilié; — palpes coniques, très 
courts, grêles, arqués en dedans, de trois articles; les deux 
premiers égaux, blanchâtres ; troisième petit, brun, acuminé ', 
— menton charnu, testacé, étroit; — lèvre inférieure char- 
nue; — palpes labiaux droits, testacés, petits, biarticu- 
lés; — antennes longues, déclives, de quatre articles; le 
premier long, membraneux, conique ; le deuxième et troi- 
sième bruns, ce dernier à bout tronqué ; le terminal très grêle, 
cylindrique, avec long poil à l'extrémité et court article sup- 
plémentaire à la base extérieure; — ocelles, six points cornés, 
brun clair, autour d'une protubérance noire, situés en arrière 
de la base antennaire. 

Segments thoraciques rougeâtres, avec poils bruns très allon- 
gés sur les côtés, convexes, sans ligne médiane apparente ; — 
premier segment long, un peu plus large que la tète, testacé, 
marbré de rougeâtre, finement ridé en travers, à angles arron- 
dis ; — deuxième et troisième égaux, transverses, renflés, con- 
vexes, un peu plus larges, moins longs que le premier, marbrés 
de taches brun rougeâtre. 

Segments abdominaux au nombre de neuf, convexes, rou- 
geâtres, étroits, transverses, plus larges que les précédents, 
avec longs poils bruns latéraux et ligne médiane de couleur 
claire ; — les sept premiers égaux, dilatés, marqués dans le 
sens transversal et de chaque côté de la ligne médiane, se sui- 
vant : d'une tache brune, d'une impression transverse, d'une 
tache à fond pâle, de deux légères fossettes et d'une tache brune 
atteignant les flancs ; — huitième moins large, rougeâtre, sans 
taches, ni impressions, ni ligne médiane, mais avec les deux 
légères fossettes ; — neuvième étroit, corné, noir, avec longs 
poils bruns, terminé par deux crochets rougeâtres, à pointe 
noire, recourbée en dedans. 

Dessous do la tète testacé, avec tache brune médiane au bord 
postérieur; — des segments thoraciques rougeâtre; les seg- 
ments abdominaux dilatés, ciliés, avec une faible impression de 
chaque côté de la ligne médiane, une plus marquée, oblique, 
et une très accentuée, fovéolée ; — mamelon anal avec fente 
transversale enclose entre deux bourrelets formant lèvre ; — 
les deux régions dorsale et ventrale ont pour limite une dilata- 
tation latérale avec aréole de longs cils. 

Pattes droites longues, flavescentes, éparsement ciliés ; — 
hanches grosses, courtes, rougeâtres, coniques ; — trochanters 
très courts, étranglés : — cuisses longues à base jaunâtre, ù 
extrémité tachée de brun, tache caractéristique ; — jambes lon- 
gues, grêles, terminées par un crochet brun à base ciliée. 

Stigmates très petits, bruns, à péritrême plus foncé, la pre- 
mière paire latérale, touchant presque le bord antérieur du 
deuxième segment thoracique ; les autres près du bord anté- 
rieur des huit premiers segments abdominaux. 

Aux environs de Ria, c'est sous les écorces du genévrier, 
Juniperus communis, Lin. que vit notre larve; elle est carnas- 
sière : jeune, elle s'alimente d'une foule de petits vers qui grouil- 
lent sous les écorces mortes ; quand arrive l'hiver, elle se ré- 
fugie dans le fond d'une crevasse, d'un interstice ou dans une 
ancienne cellule inhabitée, et c'est là qu'elle passe la saison 
des frimas; dès qu'avril arrive avec ses belles journées, elle 
reprend de son activité, attaque alors les jeunes larves deLon- 



158 



LE NATURALISTE 



gicornes et de Buprestes qui travaillent encore entre bois et 
écorce ; quand celles-ci pénètrent dans les couches ligneuses 
pour s'y transformer en nymphes, notre larve les poursuit cn- 
core dans leurs galeries; vers la mi-mai, parvenue au terme de 
son accroissement, elle se façonne une petite excavation, soit 
sous l'écorce, au milieu des détritus des larves dont elle s'est, 
nourrie, soit au fond d'une loge dont la larve a servi à assou- 
vir ses appétits, puis elle se préparc à son tour à subir sa trans- 
formation nymphale ; huit jours et même moins lui sont néces- 
saires pour se dépouiller de sa forme larvaire et apparaître 
sous les traits suivants : 

Nymphe : longueur, i millimètres 1/2 ; largeur, 1 à 1 milli- 
mètre 1/2. 

Corps oblong, allongé, entièrement rougeâtre, convexe en 
dessus, atténué à l'extrémité postérieure, avec longs cils èpars. 

Pièces buccales allongées, glabres; — masque frontal lon- 
guement cilié de roux ainsi que le masque thoracique ; — seg- 
ments abdominaux transversalement couverts de deux rangées 
de 'ils droits à bout arqué, l'antérieure courte ; les côtés des 
sept premiers segments portent deux groupes de deux cils 
chacun, droits; — huitième segment, flave, pubescent, terminé 
par deux petits crochets acuminés, à pointe brune dirigée en 
dedans ; — ailes très courtes ne dépassant pas le deuxième seg- 
ment abdominal; — le bout des antennes repose sur le milieu 
des cuisses de la première paire de pattes ; — le mamelon anal 
se termine en dessous par une apophyse saillante à pointe 
brune. 

Dans l'esqace de quiuze jours, la phase nymphale est accom- 
plie, l'adulte est formé ; il ne lui reste plus qu'à apparaître au 
dehors ; mais il est frileux, il lui faut du soleil, et ce ne sera 
que vers le milieu du jour, alors que l'astre solaire déversera 
ses chauds rayons, qu'il sortira de son réduit pour prendre son 
essor et se lancer dans l'espace. 

Adulte .-c'est un petit insecte entièrement bleu verdàtrc, ou 
violacé, ou vert foncé, couvert d'une très fine pubescence cen- 
drée et de courts poils noirs sur les élytres et sur le prothorax ; 
le mâle se distingue par ses antennes en dents de scie et par 
ses élytres plus étroites. 

Mulsant et Rey, dans leur monographie des Vésiculifères, 
année 1867, page 110, en ont douné une très longue et bonne 
description. 

Dans les bois montagneux des environs de Ria (Pyrénées- 
Orientales), c'est en juin qu'il fait son apparition, on le trouve 
sur diverses fleurs ainsi que sur les graminées; il est souvent 
aux prises avec d'autres insectes qui, comme lui, viennent visi- 
ter les corolles des fleurs; je l'ai trouvé une fois, sous pierre, 
à 2,000 mètres d'altitude, aux bords d'un étang du Canigou, 
dans une zone de végétation de pins et de rhododendrons. 

Au point de vue appliqué le Malachius inornatus peut être 
classé dans la catégorie des auxiliaires utiles à l'agriculture, 
par la destruction qu'il fait des jeunes larves de Xylophages, 
vivant au détriment de nos arbres forestiers. 

Capitaine Xambeu. 



LE POTAGER D'UN CURIEUX 



MM. Paillieux et liois viennent de faire paraître la seconde 
édition du J'o/ayer d'un curieux. L'intérêt excité par l'appari- 
tion de la première édition, il y a environ sept ans, n'a fait que 
s'accroître depuis cette époque et tous les amateurs liront avec 
plaisir les détails consacrés à la culture et à la préparation 
culinaire d'un grand nombre de légumes dont le nom même 
leur est souvent inconnu. 

La vieille Europe n'est pas riche en légumes originaires, de 
son propre sol :1e haricot, la pomme de terre, pour ne parler 
que des plus communs, sont de provenance exotique. Aussi ne 
peut-on qu'accueillir avec faveur et reconnaissance ceux qui 
cherchent à nous en faire connaître de nouveaux et à augmenter 
nos richesses potagères. 

Immense est le nombre des plantes susceptibles de culture 
flans un but économique : un Américain, M. Lewis Sturtevart, 

(1) A. Paillieux et I). Bois. Le Potager d'un curieux, histoire, 
culture et usages de 200 plantes comestibles peu connues ou in- 
connues. 2* édition entièrement refaite. 54 ligures dans le texte. 
Un volume in-8" de 590 pages. Paris, librairie agricole de la 
Maison rustique, et aux bureaux du journal. Prix 10 fr., franco 
13 fr. 85. 



n'en compte pas moins de 4.233 divisées en 13S3 espèces et 
110 genres. On est stupéfait d'apprendre que 211 seulement 
d'entre elles ont été expérimentées en vue de l'alimentation. 
Il y a donc une large place laissée aux chercheurs et aux 
novateurs. 

Il serait certainement téméraire de prétendre que tous les 
légumes proposés entreront d'emblée dans nos cuisines et pren- 
dront rang parmi nos espèces alimentaires. La patate, l'igname, 
depuis longtemps introduites ne sont encore en Europe que 
mets de luxe ou même de pure curiosité. Il est vrai qu'on 
a été si souvent trompé par l'exagération et les indications fal- 
cieuses qu'on a, avec juste raison, une certaine tendance à la 
défiance ; mais il ne faudrait pas cependant en arriver à reve- 
nir en arrière et à tout rejeter de parti pris. 

En regardant d'un peu près le nombre des plantes qui sont 
entrées dans le courant de l'alimentation depuis quelques 
années, nous ne voyons guère que le Stackys du Japon. Et 
encore combien a-t-il fallu d'efforts à M. Paillieux, pour le 
faire accepter? Peut-être eùt-il fallu renouveler un ancien 
exemple et orner la boutonnière du chef de l'Etat d'une fleur de 
Stachys; mais, hélas! le Stachys n'aime pas à fleurir et, en notre 
fin de siècle, on rit de tout. 

Si la France ne peut s'habituer à de nouveaux légumes, il 
n'en est pas de môme de nos colonies, et en indiquant tout le 
parti que les régions tropicales pourraient retirer des nom- 
breux végétaux dont ils nous donnent les noms et les propriétés, 
MM. Paillieux et Bois font œuvre utile et auront bien mérité 
de tous ceux qu'un exil forcé ou volontaire retient dans ces 
régions meurtrières. 

A côté de l'utilité directe, n'y a-t-il pas aussi la curiosité qui 
joue un si grand rôle dans les choses d'ici-bas ? Bien des lec- 
teurs du Potager d'un curieux sentiront leur curiosité mise en 
éveil, ils voudront, se rendre compte eux-mêmes de ce qu'ils 
lisent, et le sceptique du début pourra devenir un amateur fer- 
vent. Qui sait même si ses soins assidus n'arriveront pas à créer 
des races nouvelles et à nous doter alors d'un légume de véri- 
table utilité dont nous serons finalement redevables à l'excellent 
livre de MM. Bois et Pailleux? 

P. Hariot. 



ACADÉMIE DES SCIENCES 



Séance du 30 mai. — Note de M. Gaudry sur un singe 
découvert à Montsaunès par M. Harlé. Ce singe, voisin du 
Magot par sa dentition, vivait donc au nord dos Pyrénées à 
l'époque quaternaire. — Note do M. Gosselet sur les relations 
du terrain dévonien et du terrain carbonifère à Visé. Ce cal- 
caire est supérieur à la dolomic de Namur et doit être rapporté 
à la partie supérieure du calcaire carbonifère. — M. A. Milne- 
Edwards présente une note de M. E. L. Bouvier sur le sys- 
tème nerveux des Nèritidés. L'auteur précise nettement les 
caractères de la Chiasioneurie chez ces Mollusques. Le genre 
voisin des Hélicinidés, présente probablement ces mêmes carac- 
tère. Le groupe des Prosobranches se trouve donc par là 
môme tout à fait homogène. — M. Gaudry présente une note 
deiW. P. Fischer sur les caractères ostéologiques d'un Mesoplo- 
don Sowerbyensis mâle, échoué sur le littoral de la France au 
cap Breton (Landes). Ce cétacé rare dans les mers d'Europe, 
n'a encore été signalé que deux fois sur les côtes françaises. — 
M. M Une-Edwards présente une note de MM. E. Chevreux et 
.1. de G uer ne sur une nouvelle espèce de Gammarus du lac 
d'Annecy et sur les Amphipodes d'eau douce de la France. Les 
auteurs ont nommé cette nouvelle espèce Gammarus Delebec- 
( p ie i. _ m. Chatin présente une note de MM. Ed. Heckel et 
Fr. Schlagdenhauff'en sur les rapports génétiques des matières 
résineuses et tanniques d'origine végétale, d'après des obser- 
vations faites dans les genres Gardénia et Spermolepis. — 
M. Duchartre présente une note de M. Lucien Daniel sur la 
greffe des Crucifères. Le greffon influe sur le sujet, soit en 
exagérant, soit en arrêtant son développement suivant que le 
oreffon est de plus grande taille, ou plus faible que le sujet. 
" Séance du 6 juin 1892. — Note de MM. Arm. Gautier 
et L. Landi, sur les produits de la vie résiduelles des tissus, 
en particulier du tissu musculaire séparé, de l'être vivant. Ces 
produits résiduels sont de l'acidité, de l'eau, des matières albu- 
minoïdes. — M. A.Milne-Edwards présente une note de M. H. 
Viallanes sur la filtration de l'eau par les Mollusques ; ce fait 
pourrait trouver son application à l'Ostréiculture et à l'Océa- 



LE NATURALISTE 



159 



nographie. — M. Duchnvtre présente une note de M. L. Trabut, 
sur un parasite des Sauterelles. Ce parasite, le Lachnidium 
Acridiorum, ne se propage pas sur les jeunes Criquets; toute- 
fois dans le Tell, on observe une diminution dans la vitalité 
des Sauterelles, occasionnée peut-être par ce champignon. 

Séance du 13 jniu 1893. — Note de M. A. Chatin, sur 
l'histoire de la Truffe, et un Terfàs du Sud Algérien Tirmania 
Cambonii, voisin du Tirmania af ricana. — Note de Af. Jules 
Welsch, sur les plissements des terrains secondaires dans les 
environs de Poitiers. On peut distinguer, 1° un système de 
plis dirigés sud-est nord-ouest se reliant aux plis de la Bre- 
tagne méridionale ; 2° un autre système de plis plus ou moins 
perpendiculaires aux précédents, et divergeant vers le sud et 
le [nord. 

A. E. M.VI.ARD. 



BIBLIOGRAPHIE 



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